_Nota_ que les os doivent estre boulis les premiers: puis ostez du

mortier, coulez, et nettoiez le mortier; puis broyez la char[1231] et

grant foison succre.

UN COULIS DE PERCHE, OU DE TANCHE, OU DE SOLE, OU

D’ESCREVICES. Cuisiez-la en eaue et gardez le boullon, puis broyez

amandes et de la perche avec, et deffaites de vostre boullon, et coulez

et mettez tout boulir; puis dréciez vostre perche et mettez du succre

dessus. Et soit claret, et foison succre[1232].

Le meilleur coulis qui soit à jour de char, ce sont les cols des

poulets et poucins. Et doit-l’en broyer cols, testes et os, puis broyer

à fort, et deffaire d’eaue de joe de beuf ou de giste de beuf, et

couler.

_Nota_ que après les grans chaleurs de Juing, potages d’espices

viennent en saison, et après la Saint Remy, civé de veel, de lièvre,

d’oïttres, etc.

GRUYAU convient cuire comme boyen[1233], puis purer et mettre

cuire avec le lait d’amandes comme dit est prouchainement cy-dessus

d’orge mondé, et foison succre.

RIS. Eslisez-le et lavez, etc.[1234]

AUTRES MENUES CHOSES QUI NE SONT DE NECCESSITÉ.

C’EST LA MANIÈRE DE FAIRE COMPOSTE[1235]. _Nota_ qu’il fault

commencier à la Sainct Jehan qui est vingt-quatrième jour de Juing.

Premièrement, vous prendrez cinq cens de noix nouvelles environ la

Sainct Jehan, et gardez que l’escorce ne le noyau ne soient encores

formés et que l’escorce ne soit encores trop dure ne trop tendre,

et les pelez tout entour, et puis les perciez en trois lieux tout

oultre ou en croix. Et puis les mettez tremper en eaue de Saine ou

de fontaine, et la changez chascun jour: et les fault tremper de

dix à douze jours et lesquelles[1236] deviennent comme noires, et

que au macher vous n’y puissiez assavourer aucune amertume; et puis

les mettre boulir une onde en eaue doulce par l’espace de dire une

_miserelle_[1237], et[1238] tant comme vous verrez qu’il appartiendra à

ce qu’elles ne soient trop dures ne trop moles. Après vuidiez l’eaue,

et après les mettez esgouter sur un sac[1239], et puis fondez du miel

un sextier ou tant qu’elles puissent toutes tremper, et qu’il soit

coulé et escumé: et quant il sera reffroidié ainsi comme tiède, si

y mettez vos noix et les laissiez deux ou trois jours, et puis si

les mettez esgouter, et prenez tant de vostre miel qu’elles puissent

tremper dedans, et mettez sur le feu le miel et le faites très bien

boulir un boullon seulement et l’escumez, et ostez de dessus le feu: et

mettez en chascun pertuis de vos noix un clou de giroffle d’un costé,

et un petit de gingembre coupé de l’autre, et après les mettez en miel

quant il sera tiède. Et si les tournez deux ou trois[1240] fois le

jour, et au bout de trois[1241] jours si les ostez: et recuisiez[1242]

miel, et s’il n’en y a assez, si en mettez et le boulez et escumez

et boulez, puis mettez vos noix dedans; et ainsi chascune sepmaine

jusques à un mois. Et puis les laissiez en un pot de terre ou en un

poinçon[1243], et retournez chascune sepmaine une fois.

Prendrez, environ la Toussains, des gros navets, et les pelez et fendez

en quatre quartiers, et puis mettez cuire en eaue: et quant ils seront

un petit cuis, si les ostez et mettez en eaue froide pour attendrir,

et puis les mettez esgouter; et prenez du miel et fondez ainsi comme

cellui des noix, et gardez que vous ne cuisiez trop vos navets.

_Item_, à la Toussains, vous prendrez des garroittes[1244] tant que

vous y vouldrez mettre, et qu’elles soient bien raclées et décopées

par morceaux, et qu’elles soient cuites comme les navets. (Garroites

sont racines rouges que l’en vent ès Halles par pongnées, et chascune

pongnée un blanc.)

_Item_, prenez des poires d’angoisse et les fendez en quatre quartiers,

et les cuisiez ainsi comme les navets, et ne les pelez point; et les

faites ne plus ne moins comme les navets.

_Item_, quant les courges sont en saison, si en prenez ne des plus

dures ne des plus tendres, et les pelez et ostez le cuer de dedans et

mettez en quartiers, et faites tout ainsi comme des navets.

_Item_, quant les pesches sont en saison, si en prenez des plus dures

et les pelez et fendez.

_Item_, environ la Saint Andry[1245], prenez des racines de percil

et de fanoil, et les resez[1246] pardessus, et en mettez par petites

pièces, et fendez le fanoil parmi et ostez le dureillon du dedans, et

n’ostez pas celluy du percil, et les gouvernez tout ainsi comme les

choses dessusdictes, ne plus ne moins.

Et quant toutes vos confitures seront prestes, vous pourrez faire ce

qui appartient, dont la recepte s’ensuit.

Premièrement, pour cinq cens de noix, prenez une livre de sennevé et

demie livre d’anis, un quarteron et demi fanoil, un quarteron et demi

coriande, un quarteron et demi karvy[1247], c’est assavoir une semence

que l’en mengue en dragée, et mettez toutes ces choses en pouldre: et

puis faites toutes ces choses broyer en un moulin à moustarde et le

destrempez bien espois et de très bon vinaigre, et mettez en un pot

de terre. Et puis prenez demie livre de raffle[1248], c’est assavoir

une racine que l’en vent sur les herbiers[1249], et la raclez très

bien et la décopez le plus menuement que vous pourrez et la faictes

mouldre à un moulin à moustarde, et le destrempez de vinaigre. _Item_,

prenez demi quarteron de fust de giroffle dit _baston de giroffle_,

demi quarteron de canelle, demi quarteron de poivre, demi quarteron

de mesche[1250], demi quarteron de noix muguettes, demi quarteron de

graine de paradis, et faites de toutes ces choses pouldre. _Item_,

prenez demi once de saffran d’Ort[1251] séché et batu et une once

de ceudre vermeille, c’est assavoir un fust que l’en vent sur les

espiciers[1252] et est dit _cèdre dont l’en fait manches à cousteaulx_.

Et puis prenez douze livres[1253] de bon miel dur et blanc et le faites

fondre sur le feu, et quant il sera bien cuit et escumé, si le laissiez

rasseoir, puis le coulez, et le cuisiez encores: et s’il rent escume,

encores le convient couler, sinon le convient laissier reffroidier;

puis destrempez vostre moustarde de bon vin vermeil et vinaigre par

moitié et mettez dedans le miel. Vous destrempez vos pouldres de vin

et vinaigre et mettez ou miel, et en vin chault boulez un petit vos

cèdres, et après mettez le saffran avec les autres choses, et une autre

pongnée de sel gros. _Item_, et après ces choses, prenez deux livres

de roisins que l’en dit roisins de Digne, c’est assavoir qui sont

petis et n’ont aucuns noyaux dedans ne pepins quelxconques, et soient

nouveaulx, et les pilez très bien en un mortier et les destrempez de

bon vinaigre, puis les coulez parmi une estamine, et mettez avec les

autres choses. _Item_, se vous y mettez quatre ou cinq pintes de moust

ou de vin cuit, la saulce en vauldroit mieulx.

POUR FAIRE CONDOIGNAC[1254], prenez des coings et les pelez,

puis fendez par quartiers, et ostez l’ueil[1255] et les pepins, puis

les cuisiez en bon vin rouge et puis soient coulés parmi une estamine:

puis prenez du miel et le faites longuement boulir et escumer, et après

mettez vos coings dedans et remuez très bien, et le faites tant boulir

que le miel se reviengne à moins la moitié; puis gettez dedans pouldre

d’ypocras, et remuez tant qu’il soit tout froit, puis taillez par

morceaulx et les gardez.

POULDRE FINE. Prenez gingembre blanc 1º [Illustration: un

symbol] (une once et une drachme?) canelle triée [Illustration: un

symbol][3] (un quarteron?) giroffle et graine de chascun demi quart

d’once, et de succre en pierre [Illustration: un symbol][1256] (un

quarteron?) et faictes pouldre.

CONFITURE DE NOIX. Prenez, avant la Saint Jehan, noix

nouvelles et les pelez et perciez, et mettez en eaue fresche tremper

par neuf jours, et chascun jour renouvellez l’eaue: puis les laissiez

sécher, et emplez les pertuis de clous de giroffle et de gingembre, et

mettez boulir en miel, et illec les laissiez en conserve.

POUR FAIRE EAUE A LAVER MAINS SUR TABLE. Mettez boulir de la

sauge, puis coulez l’eaue, et faites refroidier jusques à plus que

tiède. Ou vous mettez comme dessus[1257] camomille ou marjolaine, ou

vous mettez du rommarin: et cuire avec l’escorce d’orenge. Et aussi

fueilles de lorier y sont bonnes.

YPOCRAS. Pour faire pouldre d’ypocras, prenez un quarteron de

très fine canelle triée à la dent[1258], et demy quarteron de fleur

de canelle fine, une once de gingembre de mesche trié fin blanc et

une once de graine de paradis, un sizain[1259] de noix muguettes et

de garingal ensemble, et faites tout battre ensemble. Et quant vous

vouldrez faire l’ypocras, prenez demye once largement et sur le plus de

ceste pouldre et deux quarterons de succre, et les meslez ensemble, et

une quarte de vin à la mesure de Paris.

Et _nota_ que la pouldre et le succre meslés ensemble, font _pouldre de

duc_.

Pour une quarte ou quarteron[1260] d’ypocras à la mesure de Bésiers,

Carcassonne, ou Montpellier, prenez cinq drames de canelle fine triée

et mondée, gingembre blanc trié et paré, trois drames: de giroffle,

graine, macis, garingal, noix muguettes, espic nardy[1261], de tout

ensemble une drame et un quart: du premier le plus et des autres en

dévalant moins et moins[1262]. Soit faicte pouldre, et avec ce soit mis

une livre et demi quarteron, au gros poix[1263], de succre en roche

broyé, et meslé parmi les autres devant dictes espices et mis; et soit

du vin et le succre mis et fondu en un plat sur le feu, et mis la

pouldre, et meslez avec: puis mis en la chausse, et coulé tant de fois

qu’il rechée tout cler vermeil.

_Nota_ que le sucre et la canelle doivent passer comme maistres[1264].

SAUGE. Pour faire un poinçon[1265] de sauge, prenez deux

livres de sauge et rongnez les bastons[1266], puis mettez les feuilles

dedans le poinçon. _Item_, aiez demie once de giroffle mis en un sachet

de toile et pendu dedans le poinçon à une cordelette; _item_, l’en

peut mettre demie once de lorier dedans: _item_, demy quarteron de

gingembre de mesche, demi quarteron de poivre long et demi quarteron de

lorier. Et qui veult faire la[1267] sauge sur table en yver, ait en une

aiguière de l’eaue de sauge, et verse sur son vin blanc en un hanap.

POUR FAIRE SUR TABLE VIN BLANC DEVENIR VERMEIL, prenez en esté

des fleurs vermeilles qui croissent ès blefs, que l’en appelle perceau

ou neelle ou passe-rose, et les laissiez séchier tant qu’elles puissent

estre mises en pouldre, et en gettez secrètement ou voirre avec le vin,

et il devenra vermeil.

SE VOUS VOULEZ AVOIR VERTJUS[1268] A NOEL SUR LA

TREILLE, quant vous verrez que la grappe à son commencement se

descouvrera, et avant qu’elle soit en fleur, coppez la grappe par la

queue, et la tierce fois laissiez-la revenir jusques à Noél.

Maistre Jehan de Hautecourt[1269] dit que l’en doit coupper le cep

audessoubs de la grappe, et l’autre bourgon de dessoubs getteroit

grappe nouvelle.

SE VOUS VOULEZ EN NOVEMBRE ET EN DÉCEMBRE FAIRE AVOIR A POIRES

D’ANGOISSE VERMEILLE COULEUR, mettez du foing au cuire, et couvrez

le pot tellement qu’il n’en isse point de fumée. _Nota_ qu’il convient

mettre sur les poires de la graine de fanoil qui est bolue en vin

nouvel et puis séchée, ou dragée[1270].

POUR FAIRE SEL BLANC, prenez du gros sel une pinte et trois

pintes d’eaue, et mettez sur le feu tant que tout soit fondu ensemble,

puis coulez parmi une nappe, touaille ou estamine, puis mettez sur

le feu et faictes très bien boulir et escumer: et qu’il bouille si

longuement qu’il soit ainsi comme tout sec, et que les petis boullons

qui auront getté eaue deviennent tous secs; puis ostez le sel de la

paelle et estandez sur une nappe au soleil pour sécher.

POUR ESCRIPRE SUR LE PAPIER LETTRE QUE NUL NE VERRA SE LE PAPIER

N’EST CHAUFFÉ, prenez sel armoniac ou salmoniac et mettez tremper

et fondre avec eaue: puis escripvez de ce et laissiez seicher. Et ce

durera environ huit jours.

POUR FAIRE GLUS, il convient peler le houx quant il est en

sa séve, (et est communément ou mois de May jusques à Aoust,) et puis

boulir l’escorce en eaue tant que la taie de dessus se sépare: puis

pelez, et quant la taye sera pelée, enveloppez le demourant de fueilles

d’yèbles, de seun[1271], ou autres larges feuilles, et soit mis en

lieu froit comme en cave, ou dedans terre ou en un fumier froit, par

l’espace de neuf jours ou plus, tant qu’il soit pourry. Et puis la

convient piler comme porée de choulx et mettre par tourteaux comme

guède[1272], et puis aler laver les tourteaux l’un après l’autre et

despecier comme cire; et ne soit pas trop lavée en la première eaue ne

trop roide[1273] eaue. Et après l’en peut tout ensemble despecier et

paumaier[1274] en eaue bien courant, et mettre en un pot et conserver

bien couvert.

Et qui veult faire glus pour eaue, il convient eschauffer un petit

d’uille, et là destremper sa glus: et puis gluer sa ligne.

_Item_, l’en fait autre glus de fromment.

SE VOUS VOULEZ GARDER ROSES VERMEILLES, prenez des boutons

une douzaine, et les assemblez ainsi comme en une pelotte, et puis les

enveloppez de lin et liez de fil ainsi comme une pelotte, et faites

pelottes tant comme vous vouldrez garder de roses; et puis les mettez

en une cruche de terre de Beauvais[1275] et non mie d’autre terre, et

l’emplez de vertjus: et à la mesure que le vertjus se dégastera[1276],

si le remplez, mais que le vertjus soit très bien paré[1277]. Et quant

vous les vouldrez très bien espanir, si les ostez des estouppes et les

mettez en eaue tiède, et les laissiez un petit tremper.

_Item_, pour garder roses en une autre manière, prenez des boutons

tant comme vous vouldrez, et les boutez en une bouteille de terre de

Beauvais, tant comme il en y pourra entrer. Après prenez du plus délié

sablon que vous pourrez, et mettez dedens la boutaille tant comme vous

y pourrez mettre, et puis l’estoupez très bien que rien n’y puisse

yssir ne entrer, et mettez la boutaille dedans une eaue courant; et là

se gardera la rose toute l’année.

POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE[1278], prenez un bacin à

barbier, et liez d’un cueuvrechief tout estendu sur la gueule à guise

de tabour, et puis mettez vos roses sur le cueuvrechief, et dessus vos

roses asséez le cul d’un autre bacin où il ait cendres chaudes et du

charbon vif.

POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE ET SANS FEU, prenez

deux bacins de voirre, et en faictes comme dit est au blanc de ceste

cédule[1279], et en lieu de cendres et charbon, mettez tout au soleil:

et à la chaleur d’icelluy l’eau se fera.

Les roses de Prouvins sont les meilleures à mettre en robes, mais il

les convient sécher, et à la my-Aoust sasser par un crible afin que les

vers chéent parmi les pertuis du crible, et après ce espandre sur les

robes.

POUR FAIRE EAUE ROSE DE DAMAS, mettez sur les pasteaulx de

roses, du rosé batu[1280]. _Vel sic_: gettez l’eau distillée du premier

lit sur le second et sur le tiers et sur le quart; et elle, ainsi

remise par quatre fois, devendra rouge[1281].

POUR FAIRE EAUE ROSE VERMEILLE. Prenez une fiole de voirre et

l’emplez à moitié de bonne eaue rose et l’autre moitié emplez de roses

vermeilles, c’est assavoir des pampes[1282] de jeunes roses dont le

bout de la pampe qui est blanc sera couppé, et la laissiez neuf jours

au soleil et les nuis aussi, et puis coulez.

POUR FAIRE PONDRE, COUVER ET NOURRIR OISEAULX EN UNE CAGE.

_Nota_ que en la cage de Hesdin[1283], qui est la plus grant de ce

royaulme, ne en la cage du Roy à Saint-Pol[1284], ne en la cage

Messire Hugues Aubriot[1285], ne porent oncques estre couvés et après

parnourris petis oiseaulx, et en la cage Charlot[1286] si font[1287],

_scilicet_ pons, couvés, nourris et parnourris. Ou premier cas[1288],

le deffault vient parceque les petis oiseaulx sont peus[1289] de

chenevis qui est chault et sec, et n’ont que boire[1290]. Et ou second

cas[1291], l’en leur donne mouron ou lasseron, chardons de champs

trampans en eaue souvent renouvellée et tousjours fresche, rafreschie

trois fois le jour, et en vaisseaulx de plont qui est frais, et là

dedans avec le lasseron et le mouron tout vert, tout de chardons

des champs dont le pié trempe en eaue bien avant[1292], du chenevis

escachié et trié et osté les coquilles, moullié et trempé en eaue.

_Item_, que l’en leur mette en la cage de la laine cardée et des plumes

pour faire leur ny. Et ainsi ay-je en cages veu nourrir turtres[1293],

linottes, chardonnerels[1294], pondre et parnourrir. _Item_, et

aussi doit-l’en donner des chenilles, verets, mouchettes, yraignes,

sautereaux, papillons, channevis nouvel en herbe et moullié et trempé.

_Item_, yraignes, chenilles et telles choses qui sont molles au bec de

l’oiselet qui est tendre.

(Et de telles choses les paons nourissent[1295] leurs poucins, car l’en

a bien veu à une geline couver les œufs d’une paonne avec les œufs

d’une geline, et se escloent les œufs en un mesmes temps, mais les

petis paons ne povoient mie vivre longuement pour ce qu’ils ont le becq

trop tendre, et la geline ne leur quéroit mie choses moles[1296] selon

leur nature, et les poucins vivoient bien de blé ou paste molle, ce

qui n’est pas si propre nourreçon aux paons.--Encores véez-vous que qui

bailleroit à une geline le plus bel froument et mieulx criblé du monde,

si le gatteroit[1297]-elle pour trouver verets ou mouchettes.)

_Item_, en la fin d’Avril convient aler au bois quérir des branchettes

fourchées de trois fourchons, et clouer contre le mur et couvrir

d’autre verdure, et là dedans ce fourchon font leur ny.

POUR GARIR DES DENS. Prenez un pot de terre à couvercle ou un

pot sans couvercle qui aura un tranchouer dessus, et l’emplez d’eaue

et mettez boulir: puis vous despouillez, couchiez, et soit vostre

chief très bien couvert, puis aiez le pot à couvercle, et soit bien

arsillié[1298] entour et un trou ou millieu, ou il[1299] soit couvert

d’un tranchouer percié ou millieu. Et sur le pertuis vous adentez[1300]

gueulle bée pour aspirer la fumée de l’eaue qui passera par le pertuis,

et soient mises de sauge ou autres herbes dedans, et se tenir bien

couvert.

POUR FAIRE SABLON A METTRE A ORLOGES[1301]. Prenez le limon

qui se chiet du siage de marbre quant l’en sie ces grans tumbes de

marbre noir, puis le boulez très bien en vin comme une pièce de char et

l’escumez, et puis le mettez seicher au soleil, puis le mettez boulir,

escumer, et puis séchier par neuf fois: et ainsi sera bon.

POISONS POUR TUER CERF OU SANGLIER[1302]. Prenez la racine de

l’herbe d’électoire qui fait fleur de couleur d’azur, et broyez en un

mortier et mettez en un sac ou drappel et l’espraignez pour avoir le

jus: et mettez icelluy jus en un bacin au soleil, et la nuit soit mis à

couvert à sec que eaue ne autre liqueur moite ne l’attouche, et tant la

mettez et remettez à la chaleur du soleil qu’elle se tienne conglutinée

et prise comme cire gommée, et la mettez en une boiste bien close. Et

quant en vouldrez traire[1303], si en mettez entre les barbillons[1304]

et la douille du fer afin que quant la beste sera ferue, cela fiere

et attouche à la char, car qui autrement le feroit, c’est assavoir

qui oindroit autrement le fer, quant il entreroit dedans le cuir de la

beste, l’ointure demourroit dedans[1305], et le coup ne vauldroit.

MÉDECINE POUR GARIR DE MORSURE DE CHIEN OU AUTRE BESTE ARRAGÉE. Prenez

une crouste de pain et escripvez ce qui s’ensuit: ✝ _Bestera_ ✝

_bestie_[1306] ✝ _nay_ [un croix] _brigonay_ ✝ dictera ✝ _sagragan_ ✝

_es_ ✝ _domina_ ✝ _fiat_ ✝ _fiat_ ✝ _fiat_ ✝.

POUR FAIRE D’UN VER[1307] BON SANGLIER. Prenez un

ver de deux ans ou environ, et ou mois de May ou de Juing le faites

chastrer, et en la saison de porchoisons[1308] le faictes chasser,

fouaillier[1309] et deffaire comme un sanglier. _Vel sic_: prenez d’un

porc privé qui soit brulé, et le cuisiez en moitié eaue moitié vin, et

servez en un plat d’icelluy chaudeau, des[1310] navets et chastaingnes

et la venoison. _Sic_ 3º.....[1311]

_Nota_ que chandelle mise en bran[1312] se garde souverainement. _Nota_

qui veut faire chandelle, l’en doit avant faire sécher au feu très bien

le limignon[1313].

POUR OSTER EAUE DE VIN. Mettez eaue et vin en une tasse, et

aiez du fil de coton et plungez l’un bout au fons de la tasse, et

l’autre bout soit pendant sur le bort et audessoubs et dehors de la

tasse, et vous verrez que par icellui bout l’eaue dégoutera comme

blanche. Et quant l’eaue sera toute dégoutée, vous verrez le vin

vermeil dégouter. (_Il semble que pareillement d’une queue de vin se

peut faire._)

POUR FAIRE VIN CUIT, prenez de la cuve ou tonne la mère

goute, c’est à dire la fleur du vin[1314], soit blanc ou vermeil,

tant comme vous en vouldrez, et le mettez en un vaissel de terre, et

le faites boulir à petit et attrempé bouillon et à feu de très sèche

buche et cler feu, sans tant soit petit de fumée, et ostez l’escume à

une palette de fust percée et non de fer. Et soit tant bouly, se la

vendenge est verde pour celle année, que le vin reviengne au tiers,

et s’elle est meure, que le vin reviengne au quart[1315]. Et après

le mettez reffroidier en un cuvier ou autre net vaissel de bois, et

icellui refroidié, le mettez au poinçon; et le tiers ou quart an

vauldra mieulx que le premier an. Et gardez en lieu moyen, ne chault

ne froit, et aiez retenu en un petit vaissel d’icelluy vin boulu, pour

remplir tousjours le tonnellet, car vous savez que le vin se veult

tousjours tenir plain.

A SERVIR DE TRIPPES AU JAUNET. Ou vous les prendrez crues,

ou cuites. Si crues, mettez-les cuire en un pot en eaue et sans sel,

et d’autre part mettez cuire une pièce de giste de beuf ou de la

joe sans sel. Et quant les deux pots bouldront, paissiez le pot de

trippes de l’eaue du beuf et faites plus cuire les trippes que le beuf;

et quant les trippes seront presque cuites, si y mettez du lart, et

faites boulir et cuire avec: et sur le point que l’en doit tirer hors

les trippes du pot, mettez du saffran, et quant le saffran aura assez

jauni, traiez les trippes, et mettez du sel en l’eaue se vous voulez.

Si cuites[1316], si les mettez plus parcuire en l’eaue du giste et sans

sel; et du remenant comme dessus.

Qui veult cuire trippes, etc.[1317]

HERIÇON soit coupé par la gorge, escorché et effondré,

puis refait comme un poucin, puis pressié en une touaille et illec

très bien essuié; et après ce rosti et mengé à la cameline, ou en

pasté à la sausse de hallebran. _Nota_ que se le heriçon ne se veult

destortillier, l’en le doit mettre en l’eaue chaude, et lors il

s’estendra.

ESCURIEUX soient escorchiés, effondrés, reffais comme connins,

rostis, ou en pasté: mengiés à la cameline ou à la sausse de hallebrans

en pasté.

TURTRES sont bonnes en rost et en pasté, et en Septembre sont

en saison, voire dès Aoust. Toutesvoies en rost elles serrent[1318]

merveilleusement; et qui en a foison et il les veult nourrir et garder,

il leur convient tondre ou plumer le cul, car autrement leur fiente les

estouperoit, et par ce mourroient.

GAUFFRES sont faites par quatre manières. L’une que l’en bat

des œufs en une jatte, et puis du sel et du vin, et gette-l’en de la

fleur, et destremper l’un avec l’autre, et puis mettre en deux fers

petit à petit, à chascune fois autant de paste comme une lesche de

frommage est grande, et estraindre entre deux fers, et cuire d’une part

et d’autre; et se le fer ne se délivre bien de la paste, l’en l’oint

avant d’un petit drappelet mouillé en huille ou en sain.--La deuxième

manière est comme la première, mais l’en y met du frommage, c’est

assavoir que l’en estend la paste comme pour faire tartre ou pasté,

puis met-l’en le frommage par lesches ou milieu et recueuvre-l’en les

deux bors; ainsi demeure le frommage entre deux pastes et ainsi est mis

entre deux fers.--La tierce manière, si est de gauffres _couléisses_,

et sont dictes _couléisses_ pour ce seulement que la paste est plus

clère et est comme boulie clère, faicte comme dessus; et gecte-l’en

avec, du fin frommage esmié à la gratuise[1319]; et tout mesler

ensemble.--La quarte manière est de fleur pestrie à l’eaue, sel et vin,

sans œufs ne frommage.

_Item_, les gauffriers font un autre service que l’en dit _gros

bastons_ qui sont fais de farine pestrie aux œufs et pouldre de

gingembre batus ensemble, et puis aussi gros et ainsi fais comme

andouilles; mis entre deux fers.

AUTRES MENUES CHOSES DIVERSES QUI NE DÉSIRENT POINT DE CHAPPITRE.

POUR DESSALLER TOUS POTAGES SANS Y METTRE NE OSTER, Prenez une

nappe bien blanche et mettez sur vostre pot, et le retournez souvent;

et convient le pot estre loing du feu[1320].

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 34 / 54 段