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[Illustration: Port au mouton.]

_Les chifres montrent les brasses d'eau._

A Les lieux où posent les vaisseaux.

B Le lieu où nous fismes nos logemens.

C Un estang.

D Une isle à l'entrée du port, couverte de bois.

E Une rivière qui est assez basse d'eau.

F Un estang(l).

G Ruisseau assez grand qui vient de l'estang f.

H 6 Petites isles qui sont dans le port.

L Campagne où il n'y a que des taillis & bruyères fort petites(2).

M La coste du costé de la mer.

(1) Dans la carte la lettre F est remplacée par f.--(2) La lettre L

manque dans la carte; mais le dessin y supplée, l'auteur y ayant

représenté des roseaux.

Le lendemain le sieur de Mons fit lever les ancres pour aller à

la baye saincte Marie, lieu qu'avions recogneu propre pour

nostre vaisseau, attendant que nous en eussions trouvé un autre

plus commode pour nostre demeure. Rengeant la coste nous

passames proche du cap de Sable & des isles aux loups marins,

où le sieur de Mons se délibéra d'aller dans une chalouppe voir

quelques isles dont nous luy avions faict récit, & du nombre

infini d'oiseaux qu'il y avoit. Il s'y mit donc accompagné du

sieur de Poitrincourt & de plusieurs autres gentilshommes en

intention d'aller en l'isle aux Tangueux, où nous avions

auparavant tué quantité de ces oyseaux à coups de baston.

Estant un peu loing de nostre navire il fut hors de nostre

puissance de la gaigner, & encore moins nostre vaisseau: car la

marée estoit si forte que nous fusmes contrains de relascher en

un petit islet, pour y passer celle nuict, auquel y avoit grand

nombre de Gibier. J'y tué quelques oyseaux de riviere, qui nous

servirent bien: d'autant que nous n'avions pris qu'un peu de

biscuit, croyans retourner ce mesme jour. Le lendemain nous

fusmes au cap Fourchu, distant de là, demye lieue. Rengeant la

coste nous fusmes trouver nostre vaisseau qui estoit en la baye

saincte Marie. Nos gens furent fort en peine de nous l'espace

de deux jours, craignant qu'il nous fust arrivé quelque

16/164 malheur: mais quand ils nous virent en lieu de seureté, cela

leur donna beaucoup de resjouissance.

Deux ou trois jours [31] après nostre arrivée, un de nos

prestres, appelle mesire Aubry [32], de la ville de Paris,

s'esgara si bien dans un bois en allant chercher son espée

laquelle il y avoit oublyée, qu'il ne peut retrouver le

vaisseau: & fut 17 jours [33] ainsi sans aucune chose pour se

substanter que quelques herbes seures & aigrettes comme de

l'oseille, & des petits fruits de peu de substance, gros comme

groiselles, qui viennent rempant sur la terre. Estant au bout

de son rollet, sans esperance de nous revoir jamais, foible &

débile, il se trouva du costé de la baye Françoise, ainsi

nommée par le sieur de Mons, proche de l'isle Longue, où il

n'en pouvoit plus, quand l'une de nos chalouppes allant à la

pesche du poisson [34], l'advisa, qui ne pouvant appeller leur

faisoit signe avec une gaule au bout de laquelle il avoit mis

son chappeau, qu'on l'allast requérir: ce qu'ils firent aussi

tost & l'ammenerent. Le sieur de Mons l'avoit faict chercher,

tant par les siens que des sauvages du païs, qui coururent tout

17/165 le bois & n'en apportèrent aucunes nouvelles. Le tenant pour

mort, on le voit revenir dans la chalouppe au grand

contentement d'un chacun: Et fut un long temps à se remettre en

son premier estat.

[Note 31: Lescarbot dit:«Après avoir sejourné douze ou treze jours.»

Mais, si Messire Nicolas Aubry se perdit pendant qu'on était à la baie

Sainte-Marie, et que M. de Monts le fit chercher lui-même, comme le dit

l'auteur quelques lignes plus loin, ce ne pouvait être que deux ou trois

jours après l'arrivée en cette baie; puisque M. de Monts en partit le l6

de juin, avec la barque (voir ci-après, p. 17), et qu'on ne dut pas y

arriver avant le 12 ou le 13, suivant Lescarbot lui-même.]

[Note 32: Nicolas Aubry, «jeune homme d'Église, parisien de bonne

famille,» à qui il avait pris envie de faire le voyage avec le sieur de

Mons, «& ce, dit-on, contre le gré de ses parents, lesquels envoyèrent

exprés à Honfleur pour le divertir & r'amener à Paris.» (Lescarbot, liv.

IV, ch. II, et IV.)]

[Note 33: Seize jours, suivant Lescarbot, liv. IV, ch. III.]

[Note 34: Suivant Lescarbot, «comme on étoit après déserter l'ile» (de

Sainte-Croix), «Champdoré fut renvoyé à la baie Sainte-Marie avec un

maître de mines qu'on y avoit mené pour tirer de la mine d'argent & de

fer: ce qu'ilz firent... là où après quelque sejour, allans pécher,

ledit Aubri les apperceut...» (Liv. IV, ch. IV.)]

_Description du Port Royal & des particularités, d'iceluy. De

l'isle Haute. Du port aux mines. De la grande baye Françoise.

De la riviere S. Jean, & ce que nous avons remarqué depuis le

port aux mines jusques à icelle. De l'isle appelée par les

sauvages Manthane. De la riviere des Etechemins & de plusieurs

belles isles qui y sont. De l'isle de S. Croix: & autres choses

remarquables d'icelle coste._

Oeuvres de Champlain · 第 48 / 415 题