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[Illustration: Chouacoit-R]

_Les chifres montrent les brases d'eau._

A La riviere.

B Le lieu où ils ont leur forteresse.

C Les cabannes qui sont parmy les champs où auprès ils cultivent

la terre & sement du bled d'Inde.

D Grande compaigne sablonneuse, neantmoins remplie d'herbages.

E Autre lieu où ils font leurs logemens tous en gros sans estre

separez après la semence de leurs bleds estre faite.

F (1) Marais où il y a de bons pasturages.

G Source d'eau vive.

H Grande pointe de terre toute deffrichée horsmis quelques arbres

fruitiers & vignes sauvages.

I Petit islet à l'entrée de la riviere.

L Autre islet (2).

M Deux isles où vesseaux peuvent mouiller l'ancre à l'abry d'icelles

avec bon fons.

N Pointe de terre deffrichée ou nous vint trouver Marchim.

O (3) Quatre isles.

P Petit ruisseau qui asseche de basse mer.

Q (4) Basses le long de la coste.

R La rade où les vaisseaux peuvent mouiller l'ancre attendant le flot.

(1) f, dans la carte.--(2) Cet îlet est marqué I. Des deux qui sont

marqués de la même lettre, celui-ci est le plus éloigné de l'entrée de

la rivière.--(3) Des quatre O qui désignaient les quatre îles, le

graveur a fait quatre îles plus petites. Les quatre îles sont au

nord-ouest de la pointe H.--(4.) Dans la carte, c'est une lettre

minuscule.

Le dimanche 12 [83] du mois nous partismes de la riviere

appelée Chouacoët, & rengeant la coste aprés avoir fait quelque

6 ou 7 lieues le vent se leva contraire, qui nous fit mouiller

l'ancre & mettre pied à terre, où nous vismes deux prairies,

chacune desquelles contenoit environ une lieue de long, & demie

de large. Nous y aperceusmes deux sauvages que pensions à

l'abbord estre de gros oiseaux qui sont en ce pays là, appelés

outardes, qui nous ayans advisés, prindrent la fuite dans les

bois, & ne parurent plus. Depuis Chouacoet jusques en ce lieu

où vismes de petits oiseaux[84], qui ont le chant comme merles,

noirs horsmis le bout des ailles, qui sont orangés, il y a

quantité de vignes & noyers. Ceste coste est sablonneuse en la

pluspart des endroits depuis Quinibequy. Ce jour nous

retournasmes deux ou trois lieux devers Chouacoet jusques à un

cap qu'avons nommé le port aux isles[85], bon pour des

vaisseaux de cent tonneaux, qui est parmy trois isles. Mettant

56/204 le cap au nordest quart du nort proche de ce lieu, l'on entre

en un autre port[86] où il n'y a aucun passage (bien que ce

soient isles) que celluy par où on entre, où à l'entrée y a

quelques brisans de rochers qui sont dangereux. En ces isles y

a tant de groiselles rouges que l'on ne voit autre chose en la

pluspart, & un nombre infini de tourtes [87], dont nous en

prismes bonne quantité. Ce port aux isles est par la hauteur de

43 degrez 25 minutes de latitude.

[Note 83: Le 12 de juillet était un mardi. Comme M. de Monts et l'auteur

semblent avoir visité ce lieu assez en détail, et qu'ils mirent à terre

le 10, il est probable qu'on ne repartit de Chouacouet que le 12.]

[Note 84: On donne à cet oiseau le nom de Commandeur (_Agelaius

Phoeniceus_, VIEILLOT). En Canada, on l'appelle Étourneau, parce qu'il a

avec ce dernier une certaine conformité de couleur et d'habitudes.]

[Note 85: Il ne faut pas confondre ce cap du Port-aux-Iles avec celui

que l'auteur appelle, un peu plus loin, le Cap-aux-Iles. Ce dernier

porte aujourd'hui le nom de cap Anne, et le premier celui de cap

Porpoise (cap au Marsouin). Williamson parle du cap Porpoise à peu près

dans les mêmes termes que Champlain. «Le cap Porpoise, dit-il, est un

havre étroit et de difficile accès.» Le nom de _Mousom_, que l'on a

donné à la rivière du cap Porpoise, est vraisemblablement une corruption

du mot _marsouin_; car il est impossible qu'il soit dérivé du nom

sauvage _Meguncouk_.]

[Note 86: Ce doit être l'entrée de la rivière Kenebunk, «qui est un bon

havre pour les petits vaisseaux,» dit Williamson. _(Hist. of Maine.)_]

[Note 87: Tourtres, ou Pigeons de passage (_Ectopistes migratoria_,

AUDUBON).]

Le 15 dudit mois fismes 12 lieues. Costoyans la coste nous

apperçeusmes une fumée sur le rivage de la mer, dont nous

approchasmes le plus qu'il nous fut possible, & ne vismes aucun

sauvage, ce qui nous fit croire qu'ils s'en estoient fuys. Le

soleil s'en alloit bas, & ne peusmes trouver lieu pour nous

loger icelle nuict, à cause que la coste estoit platte, &

sablonneuse. Mettant le cap au su pour nous esloigner, afin de

mouiller l'ancre, ayant fait environ deux lieues nous

apperçeusmes un cap [88] à la grande terre au su quart du suest

de nous, où il pouvoit avoir quelque six lieues: à l'est deux

lieues apperçeusmes trois ou quatre isles assez hautes[89], & à

l'ouest un grand cu de sac[90]. La coste de ce cul de sac toute

rengée jusques au cap peut entrer dans les terres du lieu où

57/205 nous estions environ quatre lieues: il en a deux de large nort

& su[91] & trois en son entrée: Et ne recognoissant aucun lieu

propre pour nous loger, nous resolusmes d'aller au cap cy

dessus à petites voilles une partie de la nuict, & en

aprochasmes à 16 brasses d'eaue où nous mouillasmes l'ancre

attendant le poinct du jour.

[Note 88: Le cap Anne.]

[Note 89: Les îles appelées _Isles of Shoals_ (îles de Battures.) «Ces

îles constituent le groupe auquel le célèbre capitaine John Smith donna

son propre nom; mais l'ingratitude de l'homme a refusé à sa mémoire ce

faible honneur.» _(Dict. of Am.)_]

[Note 90: On voit, par ce qui suit, que ce grand cul-de-sac désigne

évidemment la grande baie que forme la côte au nord du cap Anne. C'est

ce même cul-de-sac que l'auteur appelle ailleurs baie Longue. Les cartes

modernes ne lui assignent aucun nom particulier.]

[Note 91: A rigoureusement parler, la largeur de cette baie n'est pas

dans le sens nord et sud; mais il est évident que l'auteur ne prétend

point en donner ici une description mathématique, puisqu'il ne la décrit

que de loin et selon l'apparence qu'elle présente à la distance de

plusieurs lieues.]

Le lendemain nous fusmes au susdict cap, où il y a trois isles

proches de la grand terre, pleines de bois de diferentes

sortes, comme à Chouacoet & par toute la coste: & une autre

platte, où la mer brise, qui jette un peu plus à la mer que les

autres, où il n'y en a point. Nous nommasmes ce lieu le cap aux

isles [92], proche duquel apperçeusmes un canau, où il y avoit

5 ou 6 sauvages, qui vindrent à nous, lesquels estans prés de

nostre barque s'en allèrent danser sur le rivage. Le sieur de

Mons m'envoya à terre pour les veoir, & leur donner à chacun un

cousteau & du biscuit, ce qui fut cause qu'ils redanserent

mieux qu'auparavant. Cela fait je leur fis entendre le mieux

qu'il me fut possible, qu'ils me monstrassent comme alloit la

coste. Apres leur avoir dépeint avec un charbon la baye [93] &

le cap aux isles, où nous estions, ils me figurèrent avec le

58/206 mesme creon, une autre baye [94] qu'ils representoient fort

grande, où ils mirent six cailloux d'esgalle distance, me

donnant par là à entendre que chacune des marques estoit autant

de chefs & peuplades [95]: puis figurèrent dedans ladicte baye

une riviere que nous avions passée [96], qui s'estent fort

loing, & est batturiere. Nous trouvasmes en cet endroit des

vignes en quantité, dont le verjust estoit un peu plus gros que

des poix, & force noyers, où les noix n'estoient pas plus

grosses que des balles d'arquebuse. Ces sauvages nous dirent,

que tous ceux qui habitoient en ce pays cultivoient &

ensemensoient la terre, comme les autres qu'avions veu

auparavant. Ce lieu est par la hauteur de 43 degrez, & quelque

minutes [97] de latitude. Ayant fait demie lieue nous

apperçeusmes plusieurs sauvages sur la pointe d'un rocher, qui

couroient le long de la coste, en dansant, vers leurs

compagnons, pour les advertir de nostre venue. Nous ayant

monstré le quartier de leur demeure, ils firent signal de

fumées pour nous monstrer l'endroit de leur habitation. Nous

59/207 fusmes mouiller l'ancre proche d'un petit islet, où l'on envoya

nostre canau pour porter quelques cousteaux & gallettes aux

sauvages; & apperçeusmes à la quantité qu'ils estoient que ces

lieux sont plus habitez que les autres que nous avions veus.

Après avoir arresté quelques deux heures pour considerer ces

peuples, qui ont leurs canaux faicts d'escorce de boulleau,

comme les Canadiens, Souriquois & Etechemins, nous levasmes

l'ancre, & avec apparence de beau temps nous nous mismes à la

voille. Poursuivant nostre routte à l'ouest surouest, nous y

vismes plusieurs isles à l'un & l'autre bort. Ayant fait 7 à 8

lieues nous mouillasmes l'ancre proche d'une isle où

apperçeusmes force fumées tout le long de la coste, & beaucoup

de sauvages qui accouroient pour nous voir. Le sieur de Mons

envoya deux ou trois hommes vers eux dedans un canau, ausquels

il bailla des cousteaux & patenostres pour leur presenter, dont

ils furent fort aises, & danserent plusieurs fois en payement.

Nous ne peusmes sçavoir le nom de leur chef, à cause que nous

n'entendions pas leur langue. Tout le long du rivage y a

quantité de terre deffrichée, & semée de bled d'Inde. Le pays

est fort plaisant & aggreable: neantmoins il ne laisse d'y

avoir force beaux bois. Ceux qui l'habitent ont leurs canaux

faicts tout d'une pièce, fort subjets à tourner, si on n'est

bien adroit à les gouverner: & n'en avions point encore veu de

ceste façon. Voicy comme ils les font. Apres avoir eu beaucoup

de peine, & esté long temps à abbatre un arbre le plus gros &

le plus haut qu'ils ont peu trouver, avec des haches de pierre

60/208 (car ils n'en ont point d'autres, si ce n'est que quelques uns

d'eux en recouvrent par le moyen des sauvages de la coste

d'Accadie, ausquels on en porte pour traicter de peleterie) ils

ostent l'escorce & l'arrondissent, horsmis d'un costé, où ils

mettent du feu peu à peu tout le long de la pièce: & prennent

quelques fois des cailloux rouges & enflammez, qu'ils posent

aussi dessus: & quand le feu est trop aspre, ils l'esteignent

avec un peu d'eau, non pas du tout, mais de peur que le bord du

canau ne brusle. Estant assez creux à leur fantasie, ils le

raclent de toutes parts avec des pierres, dont ils se servent

au lieu de cousteaux. Les cailloux dequoy ils font leurs

trenchans sont semblables à nos pierres à fusil.

[Note 92: Les Anglais lui ont donné le nom de la reine Anne.]

[Note 93: La baie dont l'auteur vient de parler, c'est-à-dire, la baie

Longue.]

[Note 94: La baie de Massachusets, au fond de laquelle est la baie de

Boston. En comparant le récit des auteurs anglais sur les sauvages

appelés Massachusets, avec ce que Champlain et les français de son temps

disent des Almouchiquois, on demeure convaincu que les uns et les autres

ont désigné par ces deux mots, en apparence si différents, une seule et

même nation, ou qu'ils ont étendu ce nom à toutes les tribus qui

faisaient cause commune avec ces sauvages contre les nations des côtes

d'Acadie. «Les Massachusets, dit Gookin, demeuraient principalement vers

cet endroit de la baie de Massachusets, où les Anglais sont maintenant

établis. Ils formaient un peuple grand et nombreux. Leur principal chef

avait autorité sur plusieurs capitaines subalternes... Cette nation

pouvait autrefois mettre sur pied environ trois mille hommes de guerre,

au rapport des vieux sauvages.» _(Collect. of the Mass. Hist. Soc._,

première série, vol. I.) Suivant le même auteur, les Massachusets

avaient pour alliés les Patoukets, qui demeuraient plus au nord. D'où

l'on voit que les peuples qui habitaient la plus grande partie des côtes

de la Nouvelle-Angleterre, étaient les Massachusets et leurs alliés. Or

ce sont précisément ces mêmes nations que les voyageurs français

comprenaient sous le nom d'Almouchiquois. Ce qu'il y a de certain, c'est

que les Français appelaient Almouchiquois plusieurs peuples ou tribus

que les Anglais comprenaient sous le nom de Massachusets, et, quelle que

soit la vraie signification de ces deux mots, on ne peut nier qu'ils

n'aient entre eux un certain air de parenté (_al-moussicoua-set_).]

[Note 95: C'étaient, d'après Gookin, les chefs de Weechagaskas, de

Neponsitt, de Punkapaog, de Nonantum, de Nashaway, et d'une partie des

Nipmucks, suivant le rapport des anciens.]

[Note 96: Le Merrimack.]

[Note 97: La latitude du cap Anne est d'environ 42° 38'.]

Le lendemain 17 dudict mois levasmes l'ancre pour aller à un

cap, que nous avions veu le jour précèdent, qui nous demeuroit

comme au su surouest[98]. Ce jour ne peusmes faire que 5

lieues, & passames par quelques isles remplies de bois. Je

recognus en la baye tout ce que m'avoient dépeint les sauvages

au cap des isles. Poursuivant nostre route il en vint à nous

grand nombre dans des canaux, qui sortoient des isles, & de la

terre ferme. Nous fusmes ancrer à une lieue du cap, qu'avons

nommé S. Loys[99], où nous apperçeusmes plusieurs fumées: y

voulant aller nostre barque eschoua sur une roche, où nous

fusmes en grand danger: car si nous n'y eussions promptement

remédié, elle eut bouleversé dans la mer, qui perdoit tout à

l'entour, où il y avoit 5 à 6 brasses d'eau: mais Dieu nous

61/209 preserva, & fusmes mouiller l'ancre proche du susdict cap, où

il vint quinze ou seize canaux de sauvages, & en tel y en avoit

15 ou 16 qui commencèrent à monstrer grands signes de

resjouissance, & faisoient plusieurs sortes de harangues, que

nous n'entendions nullement. Le sieur de Mons envoya trois ou

quatre hommes à terre dans nostre canau, tant pour avoir de

l'eau, que pour voir leur chef nommé Honabetha, qui eut

quelques cousteaux, & autres jolivetés, que le sieur de Mons

luy donna, lequel nous vint voir jusques en nostre bort, avec

nombre de ses compagnons, qui estoient tant le long de la rive,

que dans leurs canaux. L'on receut le chef fort humainement, &

luy fit-on bonne chère: & y ayant esté quelque espace de

temps, il s'en retourna. Ceux que nous avions envoyés devers

eux, nous apportèrent de petites citrouilles de la grosseur du

poing, que nous mangeasmes en sallade comme concombres, qui

sont tresbonnes; & du pourpié[100], qui vient en quantité parmy

le bled d'Inde, dont ils ne font non plus d'estat que de

mauvaises herbes. Nous vismes en ce lieu grande quantité de

petites maisonnettes, qui sont parmy les champs où ils sement

leur bled d'Inde.

[Note 98: Ce cap, appelé plus loin cap Saint-Louis, leur «demeurait

comme au sud-sud-ouest» dans la journée du 16.]

[Note 99: La pointe Brandt. On ne la désigne ordinairement que comme

pointe, parce que, suivant l'expression même de Champlain, c'est «une

terre médiocrement basse.»]

[Note 100: _Portulaca oleracea_. «Ce pourpier,» dit Miller (Dict. des

Jardiniers), «croît naturellement en Amérique et dans les parties les

plus chaudes du globe.» Il est assez probable que cette plante se sera

propagée jusqu'à cette latitude avec la culture du tabac.]

Plus y a en icelle baye [101] une riviere qui est fort

spatieuse, laquelle avons nommée la riviere du Gas [102], qui,

à mon jugement, va rendre vers les Yroquois, nation qui a

guerre ouverte avec les montaignars qui sont en la grande

riviere S. Lorans.

[Note 101: Dans la baie de Boston.]

[Note 102: Du nom de M. de Monts, Pierre Du Gas. C'est probablement la

rivière Charles; mais elle vient du sud-ouest, plutôt que du côté des

Iroquois.]

62/210

_Continuation des descouvertures de la coste des Almouchiquois,

& de ce qu'y avons remarqué de particulier._

Oeuvres de Champlain · 第 60 / 415 题