De l'isle d'Orléans jusques à Quebecq, y a une lieue, & y
arrivay le 3 Juillet: où estant, je cherchay lieu propre pour
nostre habitation, mais je n'en peu trouver de plus commode, ny
mieux situé que la pointe de Quebecq, ainsi appellé des
sauvages[212], laquelle estoit remplie de noyers. Aussitost
j'emploiay une partie de nos ouvriers à les abbatre pour y
faire nostre habitation, l'autre à scier des aix, l'autre
fouiller la cave & faire des fossez: & l'autre à aller quérir
nos commoditez à Tadoussac avec la barque. La première chose
que nous fismes fut le magazin pour mettre nos vivres à
couvert, qui fut promptement fait par la diligence d'un chacun,
& le soin que j'en eu.
[Note 212: Par ces mots «ainsi appelé des Sauvages» l'auteur veut dire,
suivant nous, que le mot _Québec_ est sauvage, et c'est ainsi que
Lescarbot l'a compris. Dans les différents dialectes de la langue
algonquine, le mot _kebec_ ou _kepac_ signifie rétrécissement. «_Kébec_,
en micmac,» dit un de nos missionnaires qui ont le mieux connu cette
langue (M. Bellanger), «veut dire _rétrécissement des eaux_ formé par
deux langues ou pointes de terre qui se croisent. Dans les premiers
temps que j'étais dans les missions, je descendais de Riscigouche à
Carleton; les deux sauvages qui me menoient en canot répétant souvent le
mot kebec, je leur demandai s'ils se préparaient à aller bientôt à
Québec Ils me repondirent: Non; regarde les deux pointes, et l'eau, qui
est resserrée en dedans: on appelle cela _kébec_ en notre langue.»
(Cours d'Hist. de M. Ferland, I, p. 90.) Cette pointe de Québec, où est
maintenant l'église de la basse ville, n'est presque plus reconnaissable
par suite de la disparution du Cul-de-Sac, à la place duquel on a fait
le marché Champlain.]