lièvre ne sont pas bons pour le déduit de l’esprevier, car ceulx qui
sont bons pour le lièvre queurent après et le chassent, et quant ils
l’ataignent, le mordent, arrestent et tuent, se à ce sont duis: et
autel pourroient-ils faire à l’esprevier. Et pour ce, ceulx qui scevent
bien trouver les perdris et la caille et ne queurent point après
l’esprevier, ou s’ils y vont, si sont-ils si duis que tantost qu’ils
voient que l’esprevier a liée[1418] et abatue la perdris ou autre oisel
et la tient soubs lui, s’arrestent et ne s’approuchent point, iceulx
espaignols sont bons, et les autres non. _Item_, ceulx qui sont jeunes
et fors et roides et qui sont trop hastifs, trop loingtains[1419], ne
sont pas bons pour ce qu’ils queurent trop devant et trop loing de
l’esprevier, et quant ils treuvent la perdris ou autre oisel et ils
la font lever, l’esprevier qui est loing ne puet venir à temps et se
lasse de voler après, et en la fin n’y peut attaindre et demeure lassé
et blasmé, et si n’est point sa faulte, car il a bien volé, mais est
la faulte de l’espreveteur qui n’a par avant mis ses chiens en si
grant subjection qu’ils s’arrestassent à son escry[1420]. Et qui pis
est, se l’esprevier est ainsi deux fois foulé[1421], il craindra à y
plus voler et ne s’embatera[1422] plus, car l’esprevier se resjoïst
et enhardist quant il est tousjours audessus et met à mercy tout ce à
qui il vole, et au contraire se effroidist et attardist quant il est
foulé ou grévé par les oiseaulx. Et par ce me semble qu’il convient que
l’espreveteur soit sage d’avoir duit ses chiens pour quérir près de
lui, et de donner le vol à point: et pour ce je croy que les espaignols
aagiés qui queurent ainsi comme deux ou trois toises devant l’esprevier
sont bons. Et puisqu’ainsi est que l’en ne scet au commencement quels
ils seront, celuy qui a entention de les mettre en besoingne en la
saison d’espreveterie, les doit devant le temps affaitier et tenir
liés et en subjection de verges ou de fouet, afin qu’ils le craignent
et que quant il les menra aux champs et il les escriera ou appellera:
_Arrière! arrière!_ qu’ils s’arrestent et l’attendent, et retournent
à leur maistre s’ils voient qu’il tourne autre chemin. Et s’ils sont
ainsi duis, ils ne feront nul mal à l’oisel quant l’en les escriera, et
seront bons.
_Item_, il est assavoir de la nature des jeunes chiens que tant plus
les menrez aux champs souvent, de jour en jour et de heure en heure,
et plus leur donrez de paine et de travail à querre ès champs depuis
l’aube du jour jusques à la nuit, et l’endemain et chascun jour
commencier, et plus les chastierez, puis qu’ils seront bien nourris et
ensemble, plus vous craindront et aimeront et suivront voulentiers et
seront bons. Mais soiez diligent que si tost que vous serez à l’ostel,
que vous mesmes, ou vos gens devant vous, donnez très bien à mengier à
vos chiens, puis à boire, en une paelle[1423], d’eaue bonne et nette:
et puis soient couchiés sur belle lictière de feurre en quelque lieu
chault, ou au feu s’ils sont moulliés ou crottés, et soient tousjours
tenus à la subjection du fouet. Et se ainsi le faites, ils ne donront
nul ennuy à la table ne au dressouer, ne ne coucheront sur les lis: et
s’ainsi ne le faites, vous povez savoir que quant ils ont traveillié et
ont fain, pour ce qu’il est nécessité qu’ils vivent, ils quierent soubs
la table et happent sur le dressouer ou en la cuisine une pièce de
char ou viande, et s’entremordent et font des ennuis pour pourchassier
leur vie, et en ce faisant se traveillent et ne reposent point et si
demeurent truans et diffamés, et c’est vostre faulte et non la leur. Et
pour ce, se vous voulez estre tenu bon espreveteur, pensez premièrement
à vostre esprevier et de vos chiens, et puis de vous.
(_Item_, aucuns dient que à chiens qui abaient[1424] l’en leur doit
donner à mengier du poulmon de mouton ou de brebis, et ils n’abaieront
plus. Ce qu’il en est, je ne sçay.)
_Item_, il convient estre pourveu et avoir un cheval basset et aisié
pour monter et descendre souvent, qui soit paisible au chevauchier,
sans fretillier ne tournoier, ne tirer la bride, ne regiber, ne faire
autres empeschemens qui doient empescher à l’esprevier quant il sera
réclamé[1425]: et qu’il se tiengne tout coy et tout arresté, attende
son maistre quant il sera descendu, et aussy se tiengne bien coy et
bien paisible au remonter.
Et pour ce que je vous ay devant dit qu’il est neccessité d’avoir
des premiers espreviers, sachiez que les espreviers commencent à
couver, c’est assavoir les premiers, à la Saint-George qui est le
vint-troisième jour d’Avril, et couvent six sepmaines. Et pour ce, dès
le temps dessus dit jusques au commencement de Juing, l’en doit espier
les aires des espreviers, lesquels l’en peut trouver et aparcevoir
tant par leurs aires comme par leurs charniers, car communément leur
charnier est fait sur un arbre qui a regart à leur aire et est aussi
comme au trait d’un arc de leur dit aire; et sur icelluy hault arbre
les espreviers descharnent[1426] les coulons ramiers et autres oiseaulx
qu’ils ont prins, et laissent cheoir les os à terre, et détrenchent à
leur becq et despiècent la char qu’ils portent en leur aire à leurs
faons qui lors ont le becq trop tendre: et par les ossellez peut-l’en
apparcevoir le charnier, et par le charnier peut-l’en trouver l’aire.
Et est à noter que en la fin du mois de May ou au commencement du mois
de Juing les premiers espreviers d’icelle saison escloent. Si convient
lors entendre de soy pourveoir d’iceulx premiers espreviers, car les
premiers espreviers sont plus tost avanciés et près de voler. Et pour
ce que chascun désire avoir des premiers espreviers, et pour les avoir
tous bons espreveteurs sont tousjours traitres et larrons l’un à
l’autre, tellement que l’un frère les voulroit embler à l’autre, pour
laquelle chose, qui veult avoir des premiers espreviers, il doit faire
tant enquerre et encerchier qu’il sache aucun aire des premiers[1427],
et les prendre ou ny avant que[1428] nul autre.
(Et est assavoir que les meilleurs et plus fors espreviers sont ceulx
qui se paissent de coulons ramiers ou autres gros oiseaulx, et ceulx
font leurs aires sur bas arbres pour ce qu’ils ne pevent porter hault
si gros oiseaulx.)
Or convient-il donc savoir comment ils seront nourris se ils sont
pris si jeunes que ils n’aient que deux jours. Et sachiez sur ce
au commencement il[1429] est bon qu’ils soient nourris plusieurs
espreviers ensemble, ou esprevier et mouchez[1430], on esprevier et
poucins, afin qu’ils s’entrejoingnent et gardent la chaleur naturelle
l’un à l’autre; et ceste chaleur naturelle est leur souveraine
nourreture, car se ils seuffrent tant soit petit de pluie ne de
froidure, ils sont en adventure de mourir, et pour ce est-il bon d’en
mettre pluseurs ensemble pour ce qu’ils se joindront et garderont la
chaleur naturelle l’un de l’autre. Et si est bon qu’ils soient en un
petit clotet[1431], par manière de ny, fait de foin délié bien batu, de
plume, de coton, d’estoupes ou de telles molles choses, et mis en une
cage à poucins, en une cuve ou en un cuvier ou en un autre vaissel de
bois qui soit long et large tellement qu’ils puissent esmeutir[1432]
loing d’eulx; et se leur ny n’est bien molet, l’en peut mettre soubs
eulx un drap linge[1433] bien délié pour garder leurs ongles. Et
espécialment soient gardés et maintenus en bonne chaleur naturelle,
comme aucunes fois du feu de charbon entour eulx, et soient sur deux
tresteaulx hault en leur cage, ou aucune fois au soleil: aucune fois,
s’il fait froit de nuit, soient couvers d’une robe, et d’une rais[1434]
pour les chas, et qu’ils aient air largement. Et soit souvent regardé
qu’ils n’aient ne trop froit ne trop chault; et mesmement[1435] de
nuit les convient-il ainsi garder, et de jour les convient-il paistre
tant de fois le jour comme ils auront enduit[1436], et commencier dès
le bien matin à souleil levant ou avant, car les espreviers qui sont
bien peus en leur jeunesse ne crient point quant ils sont sur le poing,
et les autres si font; et les convient paistre de bonne char chaulde,
nouvel tuée, d’oiselets escorchiés dont la chair, sans aucune gresse,
soit bien menue haschée, jusques à ce qu’ils aient le becq fort pour
tirer cuers de volaille, des cuers de mouton dont vous recouvrerez
aux bouchiers, et qui mieulx ne peut, de pigons: jàsoit-ce que ce
soit trop grosse char et trop orgueilleuse, qui[1437] peut recouvrer
d’autre char; _item_, le filet[1438] de porc qui est dedens la cuisse
est meilleur que cuer de mouton: mais à l’esprevier qui vole, l’en ne
doit pas donner deux gorgées[1439] l’une après l’autre, pour ce qu’il
est trop délié, trop laxatif et trop courant et coulant. Et de quoy que
vous paissiez vostre esprevier, gardez que vous ne luy donniez deux
gorgées l’une sur l’autre, c’est à dire que vous ne le paissiez mie la
seconde fois jusques à ce qu’il ait enduit la première; et puis soit
peu afin qu’il n’ait nulle fain, car autrement[1440], s’il n’est très
bien nourry en sa jeunesse, il ne volera jà bien, ne ne sera fort en
la saison d’espreveterie. Et aussi se vostre esprevier avoit aucune
fain, les bons espreveteurs l’appercevroient à l’areste des plumes où
il auroit raies de travers, et tant de roies qu’il y auroit et tant
de fains jugeroit-l’en que l’esprevier auroit eues[1441]; si vous en
mocqueroit-l’en de non avoir bien gouverné vostre esprevier.
Et _nota_ que à trois choses congnoist-l’en en jeunesse l’esprevier
du mouschet: _item_, que le mouschet a la teste et le becq sur[1442]
le rond, et l’esprevier sur le long: _item_, le mouchet a la
jambette greslette et plus courte que l’esprevier: _item_, au cry le
congnoissent aucuns.
_Item_, en leur très grant jeunesse, l’en les doit tenir très
nettement et paistre souvent[1443], et très seichement de blancs
drappellez souvent remués dessoubs leurs piés, et du foing, et changier
souvent, et laver et sécher leurs drappellets. Et soient en un pennier,
et soit ledit pennier couvert de beaulx drappeaulx; et soient tenus
chaudement par feu ou par soleil, et de nuit soit mis l’esprevier[1444]
entre deux draps au lit, couchié avec une personne pour garder chaleur
naturelle, et l’endemain au feu ou au soleil. Et ainsi, jusques à ce
qu’il soit temps de les mettre en la ferme[1445].
_Item_, se vous povez, faites que les costés du vaissel ou ferme où
vostre esprevier sera, ne soit mie clos d’ais, mais de trailles[1446]
ou de filé, afin que l’esmeut de l’esprevier saille dehors, car quant
l’esmeut demeure dedans le vaissel, il put.
_Item_, tant comme l’esprevier plus s’efforcera[1447], il se
souldra[1448] sur les jointes[1449]; et lors, quant il s’estera[1450],
le peut-l’en mettre en la ferme qui sera faite de cinq piés de long
et de trois piés de lé[1451] et de trois piés de hault. Et a[1452]
besoing d’une cuve ou d’un cuvier souvent nectoié ou changié, couvert
d’une rais, ouquel cuvier ou cuve il ait du foing au fons et un viel
drappel linge dessus pour luy garder ses ongles sains comme dessus,
et illec s’enforcera et sera plus fort sur ses piés. Et ainsi comme
plus croistra, l’en ne le paistra pas si souvent, que quatre fois le
jour; et après, quant il sera plus fort et qu’il volletera, l’en lui
doit mettre en la ferme ou cuvier un petit bloc[1453] de trois dois de
hault, couvert pour ses ongles comme dit est. Et quant il commencera
à soy perchier sur icelluy bloc, l’en luy fera autre travers dedans
la ferme deux perchettes de demi pié de hault[1454], sur lesquelles
perchettes il, de sa propre nature, volera de l’une à l’autre et
passera par-dessoubs, et sa nature luy enseignera à duire ses eles et
son vol; et lors ne sera peu[1455] que trois fois le jour. Et est bon
que lors et par avant sa ferme soit mise à terre une fois le jour, en
une place où les chiens repairent entour luy, et qu’ils le voient et
congnoissent, et luy eulx, et soit peu devant eulx, afin que quant il
volera et aura prins et tendra sa proie aux champs et ils surviennent,
qu’il ne s’esbaïsse mie pour eulx, ne que eulx ne le descongnoissent.
Et dès lors en avant convendra soy prendre garde quant il aura deux
mercqs[1456] frans, car lors le conviendra-il mettre ès gets[1457] et
paistre sur le poing, et puis le perchier et tenir paisiblement sur
son poing tant qu’il ait enduit et avalé sa gorgée. Et le doit-l’en à
ce commencement tenir si court que au reget de son débat[1458] il ne
mefface à son balay[1459].
Et depuis que vostre esprevier sera premier mis sur le poing, gardez
que par vous ne par autre il n’ait aucun desplaisir; et sachiez, chière
seur, que toutes choses qui vers luy survendroient[1460] soudainement,
hastivement ou tempestivement[1461], soit personne, beste, pierre,
estueil[1462], baston, ou autre chose, lui font desplaisir et le
tourmentent fort. _Item_, chière seur, sachiez que se vostre esprevier
vous lie et estraint fort, sachiez que c’est signe qu’il a fain, et
sinon[1463], car quant il a fain il estraint, et quant il[1464] gorge,
non. Et toutesvoies s’il vous lie ou estraint, ne vous courrouciez de
riens ne lui aussi, mais le descharnez tout bellement, sans vous ne lui
courroucier, quelque douleur qu’il vous face sentir, car se vous le
courroucez une seule fois, jà puis ne vous aimera.
_Item_, il vous convient continuer à le tenir souvent sur le poing
et entre gent tant et si longuement que vous pourrez. Et se tandis
que vous disnerez, dormirez ou pour autre chose, laisserez vostre
esprevier, si soit perchié à grant air, hors de la moiteur de la pluie
et de l’ardeur du soleil, et qu’il ne voie nuls poucins, pigons ne
aultre volaille, ne ne soit en péril de chas, et que rien soudain ne
puisse venir sur luy.
Et sachiez, chière seur, que s’il est perchié tantost après ce qu’il
sera peu, il se tendra bien paisible jusques à ce qu’il ait enduit,
mais après ce, se il bat à la perche, c’est signe qu’il a fain ou
qu’il veult estre sur le poing: et pour ce est bon qu’il ait tousjours
gens devant luy, afin que s’il se batoit et se pendist[1465], qu’il
fust tantost secourus et relevés. Sachiez aussi que quant il a esté
longuement sur le poing et qu’il a tous ses sept mercqs (jàsoit-ce que
j’aye bien veu tel qui en avoit huit), et aussi quant le troisième noir
mercq[1466] du balay passe le bout dès eles, il est adonc tenu pour
fourmé, et doit-l’en penser de le baignier, qui le fait avancier pour
oindre[1467], desrouillier et mettre à point ses plumes, et mieulx
voler: et de la manière du baignier sera dit cy-après.
_Item_, et au bout des longes doit avoir un petit bâtonnet, afin que
se l’esprevier s’entreprenoit, que au bout du bâtonnet, sans mettre la
main, l’en luy mette ses plumes à point: ou l’en doit remuer et tourner
son poing, afin qu’il se débate autre fois, car au rebat[1468] les
plumes reviennent à leur point. Et tousjours, tantost qu’il est peu,
l’en le doit tenir si souef et en place si propre et si paisible qu’il
n’ait cause de soy débatre sur sa gorge, car s’il se débatoit sur sa
gorge qu’il auroit lors prinse, il seroit en adventure de la getter; et
qui n’a loisir de le tenir en place paisible, l’en le doit perchier. Et
sachiez en cest endroit que les bons espreveteurs dient un tel proverbe:
Au lier et au deslier,
Te tien saisy de l’esprevier.
Si povez maintenant adviser sur le poing et sur la perche se vostre
esprevier peut rien valoir. Premièrement, les aucuns espreviers se
perchent tout droit et sont moult esveilliés et regardent fièrement et
espoventeusement[1469] quant ils veillent, et quant ils dorment, si
se tiennent-ils bien droit sur un pié et ont l’autre en leur plume,
et ainsi dorment, et c’est signe de bon esprevier et sain. Les autres
espreviers se couchent sur le ventre au travers de la perche, ainsi
comme un chappon, et ainsi se reposent en dormant et en veillant: et
n’est ne trop bon ne trop mauvais signe, car il leur vient de nature.
Et les autres sont tousjours raemplis et endormis et ont un pié en leur
plume, et c’est signe de fétardie[1470] ou de maladie.
_Item_, quant est à congnoistre l’esprevier par son plumage, il
est assavoir que les uns[1471] espreviers sont de plumage blanc et
délié.....[1472], à travers de péris.....[1472], tendres ou roux
assis en leur poictrine ainsi comme par ordre et à droite ligne, et
sont bien merlés ou goutés[1473] ou brueil[1474], c’est assavoir entre
les cuisses et le balay, et ont bonnes[1475] les plumes qui sont à
l’endroit des costés sur les cuisses. Et iceulx espreviers dit-l’en que
ils sont bons pour dames, car ils sont tost réclamés et rendent tost
leur proie et viennent voulentiers au sifflet et aiment leur maistre,
et sont paisibles et peu hardis. Les autres sont de plus gros, plus dur
et plus aspre plumage, et ont plus grosses mailles, et sont les tuyaux
de leurs plumes plus durs d’autant comme les plumes d’une vielle géline
ou d’un viel coq sont plus aspres et plus dures que d’un jeune chappon,
ou comme un laboureur des champs a plus dure coanne que le fils d’un
roy: et sont cueuretés de cueres[1476] entre-changablement[1477] assis
çà et là, sans ligne et sans ordre, et ont une petite teste et uns
gros yeulx estincelans comme un serpent, et sont moult esveilliés; et
ceulx sont aspres, roides et hardis, et sont plus fors à réclamer, plus
glouts et plus despis à paistre, et plus félons en toutes choses; et
mettent leur proie entre leurs eles, et la défendent aux ongles et au
becq. Et mesmes, quant on les paist, ils estrainguent et saillent au
visage et mordent: et convient avoir un gant en la main destre, dont
les dois du gant soient couppés, pour doubte des esgratineures: et
portent voulentiers au couvert[1478]; mais se ils sont bien nourris et
bien réclamés, un bon espreveteur s’en aide mieulx que des devant dis,
car ils sont plus hardis, plus sages, et plus fors assez.
_Item_, les uns ont jambes et piés rouges, et dit-l’en que ceulx sont
de aire de jeune mouchet: et les aultres qui ont jambes et piés jaunes,
dit-l’en qu’ils sont de aire de vieilz mouchet. Les aucuns ont jambes
rondes et les autres sur le plat, _scilicet_ sur le demi ront; de
ceulx ne sçay-je quel signe c’est: mais en somme, l’esprevier qui est
de grant corsage, qui a teste de serpent, c’est assavoir menue teste
sèche, qui est bien chappé[1479], gros yeulx saillans et esveilliés,
gros par les espaules, plumage dur et roide, mailletté de grosses
mailles aspres et dures: qui ait bons serceaulx, bons cousteaulx,
bonnes longues plumes, bons venneaulx[1480], bonnes....[1481], sans
balay a sain, grant ouverture endroit le bouel, courtes jambes
grossettes, ses ongles entiers, c’est assavoir du pessouer[1482] et du
charnier et de la grant et petite sangle, et que le remenant de son
corps et de ses piés soit tenu entier: qui soit bien esveillié et se
perche bel: tel esprevier est d’eslite.
Toutesvoies quel qu’il soit, puis que vous le vouldrez nourrir pour
vous, au commencement qui[1483] sera mis sur le poing, si luy bailliez
beaulx gects, surlonges que l’en dit petites longes, touret[1484] et
grans longes, et les acoustumez de petit à petit et de plus loing en
plus loing à voler à vous, sur vostre poing, quérir sa proie pour soy
paistre.
Or est temps, chière seur, que je vous parle de congnoistre l’ésmeut
de l’esprevier. Si sachiez, chière seur, que quant l’esprevier si a
esmeuti, par l’esmeut l’en peut jugier s’il est sain ou non: car s’il
esmeut loing, et l’esmeut est fin, blanc, liant et bien moulu, il est
bon. Et s’il est pers[1485], vert, ou roulx comme lessive, ou cler
comme eaue, ou qu’il ait un neu noir en l’es-meut, à ce voit-l’en que
l’esprevier n’est pas sain, et lors le fault curer, et donner plume
par la manière que dit sera cy-après quant l’en parlera du réclamer
et affaitier pour voler, car jusques à ce que l’en le réclame sans
commande[1486], n’est-il jà trop grant besoing de lui donner plume ne
trop souvent curer, fors par une fois la sepmaine.
Mais en cest endroit d’espreveterie, le convient plus que devant
tenir sur le poing et le porter aux plais[1487] et entre les gens
aux églises[1488] et ès autres assamblées, et emmy les rues, et le
tenir jour et nuit le plus continuelment que l’en pourra, et aucune
fois le perchier emmi les rues pour veoir gens, chevaulx, charettes,
chiens, et toutes choses congnoistre; et soit en l’ombre, et qu’il
n’y ait nuls pigons, poucins ne autre volaille qu’il voie comme dit
est. Et aucunes fois à l’ostel soit perchié sur les chiens, et que
les chiens le voient, et il eulx. Ce fait, le convient réclamer en
un secret lieu, petit à petit et de plus loing en plus loing, tant
qu’il reviengne du long de ses longes; puis le convient réclamer à
la commande ou recréance: et puis en pluseurs lieux et en espécial
aux champs et ès prés à recréance: et puis sans recréance, à pié à
pluseurs fois, présens les chiens; et puis à cheval le convient-il
réclamer, et de dessus les arbres, tant qu’il congnoisse le cheval.
Et adonc est neccessité que vous prenez bien garde, comme dit est
dessus, à son esmeut qu’il soit net: et comme dit est dessus, le noir
donne enseignement qu’il est ort par dedans. Et s’ainsi est qu’il y
ait trop de noir, si lui donnez au vespre char de poucin ou cuer de
mouton trempés et bien lavés en eaue un petit chaudette et espraint;
et se vous n’avez eaue tiède, fors froide, si y trempez vostre char,
puis l’espraingnez fort et eschauffez par force d’espraindre entre
deux esseules[1489], puis en paissiez vostre esprevier comme dessus,
car char lavée l’amaigrist. Et à ce donner ne doit-on point son oisel
appeller ne réclamer, mais prendre sur la perche sans siffler ou
réclamer, et paistre sans dire mot, car la char ne luy est mie bien
savoureuse, et pour ce, qui à ce donner le réclameroit, quant l’en le
réclameroit après et depuis, il cuideroit que ce fust autele viande
comme devant: si seroit plus lent et tardif à y venir.
_Item_, avec ce que dit est, quant il sera gorgié souffisamment, l’en
luy doit donner, en lieu de plume, aussi gros de coton comme une fève
enveloppé en char, à deux fois: ou faire tirer les plumes de l’aleron
d’une perdris, et s’il en avale, c’est bonne plume[1490]; et aussi
coton moullié en eaue: et dit-l’en que petite plume est la meilleur; et
ne luy doit-l’en donner viande par-dessus sa plume, car ce que l’en
donroit par dessus ne pourroit passer les mailles de l’estomac[1491]
pour la plume qui seroit au devant. Et sachiez que quant l’esprevier
vole et se paist de son vol, il ne luy convient point donner d’autre
plume, car il en prent assez des oiseaulx dont il se paist; et la plume
de l’aleron de l’ele est bonne plume. Et doit-l’en[1492] le soir que
l’en luy a donné plume, nettoier la place dessoubs l’esprevier pour
trouver l’endemain sa plume. Et l’endemain, quant vous serez levée,
regardez à son esmeut s’il est plus net que devant; et se l’esprevier a
esmeuti loing, c’est signe qu’il est fort: s’il a esmeuti près, c’est
au contraire; se son esmeut est fin blanc, pâteux et bien molu, c’est
signe qu’il est sain: se l’esmeut est vert, ou qu’il y ait trop de
noir, c’est signe qu’il n’est pas sain. Et aussi gardez s’il a gecté
sa plume orde ou necte. Et se vous avez apparceu par deux ou par trois
fois que l’esprevier soit lent de gecter sa plume, si lui donnez avec
le coton un ou deux grains de fourment, car ce l’avancera de la gecter;
et quant icelle sera par luy gectée au matin, si le paissiez de bonne
viande et chaude, et au soir luy redonnez plume comme devant: et ainsi
de soir en soir jusques à ce qu’il soit net.
Et soiez adverti que depuis ce, comme dit est dessus, que vostre
esprevier commencera à voler, _item_ ainsi le convient deux fois la
sepmaine nettoyer, et aussi baignier deux fois la sepmaine, à certain
jour, entre tierce et midi, en un jardin ou préel[1493], au soleil,
et en si large bacin que ses eles ne se batent aux bors, et le tenir à
la commande ou recréance, afin que sans congié il ne s’en voit[1494]
essorer[1495]; et au commencement doit-l’en rebondir et ressatir[1496]
l’eaue sur la teste et le col, à une vergette[1497], pour le moullier:
et puis qu’il sera baignié, le convient-il essuyer au soleil de midi.
Toutesvoies, aucuns lui donnent plume chascun soir, et baignent
chascun jour quant il a enduit, et en soy baignant ou quant il est
baignié le réclament: et pendant le temps que vous baignerez vostre
esprevier, se le soleil se convertissoit en pluie, ou se en cheminant
il plouvoit sur vostre oisel, il le convient essuyer à très bon feu sur
un trestel[1498] ou au soleil. Mais gardez-vous bien que jamais vous ne
le mettez sur perche moulliée, car si tost qu’il a le pié moullié, il
devient enrumé et malade: si gardez tousjours qu’il ait le pié sec et
chault. Et après ce qu’il sera ainsi séchié, il voulera de très bonne
ele.