[12] On trouve dans tous les historiens la mention des services

qu’Aubriot rendit à la ville de Paris pendant sa prévôté, ainsi que le

récit de sa disgrâce. J’aurai cependant occasion de parler de lui avec

détail dans mon mémoire sur les Maillotins (voir t. I, p. 136). Je

préciserai et j’appuierai de faits inédits les causes de ses malheurs.

En attendant, je crois devoir consigner dans cette note l’extrait d’un

récit contemporain de sa délivrance, que j’ai rencontré dans mes

recherches, et qui donne sur le procès, la fuite et le lieu de la

résidence de cet homme éminent des renseignemens qui paroissent avoir

été inconnus à tous les historiens. Voici ce curieux document: «.....Il

a commis hérésie et en fu en procès devant l’évesque et devant le

maistre des hérites. Avant la sentence il supplia à l’ecglise qu’il fust

réintégrez, et y fu receus et fu absols: et fu déclaré qu’il avoit esté

hérites, et pour pénitence on li assigna les prisons de l’évesque de

Paris; et pour la grant repentance qu’il avoit, l’évesque et le maistre

des hérites le relevèrent de ce qui (_qu’ils_) porent et se li

réservèrent la miséricorde de sainte Ecglise, et li ordenèrent pour

prison le plus biau lieu de la tour de la maison épiscopal.» (_C’est

cette grande tour quarrée, crénelée, qu’on voit dans deux vues de

l’église Notre Dame et de l’évêché, gravées par Israël Silvestre, et

surtout dans la planche ayant quatre vers au bas: D’un costé, vous

voyez, etc._) «Il ala voluntairement en prison pour faire sa pénitence

et y demeura l’espace de dix mois. Le jour que les gens de ceste ville

(_Paris_) furent esmeus il alèrent en la maison de l’évesque, et par

force et violence rompirent les prisons. Et quant le giolier dist à

messire Hugues que les gens de la ville l’estoient allé quérir, il dist

que ne s’en iroit point, et li demanda une hache que tenoit; et le

giolier li dist que ne li en bailleroit point, et que se il faisait

semblant de soy mettre à défense, il les feroit tuer. Et finablement les

gens de ceste ville le prindrent et mittrent sus un petit cheval et le

menèrent en sa maison et disoient que le feroient leur capitaine. Après,

il s’en volt retorner en prison, mais il fu conseillez par aucuns de ses

amis qu’il s’en alast devers le pape.... Le suer (_soir_) il se parti de

son hostel et se fist passer l’eaue par deux enfans», (_il est

remarquable de voir secondé dans sa délivrance par deux enfans l’homme

qui avoit rendu aux juifs les enfans que leur avoit enlevés le peuple de

Paris_), «et à peines qu’il ne fu noiez. Il estoit malades et s’en ala

par Bourgoigne, non pas par aucunes de ses maisons, et demoura malades

seize jours à Mucé en Auxois» (_Mussy-la-Fosse, anciennement du

bailliage de Semur-en-Auxois plutôt que Mussy situé à 7 lieues de

Mâcon_), «et de là ala à Mascon, et illec aussin demoura malades et se

fit mettre en l’eaue, et ala jusques à Avignon. Il ne pot pas parler ne

si tost avoir assès (_accès_) au pape, mais il parla à un cardinal et li

dist et exposa tout ce que dit est et se soubmist en l’ordenance du

pape. Le pape et le collége li ordenèrent lieu où il seroit et fu bonne

pièce à Sommières» (_petite ville entre Montpellier et Nîmes. Il y avoit

aussi un lieu ainsi nommé près Saulx en Bourgogne_), «et a tousjours

esté et est par l’ordenance du pape et du collége, etc.» Il est bon de

savoir que ce récit présente la version d’Hugues Aubriot lui-même, et il

semble permis de douter qu’il eût si grande envie de rester dans les

prisons de l’évêque.

J’ai parlé avec détail, t. II, p. 254, de la maison qu’Aubriot habita

rue de Jouy, et j’ai donné la suite des propriétaires de cette maison

(ultérieument rebâtie) de 1369 à 1573. J’ai appris depuis qu’elle avoit

appartenu, à la fin du XVIIe siècle, à M. Nicolas de Jassaud, sieur de

Lalande, conseiller d’État, et à Marie de Flandre, sa femme: puis à leur

fils, M. Augustin Nicolas de Jassaud, marié en 1697 à Marie-Aimée Lottin

de Charny. Une de ses filles, Angélique-Geneviève de Jassaud, la

possédoit en 1772, qu’elle épousa M. Macé, secrétaire du roi. Cette dame

mourut en 1776, et légua à ses deux nièces cette maison, connue encore

dans le quartier sous le nom d’hôtel Jassaud. Elle appartient

aujourd’hui à M. de Courmont, conseiller-maître à la cour des comptes,

qui a bien voulu me la faire voir en détail. Il existe encore dans une

pièce du rez-de-chaussée quelques restes d’ornemens paroissant remonter

au règne de Louis XV. Les lettres A. N. D. J. entrelacées

(Augustin-Nicolas de Jassaud) se font voir au plafond. Il y a sous la

cour deux étages de caves. Cette maison été divisée au XVIIe ou au

XVIIIe siècle; la partie qui fait le coin de la rue Percée paroît être

depuis longtemps une propriété distincte.

[13] T. II, p. 85 et 86.

[14] T. I, p. 135.

[15] Mémoriaux de la chambre des comptes.

[16] Voir T. I, p. 67.

[17] Charles, duc de Guyenne, né le 6 février 1391 (mort le 11 janvier

1400); Isabelle, depuis reine d’Angleterre, née le 9 novembre 1389, et

Jeanne, depuis duchesse de Bretagne, née le 24 janvier 1390. Elle eut

encore une autre fille (Marie, religieuse à Poissy) le 24 août 1393.

[18] T. II, p. 142. Voy. ci-après p. XXXII, note 3.

[19] T. I, p. 3 et 4.

[20] _Ibid._, p. 2.

[21] T. I, p. 3, et t. II, p. 53.

[22] T. II, p. 71, etc.

[23] T. II, p. 61 et suivantes.

[24] T. II, p. 59.

[25] T. I, p. 3.

[26] T. I, p. 125.

[27] T. I, p. 186.

[28] Poules farcies, t. II, p. 269.

[29] J’aurois bien voulu trouver parmi les hommes notables appartenant à

la haute bourgeoisie ou à la magistrature un personnage dont la vie

reproduisît les circonstances qui nous sont connues dans la vie de

l’auteur; plusieurs noms se sont présentés à mon esprit: malheureusement

mes espérances soutenues plus d’une fois par la découverte d’une série

de similitudes, ont toujours fini par être définitivement déçues.

C’est-ainsi qu’après avoir cru longtemps pouvoir présenter une

conjecture raisonnable en attribuant la composition du _Ménagier_ à Sire

Jehan de Fleury dernier prévôt des marchands en 1383 et conseiller au

parlement, j’ai été subitement arrêté par la découverte de la date de sa

mort arrivée en 1389, avant l’époque où cet ouvrage a sûrement été

écrit.--L’intimité dans laquelle le duc de Berry admettoit l’avocat Jean

Jouvenel, père de l’historien, m’avoit donné aussi quelques doutes à son

égard, mais, Jouvenel étant mort en 1431 ne peut guère s’être trouvé à

Melun en 1358, et ce qui rend surtout impossible de lui attribuer le

_Ménagier_, c’est que Michelle de Vitry, sa femme, avoit ses parens

vivans à Paris en 1393, et n’étoit pas d’ailleurs de meilleure maison

que lui.--La position de Jean le Flament, trésorier des guerres en 1371,

et des aides pour la guerre de 1388 à 94, présente aussi plusieurs

analogies avec celle de l’auteur du _Ménagier_, mais ou j’ignore le nom

de sa femme, ou si c’est lui dont il est parlé comme alors décédé, dans

les registres du parlement de Poitiers (plaidoy. du 30 juillet et arrêt

du 17 août 1425), il avoit épousé Marie de Montgison (Montgiron dans

l’arrêt), _damoiselle_. Or Montgison est Montgeron près de Paris, et je

n’en vois pas d’autre existant dans le royaume (voir Expilly). Elle

étoit donc aussi parisienne; ce qui ne concorde pas avec les paroles de

l’auteur (t. I, p. 4).

[30] Il avoit lu tous les ouvrages suivans et en possédoit une grande

partie: la Bible, la Légende dorée, saint Jérôme (_la Vie des Pères_),

saint Augustin, saint Grégoire, l’Histoire sur Bible (_de Pierre Le

Mangeur_), Tite Live, le Roman de la Rose, l’historien Josèphe, le

Catholicon, le Décret (_de Gratien_), l’histoire de Grisélidis par

Pétrarque, les sept Sages de Rome, le Songe de Scipion (par Cicéron,

commenté par Macrobe), le Jeu des échecs moralisé de J. de Cessoles, le

Chemin de pauvreté et de richesse de J. Bruyant, Mellibée et Prudence.

On trouve encore dans son livre la mention du philosophe Cerxès, de Paul

Diacre et du philosophe Bertran le Viel; mais il les cite d’après

d’autres auteurs. Le premier de ces ouvrages n’a peut-être jamais

existé.

[31] Au moins dans sa famille. Voir t. I, p. 156.

[32] Voir surtout t. II, p. 53.

[33] T. I, p. 75 et 76.

[34] Je l’ai trouvé mentionné avec cette qualité depuis que j’ai fait la

note sur lui, t. II, p. 116: Voir les _corrections et additions_.

[35] Dans les registres du conseil surtout, quand la cour compensoit les

dépens.

[36] On en verra la preuve dans l’histoire de Jeanne Hemery et de

Regnault d’Azincourt, publiée par M. de Lincy dans la bibliothèque de

l’École des Chartes (2e S., t. III, p. 316). On en peut dire autant de

certains accords; tel est celui de Jean de Hautecourt, donné t. II, p.

119.

[37] T. I, p. 135.

[38] T. I, p. 44.

[39] T. I, p. 156.

[40] T. II, p. 54.

[41] Que diroient vos amis, _que présumeroit votre cœur_, quant il s’en

apercevroit? (T. I, p. 130.)--Avec son mari, l’en ne doit mie besongner

par aguet ou malice, mais plainement et rondement, cœur à cœur (_ibid._,

p. 158).

[42] Ce compte, qui n’est plus connu que par la mention qu’en a

consignée le père Menestrier, t. II, p. 175 de sa _Bibliothèque

instructive_, ne commençoit qu’à février 1392-3. Le témoignage du

_Ménagier_ composé entre juin 1392 et septembre 1394 (voy. p. XXII),

pourroit donc être antérieur de quelques mois, et s’il est postérieur,

il l’est de bien peu.

[43] Il faut tenir compte, dans ces prix, non-seulement de la différence

considérable de poids qui existoit entre les monnoies de la fin du XIVe

siècle et celles du même nom employées depuis (le marc d’argent, qui

valoit alors 6 livres, valant aujourd’hui 52 francs), mais encore de la

dépréciation de l’argent. Un setier de blé (un hectolitre et demi

environ), qui se vend aujourd’hui, dans les années ordinaires, environ

30 francs, coûtant alors moyennement 16 sous, on peut multiplier par 35

ou 40 les chiffres énoncés, pour avoir idée de ce qu’ils représentoient

pour les contemporains.

[44] J’aurois pu retrancher les deux derniers de ces épisodes sans nuire

beaucoup à l’intérêt du livre, mais j’ai mieux aimé publier le

_Ménagier_ tel que son auteur l’avoit conçu, et sans être _estrippellé_,

comme lui-même aimoit à donner les ouvrages des autres. (Voy. t. II, p.

3.)

[45] On lit (t. II, p. 66), après une recette pour ôter les taches, ces

mots que j’ai mis entre parenthèses: _ce que je ne croy pas_.

[46] Voir t. II, p. 124, l’endroit où il est parlé des _additions_

faites au livre: p. 129, le passage relatif à la signification du mot

_fressure_; même volume, p. 93, sa remarque sur les _tourtes pisaines_,

appelées ailleurs _tourtes lombardes_, et aussi les passages en

italiques, p. 164, 166, 167, etc.

[47] Un passage où il est parlé des choux, t. II, p. 142, dans lequel il

est dit: _et commence à iceulx pour ce que ce sont de_ CELLE _année les

premiers crus_, scilicet _puis avril, et puis_ VA _en descendant vers

vendenges, Nouel et Pasques_, pourroit faire penser que l’auteur s’est

servi, au moins pour une partie du _Viandier_, de notes faites exprès

pour lui et l’année même où le _Ménagier_ a été écrit. En effet, le mot

_va_ prouve que _commence_ n’est pas là à la première personne et que

l’auteur ne parle pas pour lui. Donc, puisqu’il remarque que le

rédacteur primitif de ce passage règcelle ale l’ordre de son discours

d’après le mois où commençoit l’année actuelle (_celle année_), il en

résulte que la note ou l’ouvrage consulté avoit été rédigée cette même

année, et alors, à moins de supposer une coïncidence fortuite bien moins

probable au XIVe siècle qu’elle ne pourroit l’être aujourd’hui, on

seroit porté à conclure que les élémens de cette partie du travail de

l’auteur lui auront été fournis par quelque queux ou écuyer de cuisine

profondément instruit des détails de son art.--Je suis toutefois loin de

rien affirmer à cet égard, et je remarque même que l’auteur ayant dit

dans le _traité de l’Épervier_ (p. 303), l’_alouette de cest an_, pour

l’alouette de l’année, il se pourroit que _celle année_ fût de même

employé pour _l’année_ dans le passage qui donne lien à cette note, et

qu’Avril eût été désigné de préférence, comme étant le mois le plus

habituellement le premier de l’année, au moins le second, et en tout cas

celui où ces choux commençoient à croître.

[48] Jean Bonfons imprimoit, en 1566, _le Voyage de Charles IX_, et son

fils, Nicolas Bonfons, imprimoit en 1574, les _Nouveaux Comptes

moralisés_, à la même adresse que celle où avoient demeuré son père Jean

Bonfons et sa mère, veuve de Jean. Lottin s’est trompé quand il fait

vivre Jean Bonfons en 1606.

[49] Voir sur Guillaume Tirel dit Taillevent, queux de Charles V en 1361

et écuyer de cuisine de Charles VI en 1386, l’article que j’ai publié

dans le _Bulletin_ du bibliophile de Techener, nº de juin 1843. M. de la

Villegille, qui prépare une édition critique réellement la première de

ce curieux ouvrage par la manière dont elle sera exécutée, a bien voulu

me prêter pendant toute la durée de mon travail les copies faites par

lui des deux manuscrits de Taillevent. Il existe dans les archives de la

préfecture de la Manche à Saint-Lô un registre des recettes de la

baronnie de la Haye du Puis pour 1454 à la fin duquel est un _Viandier_

(voir le _Nouvelliste de la Manche_ du 3 février 1847) qui paroît être

une leçon de Taillevent. Je n’en ai eu connoissance qu’après

l’impression de la partie culinaire du _Ménagier_. Il existe encore sur

le même sujet un volume que j’aurois bien voulu consulter, c’est la

_Fleur de toute cuisine... revue et corrigée par Pierre Pidoux_. Paris,

Al. Lotrian, 1543, in-16 goth., mais je n’ai pu le voir.

[50] Ce seigneur qui florissoit en 1350, a écrit en 1372 pour

l’éducation de ses filles un Traité assez célèbre dont les deux imprimés

sont véritablement introuvables et de plus assez défectueux; je

donnerai, soit pour la Société des bibliophiles, soit pour mon propre

compte si les autres publications entreprises par la société ne lui

permettoient pas de s’occuper de celle-ci, une édition nouvelle de ce

livre sur le plan et dans la forme de la présente édition du _Ménagier

de Paris_, et j’ai déjà recueilli quelques renseignemens sur l’auteur,

sa famille et les personnages qu’il cite.

[51] Amsterdam, 1709, in-8º. Il prouve que ce traité ne peut avoir été

écrit par _Marcus Apicius_, fameux gourmand vivant sous Tibère et dont a

parlé Athénée (ce qui n’a pas empêché plusieurs auteurs modernes

d’attribuer à M. Apicius ce traité qu’ils n’ont sûrement pas ouvert); et

d’après certaines expressions employées dans l’ouvrage, il pense qu’il

doit avoir été écrit par un affranchi africain. Le nom d’Apicius

_Cœlius_ peut, suivant lui, être un pseudonyme destiné à rappeler

_Marcus_ Apicius.

[52] Je ne prétends pas dire cependant qu’il n’y ait pas eu au XVIe

siècle surtout quelques modifications au service, quelques introductions

de plats nouveaux. On peut voir sur ce sujet Legrand d’Aussy et un

passage de l’apologie pour Hérodote, d’Henri Estienne, non cité par

Legrand, t. II, p. 16 de l’éd. de 1735. Au reste, Henri Estienne avance

bien des choses démenties par le _Ménagier_. (Il dit par exemple qu’on

jetoit autrefois les issues du veau et du mouton, et qu’on ne mangeoit

pas de perdreaux.)

[53] Boileau dans sa satyre III (1665), tourne en ridicule l’usage des

épices.

[54] Il avoit été pendant dix ans écuyer de cuisine de Louis Chaalon du

Blé, marquis d’Uxelles, tué en 1658 au siége de Gravelines, père du

maréchal, et ayant obtenu lui-même un brevet de maréchal de France. Il

est dit dans la dédicace de ce livre, adressée à ce seigneur, que sa

table avoit été _chérie_ à Paris et dans les armées par les princes, les

maréchaux, etc.

[55] Il faut au reste remarquer que Taillevent étoit réimprimé en 1602 à

Lyon et non à Paris, et il se pourroit que Paris eût été plus _avancé_

que Lyon en fait de cuisine.

[56] On comprendroit bien mieux les ouvrages littéraires écrits au moyen

âge si l’on pouvoit connoître tous les usages de la vie commune à cette

époque, tous les noms techniques des objets qui frappoient journellement

les regards des auteurs et de leurs contemporains. Penseroit-on qu’il

pût être utile de consulter un _Viandier_ pour lire un Noël du XVIe

siècle? Voici cependant un Noël tiré du recueil de _Lucas Le Moigne,

curé de Notre-Dame du Puy la Garde en Poitou_ (volume unique appartenant

à notre confrère M. Cigongne), dont la lecture est singulièrement

éclaircie par celle du _Ménagier_. Ce Noël se chantoit sur l’air de

l’hymne: _Conditor alme siderum_.

_Conditor_ le jour de Nouel

Fist ung bancquet le nompareil

Que fut faict passé a longtemps

Et si le fit à tous venans. Nouel.

Il y avoit perdris, chappons,

Oyseaulx saulvaiges, des hairons:

Levraulx, congnilx, aussi faisans,

Pour toutes manières de gens. Nouel.

Une grant hure de sanglier,

Ypocras, aussi le mestier,

Vin Capary et faye Montjeau

Pour enluminer leur musseau. Nouel.

Biscuyt, pain d’orge et gasteaulx,

Fouace, choysne, cassemuseaulx,

pain de chappitre et eschauldez

Mangerez si le demandez. Nouel.

Aussi y avoit aulx, oignons,

Et ung pasté de potirons

Avec les choux-maistre-René

Et des lymatz au chaudumé. Nouel.

Il y vint ung bon bouteiller

Qui ne cessa onc de verser,

Tant que ung barault il aseicha

_In sempiterna secula_.

_Amen._ Nouel.

[57] Il y a dans les _Mémoires pour servir à l’Histoire de France et de

Bourgogne_, Paris, 1729, in-4º, IIe partie, p. 58, un article curieux

sur le queux du duc de Bourgogne qui auroit été supérieur aux écuyers de

cuisine; mais ce queux me paroît être un officier dans le genre du

_grand queux de France_, non aussi important toutefois. Dans les

ordonnances de 1386-7 et 1388-9 sur l’organisation de la maison du roi,

les écuyers de cuisine sont nommés avant les simples queux. (Voir sur

les grands queux de France l’_Histoire généalogique des grands officiers

de la couronne_, t. VIII, p. 825, où se trouvent aussi des premiers

queux et même de simples queux qui n’auroient pas dû y figurer, et entre

autres Taillevent et Guillaume Lefèvre, dit Verjus. V. t. II, p. 81 du

_Ménagier_.)

[58] Je crois qu’il faut adopter la leçon du manuscrit B, II, 117, n. 4.

[59] Vases contenant une quarte (deux pintes) de vin.

[60] Voir cependant T. II, p. 114, n. 3.

[61] Ici vases à _couler_, à _passer_, _passoires_, comme cela est bien

expliqué dans du Cange à _Colum_, 3, et non _entonnoir_, comme cela est

dit dans le même ouvrage à _Collum_ 3 et à _Coloeria_.

[62] Il y avoit cependant alors un grand luxe d’argenterie. J’ai vu dans

les registres du Parlement (_Matinées_, 9 avril 1396-7), que Guillaume

des Baux, gentilhomme qui recevoit souvent le duc d’Anjou, avoit

_vaisselle de cuisine_ d’argent. Sa fortune n’étoit cependant évaluée

qu’à 6,000 liv., ce qui, en tenant compte de la diminution du poids et

même de la dépréciation de la monnoie, ne peut représenter plus de

240,000 fr. d’aujourd’hui.

[63] V. T. II, p. 114, n. 1.

[64] A cette époque le vin n’étoit pas mis en bouteilles: on prenoit

directement au tonneau le vin nécessaire à la consommation journalière.

[65] Ce mot a cependant quelquefois aussi la même signification

qu’aujourd’hui (V. T. II, p. 99, n. 6), et il désigne une fois (T. II,

p. 137) un mets solide, sec, par opposition à un mets liquide mis dans

une écuelle.

[66] Au XVIIe siècle c’étoit le maître d’hôtel qui remplissoit cet

office, le chapeau sur la tête, le manteau sur le dos, la serviette sur

l’épaule et l’épée au côté. Voir les _Délices de la campagne_, éd. de

1673, figure de la page 145, et le _Maistre d’hostel_ de la Varenne, à

la suite de son _Cuisinier françois_, éd. d’Amsterdam, Mortier, p. 318.

[67] Placeur, poseur, d’_asseoir_, _poser_.

[68] Ce mot désigne ordinairement dans les récits de festins princiers

une espèce de représentation théâtrale. (Voir Legrand d’Aussy, t. III,

p. 373, et les _Chroniques de Saint-Denis_, t. VI, p. 387), mais la

signification que je lui donne ici résulte des menus X, XIII, XIV, et du

chapitre des entremets du _Ménagier_. Dans le Ms. de Saint-Lô (V. p.

XXXV, n. 1), il est dit que le _porc de mer_ doit être coupé par lesches

et _détourné_ (_atourné_, dressé?) _par manière d’entremets sur un blanc

doublier_ (nappe). Enfin la recette donnée dans le _Grand Cuisinier_

pour dorer et orner un cigne (voir t. II, p. 184, note), est ainsi

intitulée _Entremets d’un cigne doré_. L’usage de servir les paons,

faisans, etc., avec cette recherche, paroît s’être prolongé jusque dans

le XVIIe siècle. Le _Thrésor de santé_, imprimé en 1607, mais qui peut,

il est vrai, avoir été écrit antérieurement, donne encore une recette de

cigne doré. En France, sous la minorité de Louis XIV, le faisan étoit

servi avec une aile non plumée, outre la tête et le col qu’on lui laisse

encore aujourd’hui.

[69] Je ne puis du moins comprendre autrement _l’entremets élevé_ dont

il est parlé dans le Menu XIV.

[70] On voit cependant T. II, p. 108, une _desserte_ composée de

fromentée et de venaison, mais s’il n’y a pas erreur, c’est au moins une

exception.

[71] Ce mot se trouve encore dans l’_Instruction pour les festins_,

insérée dans les _Délices de la campagne_, et avec la même signification

de dessert supplémentaire. Il paroît s’être perdu peu de temps après,

car il n’est plus employé dans la _Maison réglée_ d’Audiger, imprimée à

Paris en 1692, in-12.

[72] V. T. II, p. 99.

[73] Cette consommation a été, en 1846, la population de Paris étant

évaluée à un million d’habitans, de 104,329 bœufs, vaches ou taureaux,

84,260 veaux, et 486,445 moutons. La consommation seroit donc à peu près

triplée.

[74] Je n’ai vu cette boucherie citée que dans une plaidoierie du

Parlement de septembre 1388.

[75] On pourroit cependant répondre qu’il considéroit Saint-Marcel comme

un faubourg et non comme un quartier de Paris.

[76] La dépense ordinaire de l’hôtel du duc de Berry, sans compter celle

de sa garde-robe, des gages et pensions qu’il payoit, et surtout sans

celle de ses bâtimens, s’éleva en juin 1373 à 1165 fr.; en juillet à

1431 fr.; en août à 1535 fr.; en septembre à 1542 fr.; en octobre à 1430

fr.; à 2054 fr. en novembre; à 1654 fr. en décembre. Il est dit dans le

compte qui me fournit ces chiffres (Arch. du Roy. K. 250-1), que cette

dépense comprenoit les gages _des gens de l’ostel qui ne s’étoient pas

armés en la chevauchée de Poitou_. Ceux qui avoient fait l’expédition

n’y étoient donc pas compris. La duchesse avoit sa maison à part et

remboursoit au duc six francs par chaque jour qu’elle et ses gens

vivoient à ses dépens. Il est probable que la dépense du duc de Berry

s’augmenta quand, après la mort de Charles V, il put puiser largement

dans le Trésor.

[77] Ce seroit cependant faire tort à l’auteur que d’assimiler ses

renseignemens à la ridicule statistique de Paris qui se trouve dans les

_Rues et églises de Paris_. On lit dans cet ouvrage, imprimé au

commencement du XVIe siècle, qu’on comptoit à Paris dès le règne de

Charles VI, 872,000 _ménagers_ ou chefs de famille, sans les prêtres,

écoliers et autres extravagans _qui sont sans nombre_. La consommation

de cette multitude est fixée aux chiffres très-insuffisans de 73,000

bœufs, 730,000 moutons, et 365,000 veaux.

[78] Voir sur la diminution, depuis 1789, de la consommation de la

viande par chaque individu, les _Recherches de Benoiston de

Chasteauneuf_, 1821, in-8º, 1re partie, p. 67. Cette diminution

relative, qui date de 1789, a toujours été en croissant depuis, et c’est

là un fait bien remarquable et digne d’être médité.

[79] Il falloit bien au reste que la consommation de Paris fût

très-considérable. J’ai vu dans les registres du Parlement la preuve

qu’en 1422 on amenoit même de Savoie des bœufs à Paris (14 juillet

1422). Une ville pour laquelle des approvisionnemens arrivent de si loin

est nécessairement très-peuplée. Au reste, il existe d’autres données

qui permettent d’établir assez positivement le chiffre de la population

parisienne à la fin du XIVe siècle. On peut, si l’on veut, négliger

comme trop vague ce que dit Froissart (t. II, p. 259 de l’éd. du

Panthéon) à l’occasion du retour de Flandres en 1383, de la partie de

cette population capable de porter les armes, mais, comme Paris comptoit

en 1328 61,098 feux que M. Géraud dans son _Paris sous Philippe le Bel_

évalue par des calculs très-modérés, peut-être même trop modérés, à

275,000 habitans, comme ce chiffre a dû s’élever pendant le règne de

Charles V et les premières années de Charles VI, il semble qu’on ne peut

guère évaluer la population de Paris à la fin du XIVe siècle à moins de

3 ou 400,000 habitans. Voir pour plus de détails sur la population de la

France au XIVe siècle, le mémoire de M. Dureau de La Malle (Acad. des

inscr., T. XIV, 2e p. p. 36); pour Paris l’excellent travail de M.

Géraud, p. 465 de _Paris sous Philippe le Bel_, et pour le XVIe siècle

les _Relations des ambassadeurs vénitiens_.

[80] T. I, p. 7. Ces demandes d’ébatement ou jeux semblent avoir donné

lieu à une manière de parler proverbiale que je trouve consignée dans

les plaidoieries civiles du Parlement à la date du 27 juin 1392. _Acarot

dit que s’il s’en mesloit plus, qu’il lui trancheroit la teste, et dit

que_ pour roy ne pour roc _il ne lairoit que il ne lui couppast la

teste_.

[81] L’ordonnance de Charles VI du 10 janvier 1396-7 ne défend la chasse

qu’aux non-nobles laboureurs et autres non privilégiés, (les habitans

d’un assez grand nombre de villages avoient droit de chasse) et non

autorisés par des personnes ayant elles-mêmes droit de chasse. Cette

ordonnance reconnoit de la manière la plus formelle le droit de chasse

aux _bourgeois vivans de leurs possessions et rentes_.

[82] _Modus_, feuillet 101.

[83] Voir l’article sur lui, p. LXIX.

[84] Ed. Vérard, feuillet X V.

[85] _Ib._, feuillet X IV.

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 44 / 54 段