ŒUFS HEAUMÉS. Cassez le bout et vuidiez l’aubun, et le moyeu

estant en la coquille, mettez et asséez icelle coquille sur une tuille,

le trou de la coquille dessoubs.

ALUMELLE[1089] FRITE AU SUCRE.✝ Ostez tous les aubuns et batez les

moyeux, puis mettez du sucre en la paelle et il se fondra, et après ce

frisiez dedans vos aubuns, puis mettez en un plat, et du sucre dessus.

ŒUFS PERDUS. Prenez quatre moyeux d’œufs et les batez, et du

sucre en pierre batu et en pouldre, et soit tout batu ensemble très

bien, puis coulé en l’estamine, puis frit au fer de la paelle et après

trenchié par losenges; puis avecques aultre allumelle d’œufs pochés,

soient icelles losenges mises ou plat et fine pouldre par-dessus[1090].

POUR FAIRE BELLE ALLUMELLE D’ŒUFS. Prenez sept œufs et

des[1091] deux ostez les aubuns et les mettez en une escuelle, et tous

les autres cassez sur[1092] moyeux, et batez tout ensemble, et frisiez;

et ils seront jaunes.

_Aliter_, prenez dix ou douze œufs et ostez les aubuns et batez les

moyeux, puis les frisiez en huille, et soient bien espandus en la

paelle et couppés par losenges, et chascune losenge retournée à la

palette ce dessoubs dessus, puis mettre en un plat demye allumelle

d’œufs fris communément et quatre losenges de ces moyeux, et du succre

fris communément.

ARBOULASTRE EN TARTRE FAICTE EN LA PAELLE. Aiez vos œufs et

herbes et une cloche de gingembre batues, meslées et broyées comme

devant est dit, puis aiez de la paste pestrie ainsi comme pour le fons

d’une tartre, et chauffez vostre paelle à huille ou autre gresse: puis

mettez vostre paste pestrie dedans le fons de la paelle, puis mettez la

farce de vostre tartre avec frommage gratuisié meslé parmi à souffisant

planté. Et pour ce que le dessoubs, c’est assavoir la paste qui fait

le fons de la tartre, seroit cuit avant que le dessus feust guères

eschauffé, il convient avoir une autre paelle dont le fons soit bien

eschauffé, torché et nettoyé, et soit icelle paelle plaine de charbon

ardant, et la mettez par dedans l’autre paelle, près et joignant de

la farce, pour icelle eschauffer et cuire à l’essuyé[1093] et aussi à

ouni[1094] comme la paste.

ŒUFS A LA TENOISIE[1095]. Broyez un petit de gingembre et de

la tenoisie, et allaiez de vinaigre, coulez et mettez en un plat et des

œufs durs pelés tous entiers.

_Nota_ DE LA NATURE DES ŒUFS. Mettez-les cuire en eaue boulant

et le moyeu ne sera point dur, toutesvoies se vous ne les avez

moulliés en eaue froide premièrement: mais se vous les y avez moulliés

et incontinent vous les mettez en potage boullant, ils durciront bien.

_Item_, se vous les mettez en eaue frémiant et les laissiez sur le feu,

ils seront tantost durs. _Item_, soient mols, soient durs[1096], si

tost qu’ils sont cuis, vous les mettez en eaue froide, ils seront plus

aisiés à peler.

ENTREMÈS, FRITURES ET DORURES.

FROUMENTÉE[1097]. Premièrement, vous convient monder vostre

froument ainsi comme l’en fait orge mondé, puis sachiez que pour dix

escuelles convient une livre de froument mondé, lequel on treuve

aucunes fois sur les espiciers tout mondé pour un blanc[1098] la livre.

Eslisiez-le et le cuisiez en eaue dès le soir, et le laissiez toute

nuit couvert emprès le feu en eaue comme tiède, puis le trayez et

eslisez. Puis boulez du lait en une paelle et ne le mouvez point, car

il tourneroit: et incontinent, sans attendre, le mettez en un pot qu’il

ne sente l’arain; et aussi, quant il est froit, si ostez la cresme de

dessus afin que icelle cresme ne face tourner la fourmentée, et de

rechief faites boulir le lait et un petit de froument avec, mais qu’il

n’y ait guères de froument; puis prenez moyeux d’œufs et les coulez,

c’est assavoir pour chascun sextier de lait un cent d’œufs, puis prenez

le lait boulant, et batre les œufs avec le lait, puis reculer le pot

et getter les œufs, et reculer; et se l’en veoit qu’il se voulsist

tourner, mettre le pot en plaine paelle d’eaue. A jour de poisson,

l’en prend lait: à jour de char, du boullon de la char; et convient

mettre saffran se les œufs ne jaunissent assez: _item_, demie cloche de

gingembre[1099].

FAULX GRENON. Cuisiez en eaue et en vin des foies et des

jugiers[1100] de poulaille, ou de char de veel, ou d’une cuisse de porc

ou de mouton, puis la hachiez bien menuement et friolez au saing de

lart: puis broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, vin, vertjus,

boullon de beuf ou de celluy mesmes, et des moyeux grant foison, et

coulez dessus vostre char, et faites bien boulir ensemble. Aucuns y

mettent du saffran, car il doit estre sur jaune couleur, et aucuns y

mettent pain harlé, broyé et coulé, car il doit estre liant et d’œufs

et de pain, et si doit estre aigre de vertjus. Et au drécier, sur

chascune escuelle, pouldrez pouldre de canelle[1101].

MORTEREUL est fait comme faulx grenon, sauf tant que la char

est broyée ou mortier avec espices de canelle: et n’y a point de pain,

mais pouldre de canelle pardessus.

TAILLIS à servir comme en karesme. Prenez fins roisins, lait

d’amandes bouli, eschaudés, galettes et croutes de pain blanc et pommes

couppées par menus morceaulx quarrés, et faites boulir vostre lait, et

saffren pour lui donner couleur, et du succre, et puis mettez tout

ensemble tant qu’il soit bien liant pour tailler[1102]. L’en en sert en

karesme en lieu de riz.

POUCINS FARCIS. Il convient souffler un poucin quant il est

tout vif, et est soufflé par le col; puis liez le col et laissiez

mourir: puis eschaudé, plumé, effondré, reffait et farcy.

_Item_, autrement, quant il est du tout appareillié pour mettre en

broche, par endroit le pertuis là où l’en l’a effondré, l’en luy

dessevre[1103] au doit la pel de la char, puis l’en le farcist au bout

du doit, et recoust-l’en à sourget[1104], endroit le trou, la pel avec

la char, et met-l’en en broche.

Et _nota_ que la farce est faite de percil et un petit de sauge avec

œufs durs et beurre, tout hachié ensemble, et mettre parmi pouldre fine

avec. A chascun poucin convient trois œufs, blanc et tout.

POUR ENGRESSER POUCINS, mettez-les en orbe[1105] lieu, et leur

nettoiez leur auget ou abeuvrouer neuf fois ou dix le jour, et leur

donnez à chascune fois nouvelle paisson, et fresche et nouvelle eaue;

c’est assavoir pour paisson, avoine batue que l’en doit dire _gruyau

d’avoine_, destrempé en lait ou matons[1106] de lait un petit; et aient

le pié sec jusques à neuf jours.

POUR ENGRESSER UNE OÉ EN TROIS JOURS, paissez-la de mie de

pain chault trempé en matons ou lait maigre[1107].

POUR FAIRE PERDRIAULX DE POUCINS, il convient avoir petites

poulettes, et les tuer un ou deux jours devant, puis appareillier, et

copper les jambes et les cols, oster les charcois[1108] et getter hors,

rompre la granche[1109], et pousser les cuisses pour faire la char plus

courte, puis boutonner et rostir, et mengier au sel comme perdriaulx.

POULAILLE FARCÉE AUTREMENT[1110]. Prenez vos poulles et

leur couppez le gavion, puis les eschaudez et plumez, et gardez que

au plumer la peau ne soit dessirée; puis les reffaites en eaue, puis

prenez un tuel et le boutez entre cuir et char, et le[1111] soufflez:

puis le[1111] fendez entre deux espaules et n’y faictes pas trop grant

trou, et en tirez hors les charcois, et le[1112] laissiez à sa peau les

cuisses, les esles, le cul[1113] à tout la teste et piés. Et pour faire

la farce, prenez char de mouton, de veel et de porc et du braon[1114]

des poulles; hachiez tout ensemble tout cru, puis le broyez en un

mortier, et des œufs tous crus avec et de bon fromage de gain[1115] et

de bonne pouldre d’espices et bien pou de saffren, et saler à point.

Puis emplez vos poulles et ce trou soit recousu[1116], et du remenant

de vostre farce faites-en pommes ainsi comme pasteaulx de guède[1117],

et mettez cuire en boullon de beuf ou en belle eaue[1118] boulant, et

du saffran grant foison, et qu’il ne boulle pas trop fort qu’ils ne se

despiècent; puis les enhastez en une broche bien déliée. Et pour les

dorer, prenez grant foison de moieux d’œufs et les batez bien en un pou

de saffren broyé avec, et les en dorer; et qui veult dorer vert, si

broye la verdure et puis des moyeux d’œufs grant foison bien batus et

passés par l’estamine pour la verdure, et en dorer poulaille quant elle

sera cuite et vos pommes. Et dréciez vostre broche ou vaissel où vostre

doreure sera, et gettez tout au long vostre doreure, et remettez au feu

par deux fois ou par trois, afin que vostre doreure se preingne; et

gardez que vostre doreure n’ait pas trop grant[1119] feu afin qu’elle

ne arde.

RIS ENGOULÉ à jour de mengier char. Eslisez-le et le lavez en

deux ou en trois paires d’eaues chaudes, et mettez ressuer sur le feu,

puis le mettez en lait de vache frémiant, et broyez du saffran pour

le jaunir: deffait de vostre lait, et puis mettez dedans du gras du

boullon de beuf[1120].

_Aliter_, RIS. Eslisez-le et le lavez en deux ou trois paires

d’eaues chaudes tant que l’eaue reviengne toute clère, puis le faites

ainsi comme demy cuire, puis le purez et mettez sur tranchouers en

plas pour esgouter et séchier devant le feu: puis cuisiez bien espois

avec l’eaue de la gresse de la char de beuf et avec du saffran, se

c’est à jour de char: et se c’est à jour de poisson, n’y mettez pas

eaue de char, mais en ce lieu mettez amandes bien forment broyées et

sans couler; puis succrer et sans saffren.

POUR FAIRE UNE FROIDE SAUGE, prenez vostre poulaille et mettez

par quartiers, et la mettez cuire en eaue avec du sel, puis la mettez

reffroidier: puis broyez gingembre, fleur de canelle, graine, giroffle,

et broyez bien sans couler; puis broyez du pain trempé en l’eaue des

poucins, percil le plus, sauge et un pou de saffren en la verdure pour

estre vertgay, et les coulez par l’estamine, (et aucuns y coulent[1121]

des moyeux d’œufs durs) et deffaites de bon vinaigre: et icelles

deffaites, mettez sur vostre poulaille, et avec et pardessus icelle

poulaille mettez des œufs durs par quartiers et gettez vostre sausse

pardessus tout.

_Aliter_, prenez le poucin et le plumez, puis le mettez boulir et du

sel tant qu’il soit cuit, puis l’ostez et le mettez par quartiers

reffroidier: puis mettez cuire des œufs durs en l’eaue, et mettez du

pain tremper en vin et vertjus ou vinaigre, et autant de l’un comme de

l’autre; puis prenez du percil et de la sauge, puis broyez gingembre,

graine, et coulez par l’estamine, et coulez les moyeux d’œufs et mettez

des œufs durs par quartiers dessus les poucins, et puis mettez vostre

sausse pardessus.

SOUS DE POURCELET se fait ainsi comme d’une froide sauge,

sans y mettre nuls œufs et point de sauge ne de pain. Il est fait du

groing, des oreilles, de la queue, des jarrets cours[1122], et des

quatre trotignons[1123] bien cuis et très bien plumés, puis mis en

sausse de percil broyé, vinaigre et espices.

POTAGE PARTI OU[1124] FAULX GRENON.✝ Prenez une cuisse de mouton ou

foies et jugiers de poulailles, et les mettez cuire très bien en eaue

et en vin, et les tranchez comme quarrés: puis broyez gingembre,

canelle, giroffle et un pou de saffren et graine de paradis, et

deffaites de vin et de vertjus, du bouillon de char, (de celluy mesmes

ou de la char à cuire[1125],) et puis ostez du mortier; puis aiez pain

hazé[1126] trempé en vin et vertjus, broyez très bien, et après ce le

passez par l’estamine, et faictes tout boulir ensemble, puis prenez la

char et la frisiez au lart et la gettez dedans, et prenez dedens[1127]

moieux d’œufs passés par l’estamine, et gettez dedans pour lier. Et

après dréciez par escuelles, et gettez dessus pouldre de canelle et

sucre: c’est assavoir gettez sur la moitié de l’escuelle et non sur

l’autre; et l’apelle-l’en _Potage parti_[1128].

FLAONS EN KARESME. Affaitiez et estauvez anguilles:

cuisiez-les après en si chaude eaue que vous en puissiez oster la char

sans les arestes, et laissiez aussi la teste et la queue, et ne prenez

que la char; et broyez du saffren ou mortier, puis broyez dessus

la char de l’anguille, destrempez de vin blanc, et de ce faites vos

flaons; et succrez pardessus.

_Item_, flaons ont saveur de frommage quant l’en les fait de laittences

de lus, de carpes, amandes ou amidon broyés, et du saffren destrempé de

vin et de sucre foison dessus.

_Item_, se font de char de tanches, lus, carpes, et amidon, saffran,

deffait de vin blanc et succre dessus.

TARTE JACOBINE. Prenez des anguilles et les eschaudez et

tronçonnez par petis tronçons qui n’aient que demy doit d’espois, et

prenez de la cloche[1129], du frommage de gain[1130] esmié, et puis

cela soit porté au four et que l’en face une tarte, et que l’en pouldre

du frommage au fons, et puis que l’en mette l’anguille debout, et puis

du frommage un lit, et puis un lit de cols[1131] d’escrevices, et

tousjours, tant comme chascun durera, un lit d’un et un lit d’autre. Et

puis boulez du lait, et puis boulez[1132] du saffran et du gingembre,

graine, giroffle, et puis destrampez du lait, et puis mettez dedans la

tartre quant elle aura esté un pou au four, et mettez du sel dedans le

lait, et qu’elle ne soit point couverte; et pongnez[1133] les piés des

escrevices, et faites un joly couvescle à par soy[1134], pour mettre

dessus quant elle sera cuite.

AUTRE TARTRE. _Nota_ que de la farcissure d’un cochon

peut-l’en faire une tartre couverte, et que la farce soit bien faite.

POUR FAIRE UNE TOURTE, prenez quatre pongnées de bettes, deux

poignées de percil, une pongnée de cerfueil, un brain de fanoil et deux

pongnées d’espinoches[1135], et les eslisez et lavez en eaue froide,

puis hachiez bien menu: puis broyez de deux paires de frommages, c’est

assavoir du mol et du moïen, et puis mettez des œufs avec ce, moyeu et

aubun, et les broyez parmi le frommage; puis mettez les herbes dedans

le mortier et broyez tout ensemble, et aussi mettez-y de la pouldre

fine. Ou en lieu de ce aiez premièrement broyé ou mortier deux cloches

de gingembre, et sur ce broyez vos frommages, œufs et herbes, et puis

gettez du vieil frommage de presse[1136] ou autre gratuisé[1137] dessus

celles herbes, et portez au four, et puis faites faire une tartre et la

mengez chaude.

POUR FAIRE QUATRE PLATS DE GELÉE DE CHAR, prenez un cochon et

quatre piés de veau et faites plumer deux poucins et deux lappereaulx

tous meigres, et fault oster la gresse, et seront fendus tout au long

tous crus, excepté le cochon qui est par morceaulx: et puis mettez en

une paelle trois quartes de vin blanc ou claret, une pinte de vinaigre,

une chopine de vertjus, faictes boulir et escumer fort; puis mettez

dedans en un petit drapelet délié le quart d’une once de saffran

pour donner couleur ambrine, et faictes boulir char et tout ensemble

avec un pou de sel; puis prenez dix ou douze cloches de gingembre

blanc[1138] ou cinq ou six cloches de garingal, demie once de graine de

paradis, trois ou quatre pièces de folium de macis, pour deux blans,

citoual[1139]: cubebbes[1140], espic[1141] pour trois blans: fueilles

de lorier, six nois muguettes; puis les escachiez en un mortier et

mettez en un sachet et mettez boulir avec la char tant qu’elle soit

cuite, puis la traiez et mettez sécher sur une nappe blanche, puis

prenez pour le meilleur plat les piés, le groin et les oreilles: et

du remenant aux autres. Puis prenez une belle touaille[1142] sur deux

tresteaux, et versez tout vostre chaudeau dedans, excepté les espices

que vous osterez, et mettez couler pour potage, et ne la remuez point

afin qu’elle reviengne plus clère. Mais s’elle ne couloit bien, si

faites feu d’une part et d’autre pour la tenir chaude pour mieulx

couler, et la coulez avant deux ou trois fois qu’elle ne soit bien

clère[1143], ou parmi une nappe en trois doubles. Puis prenez vos plas

et dréciez vostre char dedans, et aiez des escrevices cuites, dont vous

mettrez dessus votre char des cuisses et la queue; de vostre gelée,

laquelle sera réchauffée, versez tant dessus la char que la char baigne

et soit couverte dedans, car il n’y doit avoir que un petit de char,

puis mettre une nuit refroidier en la cave, et au matin poigniez dedans

clos de giroffle et fueilles de lorier et fleur de canelle, et semez

anis vermeil. _Nota_ que pour la faire prendre en deux heures, il

convient avoir graine de coings, philicon[1144] et gomme de cerisier,

et tout ce faire conquasser et mettre en un sac de toile boulir avec

la char.

_Item_, à jour de poisson, l’en fait gelée comme dessus, de lus, de

tanches, de bresmes, d’anguilles, d’escrevices et de loche. Et quant

le poisson est cuit, l’en le met essuier et sécher sur une belle nappe

blanche, et le peler et nettoier très bien, et getter les peleures ou

bouillon.

_Item_, POUR FAIRE GELÉE BLEUE, prenez dudit boullon, soit

poisson ou char, et mettez en une belle paelle et faites boulir encores

sur le feu, et prenez sus un espicier deux onces de tournesot[1145] et

le mettez boulir avec tant qu’il ait bonne couleur, puis l’espraingnez

et ostez: et puis prenez une pinte de loche[1146] et le cuisiez autre

part, et eschaudez la loche en vos plats, et laissiez couler le boullon

comme dessus, et laissiez refroidier. _Item_, de ce mesmes se fait un

bleu. Et se vous voulez faire armoirie dessus la gelée, prenez or ou

argent, lequel que mieulx vous plaira, et de l’aubun d’un œuf tracez à

une plumette, et mettez de l’or dessus à une pincette.

_Aliter_, POUR VINT PLAS DE GELÉE convient dix lappereaulx

meigres, dix poucins meigres, une chopine de loche qui peut valoir

trois sols: un cent d’escrevices qui ne soient pas de Marne, six sols:

un cochon meigre, trois sols huit deniers; (et combien qu’il soit

meigre, encores convient-il oster la gresse d’entre la couenne et

la char, et faire petis morceaulx quarrés,) trois espaules de veau,

quatre sols: huit quartes de vin pour cuire le veau tout en vin, deux

quartes de vinaigre: demie aulne de toile de lin, deux sols. _Item_, il

convient cuire le veel tout en vin et vinaigre, et escumer et mettre

du sel dedans, puis traire[1147], et cuire les lappereaulx et poucins,

et escumer, et mettre la moitié du lorier et mettre du saffren en une

toile ou sachet pour cuire avec: aussi mettre les espices bien petit

moulues ou mortier de pierre; et quant tout est cuit, si le faictes

couler parmy l’estamine et toile, et regetter tant qu’il soit bien

cler; puis cuisiez la loche d’une part et les escrevisses d’autre, et

prenez les queues des escrevisses, et faites vos plats chascun de demy

lappereau, demy poucin, six loches et quatre[1148] queues d’escrevices;

et les mettez en la cave ou celier, et asséez vos plats bien drois, et

gettez vostre gelée dessus et l’emplez bien. Et le lendemain[1149],

mettez sur chascun plat violette blanche, grenade et dragée vermeille

et quatre fueilles de lorier.

UNE ANDOUILLE D’ESTÉ. Prenez une fressure d’aignel ou chevrel

et ostez la taye, et le remenant cuisiez en eaue et un petit de sel:

et quant elle sera cuite, si la hachez bien menu ou broyez, puis ayez

six moyeux d’œufs et pouldre fine, une cuillier d’argent, et hatez tout

ensemble en une escuelle; puis mettez et meslez vostre fressure avec

vos moyeux d’œufs et pouldre, puis estendez tout sur la coiffe ou taye,

et entortilliez en guise d’andouille, puis liez de fil laschement du

long, et puis au travers bien dru; et puis rostir sur le greil, puis

ostez le fil et servir. _Vel sic_: faites-en pommettes, c’est assavoir

de la taye mesmes, et icelles pommettes frisiez en sain de porc doulx.

POMMEAULX. Prenez d’un cuissot de mouton le meigre tout cru,

et autant de la cuisse de porc meigre: soit tout ensemble hachié bien

menu, puis broyez ou mortier gingembre, graine, giroffle, et mettez en

pouldre sur vostre char hachée, et puis destrempez d’aubun et non pas

du moyeu; puis paumoyez[1150] aux mains les espices et la char toute

crue en luy donnant forme de pomme, puis quant la forme est bien faite,

l’en les met cuire en l’eaue avec du sel, puis les ostez, et ayez de

broches de couldre[1151] et les embrochiez et mettez rostir; et quant

ils se roussiront, ayez percil broyé et passé par l’estamine et de la

fleur[1152] meslée ensemble, ne trop cler ne trop espois, et ostez vos

pommeaulx de dessus le feu et mettez un plat dessoubs, et en tournant

la broche sur le plat, oingnez vos pommeaulx, puis mettez au feu tant

de fois que les pommeaulx deviennent[1153] bien vers.

RENOULLES[1154]. Pour les prendre, aiez une ligne et un ameçon

avec esche[1155] de char ou d’un drap vermeil, et icelles renoulles

prises, couppez-les à travers parmi le corps emprès les cuisses et

vuidiez ce qu’il y sera emprès le cul, et prenez desdictes renoulles

les deux cuisses, coupez les piés, et lesdites cuisses pelez toutes

crues, puis aiez eaue froide et les lavez; et se les cuisses demeurent

une nuit en eaue froide, de tant sont-elles meilleurs et plus tendres.

Et ainsi trempées, soient lavées en eaue tiède, puis mises et essuites

en une touaille; lesdictes cuisses, ainsi lavées et essuites, soient

en farine touillées, _id est_ enfarinées, et puis frites en huille,

sain ou autre liqueur, et soient mises en une escuelle et de la pouldre

dessus[1156].

LIMASSONS que l’en dit _escargols_, convient prendre à matin.

Prenez les limassons jeunes, petis, et qui ont coquilles noires, des

vignes ou des seurs[1157], puis les lavez en tant d’eaue qu’ils ne

gettent plus d’escume: puis les lavez une fois en sel et vinaigre et

mettez cuire en eaue. Puis il vous convient traire iceulx limassons de

la coquerette au bout d’une espingle ou aguille, et puis leur devez

oster leur queue, qui est noire, car c’est leur m..de; et puis laver,

mettre cuire et boulir en eaue, et puis les traire et mettre en un

plat ou escuelle, à mengier au pain. Et aussi dient aucuns qu’ils sont

meilleurs fris en huille et oignon ou autre liqueur après ce qu’ils

sont ainsi cuis que dit est dessus, et sont mengiés à la pouldre, et

sont pour riches gens[1158].

PASTÉS NORROIS sont fais de foie de morue et aucunes fois

du poisson hachié avec. Et fault premièrement un petit pourboulir,

puis hacher, et mis en petis pastés de trois deniers pièce et de la

pouldre fine pardessus. Et quant le pasticier les apporte non cuis ou

four, sont fris tous entiers en huille et c’est à jour de poisson; et

à jour de char, l’en les fait de mouelle de beuf qui est reffaite,

c’est à dire que l’en met icelle mouelle dedans une cuillier percée,

et met-l’en icelle cuillier percée avec la mouelle dedans le bouillon

du pot à la char, et l’y laisse-l’en autant comme l’en laisseroit un

poucin plumé en l’eaue chaude pour reffaire; et puis la met-l’en en

eaue froide, puis couppe-l’en la mouelle et arrondist-l’en comme gros

jabets[1159] ou petites boulettes, puis porte-l’en au pasticier qui les

met quatre et quatre ou trois en un pasté et de la pouldre fine dessus.

Et sans cuire ou four sont cuis en sain.

Et qui en veult faire _buignets de mouelle_, convient la reffaire en la

manière[1160], puis prendre de la fleur et des moyeux d’œufs et faire

le[1161] paste, prendre chascun morcel de mouelle et frire au sain. Des

buignets quérez le remenant.

AUTRES ENTREMÈS.

LAIT LARDÉ. Prenez lait de vache ou de brebis et mettez

fremier sur le feu, et gettez des lardons et du saffran: et aiez œufs,

_scilicet_ blanc et moyeux, bien batus, et gettez à ung coup, sans

mouvoir, et faites boulir tout ensemble, et après l’ostez hors du feu

et laissiez tourner; ou, sans œufs, le fait-l’en tourner de vertjus.

Et quant il est refroidié, l’en le lie bien fort en une pièce de toile

ou estamine et luy donne-l’en quelque forme que l’en veult, ou plate

ou longue et chargié d’une grosse pierre laissiez reffroidier sur un

dréçouer toute nuit, et l’endemain lachié et frit au fer de la paelle,

et se frit de luy mesmes sans autre gresse[1162], ou à gresse qui

veult; et est mis en plas ou escuelles comme lesche de lart, et lardé

de giroffle et de pignolat. Et qui le veult faire vert, si preigne du

tournesol.

RISSOLLES A JOUR DE POISSON. Cuisiez chastaingnes à petit feu

et les pelez, et aiez durs œufs et du frommage pelé et hachez tout bien

menu; puis les arrousez d’aubuns d’œufs, et meslez parmy pouldre et

bien petit de sel délié, et faites vos rissoles, puis les frisiez en

grant foison d’uille et succrez.

Et _nota_, en karesme, en lieu d’œufs et frommage, mettez merlus et

escheroys cuis, bien menu hachiés, ou char de brocherès ou d’anguilles,

figues et dates hachées.

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 32 / 54 段