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[Illustration: R du Saguenay]

_Les chifres montrent les brasses d'eau._

A Une montaigne ronde sur le bort de la riviere du Saguenay.

B Le port de Tadoussac.

C Petit ruisseau d'eau douce.

D Le lieu où cabannent les sauvages quand ils viennent pour la traicte.

E Manière d'isle qui clost une partie du port de la riviere du Saguenay.

F (1) La pointe de tous les Diables.

G La riviere du Saguenay.

H La pointe aux allouettes (2).

I Montaignes fort mauvaises, remplies de sapins & boulleaux.

L Le moulin Bode.

M La rade où les vaisseaux mouillent l'ancre attendant le vent & la

marée.

N Petit estang proche du port.

O Petit ruisseau sortant de l'estang, qui descharge dans le Saguenay.

P Place sur la pointe sans arbres, où il y a quantité d'herbages.

(1) _f_, dans la carte. Cette pointe s'appelle aujourd'hui la pointe aux

Vaches.--(2) La lettre H est placée plutôt sur la batture que sur la

pointe aux Alouettes.

Je party de Tadoussac le dernier du mois [198] pour aller à

Quebecq, & passames prés d'une isle qui s'apelle l'isle aux

145/293 lievres, distante de six lieues dudict port, & est à deux

lieues de la terre du Nort, & à prés de 4 lieues [199] de la

terre du Su. De l'isle au lievres, nous fusmes à une petite

riviere, qui asseche de basse mer, où à quelque 700 à 800 pas

dedans y a deux sauts d'eau: Nous la nommasmes la riviere aux

Saulmons[200], à cause que nous y en prismes. Costoyant la

coste du Nort nous fusmes à une pointe qui advance à la mer,

qu'avons nommé le cap Dauphin [201], distant de la riviere aux

Saulmons 3 lieues. De là fusmes à un autre cap que nommasmes le

cap à l'Aigle[202], distant du cap Daulphin 8 lieues: entre les

deux y a une grande ance, où au fonds y a une petite riviere

qui asseche de basse mer[203]. Du cap à l'Aigle fusmes à l'isle

aux couldres qui en est distante une bonne lieue, & peut tenir

environ lieue & demie de long. Elle est quelque peu unie venant

en diminuant par les deux bouts: A celuy de l'Ouest y a des

prairies [204] & pointes de rochers, qui advancent quelque peu

dans la riviere: & du costé du Surouest elle est fort

batturiere; toutesfois assez aggreable, à cause des bois qui

146/294 l'environnent, distante de la terre du Nort d'environ demie

lieue, où il y a une petite riviere qui entre assez avant

dedans les terres, & l'avons nommée la riviere du gouffre[205],

d'autant que le travers d'icelle la marée y court

merveilleusement, & bien qu'il face calme, elle est tousjours

fort esmeue, y ayant grande profondeur: mais ce qui est de la

riviere est plat & y a force rochers en son entrée & autour

d'icelle. De l'isle aux Couldres costoyans la coste fusmes à un

cap, que nous avons nommé le cap de tourmente[206], qui en est

à cinq lieues, & l'avons ainsi nommé, d'autant que pour pe

qu'il face de vent la mer y esleve comme si elle estoit plaine.

En ce lieu l'eau commence à estre douce. De là fusmes à l'isle

d'Orléans, où il y a deux lieues, en laquelle du costé du Su y

a nombre d'isles, qui sont basses, couvertes d'arbres, & fort

aggreables, remplies de grandes prayries, & force gibier,

contenant à ce que j'ay peu juger les unes deux lieux, & les

autres peu plus ou moins. Autour d'icelles y a force rochers &

basses fort dangereuses à passer qui sont esloignés de quelques

deux lieues de la grand terre du Su. Toute ceste coste, tant du

Nord que du Su, depuis Tadoussac jusques à l'isle d'Orléans,

est terre montueuse & fort mauvaise, où il n'y a que des pins,

147/295 sappins, & boulleaux, & des rochers tresmauvais, où on ne

sçauroit aller en la plus part des endroits.

[Note 198: Le 30 de juin.]

[Note 199: La côte du sud n'est qu'à environ 3 lieues; mais le peu

d'élévation qu'elle a, comparativement à celle du nord, la fait paraître

plus éloignée qu'elle n'est.]

[Note 200: Suivant toutes les apparences, cette rivière aux Saumons est

celle qui se jette dans le port à l'Équille, que l'on a appelé aussi

port aux Quilles (Skittles port). Son embouchure est à trois lieues du

cap au Saumon, et il n'y a point dans les environs d'autre rivière dont

la position réponde aussi bien à ce qu'en dit l'auteur. Il ne faut pas

la confondre avec le cap au Saumon.]

[Note 201: Ce nom a complètement disparu. Le cap Dauphin doit être le

même que le cap au Saumon. La pointe à l'Homme, sur laquelle il est

situé, avance à la mer d'une manière très-remarquable.]

[Note 202: Le cap aux Oies, qui est à près de deux lieues de l'île aux

Coudres. Ici la tradition est évidemment en défaut: car le cap à l'Aigle

d'aujourd'hui est bien à six lieues plus bas que celui auquel Champlain

a donné ce nom.]

[Note 203: Dans sa grande carte de 1632, l'auteur la désigne, par le

chiffre 4, sous le nom de rivière Platte. C'est celle de la Malbaie.

(Voir la note 2 de la page suivante.)]

[Note 204: Cette partie de l'île aux Coudres s'appelle encore Les

Prairies, ou Côte-des-Prairies.]

[Note 205: La rivière du Gouffre a gardé fidèlement son nom, malgré une

erreur qui s'est glissée dans l'édition de 1632. On y a reproduit tout

ce passage, en appliquant à la rivière du Gouffre une addition que

l'auteur destinait évidemment à celle de la Malbaie, comme le prouve

surabondamment la légende de la grande carte, où se trouvent ïndiquées

séparément la baie du Gouffre (la baie Saint-Paul, qui forme l'entrée de

la rivière du Gouffre) et la rivière Flatte ou Malbaie.]

[Note 206: Le cap Tourmente est à environ huit lieues de l'île aux

Coudres. La grande hauteur des Caps fait paraître les distances beaucoup

moindres.]

Or nous rangeasmes l'isle d'Orléans du costé du Su, distante de

la grand terre une lieue & demie: & du costé du Nort demie

lieue, contenant de long 6 lieues, & de large une lieue, ou

lieue & demie, par endroits. Du costé du Nort elle est fort

plaisante pour la quantité des bois & prayries qu'il y a: mais

il y fait fort dangereux passer, pour la quantité de pointes &

rochers qui sont entre la grand terre & l'isle, où il y a

quantité de beaux chesnes, & des noyers en quelques endroits; &

à l'embucheure[207] des vignes & autres bois comme nous avons

en France. Ce lieu est le commencement du beau & bon pays de la

grande riviere, où il y a de son entrée 120.[208] Au bout de

l'isle y a un torent d'eau[209] du costé du Nort, qui vient

d'un lac[210] qui est quelque dix lieues dedans les terres, &

descend de dessus une coste qui a prés de 25 thoises[211] de

haut, au dessus de laquelle la terre est unie & plaisante à

voir bien que dans le pays on voye de hautes montaignes, qui

paroissent de 15 à 20 lieues.

[Note 207: Ou _embuchure_. Ce mot, qui ne paraît pas avoir été fort en

usage, doit signifier ici entrée du bois, et la phrase revient à

celle-ci: «et, _à l'entrée du bois_, (il y a) des vignes, et autres

bois comme en France.» Notre vigne sauvage, en effet, se rencontre

ordinairement le long des rivières ou à l'entrée des bois.]

[Note 208: Cent vingt lieues.]

[Note 209: Au chapitre suivant, dans la carte des environs de Québec,

l'auteur l'indique, à la lettre H, sous le nom de Montmorency, et dans

l'édition de 1632, il ajoute ces mots, «que j'ay nommé le sault de

Montmorency.» Il est assez probable que ce fut à ce voyage de 1608 que

Champlain lui donna ce nom, en l'honneur du duc de Montmorency, à qui il

avait dédié son Voyage de 1603.]

[Note 210: Le lac des Neiges.]

[Note 211: Le saut Montmorency a environ 40 toises de haut.]

148/296 _Arrivée à Quebecq, où nous fismes nos logemens, sa situation.

Conspiration contre, le service du Roy, & ma vie, par aucuns de

nos gens. La punition qui en fut faite, & tout ce qui se passa

en cet affaire._

Oeuvres de Champlain · 第 81 / 415 题