Et seellé sur simple queue du grand seel de cire jaulne,_

Collationné à l'original par moy Conseiller, Notaire &

Secrétaire du Roy.»

138/286 Je fus à Honnefleur pour m'embarquer, où je trouvay le vaisseau

de Pontgravé prest, qui partit du port, le 5 d'Avril; & moy le

13 & arrivay sur le grand banc le 15 de May, par la hauteur de

45 degrez & un quart de latitude, & le 26 eusmes cognoissance

du cap saincte Marie, qui est par la hauteur de 46 degrez trois

quarts [185] de latitude, tenant à l'isle de terreneufve. Le 27

du mois eusmes la veue du cap sainct Laurens tenant à la terre

du cap Breton & isle de sainct Paul, distante du cap de saincte

Marie 83 lieues. Le 30 du mois eusmes cognoissance de l'isle

percée, & de Gaspé qui est soubs la hauteur de 48 degrez deux

tiers de latitude, distant du cap de sainct Laurens, 70 à 75

lieues.

[Note 185: 46° 51'.]

Le 3 de Juin arrivasmes devant Tadoussac[186], distant de Gaspé

80 ou 90 lieues, & mouillasmes l'ancre à la radde du port [187]

de Tadoussac, qui est à une lieue du port, lequel est comme une

ance à l'entrée de la riviere du Saguenay, où il y a une marée

fort estrange pour sa vistesse, où quelquesfois il vient des

vents impétueux qui ameinent de grandes froidures. L'on tient

que ceste riviere a quelque 45 ou 50 lieues du port de

Tadoussac jusques au premier saut, qui vient du Nort Norouest.

Ce port est petit, & n'y pourroit que quelque 20 vaisseaux: Il

y a de l'eau assez, & est à l'abry de la riviere de Saguenay &

d'une petite isle de rochers qui est presque coupée de la mer.

[Note 186: Ce que l'auteur dit ici de Tadoussac, est emprunté presque

mot pour mot au Voyage de 1603, p. 4-22.]

[Note 187: La rade du port de Tadoussac est le mouillage du

Moulin-Baude.]

139/287 Le reste sont montaignes hautes eslevées, où il y a peu de

terre, sinon rochers & sables remplis de bois, comme sappins &

bouleaux[188]. Il y a un petit estanc proche du port renfermé

de montagnes couvertes de bois. A l'entrée y a deux pointes

l'une du costé du Surouest, contenant prés d'une lieue en la

mer, qui s'appelle la pointe sainct Matthieu, ou autrement aux

Allouettes, & l'autre du costé du Nordouest contenant demy

quart de lieue, qui s'appele la pointe de tous les

Diables[189], pour le grand danger qu'il y a. Les vents du Su

Suest frappent dans le port, qui ne sont point à craindre: mais

bien celuy du Saguenay. Les deux pointes cy dessus nommées

assechent de basse mer: nostre vaisseau ne peust entrer dans le

port pour n'avoir le vent & marée propre. Je fis aussitost

mettre nostre basteau hors du vaisseau pour aller au port voir

si Pont-gravé estoit arrivé. Comme j'estois en chemin, je

rencontray une chalouppe & le pilotte de Pont-gravé & un

Basque, qui me venoit advertir de ce qui leur estoit survenu

pour avoir voulu faire quelques deffences aux vaisseaux Basques

de ne traicter suivant la commission que le sieur de Mons avoit

obtenue de sa majesté, Qu'aucuns vaisseaux ne pourroient

traicter sans la permission du sieur de Monts, comme il estoit

porté par icelle.

[Note 188: L'auteur avait dit, en 1603, «pins, cyprez, sapins & quelques

manières d'arbres de peu.» Il semble avoir reconnu que ce qu'il appelait

cyprès n'en était pas réellement.]

[Note 189: Aujourd'hui la pointe aux Vaches. Voir 1603, note 2 de la

page 6.]

Et que nonobstant les significations que peust faire Pont-gravé

de la part de sa Majesté, ils ne laissoient de traicter la

140/288 force en la main, & qu'ils s'estoient mis en armes & se

maintenoient si bien dans leur vaisseau, que faisant jouer

touts leurs canons sur celuy de Pont-gravé, & tirant force

coups de mousquets, il fut fort blessé, & trois des siens, dont

il y en eust un qui en mourut, sans que le Pont fit aucune

resistance: Car dés la première salve de mousquets qu'ils

tirèrent il fut abbatu par terre. Les Basques vindrent à bort

du vaisseau & enleverent tout le canon & les armes qui estoient

dedans, disans qu'ils traicteroient nonobstant les deffences du

Roy, & que quand ils seroient prés de partir pour aller en

France il luy rendroient son canon & son amonition, & que ce

qu'ils en faisoient estoit pour estre en seureté. Entendant

toutes ces nouvelles, cela me fascha fort, pour le commencement

d'une affaire, dont nous nous fussions bien passez.

Or après avoir ouy du pilotte toutes ces choses je luy demanday

qu'estoit venu faire le Basque au bort de nostre vaisseau, il

me dit qu'il venoit à moy de la part de leur maistre appelé

Darache, & de ses compagnons, pour tirer asseurance de moy, Que

je ne leur ferois aucun desplaisir, lors que nostre vaisseau

seroit dans le port.

Je fis responce que je ne le pouvois faire, que premier je

n'eusse veu le Pont. Le Basque dit que si j'avois affaire de

tout ce qui despendoit de leur puissance qu'ils m'en

assisteroient. Ce qui leur faisoit tenir ce langage, n'estoit

que la cognoissance qu'ils avoient d'avoir failly comme ils

confessoient, & la crainte qu'on ne leur laissast faire la

pesche de balene.

141/289 Après avoir assez parlé je fus à terre voir le Pont pour

prendre délibération de ce qu'aurions affaire, & le trouvay

fort mal. Il me conta particulièrement tout ce qui s'estoit

passé. Nous considerasmes que ne pouvions entrer audit port que

par force, & que l'habitation ne fut pardue pour cette année,

de sorte que nous advisasmes pour le mieux, (afin d'une juste

cause n'en faire une mauvaise & ainsi se ruiner) qu'il failloit

leur donner asseurance de ma part tant que je serois là & que

le Pont n'entreprendroit aucune chose contre eux, mais qu'en

France la justice se feroit & vuideroit le différent qu'ils

avoient entr'eux.

Darache maistre du vaisseau me pria d'aller à son bort, où il

me fit bonne réception. Après plusieurs discours je fis

l'accord entre le Pont & luy, & luy fis promettre qu'il

n'entreprendroit aucune chose sur Pont-gravé ny au prejudice du

Roy & du sieur de Mons. Que s'ils faisoient le contraire je

tiendrois ma parole pour nulle: Ce qui fut accordé & signé d'un

chacun.

En ce lieu y avoit nombre de sauvages qui y estoient venus pour

la traicte de pelleterie, plusieurs desquels vindrent à nostre

vaisseau avec leurs canots[190], qui sont de 8 ou 9 pas de

long, & environ un pas, ou pas & demy de large par le milieu, &

vont en diminuant par les deux bouts. Il sont fort subjects à

tourner si on ne les sçay bien gouverner, & sont faicts

d'escorce de boulleau, renforcez par le dedans de petits

cercles de cèdre blanc, bien proprement arrangez: & sont si

142/290 légers qu'un homme en porte aysement un. Chacun peut porter la

pesanteur d'une pipe. Quand ils veulent traverser la terre pour

aller en quelque riviere où ils ont affaire, ils les portent

avec eux. Depuis Chouacoet le long de la coste jusques au port

de Tadoussac ils sont tous semblables.

[Note 190: Ce qui est dit ici du canot sauvage, est emprunté au Voyage

de 1603, p. 9 et 10.]

_De la riviere du Saguenay, & des sauvages qui nous y vindrent

abborder. De l'isle d'Orléans; & de tout ce que nous y avons

remarqué de singulier._

Oeuvres de Champlain · 第 79 / 415 题