[538] C’est quatre pouces. La perche (mesure de longueur) des environs

de Paris étoit de 18 pieds et le _dour_ ou quatre pouces. Je sais bien

que Nicod donne au dour quatre doigts, ou la longueur d’un poing serré,

ou enfin le _quart_ du pied-de-Roi, et le fait venir du grec δὡρον,

et que Du Cange l’évalue aussi à _trois pouces_, mais la valeur de

_quatre pouces_ est constamment attribuée au dour dans tous les anciens

terriers des environs de Paris. Cette circonstance me semble devoir

fixer la longueur du dour à quatre pouces. J’ajouterai que ce passage

du _Ménagier_ me paroît confirmer cette évaluation, puisqu’il est

plus naturel que l’auteur fasse varier la profondeur de la plantation

de quatre à six pouces que de trois à six, ce qui constitueroit une

différence de moitié.

[539] Ou un morceau de drap (au lieu du fétu de paille) afin que l’eau

en découle goutte à goutte sur le pied de la plante.

[540] _Arroches_, plante potagère appelée aussi _Follete_ ou

_Bonne-Dame_.

[541] Aussi.

[542] Du temps de Pâques (à manger à Pâques).

[543] Couper les poirées montées à graine.

[544] La Notre-Dame de septembre?

[545] Var. B. _Dour_.

[546] De la lune.

[547] L’Annonciation, 25 mars.

[548] De la grosseur.

[549] Il semble qu’il faudroit _et_.

[550] A. et C. ajoutent: _qu’elle soit si fort serrée_.

[551] Nos ancêtres faisoient une grande consommation de roses et

d’autres fleurs en général. Nous verrons tout à l’heure dans les menus

de grands repas, l’acquisition de chapeaux ou couronnes de fleurs pour

les convives. On voit dans les comptes du duc d’Anjou pour 1379, un don

de dix francs fait par mandement de ce prince, en date du 8 juin, _à

Yolent, jadis femme de feu Gillet Le Pelletier, en récompensation de ce

que depuis que Monseigneur estoit venus en la ville de Paris_ (c’étoit

en mai seulement) _elle l’avoit très-bien servi de roses et de flours_

(K. 52, 3, fol. 93 vº et 101). L’auteur des _Rues et églises de Paris_,

qui écrivoit tout au commencement du XVIe siècle, estimoit à quinze

mille écus la dépense annuelle qui se faisoit à Paris, «en chapeau de

fleurs, bouquets et may verds tant pour noces que confrairies, baptêmes,

images des églises, audiences de Parlement.... le Trésor, Chastelet et

aussi pour festins et banquets qui se font en l’Université en faisant

les gradués et autrement.»

[552] Ce doit être, sans aucun doute, une pièce de feutre ou un coussin

bourré, que les porte-faix mettoient sur leur tête ou sur leur épaule

afin que les fardeaux ne les blessassent pas. On disoit aussi _la

feutreure_. Voy. Du Cange à _Feutrum_, où ce mot ne semble pas bien

expliqué.--Il me paroît de même que dans les exemples cités dans Du

Cange au mot _Feltrum_, _afeutrement_ signifie le coussin garnissant la

selle, et qu’un cheval _désafeutré_, signifie un cheval privé de sa

selle plutôt que de housse et de couverture. Il est parlé d’un _porteur

d’afeutrure_ dans le mariage des quatre fils Aymon, t. I, pag. 369 des

_Mystères du XVe siècle_, de M. Jubinal.

[553] Maître-d’hôtel ou intendant: _Dispensator_; de là les Spencer en

Angleterre. Froissart appelle toujours Hugues Spencer, _Hue le

Despensier_.

[554] Moqueurs.

[555] Les trois manuscrits ajoutent ici la phrase suivante qui paroît

singulièrement placée en cet endroit: _Et nota que qui veult faire

chandelle de suif, il est neccessaire de très bien faire sécher son

lumignon au feu_.

[556] On trouve dans la grande ordonnance rendue par le roi Jean, en

février 1350-1, pour remédier à l’augmentation de prix de toutes choses

et surtout de la main-d’œuvre, produite par la peste de 1348 et la

disette, le montant des salaires exigibles par quelques domestiques. On

y voit que les chambrières des bourgeois de Paris gagnoient 30 sols par

an et leurs chaussures; un vacher gardant trente vaches, 50 sols; les

meilleurs chartiers sept livres; les soyeurs (scieurs, moissonneurs) de

grain, 2 sols ½ par jour. Les laboureurs ne pouvoient prendre que 24

s. pour la façon d’un arpent à 4 labours, et les faucheurs de prés que 4

s. par arpent, etc. (Le marc d’argent valoit alors 6 fr.: aujourd’hui 52

fr.)

[557] Sorte d’ordre ou association religieuse, tenant le milieu entre la

vie laïque et la vie monastique (voy. _Œuvres de Rutebeuf_, t. I, pag.

160). Nous verrons plus loin (p. 61) que cette dame Agnès la béguine,

quoique sous les ordres de la jeune femme de l’auteur, étoit cependant

pour elle une sorte de duègne ou gouvernante. Il résulte de cet article

que l’auteur du _Ménagier_ avoit un grand nombre de domestiques.

[558] Livre de dépense.

[559] Ses répondans. Il y avoit dès lors et sans doute antérieurement

des _recommanderesses_ ou femmes tenant des espèces _de bureaux de

placemens_. L’ordonnance de 1351, déjà citée p. 56, leur assigne 18

deniers pour leur salaire d’avoir placé une chambrière, et 2 sols pour

une nourrice, _à prendre tant d’une partie comme d’autre_, et leur

défend, _sous peine de pilori_, de louer ou recommander la même

chambrière ou nourrice plus d’une fois dans la même année.

[560] Se quereller.

[561] L’auteur, se sert, en cet endroit, d’expressions qu’il étoit

difficile de reproduire, et manque lui-même au précepte qu’il vient de

donner à sa femme quelques lignes plus haut. Néanmoins la délicatesse

qu’il témoigne ici, _au moins en intention_, est remarquable pour son

époque. On étoit alors si peu scrupuleux que ces expressions étoient

employées pour désigner certains mets de figure fort inconvenante. Voy.

Legrand d’Aussy, t. II, pages 304, 305.

[562] La gentille, la galante. Voir au ch. CXXII du chevalier de La

Tour, la curieuse histoire d’une association amoureuse dite des Galois

et Galoises.

Par ce point-là je n’entends, quant à moi,

Tours ni porteaux, mais gentilles Galoises.

LA FONTAINE, _les Rémois_.

[563] Tabourets de toute la longueur des bancs. Les banquiers et les

formiers étoient des housses placées sur les bancs et les formes

(escabelles). Un _banquier à_ (orné de figures d’) _oiseaux_ est cité

dans l’Inventaire de R. Picque, archevêque de Reims (1389) au ch. des

_couvertoirs et tapis_. On voit dans la planche pag. 9 du t. I, l’auteur

et sa femme assis sur un _banc_ recouvert d’un _banquier_; ils

s’appuient sur des _coustes_ ou _oreillers_, et la femme a les pieds sur

un _marchepié_ qui paroît à la droite de l’homme.

[564] On verra dans les comptes d’Isabeau de Bavière pour les années

1408 et 1409 (Archiv. du Roy. K., 268), dont notre collègue M. de Lincy

donnera de longs et très-curieux extraits dans son appendice de la

première partie des _Femmes célèbres de l’ancienne France_, actuellement

sous presse, que cette princesse dépensoit des sommes considérables en

_bêtes de chambre_, mais des gens de condition plus modeste mettoient

aussi un assez haut prix à de certains oiseaux. En 1406, Augustin

Isebarre, changeur de Paris, accusé d’avoir eu des acointances avec un

certain Sansonet marchand d’oiseaux qui avoit, avec d’autres, volé pour

4,000 liv. de vaisselle et joyaux dans le _retrait_ (cabinet) de la

reine, disoit qu’il l’avoit connu parce qu’_un sien varlet lui dit que

Sansonet avoit une très bonne linotte, et l’acheta 40 sols_. (La valeur

de 2 ou 3 septiers de blé.) Nous verrons plus loin (à la fin du

_Viandier_) l’auteur parler encore d’oiseaux, et notamment de ceux

d’Hugues Aubriot.

[565] _Recipe._

[566] Voir l’art. V de cette distinction au chapitre des _Menues

choses_.

[567] Graisse. Var. A. _Sang_.

[568] Mettre une bête morte là où il mettra ensuite son poison.

[569] Mettre à l’air, sécher.

[570] Provisions en général, voy. t. I, pag. 237.

[571] Aisselles, petits ais, petites planches.

[572] Aconit, en espagnol _rejagar_. (NICOT.)

[573] L’auteur a voulu parler ici de l’_éponge_, car je ne vois pas que

ce qu’il dit de l’_espurge_ puisse convenir en rien à l’herbe qui porte

ce nom (_Cataputia._--Voy. Nicot et le _Grant herbier en françois_).

Plus loin il emploie encore le mot _espurge_ évidemment pour désigner

l’éponge.

[574] La plus grande partie de la poussière.

[575] Var. C. _vergettes_.

[576] Sans doute _terre à foulons_, argile dont on se sert encore

quelquefois pour enlever les taches de graisse, surtout sur le bois.

[577] De couleur bleue.

[578] Ces mots qui se trouvent dans les trois manuscrits me paroissent

être une observation critique, un doute de l’auteur sur une recette

qu’il transcrivoit. Nous trouverons encore de semblables remarques dans

le cinquième article de cette distinction.

[579] Le vêtement (auquel est joint la fourrure). On appelloit souvent

_robe_ un habit complet, et _garnement_ chaque vêtement composant la

_robe_; ainsi, dans ce cas, le surcot, le corset, la cotte, le manteau

étoient dits _garnemens_. Voir la collection Le Ber, XIX, 156, 374, 383,

etc.

[580] Fleur de farine: nous verrons souvent dans le _Viandier_ le mot

fleur employé seul dans ce sens.

[581] Suppléez _tant qu’elle revienne_.

[582] Gros tonneau qui contenoit, à la mesure de Paris, 54 setiers de 8

pintes (la pinte 2 livres pesant d’eau, un peu plus qu’une bouteille

ordinaire, 93 centilitres) ou 391 litres 76.

[583] Nom parisien du raisin noir. Voir le Dict. de Nicot.--Var. B.

_mourillons_.

[584] Var. A. _la sente_.

[585] _Sileos_ ou _siler montanum_ dans le _Grant herbier_.

[586] _Cardamomon_, employé souvent dans le _Viandier_.

[587] Var. B. _d’un_. Percer d’un greffoir ou d’un petit bâton aiguisé?

[588] Vide.

[589] Le setier contenoit 8 pintes.

[590] Coussinet, emplâtre.--Les blancs frappés sous le règne de Charles

VI, avoient 11 à 12 lignes de diamètre.

[591] La quarte ou pot contenoit deux pintes.

[592] Rez-de-chaussée.

[593] Outre le temps convenable: trop longtemps.

[594] S’accouder.

[595] Coudes.

[596] S’en voise, s’en aille, fuie.

[597] Avec un large pied.

[598] Instruire.

[599] En jetant leur chemise dessus? On sait que nos pères couchoient

sans aucun vêtement.

[600] Suppléez: _et pendant que_.

[601] En état d’empêchement.

[602] Il y en a dix-huit. Ces conditions du bon cheval ont été souvent

imprimées au XVIe siècle.

[603] Les hanches. On appeloit en termes de vénerie un chien bien harpé

celui qui avoit les hanches larges et grosses. Voy. Salnove.

[604] Ou _coite_, de _quies_? S’il se tient bien en repos?

[605] Fumier, litière.

[606] Je n’ai pu trouver la signification de ce mot.

[607] Uni.

[608] Qu’il n’ait ni courbes ni fusées.

[609] S’il a des durillons?

[610] Il semble que ce doit être garrot.

[611] Voir ci-après, p. 75, note 1.

[612] De l’autre côté.

[613] Le paturon.

[614] Var. A. _subaudeure_, enflure?

[615] Les manuscrits A et B, répètent ici textuellement ce qui précède

depuis _tu dois aller au costé_ jusqu’à _Fourme sur couronnelle_; il n’y

a de plus ici que les mots _malandre est_, etc., placés, p. 74, entre

crochets.

[616] Var. A. _stourcées_.

[617] Sortir.

[618] Grappe.

[619] A la même hauteur.

[620] Marchandé.

[621] Assuré.

[622] Son.

[623] Pour vendre chèrement. Var. B. _prouvende_, ration.

[624] Phrase obscure qui me paroît signifier que le remède des malandres

sert aussi pour l’enflure des jambes de derrière.

[625] Sorte de résine.

[626] Blancs d’œufs.

[627] Tamisé.

[628] Var. A. _du seing de sain_. J’ignore ce que peut signifier ici le

mot _saing_.

[629] Tuyau, chalumeau.

[630] Avives, glandes derrière la mâchoire.

[631] Cacher?

[632] La valeur de deux setiers de blé environ, donnée au maréchal pour

le traitement assez compliqué de cette maladie.

Les manuscrits donnent ensuite un Traité de l’épervier que l’auteur

avoit annoncé devoir faire le 2e article de la 3e distinction. J’ai

pensé devoir rétablir la division indiquée par l’auteur et suivie

jusqu’ici par lui, et j’ai renvoyé à la fin du livre le Traité de la

chasse à l’épervier.

[633] Le Ms. C porte avant ces mots, _Cy commence le Viandier_. C’est

pourquoi j’ai renvoyé au _Viandier_ dans diverses notes de cet ouvrage.

[634] On appeloit ainsi l’espace placé entre les rues Saint-Denis,

Pierre-à-Poisson et la Grande-Boucherie, devant laquelle il se

prolongeoit jusqu’à la rue Pied-de-Bœuf. (Voir Corrozet, éd. 1543, le

Plan de Turgot, etc.) Cet espace est aujourd’hui compris dans la place

du Châtelet. Mais l’auteur désigne ici sous ce nom, la grande boucherie

de la Porte-Paris, connue sous le seul titre de _Grande-Boucherie_, sur

l’emplacement de laquelle la grande maison de la place du Châtelet qui

fait face au pont au Change, me semble avoir été construite.

On peut voir dans du Breuil (éd. 1612, p. 1053), mais mieux dans Sauval

(I, 623), les _Variétés historiques_ (I, 170), et surtout dans le

_Traité de la Police_ de Lamarre, des détails sur l’origine de cet

établissement dont l’existence signalée dès le commencement du XIIe

siècle remontoit peut-être aux-temps de la domination Romaine. La

propriété des étaux de cette boucherie, au nombre de trente-deux au XVe

siècle, et plus tard de vingt-neuf, et le droit d’être reçu maître

boucher (à sept ans et un jour), appartenoient exclusivement aux

rejetons mâles d’un petit nombre de familles. A leur joyeux avénement

seulement les rois de France pouvoient faire un nouveau maître boucher

comme ils faisoient au reste un nouveau maître de chaque profession.

(C’est ainsi qu’en 1436, Oudin de Ladehors tige d’une de ces familles

dont il est parlé ci-dessus, parvint à la maîtrise par cession de

Guillaume Lefèvre dit _Verjus_ queux du roi Charles VII, que ce prince

avoit créé maître boucher à son joyeux avénement et confirmé à son

entrée dans Paris). Mais plus tard ce droit paroît être tombé en

désuétude, s’il ne fut pas racheté par les bouchers.

Depuis 1358 au moins, la grande boucherie étoit le siége d’une

importante juridiction devant laquelle les bouchers pouvoient évoquer

toutes leurs causes, et dont les appels se relevoient devant le

parlement. Cette juridiction se composoit: 1º d’un _maire_ ordinairement

membre du Châtelet (avocat du roi, conseiller ou avocat au Châtelet),

qui me semble avoir dû être nommé par le roi ou le prévôt de Paris

encore en 1430, car dans le registre de la boucherie pour cette année,

son nom est placé avant celui du _maître_, ce qui n’auroit pas eu lieu,

je crois, s’il n’eût tenu ses pouvoirs que de la communauté. En 1461, il

étoit élu par le _maître_ en présence, et je pense par les suffrages des

quatre jurés, du procureur et du receveur de la communauté, de deux

écorcheurs jurés et des maîtres bouchers; 2º _d’un maître de la grande

boucherie_ (un des bouchers les plus riches) nommé à vie par douze

électeurs désignés eux-mêmes par tous les maîtres bouchers. Le maire, et

le maître ne siégeoient pas ordinairement tous les deux à la fois, et il

n’est pas facile de définir les différences existant entre leurs

attributions. La puissance du maire me semble au reste avoir été

successivement restreinte; ainsi, tandis qu’en 1431 il désigne le

_maître_ pour _tenir ses plais_, ce qui semble placer le pouvoir

judiciaire dans la personne du _maire_, on voit la communauté décider,

en 1470, que _le maître sera nommé et intitulé aux lettres et actes qui

se feront en la justice de la boucherie, excepté quand on besognera

contre le maître, sera nommé et intitulé le maire_ (les actes et

jugemens seront rendus en son nom); 3º d’un procureur (au Châtelet); 4º

d’un tabellion qui étoit aussi ordinairement procureur au Châtelet. Les

quatre jurés nommés annuellement, le vendredi d’après la Saint-Jacques

(25 juillet), par quatre électeurs désignés par la communauté,

remplissoient l’office de ministère public devant ce tribunal, et

pouvoient provisoirement et par eux-mêmes saisir des viandes suspectes,

et comme aussi le _maire_ et le _maître_, envoyer préventivement en

prison les malfaiteurs. Cette juridiction avoit le plus souvent à juger

les violences des garçons bouchers, des malversations commerciales, des

réclamations de dettes contractées par des bouchers, etc. La boucherie

avoit en outre un _conseil de parlement_ et un _conseil de Châtelet_;

c’étoient deux membres de ces juridictions chargés des intérêts de la

communauté et rétribués par elle.--La mairie de la grande boucherie dura

jusqu’en 1673, que Louis XIV la réunit au Châtelet.

Les rejetons mâles des familles propriétaires de cet établissement

étoient tenus d’exercer par eux-mêmes ou au moins _de leurs deniers_ la

profession de leurs pères. On voit dans Lamarre (t. II, p. 560), qu’au

XVIe siècle, beaucoup de descendans de ces anciennes familles occupoient

des positions assez élevées, et avoient abandonné le commerce de la

boucherie; mais il ne faut pas croire qu’aux XIVe et XVe siècle ces

riches bouchers s’occupassent par eux-mêmes des _détails_ de leur

profession. Beaucoup avoient pour tailler et vendre leurs chairs, des

valets répondans du produit de la vente, et se bornoient à les

surveiller et à traiter en grand et par des facteurs le commerce des

bestiaux destinés à l’approvisionnement de Paris.

Un arrêt rendu en 1383 (7 mars) pour Jehan Le Pontonnier et Louis

Thibert héritiers, à cause de leurs femmes, de Guillaume de Saint-Yon,

contre la veuve de ce dernier, établit d’une manière aussi curieuse que

certaine, l’étendue et la nature des richesses très-diverses que

possédoit ce boucher, le plus riche de la Porte-Paris, et la nature de

ses occupations commerciales. Il est dit qu’il étoit propriétaire de

trois étaux: qu’_il y faisoit vendre_ chaque semaine des viandes pour

200 livres parisis, sur quoi il bénéficioit de 20 ou 30 livres; il avoit

une rente de 600 livres, quatre maisons de campagne près Paris, bien

fournies de meubles et d’instrumens aratoires: de grandes coupes, des

hanaps, des aiguières, des tasses d’argent de grand prix, des coupes de

madre avec des pieds d’argent d’une valeur de 100 fr. et plus; sa femme

avoit pour plus de 1 000 fr. de joyaux, ceintures, bourses, épingliers;

des robes longues et courtes bien fourrées, 3 manteaux fourrés de gris:

de très-beau linge. Il possédoit en outre 300 cuirs de bœuf valant bien

24 s. la pièce, 800 mesures de graisse valant 3 s. et demi, et 800

moutons de 10 s.; 5 ou 600 florins d’argent comptant. On évaluoit ses

biens meubles à 12 000 florins. Son sceau étoit d’argent; il avoit donné

2 000 florins de dot à ses deux nièces, et avoit dépensé 3 000 florins à

rebâtir sa maison de Paris (Jugés, XXX, 198 vº). Après cette énumération

de richesses énormes pour le temps, peut-on s’étonner de l’influence si

puissante de ces maîtres bouchers, signalée dans tous les historiens du

XVe siècle?

La famille de ce Guillaume de Saint-Yon, que Du Breuil et l’abbé Lebeuf

ont cru, mais sans preuve, être issue de celle des anciens seigneurs de

Saint-Yon près Montlhéry (Lebeuf, X, 260), étoit la plus puissante de la

grande boucherie. Elle y exerçoit, comme aussi celle Thibert, la

profession de boucher au moins dès 1260 (Reg. de la Boucherie). Au XVIIe

siècle, ces deux familles restées seules des vingt existantes en 1260,

étoient avec celles de Ladehors et Dauvergne, en possession exclusive

des vingt-neuf étaux de la grande boucherie; elles furent réduites à

trois en 1660, par l’extinction des Dauvergne. Plusieurs de leurs

membres étoient sans doute sortis du commerce de la boucherie pour

occuper des emplois plus importans, et étoient seulement propriétaires

d’étaux qu’ils louoient, mais d’autres étoient restés dans ce commerce,

et c’est assurément à un descendant de l’ancienne famille Thibert qu’il

faut attribuer l’histoire singulière du boucher de ce nom chez le

chevalier de Bragelongne, vers 1680. Sandras de Courtilz rapporte dans

les _entretiens de Colbert avec Bouin_ (Bauyn, I, 67), que ce boucher,

qui étoit gros joueur, couroit chez le chevalier dès qu’il avoit vendu

sa viande, et là, avec son tablier et sa camisole rouge, jouoit 3 ou 400

pistoles à la fois. Le duc de Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, mort en

1683), qui connoissoit cependant Thibert, voulant un jour le plaisanter

sur sa mise, s’écria: _Masse à la camisole rouge!_ en mettant une

poignée de louis sur la table. Le boucher, sans s’émouvoir, accepta le

défi en répondant aussitôt: _Top et tingue au cordon bleu!_ et ayant eu

les dés et les rieurs pour lui, releva gaiement l’argent du duc.

(J’ai consulté pour cette note les 106 premières pages, années 1430 à

1483, de l’extrait du registre de la grande boucherie, nº 290 du Cabinet

généalogique, dont mon ami M. de Lincy m’a signalé l’existence.)

[635] Var. C. _seize_.

[636] Cette boucherie, située sur la Montagne Sainte-Geneviève, existoit

au moins dès 1245, selon Sauval. Elle avoit été fondée par une

émigration des bouchers de Saint-Marcel.--Suivant une plaidoirie du 30

avril 1377 (Félibien, t. IV, p. 532), ces deux boucheries, que l’auteur

du _Ménagier_ a peut-être confondues à dessein à cause de leur

communauté d’origine, existoient de toute antiquité; elles auroient

compté anciennement cent vingt bouchers, mais n’en avoient plus alors

que trente-cinq. Au temps de Sauval, il n’y avoit plus que quatorze

étaux. Les Le Gois, chefs des émeutiers parisiens au XVe siècle, étoient

bouchers de Sainte-Geneviève.

On croit que la boucherie du Parvis était la plus ancienne de Paris.

Lamarre dit que Philippe Auguste en fit don à l’évêque de Paris quand

les bouchers l’eurent abandonnée pour se fixer à la Porte-Paris. Suivant

Sauval, ce prince n’auroit fait que les confirmer dans une possession

antérieure. Caboche étoit écorcheur dans cette boucherie en 1411.

On ignore l’époque du premier établissement de la boucherie de

Saint-Germain; peut-être étoit-elle aussi ancienne que l’abbaye. Elle

n’avoit d’abord que trois étaux, mais en 1274 l’abbé Gérard en fit bâtir

seize autres dans l’endroit où est aujourd’hui la rue des Boucheries.

(Félibien, I, 429.)

La boucherie du Temple fut établie par les Templiers. Ils transigèrent à

ce sujet avec les bouchers de la Porte-Paris en 1182, selon Félibien,

mais seulement en 1282 selon Lamarre que je crois avoir été mieux

informé. Elle étoit rue de Braque et se composoit de deux étaux

seulement.

La boucherie de Saint-Martin me paroît devoir être la même que celle

dite de Saint-Nicolas-des-Champs, et qui étoit située rue Saint-Martin,

au coin de la rue Aumaire. Sauval qui est à ma connoissance le seul

auteur qui en parle, ne cite rien de plus ancien à son sujet que la

réparation faite en 1426 de la maison où elle étoit située.

Il est étonnant que l’auteur du _Ménagier_ n’ait pas parlé ici de la

boucherie de Saint-Éloi établie rue Saint-Paul par le prieur de

Saint-Éloi, en vertu des lettres du régent (depuis Charles V) en date du

30 novembre 1358. (Trés. de Chartres, 90, 131.)

[637] Var. A. _trente-deux_.

[638] Var. A. _trente-deux_.

[639] Cela fait 3130 moutons, 512 bœufs, 528 porcs (538 suivant A), et

306 veaux (310 suivant A et 320 suivant C). Voir dans l’Introduction mes

observations sur ces renseignemens statistiques.

[640] Vendredi saint. C’est encore l’époque _de la foire aux jambons_.

[641] Porcs salés. Voy. Du Cange au mot _Lardum_.

[642] Le duc d’Orléans.

[643] Suppléez: _c’est ainsi_.

[644] Aujourd’hui _talon de collier_, chair levée sur les trois

dernières côtes.

[645] C’est-à-dire comme 20 est à 25 ou un cinquième en moins que le

Roi. Ce devoit donc être par semaine 96 moutons, 12 ou 13 bœufs, autant

de veaux, 9 ou 10 porcs, 160 lards par an, et par jour 480 volailles,

160 paires de pigeons, 40 chevreaux, 40 oisons.

[646] En marquant sur une taille la quantité prise chaque fois, comme

cela se fait encore pour le pain.

[647] _Gros bout_ de poitrine. Voir sur la longe, etc., p. 130.

[648] Les blancs valoient 10 deniers, mais l’auteur doit entendre ici

par ce mot le petit blanc, monnoie de compte de 5 deniers. C’est comme

s’il disoit que le prix de cette pièce varie de 4 sols 2 deniers à 3

sols. Le marc d’argent (52 fr. de notre monnoie) valoit 6 l. 5 s.

[649] Ou trumeau, partie de la cuisse et aussi de la jambe de devant.

[650] Bouillon.

[651] Ligne laissée en blanc dans les manuscrits.

[652] Je n’ai pas vu ce mot dans les anciens auteurs de vénerie; ce doit

être le quoier ou cimier (croupe) du cerf.

[653] Cuisine.

[654] Liaisons.

[655] Passer au tamis.

[656] S’attachent au fond du pot, brûlent.

[657] Les petits sont appelés _lancerons_: les moyens, _brochets_: les

plus gros, _quarreaux_ (_Délices de la campagne_, ch. XVIII).

[658] Plies.

[659] _Oyeurs_, rôtisseurs.

[660] Petite mangeoire portative.

[661] Canards mâles, et ici canards en général.

[662] D’abord lieu où on resserroit _la paille_, et par extension

_basse-cour_.

[663] Var. B. _crouste_.

[664] Nuque.

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 48 / 54 段