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[Illustration]

A Le lieu où estoient les François faisans le pain.

B Les sauvages surprenans les François en tirant sur eux à coups de

flesches.

C François bruslez par les sauvages.

D François s'enfuians à la barque tout lardés de flesches.

E Trouppes de sauvages faisans brusler les François qu'ils avoient tués.

F Montaigne sur le port.

G Cabannes des sauvages.

H François à terre chargeans les sauvages.

I Sauvages desfaicts par les François.

L Chalouppe où estoient les François.

M Sauvages autour de la chalouppe qui furent surpris par nos gens.

N Barque du sieur de Poitrincourt.

O Le port.

P Petit ruisseau.

Q François tombez morts dans l'eau pensans se sauver à la barque.

R Ruisseau venant de certins marescages.

S Bois par où les sauvages venoient à couvert.

Quelques jours après que ces choses furent passées, il vint des

sauvages trois à trois, quatre à quatre sur le bort de la mer,

faisans signe que nous allassions à eux: mais nous voiyons bien

leur gros qui estoit en embuscade au dessoubs d'un costau

derrière des buissons, & croy qu'ils ne desiroient que de nous

attraper en la chalouppe pour descocher un nombre de flesches

sur nous, & puis s'en fuir: toutesfois le sieur de Poitrincourt

ne laissa pas d'y aller avec dix de nous autres, bien équipez &

en resolution de les combattre si l'occasion se presentoit.

111/259 Nous fusmes dessendre par un endroit que jugions estre hors de

leur embuscade, où ils ne nous pouvoient surprendre. Nous y

mismes trois ou quatre pied à terre avec le sieur de

Poitrincourt: le reste ne bougea de la chalouppe pour la

conserver & tenir preste à un besoin. Nous fusmes sur une butte

& autour des bois pour voir si nous descouvririons plus à plain

ladite embuscade. Comme ils nous virent aller si librement à

eux ils leverent le siege & furent en autres lieux, que ne

peusmes descouvrir, & des quatre sauvages n'en vismes plus que

deux, qui s'en alloient tout doucement. En se retirant ils nous

faisoient signe qu'eussions à mener nostre chalouppe en autre

lieu, jugeant qu'elle n'estoit pas à propos pour leur dessein.

Et nous voyans aussi qu'ils n'avoient pas envie de venir à

nous, nous nous rembarquasmes & allasmes où ils nous

monstroient, qui estoit la seconde embuscade qu'ils avoient

faite, taschant de nous attirer en signe d'amitié à eux, sans

armes: ce qui pour lors ne nous estoit permis: neantmoins nous

fusmes assez proches d'eux sans voir ceste embuscade, qui n'en

estoit pas esloignée, à nostre jugement. Comme nostre chalouppe

approcha de terre, ils se mirent en fuite, & ceux de

l'embuscade aussi, après qui nous tirasmes quelques coups de

mousquets, voyant que leur intention ne tendoit qu'à nous

decevoir par caresses, en quoy ils se trompoient: car nous

recognoissions bien quelle estoit leur volonté, qui ne tendoit

qu'à mauvaise fin. Nous nous retirasmes à nostre barque après

avoir fait ce qu'il nous fut possible.

Ce jour le sieur de Poitrincourt resolut de s'en retourner à

112/260 nostre habitation pour le subject de 4 ou 5 mallades & blessez,

à qui les playes empiroient à faute d'onguens, car nostre

Chirurgien n'en avoit aporté que bien peu, qui fut grande faute

à luy, & desplaisir aux malades & à nous aussi: d'autant que

l'infection de leurs blesseures estoit si grande en un petit

vaisseau comme le nostre, qu'on ne pouvoit presque durer: &

craignions qu'ils engendrassent des maladies: & aussi que

n'avions plus de vivres que pour faire 8 ou 10 journées de

l'advant, quelque retranchement que l'on fist, & ne sçachans

pas si le retour pourroit estre aussi long que l'aller, qui fut

prés de deux mois.

Pour le moins nostre délibération estant prinse, nous ne nous

retirasmes qu'avec le contentement que Dieu n'avoit laissé

impuny le mesfait de ces barbares. Nous ne fusmes que jusques

au 41 degré & demy, qui ne fut que demy degré plus que n'avoit

fait le sieur de Mons à sa descouverture. Nous partismes donc

de ce port.

Et le lendemain vinsmes mouiller l'ancre proche de Mallebarre,

où nous fusmes jusques au 28 du mois que nous mismes à la

voile. Ce jour l'air estoit assez froid, & fit un peu de neige.

Nous prismes la traverse pour aller à Norambegue, ou à l'isle

Haute. Mettant le cap à l'Est Nordest fusmes deux jours sur la

mer sans voir terre, contrariez du mauvais temps. La nuict

ensuivant eusmes cognoissance des isles qui sont entre

Quinibequi & Norembegue. Le vent estoit si grand que fusmes

contraincts de nous mettre à la mer, pour attendre le jour, où

nous nous esloignasmes si bien de la terre, quelque peu de

113/261 voiles qu'eussions, que ne la peusmes revoir que jusques au

lendemain, que nous vismes le travers de l'isle Haute.

Ce jour dernier d'Octobre, entre l'isle des Monts-deserts, & le

cap de Corneille, nostre gouvernail se rompit en plusieurs

pièces, sans sçavoir le subject. Chacun en disoit son opinion.

La nuit venant avec beau frais, nous estions parmy quantité

d'isles & rochers, où le vent nous jettoit, & resolumes de nous

sauver, s'il estoit possible, à la première terre que

rencontrerions.

Nous fusmes quelque temps au gré du vent & de la mer, avec

seulement le bourcet de devant: mais le pis fut que la nuit

estoit obscure & ne sçavions où nous allions: car nostre barque

ne gouvernoit nullement, bien que l'on fit ce qu'on pouvoit,

tenant les escouttes du bourcet à la main, qui quelquefois la

faisoient un peu gouverner. Tousjours on sondoit si l'on

pourroit trouver fonds pour mouiller l'ancre & se préparer à ce

qui pourroit subvenir. Nous n'en trouvasmes point; enfin allant

plus viste que ne desirions, l'on advisa de mettre un aviron

par derrière avec des hommes pour faire gouverner à une isle

que nous apperceusmes, afin de nous mettre à l'abry du vent. On

mit aussi deux autres avirons sur les costés au derrière de la

barque, pour ayder à ceux qui gouvernoient, à fin de faire

arriver le vaisseau d'un costé & d'autre. Ceste invention nous

servit si bien que mettions le cap où desirions, & fusmes

derrière la pointe de l'isle qu'avions apperceue, mouiller

l'ancre à 21 brasses d'eau attendant le jour, pour nous

recognoistre & aller chercher un endroit pour faire un autre

gouvernail.

114/262 Le vent s'appaisa. Le jour estant venu nous nous trouvasmes

proches des isles Rangées, tout environnés de brisans; &

louasmes Dieu de nous avoir conservés si miraculeusement parmy

tant de périls.

Le premier de Novembre nous allasmes en un lieu que nous

jugeasmes propre pour eschouer nostre vaisseau & refaire nostre

timon. Ce jour je fus à terre, & y vey de la glace espoisse de

deux poulces, & pouvoit y avoir huit ou dix jours qu'il y avoit

gelé, & vy bien que la température du lieu differoit de

beaucoup à celle de Malebarre & port Fortuné: car les fueilles

des arbres n'estoient pas encores mortes ny du tout tombées

quand nous en partismes, & en ce lieu elles estoient toutes

tombées, & y faisoit beaucoup plus de froid qu'au port Fortuné.

Le lendemain comme on alloit eschouer la barque, il vint un

canot où y avoit des sauvages Etechemins qui dirent à celuy que

nous avions en nostre barque, qui estoit Secondon, que

Jouaniscou avec ses compagnons avoit tué quelques autres

sauvages & emmené des femmes prisonnieres, & que proche des

isles des Montsdeserts ils avoient fait leur exécution.

Le neufiesme du mois nous partismes d'auprès du cap de

Corneille & le mesme jour vinsmes mouiller l'ancre au petit

passage[148] de la riviere saincte Croix.

[Note 148: C'est le passage de l'ouest.]

Le lendemain au matin mismes nostre sauvage à terre avec

quelques commoditez qu'on luy donna, qui fut tres-aise &

satisfait d'avoir fait ce voyage avec nous, & emporta quelques

testes des sauvages qui avoient esté tuez au port Fortuné.

115/263 Ledict jour allasmes mouiller l'ancre en une fort belle ance au

Su de l'isle de Menasne.

Le 12 du mois fismes voile, & en chemin la chalouppe que nous

traisnions derrière nostre barque y donna un si grand & si rude

coup qu'elle fit ouverture & brisa tout le haut de la barque: &

de rechef au resac rompit les ferremens de nostre gouvernail, &

croiyons du commencement qu'au premier coup qu'elle avoit

donné, qu'elle eut enfoncé quelques planches d'embas, qui nous

eut fait submerger: car le vent estoit si eslevé, que ce que

pouvions faire estoit de porter nostre misanne: Mais après

avoir veu le dommage qui estoit petit, & qu'il n'y avoit aucun

péril, on fit en sorte qu'avec des cordages on accommoda le

gouvernail le mieux qu'on peut, pour parachever de nous

conduire, qui ne fut que jusques au 14 de Novembre, où à

l'entrée du port Royal pensames nous perdre sur une pointe:

mais Dieu nous delivra tant de ce péril que de beaucoup

d'autres qu'avions courus.

_Retour des susdites descouvertures & ce qui se passa durant

l'hyvernement._

Oeuvres de Champlain · 第 74 / 415 题