Les palmes & les lauriers les plus illustres que les Rois & les
Princes peuvent acquérir en ce monde, est que mesprisans les
biens temporels, porter leur desir à acquérir les spirituels:
ce qu'ils ne peuvent faire plus utilement, qu'en attirant
9/665 par leur travail & pieté un nombre infiny d'âmes sauvages (qui
vivent sans foy, sans loy, ny cognoissance du vray Dieu) à la
profession de la Religion Catholique, Apostolique & Romaine.
Car la prise des forteresses, ny le gain des batailles, ny la
conqueste des pays, ne sont rien en comparaison ny au prix de
celles qui se préparent des coronnes au ciel, si ce n'est
contre les Infidèles, où la guerre est non seulement
necessaire, mais juste & saincte, en ce qu'il y va du salut de
la Chrestienté, de la gloire de Dieu, & de la défende de la
foy, & ces travaux sont de soy louables & tres-recommandables,
outre le commandement de Dieu, qui dit, _Que la conversion d'un
infidèle vaut mieux que la conqueste d'un Royaume_. Et si tout
cela ne nous peut esmouvoir à rechercher les biens du ciel
aussi passionnément du moins que ceux de la terre, d'autant que
la convoitise des hommes pour les biens du monde est telle, que
la plus-part ne se soucient de la conversion des infidèles,
pourveu que la fortune corresponde à leurs desirs, & que tout
leur vienne à souhait. Aussi est-ce ceste convoitise qui a
ruiné, & ruine entièrement le progrez & l'advancement de ceste
saincte entreprise, qui ne s'est encores bien avancée, & est en
danger de succomber, si sa Majesté n'y apporte un ordre
tres-sainct, charitable, & juste, comme elle est, & qu'elle
mesme ne prenne plaisir d'entendre ce qui se peut faire pour
l'accroissement de la gloire de Dieu, & le bien de son Estat,
repoussant l'envie qui se met par ceux qui devroient maintenir
ceste affaire, lesquels en cherchent plustost la ruine que
l'effect.
10/666 Ce n'est pas chose nouvelle aux François d'aller par mer faire
de nouvelles conquestes: car nous sçavons assez que la
descouverte des Terres neufves, & les entreprises genereuses de
mer ont esté commencées par nos devanciers.
Ce furent les Bretons & les Normands, qui en l'an
1504-descouvrirent[8] les premiers des Chrestiens, le grand
11/667 Banc des Moluques, & les Isles de Terre neufve, ainsi qu'il se
remarque és histoires de Niflet[9], & d'Antoine Maginus.
[Note 8: Les Bretons, les Normands et les Basques fréquentaient déjà le
grand banc de Terreneuve dès l'an 1504, et cela depuis longtemps,
d'après le témoignage de plusieurs auteurs tant français qu'étrangers.
«Quant au premier,» dit Lescarbot, en parlant de Terreneuve, «il est
certain que tout ce pais que nous avons dit se peut appeller
Terre-neuve, & le mot n'en est pas nouveau: car de toute mémoire, & dés
plusieurs siècles noz Dieppois, Maloins, Rochelois, & autres mariniers
du Havre de Grâce, de Honfleur & autres lieux, ont les voyages
ordinaires en ces païs-là pour la pêcherie des Morues dont ilz
nourrissent presque toute l'Europe, & pourvoyent tous vaisseaux de mer.
Et quoy que tout pais de nouveau découvert se puisse appeller
Terre-neuve, comme nous avons rapporté au quatrième chapitre du premier
livre que Jean Verazzan appella la Floride Terre-neuve, pource qu'avant
lui aucun n'y avoit encore mis le pied: toutefois ce mot est
particulier aux terres plus voisines de la France és Indes Occidentales,
léquelles sont depuis les quarante jusques au cinquantième degré. Et
par un mot plus général on peut appeller Terre-neuve tout ce qui
environne le Golfe de Canada, où les Terre-neuviers indifféremment vont
tous les ans faire leur pêcherie: ce que j'ay dit être dès plusieurs
siecles; & partant ne faut qu'aucune autre nation se glorifie d'en avoir
fait la découverte. Outre que cela est très-certain entre noz mariniers
Normans, Bretons, & Basques, léquels avoient imposé nom à plusieurs
ports de ces terres avant que le Capitaine Jacques Quartier y allât; je
mettray encore ici le témoignage de Postel que j'ay extrait de sa Charte
géographique en ces mots: _Terra haec ob lucrosissimam piscationis
utilitatem summa literarum memoria a Gallis adiri solita, & ante mille
sexcentos annos frequentari solita est: sed eo quod sit urbibus inculta
& vasta, spreta est_. De manière que nôtre Terre-neuve étant du
continent de l'Amérique, c'est aux François qu'appartient l'honneur de
la première découverte des Indes Occidentales, & non aux Hespagnols.
Quant au nom de _Bacalos_ il est de l'imposition de noz Basques, léquels
appellent une Morue Bacaillos, & à leur imitation noz peuples de la
Nouvelle-France ont appris à nommer aussi la Morue Bacaillos, quoy qu'en
leur langage le nom propre de la morue soit _Apegé_. Et ont dés si long
temps la fréquentation dédits Basques, que le langage des premières
terres est à moitié de Basque.» (Hist. de la Nouv. France, p. 228, 229.)
«Les grands profits,» dit le commentateur des Jugements d'Oleron, «& la
facilité que les habitans de Capberton» (Cap breton) «prez Bayonne, &
les Basques de Guienne ont trouvé à la pescherie des Balenes, ont servi
de Leurre & d'amorce à les rendre hazardeux à ce point, que d'en faire
la queste sur l'Océan, par les longitudes & les latitudes du monde. A
cest effet ils ont cy-devant équippé des Navires, pour chercher le
repaire ordinaire de ces monstres. De sorte que suivant ceste route, ils
ont descouvert cent ans avant les navigations de Christophe Colomb, le
grand & petit banc des Morues, les terres de Terre-neufve, de Capberton
& Baccaleos _(Qui est à dire Morue en leur langage)_ le Canada ou
nouvelle France, où c'est que les mers sont abondantes & foisonnent en
Balenes. Et si les Castillans n'avoient pris à tasche de dérober la
gloire aux François de la première atteinte de l'Isle Athlantique,
qu'on nomme Indes Occidentales, ils advoueroient, comme ont fait
_Corneille Wytfliet & Anthoine Magin_, Cosmographes Flamans, ensemble
_F. Antonio S. Roman, Monge de S. Benico, del Historia général de la
India, lib. I, cap. 2, pag. 8. que le Pilote lequel porta la première
nouvelle à Christophe Colomb, & luy donna la connoissance & l'adresse de
ce monde nouveau, fut un de nos Basques Terre-neufiers.» (Jugements
d'Oleron, p. 151, 152). «Si, dans la langue primitive des Basques,» dit
M. Francis Parkman (_Pioneers of France in the New World,_ p. 171,
note), «le mot baccaleos veut dire morue, et que Cabot l'ait trouvé en
usage parmi les habitants de Terreneuve, il est difficile d'éluder la
conclusion, que les Basques y avaient été avant lui.»]
[Note 9: Wytfliet. L'auteur parle ici, sans doute, de l'édition
française publiée à Douay en 1611, et qui a pour titre: «Histoire
universelle des Indes Occidentales et Orientales, et de la Conversion
des Indiens, divisée en trois parties, par Cornille Wytfliet, et
Anthoine Magin, et autres historiens.» La première partie, qui est de
Wytfliet, avait d'abord paru en latin, à Louvain, en 1597, sous le
titre: _Descriptionis Ptolemaicae Augmentum sive Occidentis notitia
brevi commentario illustrata studio et opéra Cornely Wytjliet
Louaniensis._ L'année suivante, il en parut une seconde édition, dans
le titre de laquelle on a ajouté _et bac secundo editione magna sui
parte aucta C. Wytfliet auctore_. Dans les éditions subséquentes, ce
sont les mêmes cartes que celles de 1597; et, dans quelques-unes de ces
cartes, on retrouve encore les restes du chiffre mal effacé 1597, en
particulier dans celles intitulées Chica, etc., _Peruani regni
descriptio. Limes Occidentis Quivira et Anian Norumbega et Virginia,
Nova Francia et Canada._ La seconde partie est intitulée «Histoire
Universelle des Indes Occidentales, divisée en deux livres, faicte en
latin par Antoine Magin, nouvellement traduite...»]
Il est aussi très-certain que du temps du Roy François premier
en l'an 1323.[10] il envoya Verazzano Florentin descouvrir les
terres, costes,& havres de la Floride, comme les relations de
ses voyages font foy: où après avoir recognu depuis le 33e
12/668 degré [11], jusques au 47. de pays[12], ainsi comme il pensoit
s'y habituer, la mort luy fit perdre la vie avec ses
desseins[13].
[Note 10: Vérazzani était parti en 1523; mais ce ne fut qu'au
commencement de l'année suivante qu'il se rendit en Amérique, comme on
peut le voir par la lettre qu'il adressa, de Dieppe, à François I, en
date du 8 juillet 1524, pour lui rendre compte de ce qu'il avait pu
faire jusque-là. Ramusio (vol. III, fol. 35°) et Hakluyt (vol. III, p.
295) nous ont conservé cette lettre, qui n'est cependant, à ce qu'il
paraît, qu'un abrégé de celle conservée à Florence, dans la
bibliothèque Magliabecchi. (Voir _Pioneers of France in the New World_,
par FRANCIS PARKMAN, p. 175, note I.)]
[Note 11: Vérazzani a dû même se rendre jusque vers le trente-deuxième
degré, c'est-à-dire, non loin de l'embouchure de la rivière Savannah;
car, suivant sa propre relation, après avoir fait cinquante lieues vers
le sud, pour chercher un havre, il revint sur ses pas, fit voile vers
le nord, et, se trouvant dans le même embarras, il mouilla par la
hauteur de 34°. Il avait donc fait plus de cinquante lieues au-delà du
trente-quatrième degré, dans une direction à peu près sud-est; ce qui
équivaut à environ deux degrés de latitude.]
[Note 12: C'est la latitude de la côte méridionale de Terreneuve, et
c'est en effet la dernière terre de l'Amérique que Vérazzani paraît
avoir vue: «Faisant le nord-est, dit-il, l'espace de cent cinquante
lieues, nous approchâmes la terre qui dans les temps passés fut
découverte par les Bretons, laquelle est par les cinquante degrés.»
(Hakluyt, vol. III.)]
[Note 13: Vérazzani ne périt point à ce voyage, puisqu'il fit au roi de
France rapport de ses découvertes. Il n'avait fait, cette fois, qu'un
simple voyage d'exploration; mais, d'après Ramusio (vol. III, fol. 438),
son intention était d'engager François I à fonder une colonie en
Amérique. On ignore absolument quelle fut la fin de cet intrépide
voyageur; seulement, on voit, par une lettre d'Annibal Caro, I, 6,
qu'il était encore vivant en 1537. Cette lettre est citée dans
Tiraboschi.]
Du depuis, le mesme Roy François, à la persuasion de Messire
Philippes Chabot Admiral de France, dépescha Jacques Cartier,
pour aller descouvrir nouvelles terres: & pour ce sujet il fit
deux voyages és années 1534 & 35. Au premier il descouvrit
l'isle de Terre neufve, & le golphe de Sainct Laurent, avec
plusieurs autres Isles de ce golphe; & eust fait davantage de
progrés, n'eust esté la saison rigoureuse qui le pressa de s'en
revenir. Ce Jacques Cartier estoit de la ville de Sainct Malo,
fort entendu & expérimenté au faict de la marine, autant
qu'autre de son temps: aussi Sainct Malo est obligée de
conserver sa mémoire, tout son plus grand desir estant de
descouvrir nouvelles terres: & à la sollicitation de Charles de
Mouy sieur de la Mailleres[14], lors Vice-Admiral, il
entreprint le mesme voyage pour la deuxiesme fois: & pour venir
à chef de son dessein, & y faire jetter par sa Majesté le
fondement d'une Colonie, afin d'y accroistre l'honneur de Dieu,
& son authorité Royale, pour cet effect il donna ses
commissions, avec celle du dit sieur Admiral, qui avoit la
direction de cet embarquement, auquel il contribua de son
pouvoir.
[Note 14: Meilleraye.]
Les commissions expédiées, sa Majesté donna la charge audit
13/669 Cartier, qui se met en mer avec deux vaisseaux le 16 May[15]
1535. & navige si heureusement, qu'il aborde dans le golfe
Sainct Laurent, entre dans la riviere avec les vaisseaux du
port de 800. tonneaux [16], & fait si bien qu'il arrive jusques
à une isle, qu'il nomma l'isle d'Orléans [17], à cent vingt
lieues à mont le fleuve. De là va à quelque dix lieues du bout
d'amont dudit fleuve hyverner à une petite riviere qui asseche
presque de basse mer, qu'il nomma Saincte Croix, pour y estre
arrivé le jour de l'Exaltation de saincte Croix: lieu qui
s'appelle maintenant la riviere sainct Charles, sur laquelle à
prêtent sont logez les Pères Recollets, & les Peres
Jesuites[18], pour y faire un Séminaire à instruire la
jeunesse.
[Note 15: La relation du second voyage de Cartier commence en effet par
cette date; mais le départ n'eut lieu que le 19 suivant. «Le dimenche,
dit-il, jour & feste de la Penthecoste seziesme jour de May, en l'an mil
cinq cens trente cinq du commandement du cappitaine & bon vouloir de
tous, chascun se confessa, & receusmes tous ensemblement nostre créateur
en l'esglise cathédrale de sainct Malo. Après lequel avoir reçu, feusmes
nous presenter au coeur de ladicte eglise, devant reverend père en Dieu
monsieur de sainct Malo, lequel en son estat episcopal nous donna sa
benediction. Et le mercredy ensuivant dix neufiesme jour de May, le vent
vint bon & convenable, & appareillasmes avec trois navires, Scavoir la
grand Hermine du port environ cent à six vingtz tonneaulz... Le second
navire nommé la petite Hermine, du port environ soixante tonneaulz...
Le tiers navire nommé l'Emerillon du port de environ quarante
tonneaulz...» (Second Voy.)]
[Note 16: Deux cents à deux cent vingt tonneaux. (Voir la note
précédente.)]
[Note 17: En remontant le fleuve, dans l'automne de 1535, Cartier
l'appela _île de Bacchus_, et, le printemps suivant, au retour du même
voyage, il dit: «Vinsmes poser au bas de l'isle d'Orléans.» (Voir Brief
Récit, Notes de M. d'Avezac, verso 63.--Voir aussi le Voyage 1603,
p. 24, note 1 de cette édition.)]
[Note 18: On sait que les Pères Jésuites, en arrivant à Québec, logèrent
chez les Pères Récollets, à leur couvent de Notre-Dame-des-Anges,
pendant deux ans et demi (Sagard, Hist. du Canada, p. 868); mais, à
l'époque de l'édition de 1632, les Jésuites demeuraient de l'autre côté
de la rivière Saint-Charles, près de l'embouchure de la petite rivière
Lairet. «Nos Frères, dit Sagard, leur offrirent charitablement, & les
mirent en possession cordialement, de la juste moitié de nostre maison
(à leur choix) du jardin & tout nostre enclos, qui est de fort longue
estendue fermé de bonnes palissades & pièces de bois, qu'ils ont occupez
par l'espace de deux ans & demy. De plus ils leur presterent une
charpente toute disposée & preste à mettre en oeuvre, pour un nouveau
corps de logis, d'environ 40 pieds de longueur, & 28 de large, & en l'an
1627, ils leur en presterent encore une autre que nos Religieux avoient
de rechef fait dresser pour aggrandir nostre Convent, lesquelles ils ont
employées à leur bastiment commencé au delà de la petite riviere sept ou
800 pas de nous, en un lieu que l'on appelle communément le fort de
Jacques Cartier.» (_Ibid._)]
14/680 De là ledit Cartier alla à mont ledit fleuve quelques soixante
lieues, jusques à un lieu qui s'appelloit de son temps
_Ochelaga_, & qui maintenant s'appelle Grand Sault sainct
Louis, lesquels lieux estoient habitez de Sauvages, qui estans
sedentaires, cultivoient les terres. Ce qu'ils ne font à
present, à cause des guerres qui les ont fait retirer dans le
profond des terres.
Cartier ayant recognu, selon son rapport, la difficulté de
pouvoir passer les Sauts, & comme estant impossible, s'en
retourna où estoient ses vaisseaux, où le temps & la saison le
presserent de telle façon, qu'il fut contraint d'hyverner en la
riviere Saincte Croix, en un endroit où maintenant les Pères
Jesuites ont leur demeure, sur le bord d'une autre petite
riviere qui se descharge dans celle de Saincte Croix, appellée
la riviere de Jacques Cartier[19], comme ses relations font
foy.
[Note 19: Aujourd'hui la rivière Lairet. (Voir la note 4 de la page
précédente.)]
Cartier receut tant de mescontentement en ce voyage, qu'en
l'extrême maladie du mal de scurbut, dont ses gens la plus-part
moururent, que le printemps revenu il s'en retourna en France
assez triste & fasché de ceste perte, & du peu de progrès qu'il
s'imaginoit ne pouvoir faire, pensant que l'air estoit si
contraire à nostre naturel, que nous n'y pourrions vivre
qu'avec beaucoup de peine, pour avoir esprouvé en son
hyvernement le mal de scurbut, qu'il appelloit mal de la terre.
Ainsi ayant fait sa relation au Roy, & audit Sieur Admiral, &
de Mallières[20], lesquels n'approfondirent pas ceste affaire,
15/671 l'entreprise fut infructueuse. Mais si Cartier eust peu juger
les causes de sa maladie, & le remède salutaire & certain pour
les eviter, bien que luy & ses gens receurent quelque
soulagement par le moyen d'une herbe appellée _aneda_ comme
nous avons fait à nos despens aussi bien que luy, il n'y a
point de doute que le Roy dés lors n'auroit pas négligé
d'assister ce dessein comme il avoit desja fait: car en ce
temps là le pays estoit plus peuplé de gens sedentaires qu'il
n'est à prêtent: qui occasionna sa Majesté à faire ce second
voyage, & poursuivre ceste entreprise, ayant un sainct desir
d'y envoyer des peuplades. Voila ce qui en est arrivé.
[Note 20: De Meilleraye, vice-amiral.]
D'autres que Cartier eussent bien peu entreprendre ceste
affaire, qui ne se fussent si promptement estonnez, & n'eussent
pour cela laissé de poursuivre l'entreprise, estant si bien
commencée. Car, à dire vray, ceux-là qui ont la conduitte des
descouvertures, sont souventefois ceux qui peuvent faire cesser
un louable dessein, quand on s'arreste à leurs relations: car y
adjoustant foy, on le juge comme impossible, ou tellement
traversé de difficultez, qu'on n'en peut venir à bout qu'avec
des despenses & difficultez presque insupportables. Voila le
sujet qui a empesché dés ce temps là que ceste entreprise
sortist effects: outre que dans un Estat se presentent
quelquefois des affaires importantes, qui font que celle-cy se
négligent pour un temps: ou bien que ceux qui ont bonne volonté
de les poursuivre, viennent à mourir, & ainsi les années se
passent sans rien faire.
16/672 _Voyage en la Floride souz le règne du Roy Charles IX. par Jean
Ribaus. Fit bastir un Fort, appellé le Fort de Charles, sur la
riviere de May. Albert Capitaine qu'il y laisse, demeure sans
vivres, & est tué des soldats. Sont r'amenez en Angleterre par
un Anglais. Voyage du Capitaine Laudonniere. Court risque
d'estre tué des siens: en fait pendre quatre. Est pressé de
famine. Recompense de l'Empereur Charles V. à ceux qui firent
la descouverte des Indes. François chassez de la riviere de May
par les Espaynols, Attaquent Laudonniere. François tuez, &
pendus avec des escriteaux._