[Illustration: Malle Baiye]
_Les chifres montrent les brasses d'eau._
A Les deux entrées du port.
B Dunes de sable où les sauvages tuèrent un Matelot de la barque du
sieur de Mons.
C Les lieux où fut la barque du sieur de Mons audit port.
D Fontaine sur le bort du port.
E Une riviere descendant audit port.
F Ruisseau.
G Petite riviere où on prend cantité de poisson.
H Dunes de sable où il y a un petit bois & force vignes.
I Isle à la pointe des dunes.
L Les maisons & habitations des sauvages qui cultivent la terre.
M Basses & bancs de sable tant à l'entrée que dedans ledit port.
O Dunes de sable.
P La coste de la mer.
q La barque du sieur de Poitrincourt quand il y fut deux aprés le sieur
de Mons.
R Dessente des gens du sieur de Poitrincourt.
En ce lieu, & en toute la coste, depuis Quinibequi, il y a
quantité de figuenocs[113], qui est un poisson portant une
71/219 escaille sur le dos, comme la tortue: mais diferente pourtant;
laquelle a au milieu une rangée de petits piquants de couleur
de fueille morte, ainsi que le reste du poisson: Au bout de
laquelle escaille il y en a une autre plus petite, qui est
bordée d'esguillons fort piquans. La queue est longue selon
qu'ils sont grands ou petits du bout de laquelle ces peuples
ferrent leurs flèches, ayant aussi une rangée d'esguillons
comme la grande escaille sur laquelle sont les yeux. Il a huict
petits pieds comme ceux d'un cancre, & derrière deux plus longs
& plats, desquels il se sert à nager. Il en a aussi deux autres
fort petits devant, avec quoy il mange: quand il chemine ils
sont tous cachez, excepté les deux de derrière qui paroissent
un peu. Soubs la petite escaille il y a des membranes qui
s'enflent, & ont un battement comme la gorge des grenouilles, &
sont les unes sur les autres en façon des facettes d'un
pourpoint. Le plus grand que j'aye veu, a un pied de large, &
pied & demy de long.
[Note 113. C'est le Limule Polyphène (_limulus poltphemus_, LAMARCK). La
femelle, qui est plus grande que le mâle, a ordinairement une vingtaine
de pouces de longueur, et un peu moins de dix pouces de large. «Cette
espèce, commune dans nos parages», dit M. James-E. De Kay (_New-York
Fauna_), «est connue ici sous le nom vulgaire de pied-de-cheval
(horse-foot), à cause de sa forme, et retient encore dans quelques
districts le nom de king-crab que lui donnaient les premiers colons
anglais.» Jean de Laët fait aussi de ce singulier crustacé, une
description détaillée et accompagnée d'une figure.]
Nous vismes aussi un oiseau marin [114] qui a le bec noir, le
haut un peu aquilin, & long de quatre poulces, fait en forme de
lancette, sçavoir la partie inférieure representant le manche &
la superieure la lame qui est tenue, trenchante des deux costez
& plus courte d'un tiers que l'autre, qui donne de
l'estonnement à beaucoup de personnes, qui ne peuvent
72/220 comprendre comme il est possible que cet oiseau puisse manger
avec un tel bec[115]. Il est de la grosseur d'un pigeon, les
ailles fort longues à proportion du corps, la queue courte &
les jambes aussi, qui sont rouges, les pieds petits & plats: Le
plumage par dessus est gris brun, & par dessous fort blanc. Il
va tousjours en troupe sur le rivage de la mer, comme font les
pigeons pardeçà.
[Note 114: Le Bec-en-ciseaux ou Coupeur-d'eau _(rhynchops nigra_,
LATHAM). La singularité de ses habitudes et l'étrange conformation de
son bec, lui ont valu différents noms populaires surtout chez les
navigateurs anglais, comme ceux de _cutwater, shearwater, razorbill,
black skimmer, flood gull, skippang_ et autres. Il a le bec noir à
l'extrémité, et tirant sur le rouge près de la tête. Cependant l'on
rencontre des individus qui ont le bec entièrement noir, comme celui
dont parle ici l'auteur; mais ce n'est probablement qu'une variété
d'âge. Il se trouve principalement sur les rivages de la Caroline du
Sud, et du Texas, et quelquefois par volées immenses.]
[Note 115: Avec un bec en apparence si incommode, cet oiseau sait fort
bien trouver sa vie. Quand il veut pêcher, il rase lentement la surface
de la mer, et, coupant l'eau avec la partie inférieure de son bec, il
saisit en dessous le poisson, qui fait sa nourriture habituelle.]
Les sauvages en toutes ces costes où nous avons esté, disent
qu'il vient d'autres oiseaux quand leur bled est à maturité,
qui sont fort gros; & nous contrefaisoient leur chant semblable
à celuy du cocq d'Inde. Ils nous en montrèrent des plumes en
plusieurs lieux, dequoy ils empannent leurs flèches & en
mettent sur leurs testes pour parade, & aussi une manière de
poil qu'ils ont soubs la gorge, comme ceux qu'avons en France:
& disent qu'ils leur tumbe une creste rouge sur le bec. Ils
nous les figurèrent aussi gros qu'une outarde, qui est une
espece d'oye; ayant le col plus long & deux fois plus gros que
celles de pardeça. Toutes ces demonstrations nous firent juger
que c'estoient cocqs d'Inde. Nous eussions bien desiré voir de
ces oiseaux, aussi bien que de la plume, pour plus grande
certitude. Auparavant que j'eusse veu les plumes & le petit
boquet de poil qu'ils ont soubs la gorge; & que j'eusse oy
contrefaire leur chant, je croiyois que ce fussent de certains
oiseaux [116], qui se trouvent en quelques endroits du Perou en
73/221 forme de cocqs d'Inde, le long du rivage de la mer, mangeans
les charongnes autres choses mortes, comme font les corbeaux:
mais ils ne sont pas si gros, & n'ont pas la barbe si longue,
ny le chant semblable aux vrais coqs d'Inde, & ne sont pas bons
à manger comme sont ceux que les sauvages disent qui viennent
en troupe en esté; & au commencement de l'yver s'en vont aux
pays plus chauts, où est leur demeure naturelle.
[Note 116: L'oiseau dont parle ici Champlain, est vraisemblablement
l'Aura (_vultur aura_, LINNÉE), appelé Ouroua par les Brésiliens, et
Suyuntu par les Péruviens, «se nourrissant plutôt de chair morte et de
vidanges, que de chair vivante», suivant Buffon.]
_Retour des descouvertures de la coste des Almouchiquois._