Le duc de Berry, qui après l’hommage du comté de Poitiers avoit été en

Berry et en Auvergne réunir des hommes et de l’argent (il étoit, le 11

janvier 1372-3, et encore le 22 mars, à Bourges), n’arriva en Poitou que

dans les premiers jours d’avril. Il étoit les 28 et 30 mars et le 2

avril à la Souterraine, petite ville de la Marche, sur la route de

Clermont à Poitiers, attendant probablement ses troupes, et les 15, 18

et 19 avril, à Poitiers. On voit bien dans ses comptes qu’il envoya un

courrier de Niort le 28 avril, mais il partit aussi des courriers ce

même jour de Poitiers, de Saint-Maixent et de Melle, et si le duc a été

le même jour dans ces quatre villes, il a fait une journée de vingt-cinq

lieues, ce qui, sans être impossible, est cependant difficile. Il étoit

à Poitiers le 30 avril, et paroît y être resté tout mai, tout juin, et

jusqu’au 11 ou 15 juillet, mais il étoit le 18 de ce mois à Niort et y

séjourna au moins jusqu’au 23 (il y consomma six setiers de blé; fol.

105 vº). Il étoit de retour à Poitiers le 26.

Il me paroît bien probable que le fait raconté par notre auteur comme

témoin oculaire, a dû se passer à Niort pendant le séjour que fit le duc

dans cette ville _en juillet 1373_. On pourroit opposer qu’au 18 juillet

il y avoit déjà plus de trois mois que Niort étoit pris et le maître du

chien mort, mais cet animal pouvoit continuer depuis lors à vivre sur la

tombe de son maître, et le fait n’en étoit que plus remarquable et plus

digne d’être signalé au duc de Berry. Au reste, si le séjour de ce

prince à Niort le 28 avril 1373 n’étoit pas douteux, il vaudroit

certainement mieux reporter à cette date l’histoire qui a donné lieu à

cette note.

Guillaume de la Mousse, attaché à la maison du duc de Berry, étoit

châtelain de Niort en novembre 1373, et Hugues de Vivonne, chevalier, en

étoit capitaine le 25 juillet 1374.

Le duc de Berry avoit certainement beaucoup de défauts, mais on ne peut

lui refuser d’avoir été charitable. Les comptes qui nous restent de lui

sont remplis de mentions d’aumônes. J’ai entre autres remarqué, à

l’année 1370, beaucoup de dons faits à des chevaliers et écuyers pris

par les Anglois à la belle défense de Limoges, et soixante sols donnés

en août 1370 _à un povre enfant de village qui fu trouvés tout seul en

l’oustel où mondit Sr. se lougha à Saint Denis du Chastel_ (Comptes du

duc de Berry, Arch. du Roy., reg. K, 250, 1).

[207] Sérieusement.

[208] Plutôt.

[209] Surtout.

[210] Le Décret de Gratien, bénédictin du XIIe siècle.

[211] Le trône, fauteuil.

[212] A la fortune.

[213] Écrite d’abord en italien par Boccace, la charmante histoire de

Grisélidis fut ensuite paraphrasée et mise en latin par Pétrarque. Elle

a été traduite plusieurs fois en françois, et même a fourni le sujet

d’un Mystère composé en 1395 probablement par un Parisien, puisque

l’auteur y parle du _beau gibet de Montfaucon_. Bibl. roy., Cangé, 7999,

3. Il y a à la Bibl. Roy. plusieurs manuscrits de traductions anciennes

de Grisélidis. J’en ai examiné quatre. La version du _Ménagier_, toute

différente de celle du nº 7387, diffère légèrement de celles des nos

7403 et 7568, mais est tout à fait la même que celle du nº 7999.

[214] Le Mont Viso.

[215] Comptoit, prisoit.

[216] Volonté, pouvoir, de _potestas_; _femme de poste_, femme non

libre, serve. V. DU CANGE, à _Posta_.

[217] Pareillement.

[218] Voler; chasser avec l’oiseau.

[219] En grandes troupes.

[220] A leur vouloir, à leurs volontés.

[221] Portant doucement son cavalier, ayant le pas doux.

[222] D’une même manière.

[223] Avec la tête baissée.

[224] Avec attrait.

[225] Sincère, vraie.

[226] Exécuter, accomplir.

[227] Var. Mss. A, _quant est de celle de_.

[228] Que fait.

[229] Par bonne disposition, par zèle.

[230] Transporté, placé.

[231] Cette coutume de donner un objet quelconque en témoignage et comme

preuve de stipulation remonte à une haute antiquité. Nos ancêtres

l’avoient conservée des Romains. L’abbé Le Beuf raconte, d’après Étienne

de Paris, un des plus curieux exemples de cet usage. Le roi Louis le

Jeune ayant couché à Creteil qui appartenoit au chapitre de Paris, le

chapitre lui ferma le lendemain les portes de l’église cathédrale: mais

le roi consentit à payer la dépense qu’il avoit faite à Creteil et les

portes lui furent ouvertes. Alors, pour marquer son intention par un

acte extérieur, le roi mit de sa propre main une baguette sur l’autel,

etc. (_Histoire du Diocèse de Paris_, XII, 12.) Voir aussi DU CANGE au

mot _Signum_, 11.

[232] Dissimulées.

[233] Ici, _gâté_ plutôt que _méprisé_.

[234] Pourvu que.

[235] Il n’y a eu, ni sous la régence, ni sous le règne de Charles V, de

révolte dont la punition ait présenté des circonstances semblables à

celles qu’on remarque dans ce passage du _Ménagier de Paris_, mais il me

paroît au contraire s’appliquer parfaitement aux exécutions qui eurent

lieu en 1383, au retour de la campagne de Flandre, et je crois que par

_une des plus grans cités de ce royaume_ il faut entendre Paris et non

pas Rouen qui fut le théâtre de scènes analogues, mais non aussi

sanglantes à beaucoup près. Cette expression aura été suggérée à

l’auteur par sa prudence, afin de ne pas désigner trop clairement à ses

contemporains les personnes dont il parloit.

Suivant le Religieux de Saint-Denis (liv. III, chap. IV), Charles VI

(encore presque enfant, et agissant sous l’influence de ses oncles)

auroit _appris à Rouen_, où il auroit alors séjourné trois jours, la

sédition des _maillotins_ de Paris. Il auroit à cette même époque,

(qu’il faudroit placer dans les premiers jours de mars 1381-2, puisque

la sédition des _maillotins_ commença le 1er de ce mois), puni de mort

les chefs d’une sédition dite _la Harelle_ qui auroit eu lieu

antérieurement à Rouen. Le Moine de Saint-Denis est dans l’erreur au

moins quant à la date et à la durée du séjour de Charles VI dans cette

ville. Il résulte de nombre de pièces du registre 120 du Trésor des

Chartes, que le roi entra à Rouen pour la première fois depuis son sacre

le 29 mars 1381-2 seulement, et qu’il y étoit encore au moins le 4

avril. Il étoit le 1er mars à Vincennes. En tous cas ces exécutions

paroissent avoir été trop peu nombreuses pour qu’on reconnoisse en elles

celles dont parle notre auteur. (Le registre 120 ne contient la mention

que de l’exécution d’un valet à Rouen.) Il en est de même des poursuites

auxquelles donna lieu la même sédition, onze mois après, en mars 1382-3

qui, suivant Farin (_Histoire de Rouen_, 1668, in-12, I, 527), ne

coûtèrent la vie qu’à deux misérables. D’ailleurs le roi n’étoit pas

présent, contrairement à ce que me semble indiquer le récit du

_Ménagier_. Notre auteur paroît en outre avoir eu peu de relations avec

Rouen qu’il ne nomme pas une fois dans son livre, et il résulte de son

récit qu’il connoissoit la bourgeoise dont il parle. Il est donc plus

naturel de supposer qu’elle étoit de la même ville que lui, c’est-à-dire

de Paris.

La sédition des _maillotins_ commença le 1er mars 1381-2. Le prévôt de

Paris fit bien, peu de temps après, quelques exécutions, mais elles ne

portèrent que sur des gens obscurs et furent peu nombreuses. Il n’en est

pas de même de la sanglante punition que le roi infligea à la ville de

Paris à son retour de Flandre à raison des mêmes événemens.

Vainqueur à Rosebecque, le 27 novembre 1382, le roi entre à Paris le 11

janvier 1382-3. Le 12 et les jours suivans trois cents riches bourgeois

sont arrêtés: huit jours après on en conduit deux au supplice, et les

exécutions se succèdent rapidement. On voit dans des lettres de

rémission qu’Audouin Chauveron prévôt de Paris et des gens d’armes

alloient nuit et jour prendre plusieurs bourgeois _dont des aucuns l’on

faisoit hastives exécutions_, et que l’on _faisoit justice de jour en

jour d’aucuns des habitans de Paris_. (Voir ci-après, p. 138. _Chascun

jour._) Le 27 janvier, jour de la publication de l’ordonnance qui

abolissoit la prévôté des marchands, douze notables habitans de Paris,

parmi lesquels étoit le célèbre Jean Desmares, avocat général, victime

innocente de la haine des ducs de Berry et de Bourgogne, périrent encore

sur l’échafaud. Cent personnes furent ainsi exécutées du 19 ou 20 au 27

ou 28 janvier: les autres prisonniers furent condamnés à des amendes

pécuniaires souvent égales ou supérieures à la valeur de tous leurs

biens.

Il me paroît impossible de ne pas reconnoître dans ces événemens ceux

auxquels fait allusion l’auteur du _Ménagier_, mais quel est ce seigneur

et quelle est cette femme _de très grant nom en bourgeoisie_? Pour

découvrir quelque trace de cette mystérieuse histoire, j’ai parcouru les

registres 120 à 128 du Trésor des Chartes depuis mars 1381-2 jusqu’en

avril 1385-6. Parmi les quarante-sept pièces relatives à ces événemens

(sur lesquels je donnerai peut-être un jour un mémoire détaillé), j’ai

remarqué trois et surtout deux lettres de rémission qui pourroient

s’appliquer au mari dont notre auteur nous a transmis l’histoire.

La première, en date d’août 1383, est accordée à Jehan Filleul, notaire

au Châtelet, alors âgé de vingt-six ans, qui avouoit avoir pris part à

toutes les délibérations hostiles au rétablissement des impôts, et avoir

conseillé à Aubert de Dampierre, riche drapier, l’un des suppliciés, de

faire soulever la ville pour empêcher son arrestation.

Il n’est pas dit dans les lettres de rémission qu’il fut emprisonné mais

qu’il s’enfuit de Paris. Cependant il est cité dans le Religieux de

Saint-Denis (en qualité d’avocat au Châtelet, ce qui est une erreur)

parmi les trois cents bourgeois arrêtés depuis le 12 janvier, et si,

comme il y a lieu de le croire, cette assertion est exacte, pour qu’il

ait pu s’absenter de Paris, il faut qu’il ait été relâché au moins

provisoirement. Or, il eut besoin d’une bien forte protection pour

échapper ainsi au châtiment que lui auroient certainement valu les faits

dont il s’avouoit coupable. On mentionne dans la rémission qu’il avoit

une _jeune femme_; son nom de famille n’est pas donné, mais la position

du mari peut faire supposer qu’elle étoit d’une bonne famille

bourgeoise. (R. 123, 83.)

Colin Brun, drapier, étoit _jeunes homs, issu de bonnes gens et de bon

lignage, fils d’Anthoine Brun homme ancien de l’aage de quatre-vingt

seize ans lequel s’estoit bien porté envers les prédécesseurs du roi

qu’il avoit servis en son mestier de draperie_. Il étoit marié depuis

deux ans à une jeune femme qui en avril 1383 venoit d’accoucher de son

premier enfant. Il avoit été condamné à deux mille francs d’amende et au

bannissement. Le roi lui remit le bannissement et la moitié de l’amende.

Il n’étoit coupable que d’avoir assisté aux réunions et aux prises

d’armes. (R. 122, 217.)

Giles Labat, procureur général au parlement, mari d’une femme de

dix-huit ans, et père de deux enfans dont l’aîné n’avoit que trois ans,

obtint, en juillet 1383, des lettres de rémission. Il étoit accusé

d’avoir cherché dans les maisons, et fait conduire en prison, des hommes

d’armes, et fut gracié à la requête du maréchal de Sancerre, mais je

n’ai pas vu qu’il eût été emprisonné; il avoit pris la fuite lors du

retour de Flandre, et de plus, le caractère du maréchal ne permet guère

de lui attribuer cette aventure. (R. 123, 14.)

J’ai bien encore vu des lettres de rémission accordées à des habitans de

Paris mariés à de jeunes femmes, mais leur position ne m’a pas paru

convenir au mari cité en cet endroit du _Ménagier_, et qui devoit

appartenir à la haute bourgeoisie parisienne.

Je suis au reste loin d’affirmer que le mari dont parle notre auteur

soit un de trois Parisiens que je viens de nommer: je me borne seulement

à signaler les rapports qui existent entre leur position (surtout celle

de Jean Filleul) et la sienne.

[236] On sait que cette ville, berceau de notre monarchie, cessa

d’appartenir à la France seulement en 1521, qu’elle fut prise par le

comte de Nassau général de Charles-Quint. Elle fut définitivement cédée

à l’empereur par le traité de Cambray (1529). L’administration et la

juridiction de Tournay ont souvent varié. En 1340, le roi Philippe de

Valois avoit donné la justice aux prévôts et jurés, magistrats

populaires, mais à la charge de ressortir du bailli de Vermandois. En

1370 ils obtinrent le privilége de ressortir directement du parlement de

Paris. Il y avoit alors un bailli de Tournesis officier royal, mais sans

juridiction sur Tournay et sa banlieue. (Tassart de Monstreul l’étoit en

1371, Jehan de Sottenghien en 1379 et Jehan Boutelier en 1380.) Mais, en

1383, Charles VI institua un bailliage royal à Tournay. Les appels des

prévôts et jurés étoient portés devant le bailli qui avoit la haute

administration de la ville et du Tournesis. Tournay se soumit avec peine

à cet état de choses, et les registres du parlement contiennent un grand

nombre de difficultés suscitées au bailli par les prévôts et jurés dans

l’exercice de sa juridiction. En 1389, les prévôts et jurés obtinrent de

nouveau des lettres du roi portant que les appels de leurs jugemens

seroient portés directement au parlement de Paris, mais le procureur du

roi s’opposa formellement à l’entérinement de ces lettres qui n’étoient

pas encore enregistrées en 1394. Toutefois ils avoient obtenu d’autres

lettres du roi pour jouir provisoirement de ce privilége, malgré le

défaut d’enregistrement.

Il est assez difficile de savoir qui est le bailli de Tournay dont parle

l’auteur du _Ménagier_: je ne pense pas qu’on puisse appliquer cette

qualification à un des baillis de _Tournesis_; elle doit désigner un des

baillis nommés de 1383 à 1393. Je n’ai trouvé que le nom de Henri Le

Mazier qui fut reçu à la chambre des comptes comme bailli de Tournay, en

1388. (Mém. E.--Voir sur le bailliage de Tournay, Reg. du Parl. Plaid.

civiles, 25 nov. 1371.--20 nov. 1380.--17 janvier 1390-1.--7 déc. 1394.)

[237] Dom Carpentier explique bourgage par _bienvenue_ (V. Gloss. de Du

Cange au mot _Bourgagium_). Il sembleroit plutôt qu’on doive entendre

par ce mot une partie de plaisir faite avec une somme composée de

contributions individuelles, telle qu’une poule, par assimilation à

l’impôt du même nom que payoient annuellement les bourgeois de quelques

villes.

[238] Glorieuse, qui se rengorge.

[239] En premier, un.

[240] D’esgarder, regarder; _voyons_.

[241] Occasions.

[242] S’engouent, raffolent.

[243] Négligent. _Nonchalance_, indifférence, de _chaloir_, intéresser,

soucier.

[244] Ce _qui_ s’applique aux maris des femmes désobéissantes et

négligées.

[245] Retirer, contraire d’_acharner_.

[246] Voy. ci-après, page 158.

[247] La lumière.

[248] Quand j’aurois dû.

[249] Instrumens que je crois avoir été des petits vases, comme depuis

les _gobelets_, dont les _bateleurs_ se servoient pour faire leurs

tours, et dont ils ont pris leur nom. Voy. Du Cange aux mots _Bastaxius_

et _Batus_.

[250] Allusion à l’opinion suivant laquelle les sorcières alloient au

sabat sur un balai.

[251] Le château de Melun, et par suite la partie de la ville située du

côté du Gâtinois, furent livrés aux Navarrois et Anglois par la reine

Blanche le 4 août 1358, quatre jours après la mort d’Est. Marcel et la

rentrée du Régent à Paris, mais la partie de la ville située en Brie

resta françoise, et messire Jean d’Andresel étoit dès le même mois

d’août capitaine pour le Régent (depuis Charles V) de Melun et de Brie

(J. Reg. 86, 219.--Secousse, II, 89). Il paroît avoir d’abord partagé la

défense de cette partie de la ville avec le premier maréchal Boucicaut

qu’on voit (J. Reg. 86, 458) avoir fait abattre des maisons pour

fortifier cette portion de Melun en août 1358. Il est probable que M.

d’Andresel étoit sous ses ordres à cette époque.

Les circonstances désastreuses où se trouvoit alors la France ne

permirent pas au Régent d’assiéger, au moins immédiatement, le château

de Melun, quoique sa garnison anglo-navarroise génât beaucoup

l’approvisionnement de Paris. Jean d’Andresel dut se borner à garantir

la partie de la ville restée françoise, et autant que possible le reste

de la Brie, des attaques de cette garnison. En juin 1359, le régent

ayant reçu des États assemblés à Paris les moyens de résister plus

efficacement à l’ennemi, se rendit en personne à Melun (_Chron. de

Saint-Denis_, CXII), et fit fortifier l’abbaye du Lys. C’est alors que,

suivant le carme Jean de Venette continuateur de Nangis, Froissart,

Cuvelier et Villani (cité par Secousse, I, 383), Melun auroit été

assiégé dans les formes par le Régent. Le silence que garde sur ce

_siége_ la Chronique de Saint-Denis rédigée pour cette époque par Pierre

d’Orgemont avec une admirable précision, donne tout lieu de douter de

l’exactitude du récit de Froissart, et surtout de la narration

romanesque de Cuvelier. Il paroît bien probable que ce siége ne fut

qu’une espèce de blocus levé peu de temps après, le Régent ayant quitté

l’armée le 31 juillet par suite des propositions de paix du roi de

Navarre, et le traité ayant été signé le 21 août. Au reste, malgré la

conclusion de la paix, les Navarrois occupoient encore Melun en

septembre 1359. Jean de Venette qui prétend que cette ville fut

immédiatement évacuée ne peut balancer à cet égard le témoignage

formellement contraire de Pierre d’Orgemont, mais on peut toujours

induire de son assertion que cette prolongation d’occupation ne fut pas

de longue durée.

D’après ce qui précède, il faut placer la curieuse aventure racontée par

l’auteur du _Ménagier_, entre août 1358 et septembre ou octobre 1359.

Peut-être même pourroit-on remarquer qu’il est difficile de penser que

le sire d’Andresel ait eu avant la cessation des hostilités le loisir ou

le désœuvrement qu’on lui attribue dans ce récit, et ait pu sans crainte

abandonner son commandement pour aller dîner chez lui à quatre lieues de

Melun. Il sembleroit alors qu’on devroit placer cette aventure entre le

départ de Charles V et l’évacuation de Melun, c’est-à-dire du 1er août

1359 à septembre ou octobre suivant.

[252] Jean sire d’Andresel, chevalier, étoit issu d’une ancienne et

illustre maison alliée, au XIIe siècle, à celle de Garlande. Il étoit

fils aîné de Jean d’Andresel, chambellan très-aimé du roi Philippe de

Valois, et fut, à cause de cette similitude de prénom, dit _le Jeune_,

jusqu’à la mort de son père, arrivée entre mars 1344-5 et février

1346-7a. Il fut chambellan du Dauphin, puis du roi Jeana, et ensuite de

Charles V. Compris dans la première promotion des chevaliers de

l’Etoileb en janvier 1351-2, il étoit en 1353 capitaine de l’un des

châteaux de Vernon, et reçut du roi en 1354 deux mille quatre cents écus

d’or comme indemnité de ce qu’il avoit dépensé pour la garde du château

de Landal en Bretagne que le roi lui avoit donné à titre d’héritage et

lui avoit ensuite reprisa. Il avoit épousé, au moins dès 1346, Jeanne

d’Arrablay, fille d’un maître d’hôtel du roi et nièce d’un chancelier de

Francec. En août 1358 il étoit capitaine de Melun et de Bried, en août

1359 capitaine général de cette dernière provincee. Cette même année le

régent lui donna, probablement pour récompense de ses services en Brie,

les paroisses du Chastelier (le Châtelet?), Marchiau (Machault?), Firecy

(Féricy?), Champagne et la Celle (sous Moret?), situées dans cette

provincef, et lui accorda des lettres de rémission dont on n’a conservé

qu’une simple mentiong pour tout ce que lui et ses complices (sans doute

les gens d’armes sous ses ordres) avoient fait en Brie, dans les

châtellenies de Melun et de Moret et au pont de Samois. Après le traité

de Bretigny il fut, avec plusieurs princes du sang et quelques seigneurs

des plus illustres de cette époque, au nombre des otages du roi Jean que

le roi d’Angleterre emmena avec lui de Calais le 31 octobre 1360h. Il

étoit de retour en France au moins au commencement de 1366, car étant en

personnei à Yenville en Beauce, il y passa le 1er avril 1365-6 le

contrat d’un nouveau mariage avec Jeanne de Maligny veuve avec enfans de

Jean seigneur de Rochefort et du Puiset (elle l’avoit épousé en 1347j).

Il prend dans cet acte les qualités de chambellan du roi et de _premier

grand chambellan d’Orlenois et de Valois_. Jean d’Andresel mourut au

commencement de 1368 laissant une succession obérée, malgré ses

nombreuses terres, ses fonctions éminentes et les dons des rois qu’il

avoit servis. Le 7 mars 1367-8 Jeanne de Maligny sa veuve se présenta

devant le Parlement, et jetant sa ceinture dans le parc (espace qui

séparoit les avocats et la cour), déclara renoncer aux meubles et aux

dettes de sa successionk. Elle fut obligée, pour obtenir son douaire

(Tournenfuye, etc.), de recourir à la protection de Charles Vk et de

plaider contre messire Aubert et Guillaume d’Andresel ses

beaux-frèreslm. Elle se remaria ensuite en troisièmes noces à Raoul de

Montigny, chevalier. Jean d’Andresel laissa deux filles, Marguerite et

Jeanne, _nées de deux mères différentes_l, et mariées toutes deux dans

la maison de Montmorency. Six mois après sa mort, sa seconde fille

encore mineure n’avoit pas encore de tuteur, et ses exécuteurs

testamentaires n’avoient pas encore accepté la charge qu’il leur avoit

laisséem.

Quoiqu’on ignore la date de la mort de Jeanne d’Arrablay, il faudroit

lui attribuer l’aventure qui donne lieu à cette note, s’il étoit certain

que Jean d’Andresel n’eût été marié que deux fois. (Nous avons vu en

effet qu’il n’épousa Jeanne de Maligny qu’en 1366.) Mais il faut

remarquer que dans les nombreuses pièces relatives au douaire de Jeanne

de Maligny il n’est dit nulle part que Jeanne d’Andresel, fille encore

mineure de Jean en 1368, ait eu cette dame pour mère, et cependant elle

est citée (mais non nommée) comme _héritière mineure_ de Jean (quorum

unus _aut una_ adhuc minor ætatis) dans l’arrêt du 21 juillet 1368 rendu

au profit de Jeanne de Maligny, et comme fille mineure de Jean dans la

plaidoirie du 5 juin 1368. Si elle eût été fille de Jeanne de Maligny

n’est-il pas naturel de supposer qu’on l’auroit mentionné dans la

plaidoirie et dans l’arrêt? Faut-il donc croire que le sire d’Andresel

eut une seconde femme après Jeanne d’Arrablay et avant Jeanne de

Maligny, et que cette seconde femme, mère de Jeanne d’Andresel, a pu

être en 1359 dame d’Andresel et héroïne de cette aventure? Dom Guillaume

Morin qui a donné dans son _Histoire du Gâtinois_, etc. (Paris, 1630,

in-4º, 461) une généalogie ridicule de la famille Viole dans laquelle il

fait de notre Jean d’Andresel (enté par lui dans cette famille contre

toute preuve et toute raison) deux personnages nommés l’un Pierre et

l’autre Jean, marie le premier à Agnès de Chabannes et le second à Anne

du Bellay. Je me suis demandé à cause de cette assertion si Jean

d’Andresel n’auroit pas été marié en secondes noces à une Chabannes ou à

une du Bellay, mais on ne voit rien de semblable ni dans la généalogie

de Chabannes donnée dans La Chenaye des Bois, ni dans la généalogie

manuscrite de du Bellay par Trinquant, appartenant à la bibliothèque

publique d’Angers et que M. Grille a bien voulu consulter pour moi

exprès sur ce point. Les choses étant ainsi, je crois que jusqu’à ce

qu’on ait une preuve ou au moins un indice plus positif d’un mariage

intermédiaire de M. d’Andresel, il ne faut pas s’arrêter au silence des

plaidoirie et arrêt de 1368, qui est en définitive plutôt une absence de

preuve qu’un argument contraire; on peut donc raisonnablement croire que

Jean d’Andresel fut marié deux fois seulement, que Jeanne sa seconde

fille étoit fille de Jeanne de Maligny, et que Jeanne d’Arrablay est

l’héroïne de l’histoire du _Ménagier_. J’ajouterai en passant que les

expressions réservées dont se sert notre auteur (_du surplus je me tais

et pour cause_) donnent lieu de craindre pour la mémoire de Jean

d’Andresel que cette plaisanterie n’ait été l’occasion d’une scène

violente, si ce n’est tragique.

Il y a au Cabinet généalogique une lettre de ce seigneur qui me semble

présenter tous les caractères d’un autographe. Je crois devoir la donner

ici comme propre à faire connoître avantageusement son éducation et son

style épistolaire. Elle se rapporte à une avance qui lui fut faite le

1er mars 1353-4 par le vicomte de Gisors pour servir à réparer les

fortifications de Vernon. La voici:

«Vicomte, cher ami, je vous envoie un mandement du roy de la somme de

cent livres par. que vous me baillastes et dont vous avez mes lettres

soubs mon scel faisans mention desdites cent livres, car le mandement du

roy fait bien mention comment je les ay mises ès réparations de la ville

de Vernon et comment vous me rendez ma dicte lettre. Si faictes que en

ce par vous n’ait deffaut et je vous en prie, et se vous voulez chose

que je puisse faire, faites-le moi savoir et je le ferai voulentiers et

de cuer. Nostre Sire vous gart. Escript à Paris le mardi au soir VIIIe

jour d’avril (1354).

«J. D’ANDESEL, chambell. le roy.»

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 46 / 54 段