POUR OSTER L’ARSURE D’UN POTAGE, prenez un pot nouvel et

mettez vostre potage dedans, puis prenez un pou de levain et le liez

dedans un drappel blanc, et gettez dedans vostre pot, et ne luy

laissiez guères demourer.

POUR FAIRE LIQUEUR POUR SEIGNER[1321] LINGE. Prenez

camboïs, c’est le limon noir qui est aux deux bouts de l’essieul de

la charette, et mettez de l’arrement[1322], et allaiez d’uille et de

vinaigre et boulez tout ensemble, et puis chauffez vostre merque[1323]

et moulliez dedans, et asséez dessus vostre linge.

SE TU VEULX FAIRE BONNE ESCHE[1324] pour alumer du feu au

fusil, pren de l’escume[1325] de noyer qui sont surannées, et puis

la[1326] met en un pot plain de lessive bien forte, toute entière, ou

par pièces du large de deux dois, lequel que tu vouldras, et la fais

boulir tousjours par l’espace de deux jours et une nuit du moins. Et se

tu n’as de la lessive, si prens de bonnes cendres et met avec de l’eaue

et fais comme charrée[1327], puis mets ton escume boulir dedans par

l’espace dessusdit, et la fournis tousjours tant comme elle bouldra.

Se tu la fais boulir en lessive, fournis-la de lessive; se tu la

bouls en la charrée, si la fournis d’eaue; et toutes voies en quoy que

tu la boules, se tu povoies finer de pis..t pour la fournir, elle en

vauldroit mieulx. Et quant elle sera ainsy boulie, si la pures[1328],

et puis la lave en belle eaue nette pour la ressuier, puis la met au

soleil seicher ou en la cheminée, loing du feu, qu’elle ne s’arde, car

il la convient sécher attrempéement et à loisir; et quant elle sera

seiche et on s’en vouldra aidier, si la fault batre d’un maillet ou

d’un baston, tant quelle deviengne ainsi comme espurge[1329]. Et quant

on veult alumer du feu, si en fault prendre ainsi comme le gros d’un

pois et mettre sur son caillou, et on a tantost du feu; si ne fault

que des mesches ensouffrées, et alumer la chandeille. Et la doit-l’en

garder nettement et sèchement.

FOUQUES[1330] doivent estre très bien rosties, et sont

meilleurs cuites en potage que en rost, car en rost elles sont trop

sèches, et veulent estre arrousées de leur gresse, et avoir le feu

devant.--_Item_, elle sont très bonnes fresches aux choulx.--_Item_,

mettez de l’eaue et des oignons en un petit pot et la fouque, puis

laissiez boulir comme une pièce de beuf, puis broyez des menues

espices, et allaiez les deux pars vertjus et la troisième vinaigre,

et vous aurez bon potage.--_Item_, fouques salées de deux jours sont

bonnes au potage.

_Nota_ que le seymier d’un cerf, c’est le quoier et[1331] la queue; et

quant il est frais, il est cuit à l’eaue et au vin, aux espices et

saffran et soupes en esté: et en yver au poivre[1332]; et ainsi est-il

du sanglier frais.

POUR FAIRE TROIS PINTES D’ENCRE, prenez des galles[1333] et de

gomme[1334] de chascun deux onces, couperose trois onces; et soient les

galles cassées et mises tremper trois jours, puis mises boulir en trois

quartes d’eaue de pluye ou de mare coye[1335]. Et quant ils auront

assez boulu et tant que l’eau sera esboulie près de la moitié, c’est

assavoir qu’il n’y ait mais que trois pintes, lors le convient oster du

feu, et mettre la couperose et gomme, et remuer tant qu’il soit froit,

et lors mettre en lieu froit et moite. Et _nota_ que quant elle passe

trois sepmaines, elle empire.

POUR FAIRE ORENGAT, mettez en cinq quartiers les peleures

d’une orenge et raclez à un coustel la mousse qui est dedans, puis les

mettez tremper en bonne eaue doulce par neuf jours, et changez l’eaue

chascun jour: puis les boulez en eaue doulce une seule onde, et ce

fait, les faictes estendre sur une nappe et les laissiez essuier très

bien, puis les mettez en un pot et du miel tant qu’ils soient tous

couvers, et faites boulir à petit feu et escumer, et quant vous croirez

que le miel soit cuit, (pour essaier s’il est cuit, ayez de l’eaue en

une escuelle, et faites dégouter en icelle eaue une goutte d’icelluy

miel, et s’il s’espant, il n’est pas cuit: et se icelle goute de miel

se tient en l’eau sans espandre, il est cuit;) et lors devez traire

vos peleures d’orenge, et d’icelles faites par ordre un lit, et gettez

pouldre de gingembre dessus, puis un autre, et getter etc., _usque in

infinitum_; et laissier un mois ou plus, puis mengier.

POUR FAIRE SAULSISSES. Quant vous aurez tué vostre pourcel,

prenez de la char des costelettes, premièrement de l’endroit que l’en

appelle le filet[1336], et après de l’autre endroit des costelettes

et de la plus belle gresse, autant de l’un comme de l’autre, en telle

quantité que vouldrez faire de saulsisses; et faictes très menuement

mincer et détranchier par un pasticier. Puis broyez du fenoul et

un petit de sel menu, et après ce requeillez vostre fenoul broyé,

et meslez très bien parmi le quart d’autant de pouldre fine; puis

entremeslez très bien vostre char, vos espices et vostre fenoul, et

après emplez les boyaulx, c’est assavoir les menus. (Et sachiez que les

boyaulx d’un vielz porc sont meilleurs à ce, que d’un jeune, pour ce

qu’ils sont plus gros.) Et après ce, les mettez quatre jours à la fumée

ou plus, et quant vous les vouldrez mengier, si les mettez en eaue

chaude et boulir une onde, et puis mettre sur le greil.

POUR DESSALLER BEURRE, mettez-le en une escuelle sur le feu

pour fondre, et le sel dévalera ou fons de l’escuelle, lequel sel ainsi

dévalé est bon ou potage, et le remenant du beurre demeure doulx.

Aultrement, mettez vostre beurre salé en eaue doulce fresche, et le

pestrissiez et paumoiez dedens, et le sel demourra en l’eaue.

(_Item_, _nota_ que les mouches ne queurent point sus à un cheval qui

est oint de beurre ou de vielz oint salé.)

BOURBOTTE[1337] est de pareille fourme à un chavessot, mais

il est plus grant assez: et est cuite en eaue, puis peler comme une

perche, puis faire boulir cameline ou galentine et getter sus; ou rosty

et mis en pasté avec de la pouldre.

POIRES à leur commencement, _scilicet_ en Octobre et Novembre,

et qu’elles sont de nouvel queillies, sont dures et fortes, et lors

l’en les doit cuire en l’eaue: et quant ce sont poires d’angoisse,

pour leur faire avoir belle couleur, l’en doit mettre du foing dedans

le pot où elles cuisent, et après sont rosties; mais après ce, quant

elles sont plus fannées et ramoities pour la moiteur du temps, l’en ne

les met point cuire en eaue, mais en la brese seulement; _scilicet_ en

Février et en Mars.

PIES, CORNILLAS[1338], CHOÉS[1339]. L’en

les tue aux matelas[1340] qui sont[1341] grosse pilette[1342], et de

foibles arbalestres peut-l’en traire à iceulx cornillas[1343] qui sont

sur les branches, mais à ceulx qui sont ès nys convient traire de plus

fors bastons pour abatre nit et tout. Il les convient escorcher, puis

pourboulir avec du lart, puis découpper par morceaulx, et frioler avec

des œufs comme charpie.

TESTE DE MOUTON soit très cuite, puis ostez les os, et hachez

le demourant bien menu, et gettez pouldre fine dessus.

Se vous voulez faire provision de vinaigre, vuidiez le tonnellet de

vostre vielz vinaigre, puis lavez le tonnellet très bien de très bon

vinaigre et non mie d’eaue chaude ne froide: après, mettez les laveures

en un vaisseau de bois ou de terre et non mie d’arain ou de fer, et

illec laissiez reposer et rasseoir vos rainsseures: puis vuidiez le

cler et le coulez, et mettre de rechief ou tonnellet, et l’emplez

d’aultre bon vinaigre, et mettez au soleil et au chault, le fons percié

en six lieux et destoupé de jour, et de nuit et par brouillas[1344]

estoupez tout; et quant le soleil revient, destoupez comme devant.

LE RIQUE-MENGER. Prenez deux pommes aussi grosses que deux

œufs ou pou plus, et les pelez, et ostez les pepins, puis les découppez

par menus morceaulx, puis les mettez pourboulir en une paelle de fer,

puis purez l’eaue, et mettez seicher le rique-menger: puis mettre

beurre pour frioler, et en friolant filez deux œufs dessus en remuant;

et quant tout sera friolé, gettez pouldre fine dessus, et soit

frangé[1345] de saffran, et mengiez au pain ou mois de Septembre.

LIÈVRE ROSTY. J’ai vu rostir lièvre enveloppé en la toile de

la fressure d’un porc que l’en dit la crespine et couste trois blans,

et par ce le lièvre n’est autrement lardé. _Item_, je l’ay veu larder.

LA CHAR D’UNE JOE DE BEUF, etc.[1346]

En la HASTE-MENUE d’un pourcel n’a aucun appareil à faire,

fors la laver et embrocher et envelopper de sa taye et cuire longuement.

POULES FARCIES COULOURÉES OU DORÉES. Elles sont _primo_

soufflées, et toute la char dedans ostée, puis remplies d’autre char,

puis coulourées ou dorées comme dessus[1347]: mais il y a trop à faire,

et n’est pas ouvrage pour le queux d’un bourgois, non mie[1348] d’un

chevalier simple; et pour ce, je le laisse.

_Item_, DES ESPAULES DE MOUTON, _quia nichil est nisi pena et

labor_.

_Item_, LES HÉRIÇONS sont fais de caillettes de mouton et est

grant frais et grant labour et pou d’onneur et de prouffit, et pour ce

_nichil hic_.

AMIGDALA _recentia recipe, et ab eis cum gladio remove etiam

subtiliter primum corticem, et postea perforetur quodlibet amigdalum

uno foramine in medio. Et iis peractis dicta amigdala ponentur in aqua

dulci, in qua stent per quinque vel sex dies, sed qualibet die fiat

mutatio aque semel in die. Deinde lapsis quinque vel sex diebus, dicta

amigdala extrahentur a dicta aqua et ponentur in aliqua aqua[1349]

ubi stent per unum diem naturalem ad exsicandum et removendum vaporem

dicte aque; postea habeatur sufficiens quantitas boni et optimi mellis

respectu quantitatis dictarum amigdalarum, et illud mel buliatur

et decoquatur bene et sufficienter, et decoquendo purgetur. Et cum

decoctum fuerit et refrigeratum, ponatur in quolibet foramine dicti

amigdali unum gariofilum: et repositis omnibus dictis amigdalis

in aliquo bono vase terreo, ponatur desuper (item fiat de nucibus

conficiendis, sed ille habent[1350] stare in aqua per novem dies,

qualibet die mutanda;) dictum mel bene decoctum et dispositum pro

mensura debita coperiente dicta amigdala, et elapsis duobus mensibus,

postea comedantur_[1351].

TETINES DE VACHE. Cuites avec la char et mangées comme la

char.--_Item_, salée à la moustarde.--_Item_, aucunes fois trenchée par

lesches, et rosties sur le greil, toute fresche cuite.

ESTOURNEAUX. Soient plumés à sec[1352], effondrés[1353],

puis couppez les cols et les piés, puis reffais, mis en pasté et deux

lesches de lart audessus: ou découppez les membres par morceaulx comme

un oison, et mis à la charpie, c’est à dire que de la cuisse l’en face

trois pièces, et laisse-l’en en chascune pièce les os: des esles aussi

et du résidu semblablement, et puis frire aux œufs en la paelle comme

charpie. Il semble qu’il les convient _primo_ cuire à demi avant que

frire.

ALLOUETTES EN ROST. Plumez à sec, puis couppez les cols et

ne les effondrez pas. Soient reffaites, et n’aient point les jambes

couppées, et les embrochiez au travers et entre deux tesmoings[1354]

de lart. _Item_, en pasté, l’en coupe jambes et testes, et les

effondre-l’en, et dedans le trou l’en boute fin frommage, et les

mengue-l’en au sel.

LIÈVRE pourbouly, puis lardé, mis en pasté et de la pouldre,

et mengié à la cameline; et est viande d’esté.

CONNIN en esté.

PORC EN PASTÉ. Mis en pasté et du vertjus de grain[1355]

dessus.

OÉS, POULES, CHAPPONS despeciez par pièces,

et mis en pasté, excepté les chappons de haulte gresse qui ne se

despiecent point; et de chascune oé l’en fait trois pastés.

OISEAULX DE RIVIÈRE. En pasté, et de la saulce cameline ou

meilleur mise dedans le pasté quant il est cuit; la teste, les jambes

et piés sont hors.

PIGONS en pasté, cols et testes et les piés couppés, et deux

lesches de lart dessus: ou en rost, et soient lardés.

MONDER ORGE OU FROMMENT POUR FAIRE FROUMENTÉE. Il convient

eaue très chaude, et mettre le fromment ou orge dedans icelle eaue

chaude, et laver et paulmoïer[1356] très bien et longuement: puis

getter et purer toute l’eau, et laissier essuier le fourment ou orge

et puis le piler à un pestail[1357] de bois, puis vanner à un bacin à

laver.

BUVRAGES DE AVELINES. Eschaudez-les et pelez et mettez en eaue

froide, puis soient très bien broyées et deffaites d’eaue boulue, puis

coulées à l’estamine.

SARDINES, effondrées, cuites en eaue, et mengées à la

moustarde.

HARENC NOUVELLET commence en Avril et dure jusques à la Saint

Remy que les harens frais commencent; et est cuit en eaue, et après

l’en y fait les bonnes souppes grosses que l’en mengue au vertjus

vieil, mais avant, et si tost qu’il est cuit et trait de la paelle,

l’en le doit mettre en belle eaue fresche, et le convient nettoier et

oster les escailles, teste et queue.

HIC FINIT[1358].

APPENDICE A L’ARTICLE V

DE LA DEUXIÈME DISTINCTION.

_Pour faire ung lot de bon ypocras_ prenés une onches de cinamonde

nommée longue canelle en pippe, avec unes cloche de gingembre et autant

de garingal, bien estampé[1359] ensemble, et puis prenés ung livre de

bon çuquere[1360]: et tout cela broyés ensamble et destrempés avec ung

lot du milleur vin de Beaune que pourés finer et le laissir tremper

ungne heure ou deux. Et puis le coullés parmy ung chause[1361] par

pluiseurs fois tant qui soit bien cler.

_Pour avoir des caordes et pompons_[1362] fault planter en bonne terre

et crasse deux ou trois pans[1363] de parfont, et quattre grains au

cop[1364] ensamble par longhes rengues[1365], et trois piés largement

de plache[1366] de tous costés. Et quant y seront crut de la haulteur

de deux paumes, les fault racourchir desus deux dois de lonc, et les

arouser deux fois la sepmaine tant qui soient grant; et les fault

planter environ le quatre Mars ou à l’entrée d’Averil. Mais pour

che[1367] que nostre pays est froit, fault aviser plache hors des frois

vens et en bon solleil; et dient les gardineus de Portigal[1368] que

fiens de cheval bien court et bien pourit, et oussy les fientes des

bestes que on tuue, il est très bon: et affin qui ne faillent, tout

est neceschitez que on en plante depuis le my Mars jusques à la fin

d’Averil, par toutes les quinsainnes, affin que on garde les plus biaus

et que on deffeuche[1369] cheux qui porroient enpeschier les aultres à

croistre, car comme desus est dyt, y fault à quatre grains trois piés

de large tout entour.

_Item, pour lappreux rosti_ etc.[1370]

_Item, pour faire de sukere[1371] rosart_ en plate, il fault pour

une livere de sukere ung pinte et demie[1372] de bonne eaue rose,

et faire boilier ensamble, et tant qu’il fache le fillet entre deux

doés[1373]; mais ensois que on maeste[1374] boilier, il fault mettre

le glerre d’un ouf[1375] à chascun livere de sukere, et le fault bien

batre tout en escume: et puis laissir rassir en yauve[1376] et estamper

ledit sukere tout en pouvre, et tout meller ensamble, et puis boillier

comme dessus; et puis avoir del fluer[1377] de amidon, et mettre en

ung délié drappelet ousy[1378] gros que ung estuet[1379] ou deux,

et prendre ung plat bachin, et tapper sur le cuel dudit bachin le

fluer à tout le drappelet, tant que le fluer se espaert[1380] dessus

bien temmené[1381], et puis jettés vostre rossart[1382] dessus ledit

bachin quant il fait le fillet, et puis laissir couler l’espesseur

du hule[1383] d’un coutel ou plus espès. Et puis quant il est ung

peu réfroidié, royés[1384] à tout ung coutel et ung rieughelet[1385]

des pettites losenghe dessus de deux doés[1386] de grant ou environ.

Et quant ledit sukere rossart sera réfroidié sur le bachin, rostelle

jus[1387] et le rompez par losenghe, et le mettés en ung laye de

dragié. Et est boen pour mengier pour conforter l’estomac.

_Pour fere encquere[1388] sans boullier._ Pour deux pintes d’yauvve de

plue[1389] ou de mares, il fault prendre deux onzes de noies de galle,

deux onzes de copperot[1390] et deux onzes ·_S_·[1391] de gomme arrabe

cler comme or; et fault rompre le nois de galle bien menu, et mettre

temprer trois jours dedens une pintte d’yauwe dessusdite, et batre sept

ou huit fois le jour environ le demy sept psalmen[1392] les trois jours

durant, et puis rompre le copperot bien menu et mettre avecque les nois

de galle, et battre encore trois jours comme devant; se sont six jours

acomply largement. Et fault prendre l’aultre pintte d’yauwe et mettre

le gomme dedens quant on met les nois temprer; et les six jours passé,

il fault mettre ledit yauwe de gomme quant il est fonduee avec l’yauwe

des nois et de copperot, et les mouvoir tout trois ensamble ung jour ou

deux comme dessus. Et dedens ung mois ou six septimaines r’oter l’encre

hors de le mattere[1393] et le mettre en ung aultre pot de piere.

_Item_, et sus le mattere dessus dicte puelt-on mettre pintte ·_S_·

d’yauwe de plue ou de mares, et mettre avecques le quart des nois,

copperot, et gomme dessusdite, avecque le mattere de l’encre qui a esté

fecte devant, et le battre cinq ou six jours comme dessus; et est bon

commung encre.

_Item_, pour escripre sur papier, il ne fault point mettre de vin ne

de vinergre, mès quant on veult escripre sur parchemin, pour ung lot

d’yauwe, on peult prendre une my-pintte de vin ou de vinergre.

* * * * *

CHI APRÈS S’ENSIEUT QUE HOTIN LE QUISENIER QUI FU A MONSEIGNEUR DE

ROUBAIS A ENVOYÉ PAR ESCRIPT POUR FAIRE AULCUNS BROUÈS QUI SERVENT A

APPOINTIER VIANDES SUR CAR ET SUR POISSON.

_Item, pour lapreaulx roti_, pour la sauche à mettre sus, prenés ung

pau de pain roti, et le mettés tremper en boullon et du vin et vergus,

et le mains la moitié de vinesgre, et mettés tremprer le pain dedens;

et prenés canelle le plus, et gingembre et ung peu de povre[1394], de

claus[1395], ou de nois musscade, et coulés tout ensamble, et au boulir

du sucre dedens; et au servir de la dragié pardesus.

Et pour jouvenes oisons paraillement.

_Item, pigons au sucre._ Rotisiés vous pigons: rotisiés du pain,

canelle, gingembre et menus espèces[1396] le mains, vin et vinesgre au

couler et du lart fondu dedens et faittes boullir; et quant il bout,

mettez les pigons dedens et du sucre au pot.

_Pouchins_, _perdris_ à l’eauwe benitte d’yauwe roze ou d’orengue ou à

l’ongnon.

_Item, perdris ou perdrisieux._ Faicte-les rostir, et les mettés en

pot ou en telle[1397] de l’iauwe roze et du vinesgre, et mettés

boullir tout ensamble, et du sel; et le couvres bien, tant que vous

vorés servir.

Et pour _l’orengue de pouchins, ou de perdris ou de pigons_, prenés les

orenges et les copés en vergus blanc et vin blanc, et mettés boullir:

et du gingembre au boullir, et mettés vous chozes[1398] dedens boullir.

_Pour pouchins roti à l’eauwe benitte d’ongnons_, prenés ongnons par

roelles, et frisiez en sain de lart et vergus, et pau de vinesgre et

gingembre, et boulés en pot ou en telle et mettés vous pouchins dedens

jusque au servir.

POUR POTAGES.

_Item, brouès d’Allemaigne._ Prenés amandes et les broiés, et peu de

blanc pain avecques, et au couller vergus et vin blanc et boullon dous,

et gingembre et du safren, et tout boulli ensamble, et du sucre dedens;

et mettés vous brouès sur chappons rotis ou boullis, oisons ou jouvenes

connins, et mettés au boullir ung peu d’ongnons fris en sain de lart

dedens bien menus.

_Item, brouès de fleur de peschier._[1399] Prenés amandes broiés et

blanc pain avecques, et tremper en boulon dous: vergus, gingembre au

couler. Et quant il bout, prenés du tornissot[1400] trempré en vin

bien chault, et ly bailliés couleur de fleur de pieuquier[1401]; pour

chappons rotis, ou oisons, ou jouvenes connins rotis, ou sur chappons

boullis.

_Item, pour faire Aragondis_, prenés cresme douche et le faittes

boullir en ung pot de terre, et prenés moieux d’œus et fleur et le

coulés, et de le cresme avecques pour mieux passer, et mettés du burre

doulx largement dedens le pot, et filés les eux[1402] dedens le pot,

et du sucre dedens le pot, et le mettés arière du fu[1403] que il

n’aerde[1404].

_Pour brouet d’Engeltaire._ Prenés poisons de mer ou d’eauwe douche,

ch’est à sçavoir[1405] œus cuit en l’eaue durs et frisiés au burre, ou

eurs[1406] pausiés[1407] au burre qui n’a du poison. _Item_, pour le

brouet à mettre sus, prenés pain blanc trempré en purée, et moieux

d’oeux et du gingembre et canelle le plus et vergus, et coulés tout

ensamble, et au boullir largement du persin, izope, et peu de safren,

et largement burre dedens le brouet.

_Pour brochès au romarin_, mettés-les bien rôtir sur le gri, qui soient

tout cuit. _Item_, pour le brouet à mettre sus: vin vermel, vergus,

ung bien peu de vinesgre et du gingembre et du romarin, et mettés tout

boullir ensamble en telle de terre: et quant les brochès sont cuit,

mettés-les dedens.

_Item, sivé d’oïtres ou de moule ou d’oeus fris._ Prenés pain roti sur

le gri, et mettés tremprer en pourée, et prenés le pain, vinesgre et

le mains de vergus et du vin, canelle le plus et gingembre, et peu de

menus especes, et coulés tout ensamble: et au boulir ongnons fris et du

safren et le faites bien boulir; et quant il est cuit, mette-le en ung

pot de terre, et frisiés les oïtres ou les moules, et mettés-les boulir

avecque le brouet. Et pour les oeus fris, mettés en plas et le brouet

pardessus.

_Pour petis patés de poison_, prenés tourbot ung peu boulir et

hasiés[1408] bien menus gingembre et safren, et du burre dous dedens,

et bien hasiet ensamble; et faites vous patés en fachon de la court et

ne les laisiés point chéquier[1409] au four.

FIN DE L’APPENDICE A L’ARTICLE V.

[Illustration: CHASSE A L’ÉPERVIER EN 1379 (_Mss. du Roi Suppt.

Fr 632^{12}_)]

[Illustration]

LE MÉNAGIER

DE PARIS.

LE DEUXIÈME ARTICLE[1410]

DE LA TROISIÈME DISTINCTION,

LEQUEL EST DE SAVOIR NOURRIR ET FAIRE VOLER L’ESPREVIER.

En acomplissant ce que je vous ay promis cy dessus, chière seur, je

met cy-après ce que je sçay d’espreveterie, afin que en la saison

vous y esbatiez se vostre plaisir y est. Et sur ce, au commencement,

vous devez savoir que l’en tient communément que un bon espreveteur,

en la saison, recroist[1411] d’espreveterie neuf chiens et trois

chevaulx se il veult bien continuer et faire son devoir au mestier. Et

aussi tient-l’en que le droit cuer de la saison d’espreveterie bonne

ne dure que environ six sepmaines que il convient voler aux cailles,

c’est assavoir depuis le mois de Juillet que l’en treuve les volées

des premiers perdriaux, jusques en Aoust qu’ils deviennent fors,

qu’il convient voler aux cailles. Et lors se affoiblie le déduit, car

depuis que les perdriaulx sont faillis et que l’en ne treuve que les

pères et les mères qui sont fors, l’en ne les peut prendre fors au

_voulon_[1412] c’est assavoir au sourdre[1413], et de ce sera parlé

cy-après, quant l’en parlera du voler, mais à ce commencement il sera

premièrement parlé des chiens, et après du cheval: et en oultre de la

nourreture et duisson[1414] de l’esprevier prins ou ny, et en oultre

sera parlé du _branchier_, et en oultre du _muier_.

Premièrement, qui veult avoir bon déduit de l’esprevier, il est

neccessité que assez tost après Pasques l’espreveteur se garnisse

d’espaignols[1415] et qu’il les maine souvent aux champs quérir les

cailles et les perdris, et dès lors les duise et chastie, et tant face

que au moins en Juing il en soit pourveu de trois bons, duis pour le

mestier, qui congnoissent les oiseaulx: et que dès lors il les mette

au lien et les garde bien, car en celle saison ceulx qui en sont

despourveus les emblent voulentiers. Et les doit-l’en attacher et faire

leurs gistes et leur lit dessoubs ou en coste[1416] la perche où son

esprevier sera perchié quant il[1417] l’aura, afin que lors l’esprevier

les voie continuelment et les congnoisse, et aussi qu’ils congnoissent

l’esprevier.

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 35 / 54 段