Et si prins du vin aux chevaulx[515],

Puis mengay par si grant saveur

Qu’oncques ne mengay par greigneur,

Car moult me vint à gré cel ordre.

Qui me véist en mon pain mordre,

Ma manière et mon contenir,

Grant appétit l’en peust venir.

Et tout adès en besongnant

Alay illec mon pain mengant

Et beu de l’ieaue à plain musel;

Vin ne prisoie un viel fusel.

Et quant j’éu mengié et beu,

Aussi bien me sentis-je peu

Comme s’à feste éusse été

Ou j’éusse eu à grant planté

Mouton, buef, poulaille et paons,

Pastés et tartes et flaons,

Pain de bouche[516] et estrange vin

Bourgouing, Gascoing et Angevin[517],

Beaune, Rochelle, Saint-Pourçain[518]

Que l’en met en son sein pour sain.

Lors me pris fort à besongnier,

Je ne m’en fis pas essoignier,

Car là furent, lez mon costé,

Bon-cuer et Bonne-voulenté

Et aussi Talent-de-bien-faire

Qui regardoient mon affaire;

Soing et Cure aussi y estoient

Qui tout adès m’admonnestoient

Que j’ouvrasse à col estendu

Et que bien me seroit rendu,

Car j’en auroie bon loier.

Ainsi ouvray sans délayer

Jusqu’à la nuit noire et obscure;

Adonc alèrent Soing et Cure

Tost la chandelle appareillier

Pour jusqu’à cueuvre-feu veillier,

Car d’iver estoit la saison

Qu’on ne souppe pas, par raison,

Jusqu’à tant qu’on l’oie sonner.

Lors m’alay tost habandonner

A l’euvre, de cul et de pointe,

Je n’en fis oncques le mescointe,

Et tant besoignay que j’oy

Cueuvre-feu, si m’en esjoy,

Car lassés et vaincus estoie

De besongner, et si sentoie

Un appétit qu’on clame fain.

A ce point vint le chastellain

Travail qui me dit: Doulx amis

Bien doy amer qui cy t’a mis,

Car bien y as fait ton devoir;

Je m’en sçay bien apparcevoir.

Bien voy que tu as sans faintise

Huy en labour t’entente mise,

Et pour ce te vueil pourvéoir

Que tu puisses Repos véoir.

C’est cil qui les gens de céans

Qui en labour sont paciens

Fait aaisier à leur plaisir,

Boire, mengier, dormir, gésir

Et prendre consolation

Après la tribulation

Que ma femme leur fait souffrir

Quant à lui se veullent offrir.

Et pour ce qu’à lui t’es offert

Et grant ahan as huy souffert,

Congié te doing, en guerredon,

D’aler à Repos le preudon

Qui te fera ton corps aisier,

Ta char et ton sang appaisier

Que tu as huy moult esméu

Pour l’enhan que tu as éu.

Sire, dis-je, je m’y accort

Puisque ce vient de vostre accort:

A Repos m’en vois orendroit.

Lors me mis à voie tout droit

Vers la porte, par un sentier:

Là requis à Soing le portier

Et à Cure que par amour

Hors me méissent sans demour.

Adonc respondi li portiers:

Beaulx amis, dist-il, voulentiers,

Car tu es vains et endormis.

Lors m’ont Soing et Cure hors mis,

Qui virent que temps en estoit,

Mais trop forment m’admonnestoit

Chascun d’eulx deux de moi lever

Dès matines, pour achever

L’euvre que commencié avoie

Pour plus tost achever ma voie

D’aler ou chastel de Richesse

Où l’en ne va pas par paresse,

Non fait-on pas par diligence

Se il n’y a persévérance.

Raison me dist, (bien m’en souvient)

Que persévérance convient

En bien faire, c’est ce qui fait

L’ouvrier louer de son bienfait.

Amis, dist Soing, à Repos vas:

Plus décevable ne trouvas

Puis que tu fus de mère nés;

Repos a maintes gens menés

Ou hideux chemin de Paresse

Qui tourne le cul à Richesse:

Repos a tous ceulx décéu

Qui contre Raison l’ont créu,

Et si est prest de décevoir

Tous les jours ceulx qui recevoir

Veulent ce qu’il leur veult donner;

Tous ses biens veult habandonner

A tous ceulx qui prendre les veulent,

Mais vraiement tous ceulx se deulent,

En la fin, qui contre raison

Les prennent hors heure et saison

Sans cogente nécessité.

Bien est raison et vérité,

Sans Repos ne puet vivre nuls,

De quelque estat, gros ne menus,

Mais ceulx qui Repos croient trop

Povres en la fin sont com Job.

Or ne le vueilles mie croire,

Mais aies tousjours en mémoire

Ce que je te dy et enseigne

Et le retien en cest ensaingne.

Adonc me tira Soing l’oreille;

Cure, d’autre part, s’appareille

A moi enseigner et aprendre

Comme je doy par raison prendre

Les biens que Repos scet donner

Quant il se veult habandonner.

Amis, dist Cure, ne crois pas

Repos, se ce n’est un trespas[519]

Quant en auras nécessité,

Car, si comme Soing t’a dicté,

Nuls ne pourroit sans Repos vivre[520]

S’il n’est ou hors du sens ou yvre.

Mais qui Repos croit à oultrage,

Il pert du tout son bon courage

Qu’il avoit, par devant, d’ouvrer

Et ne le puet pas recouvrer

Aucune fois à son vouloir,

Dont en la fin le fait douloir.

Garde donc bien qu’il ne te tiengne

Que par raison, et te souviengne

De moy à ces enseignes-cy.

Lors me tira l’oreille aussi

Comme Soing ot fait par devant

En moy mon preu ramentevant.

A tant du portier prins congié

Et de sa femme, et eslongnié

Le lieu au plus tost que je pos

Et m’en alay droit à Repos

Qui m’attendoit en ma maison,

Car il en estoit bien saison.

Ens entray, si trouvay ma femme

Qui ne pensoit à nul diffame,

Mais m’appareilloit à mengier

A lie chière et sans dangier.

Mes mains lavay et puis m’assis,

Et souspasmes à sang rassis,

Moy et ma femme, bec à bec,

Du pain et du potage avec,

Et de ce que Dieu mis y ot.

Quant soupé eusmes sans riot

Et la nappe si fu ostée,

Près de moy se fu acostée

Ma femme; lors luy comptay brief

Mon affaire de chief en chief:

Dame, dis-je, ne savez mie

Comme j’ay eu forte nuitie

Quant vous de lez moy dormiez

Et vostre repos preniez.

Vous n’avez pas véu à-nuit

La male gent qui tant m’a nuit

Et fait si grant adversité:

Besoing avec Nécessité,

Souffreté, Disette autressy,

Pensée la vieille et Soussy,

Desconfort et Désespérance.

Et tant m’ont fait de meschéance,

Sachié, bouté et tourmenté,

Qu’à poi qu’ils ne m’ont craventé;

Mais Raison la bonne et la sage

M’a apris la voie et l’usage

D’eschever toute adversité

Et de vivre en prospérité.

Entendement, com mes amis,

En la voie aussi m’en a mis,

Et m’ont fait de Barat retraire

Qui se penoit de moy attraire

Pour moy faire à mal habonder

Et moy honnir et vergonder,

Et aussi son clerc Tricherie

Et son varlet Hoquelerie.

Tant m’a donné Entendement

Et Raison bon enseignement,

Que je sui en foy et hommage

De Raison la bonne et la sage,

Et tousjours en moy demourra

Ne jamais jour n’en partira,

Ainsi comme elle m’a promis;

A lui faire hommage ay trop mis.

Si m’y ont moult bien aïdé

Bon-cuer et Bonne-voulenté,

Talent-de-bien-faire leur fils.

Quant à moy vindrent, je leur fis

Tout ce que il me commandèrent

Et alay où ils me menèrent.

Au chastel de Labour alasmes,

Où nous Soing et Cure trouvasmes

Qui sont de ce chastel portiers:

Ceulx me reçurent moult volentiers

Et me menèrent droit à Peine

Qui de Labour est chastellaine;

Peine me reçut sans séjour:

O moy a esté toute jour;

Travail ores, puis l’anuitier,

Vint à moy non pas pour luitier,

Mais pour dire et ramentevoir

Qu’avoie bien fait mon devoir

Et que temps estoit de venir

Mon corps aisier et soustenir.

Mais trop m’ont hasté Soing et Cure

Qui de long aisement n’ont cure,

De moy, dès matines, lever

Pour tost ma besoigne achever.

Or vous ay compté sans mençonge

Ma vision qui n’est pas songe.

Lors respondi ma femme ainsi:

Qu’est-ce que vous me dictes cy?

Vous estes, je croy, hors du sens,

Car ne me congnois en nul sens

En ce que vous m’alez disant

Et toute nuit cy devisant,

Car ce n’est tout que fantasie

Que vous dictes par frenaisie.

Quant ma femme ramposné m’ot,

Je me teus et ne sonnay mot,

Car s’à lui me feusse engaignié,

Certes riens ne eusse gaignié

Et j’ay pieça du sage apris

Que nuls ne devroit prendre à pris

Nulle chose que femme die.

Soit bien, soit mal, tence ou mesdie,

Tousjours veult femme estre loée,

Et de ce que dit advoée:

De riens ne veult estre reprise,

Ains veult que l’en la loe et prise

Aussi bien du mal com du bien:

Ceste coustume say-je bien,

Et pour ce que je bien le sçay,

De la ramposne me passay,

Car contre femme se fault taire

Et toute leur voulenté faire:

Ainsi le conseil à tous ceulx

Qui ont femmes avecques eulx;

Combien que ce soit folletés

De leur faire leurs voulentés,

Encore est-ce plus grant foleur,

Selon raison, de faire leur

Nulle chose qui leur desplaise,

Car jà femme ne sera aise

Se son mary lui fait despit,

Jusqu’à tant, sans aucun respit,

Que rendu lui ait doublement,

Ou nature de femme ment.

Dont doit-on, qui bien veult eslire,

De deux maulx prendre le moins pire;

Bon se fait près d’un péril traire

Pour de greigneur péril retraire.

Lors m’appareillay pour couchier

Et mis en coste moy l’eschier[521],

Pour tost alumer ma chandelle

Sans moy bougier, dessus ma selle.

De Soing me souvint et de Cure

Qui de fétardie n’ont cure,

Car moult estoie entalenté

De bien faire leur voulenté,

Et ferai d’ores-en-avant,

Et Dieu, par sa grâce, m’amand

De si bien vivre en Diligence

Et en bonne Persévérance,

Au gré de Travail et de Peine,

Que véoir me puisse ou demaine

De Richesse la haute Dame,

Au sauvement de corps et d’âme.

Et se je ne puis advenir

A la grant Richesse, et venir,

Qui est la mendre selon Dieu,

Je pry la Vierge de cuer pieu,

Qui le benoit fils Dieu porta,

En quoy les pécheurs conforta,

Qu’avenir puisse à Souffisance,

Car j’ay en ce ferme créance

Que qui à Souffisance adresse,

En lui a parfaicte richesse,

Ne jà ne croiray le contraire.

Icy vueil mon livre à fin traire

Appellé la _Voie et l’adresse

De Povreté et de Richesse_.

Chière seur, par ce que dit est vous povez veoir qu’est diligence et

qu’est persévérance, et ainsi, chière seur, est le premier article

démonstré.

LE SECOND ARTICLE

DE LA SECONDE DISTINCTION,

LEQUEL ARTICLE DOIT PARLER DE COURTILLAGE.

_Primo_, est à noter que tout ce que l’on sème, plante ou ente, l’en

le doit semer, planter ou enter par temps moite et au soir ou au bien

matin, avant l’ardeur du soleil et en décours[522], et doit-l’en

arroser le pié et la terre et non la fueille.

_Item_, par l’ardeur du soleil l’en ne doit mie arroser, mais au soir

et au matin; ne coper choux, percil[523], ne autres telles verdures qui

regettent, car la chaleur du soleil cuiroit la coupeure et l’ardroit,

et ainsi ne regetteroit jamais par iceluy endroit de la coupeure.

_Nota_ que en temps pluieux fait bon planter, mais non mie semer, car

la graine se retient au ratel.

Dès la Toussains sont fèves des marais, mais afin que icelles ne

gellent, on en plante vers Noël et en Janvier et Février et au

commencement de Mars; et les plante-l’en ainsi à diverses fois afin que

se les unes sont gelées, les autres ne le soient pas. Et quant elles se

lièvent hors de terre, si tost qu’elles poignent l’en les doit harser

et rompre le premier germe: et si tost qu’elles ont six fueilles l’en

les doit seurfouir[524]. Et de toutes icelles, les premières venues

sont les plus chières et doivent estre mengées le jour qu’elles sont

escossées, ou autrement elles deviennent noires et aigres.

_Nota_ que marjolaine et violettes que l’en veult garder en yver contre

la froidure, l’en ne les doit mie mettre soudainement de froit à

chault, ne de moite à froit, car qui longuement les garde l’iver en un

célier moite et soudainement les met au sec, il les pert; _et sic de

contrariis similibus_.

En yver l’en doit oster les branches du sauger qui sont mortes. Encores

en Janvier et Février, sauge, lavende, coq[525], mente, toutebonne[526]

soient plantés jusques à Juing.--Panoit[527] soit semé large à

large.--Oseille soit semée ou décours et jusques à Mars et plus.

_Nota_ que l’iver de Décembre et de Janvier fait mourir les porées,

c’est assavoir ce qui est hors terre, mais en Février les racines

regettent nouvelle et tendre porée, c’est assavoir si tost comme la

gelée cesse, et quinze jours après viennent les espinars.

Février.--Sarriette et marjolaine sont comme d’une saveur à mengier,

et sont semés ou décours et ne sont que huit jours en terre.--_Item_,

sarriette ne dure fors jusques à la Saint-Jehan.--_Item_, en

décours doit-l’en planter arbres ou vignes et semer choux blans et

pommés.--_Nota_ que les marquets chevelus portent dès l’année qu’ils

sont plantés chevelus.

Espinars sont en Février et ont longue fueille et crenelée comme

fueille de chesne, et croissent par touffes comme porées, et les

convient esverder[528] et bien cuire après.--Bettes viennent après.

_Nota_ que framboisiers et aussi framboises sont bonnes à planter.

Mars.--Ou décours doit l’en enter: jombarde[529] planter de Mars

jusques à la Saint-Jehan.--Violettes, giroflée semée en Mars ou plantée

à la Saint-Remy.--_Item_, soit l’une, soit l’autre, quant les gelées

approuchent, l’en la doit en aucun décours replanter en pos pour mettre

à couvert et garder en cave ou en célier pour le froit, et de jour

mettre à l’air ou au soleil et arroser de telle heure que l’eau soit

beue et la terre sèche avant que l’en la mette à couvert, car nullement

l’en ne la doit au vespre estuier[530] mouillée.--Fèves planter et

rompre le premier tuiau au herser comme dit est dessus.--_Nota_ que le

percil qui est semé la veille de la Nostre-Dame en Mars, yst hors de

terre à neuf jours.

Fenoul et marjolaine plantez ou décours de Mars ou en Avril; et

_nota_ que marjolaine veult plus grasse terre que violettes[531], et

s’elle a trop ombre elle devient jaune.--_Item_, quant elle est bien

reprise, adonc la dois arrachier par touffes et replanter à large en

pots.--_Item_, les branches couppées, fichées en terré et arrousées

prennent racines et croissent.--_Item_, terre engressée par fiens de

vaches et brebis est meilleur que de fiens de cheval.

Violette de karesme et violette d’Arménie[532] ne veullent ne couver

ne mucier; et _nota_ que violette d’Arménie ne porte fleur jusques

au deuxième an, mais les jardiniers qui l’ont eue un an en terre, la

vendent et replantent ailleurs, et lors elle porte.

Ozeille, bazeillecoq[533] soient semées en Janvier et Février

ou décours et jusques à Mars, et se tu veulx replanter ozeille

surannée[534], il te la convient replanter à toute sa terre qui est

entour la racine. _Item_, à la queillir a maistrise[535], car l’en

doit tousjours queillir les grans fueilles et laissier croistre les

petites fueilles qui sont dessus icelles grans; et se tout estoit par

aventure cueilli, il convient coupper le tuyau rez à rez de terre, et

il regettera nouvelle ozeille.

Percil sème, sarcle, oste les pierrettes; et celuy qui est semé en

Aoust est le meilleur, car il n’espie[536] point et se tient en vertu

toute l’année.

Laictues doivent estre semées, et _nota_ qu’elles n’arrestent point en

terre et reviennent bien drues: et pour ce les arrache-l’en çà et là à

toute la racine pour donner espace aux autres et oster espoisseur. Et

_nota_ que la semence des laictues de France est noire, et la semence

des laictues d’Avignon est plus blanche, et en fit apporter Monseigneur

de La Rivière[537], et sont les laictues trop meilleurs et plus

tendres assez que celles de France; et ne se queult la semence fors

bouton après autre, ainsi comme chascun bouton s’avance de getter sa

bourre.--_Nota_ que laictues ne se plantent point, et mesmement quant

l’en les veult mengier, si arrache-l’en racine et tout.

Courges. Les pepins sont la semence et les convient tremper deux jours,

puis semer, et sans les moullier laisser croistre jusques à ce qu’elles

appairent dehors, et lors mouillier le pié seulement et la terre sans

moullier les feuilles, et en Avril les arrouser courtoisement et les

planter d’un lieu en autre un dour[538] ou demy pié en terre, et à

demy-pié l’une courge de l’autre, et moullier le pié continuelment et

pendre à un eschalat un pot percié, un festu et de l’eaue etc., ou une

lesche de drap neuf ou pot[539].

Bettes semez en Mars, et quant elles sont bonnes à mengier, soient

coupées près de la racine, car tousjours rejettent et recroissent et

deviennent porées.

Bourraches, arraches[540] comme dessus.

Choulx blans et choulx cabus est tout un; et sont semés ou décours

de Mars, et quant ils ont cinq fueilles, adonc l’en les arrache

courtoisement et les plante-l’en à demy-pié loing l’un de l’autre, et

les convient mettre en terre jusques à l’œil et arrouser le pié; et les

mengue-l’en en Juing et en Juillet.--Pommes de chou sont semées en Mars

et replantées en May.--Choulx Romains sont de la nature de pommés et

de auques[541] pareille semence, car l’une et l’autre semence croist

sur un tronc, et de la semence qui vient par le tuyau du milieu et qui

est au bout d’en haut croist la pomme, et de la semence qui vient d’en

bas viennent les choulx Romains.--Minces en karesme est le regaing du

chou, et durent jusques en Mars, et lors sont icelles minces en Mars de

plus fort saveur à mengier, et pour ce les convient plus parboulir, et

en iceluy temps l’en arrache les troncs hors de terre.--_Nota_ que en

Juillet, quant il pleut, l’en doit planter des choulx.

_Nota_ que se fromis habondent en un jardin, et l’en gette en leur

repaire de la scieure d’ais de chesne, ils mourront ou vuideront à la

première pluie qui cherra, car les scieures retiennent la moiteur.

_Nota_ que en Avril et Mai, tout le mois, sème-l’en les porées qui

sont mangées en Juing et en Juillet.--Les porées d’esté doivent estre

soyées, et laissées les racines en terre, et après yver les racines

gettent, et les convient surfouir et lever la terre à l’environ et

illecques semer les nouvelles qui venront et cueillir le gecton

des vieilles.--_Nota_ que depuis Avril jusques à la Magdelaine

fait bon semer porées, et les porées de karesme sont semées en

Juillet et jusques à la Magdelaine et non plus, elles appelle-l’en

bettes.--_Item_, espinars.--_Item_ icelles bettes, quant elles sont

levées de terre, sont replantées par ordre.--_Item_, en Avril et May

convient planter choulx blans et pommes de chou qui furent semés en

Février et Mars.--En May treuve-l’en fèves nouvelles, navez, raves.

_Nota_ que en Juing, la végille St.-Jehan, doit-l’en semer percil, et

aussi la veille de la mi-Aoust.

Aoust et my-Aoust.--Ysope semez. Choulx pasquerés[542] soient semés ou

décours; percil aussy, car celui n’espie point.

_Nota_ que la porée qui est en terre regette nouvelle porée cinq ou six

fois comme percil, et la peut-l’en coupper audessus du troignon jusques

la my-septembre, et d’illec en avant non mie coupper, car le troignon

pourriroit, mais esbranchier à la main les fueilles d’entour, et non le

milieu.

En icelluy temps convient esbranchier[543] toutes semences de

porées, car les semences ne pevent meurir pour la froidure du temps,

mais la semence esbranchée et gettée, le troignon regette nouvelle

porée.--_Item_, en ce temps ne convient point couper le percil, mais

effueiller.

Après la septembresse[544], pivoine, serpentine, oignons de lis,

rosiers, groselliers soient plantés.

Octobre.--Pois, fèves, un doit[545] parfont en terre, et loing l’un de

l’autre un dour, et que ce soient grosses fèves des plus grosses, car

quant elles sont nouvelles, elles se démonstrent plus grosses que les

petites ne font, et n’en doit-l’en planter que un petit, et à chascun

décours après, un petit, afin se l’une partie gelle que l’autre non.

Se tu veulx semer ou planter poix perciés, sème les par temps sec

et bel et non pluyeux, car se l’eaue de la pluie entroit dedens les

pertuis du pois, il se fendroit et partiroit en deux et ne germeroit

point.

Jusques à la Toussains peut-l’en tousjours replanter choulx: et quant

ils sont trop mengiés de chenilles, qu’il n’y a point de fueille

fors les arrestes, s’ils sont replantés, tout revient minces: et

convient oster les feuilles d’en bas et les replanter jusques à l’euil

d’en hault. Les troncs qui sont tous défueillés ne convient-il plus

replanter, mais laissier en terre, car ils getteront minces.

_Nota_ que se tu replantes en esté en temps sec, tu dois getter de

l’eaue en la fosse; en temps moiste, non.

_Nota_ que se les chenilles menguent tes choulx, quant il plouvera sème

de la cendre par dessus les choulx et les chenilles mourront.--_Item_,

tu peus regarder par dessoubs les fueilles des choulx et là trouveras

grant assemblée de mittes blanches en un tas, et saches que c’est dont

les chenilles naissent, et pour ce l’en doit coupper la place où est

celle graine et getter loing.

Poreaux soient semés en la saison, puis replantés en Octobre et

Novembre.

Se vous voulez avoir roisins sans pépins, prenez en croissant[546] ou

temps que l’en plante la vigne, c’est assavoir en Février, une plante

de vigne avecques la racine et fendez le cep moitié par moitié tout au

long jusques à la racine, et ostez la mouelle d’une part et d’autre.

Puis rongnez le cep et liez tout au long de fil noir, puis plantez le

cep et fumez de bonne fumeure et estoupez de terre le trou d’en hault

de la jointure du cep.

Se vous voulez enter un cerisier ou un prunier sur et dedans un cep de

vigne, tailliez la vigne, puis en Mars la fendez à quatre dois près du

bout et ostez la mouelle d’une part et d’autre, et là faictes la place

de l’amande d’un noyau de cerise, et la mettez et encloez dedens celle

fente et liez de fil le cep joinct comme devant.

Se vous voulez enter un cep de vigne dedans un cerisier, faictes

tailler le cep de vigne qui sera planté et de long temps enraciné

emprès le cerisier, et en Mars, environ Nostre-Dame[547], perciez

icelluy cerisier d’une tarière du gros[548] d’icelluy cep, et parmy

le trou dudit cerisier boutez icelluy cep, qu’il passe tout oultre

un pié de long, puis estoupez le tout aux deux costés du cerisier,

c’est assavoir de terre glaze, de mousse, et entortillez de drappeaulx

tellement que aucune pluie ne puisse atouchier au pertuis. _Item_, le

cep de vigne doit estre escorchié et l’escorce d’icelluy cep pelée et

ostée jusques au vert, en tant seulement comme touche ce qui est dedans

le corps du cerisier, car s’ainsi est fait et que l’escorce soit pelée

et ostée, le vif du cep qui joindra au vif du cerisier se consolidera

l’un à l’autre, ce qui seroit empeschié par l’escorce du cep se elle y

demouroit. Ce fait laissiez les ensemble deux ans, et après coupperez

le cep par derrière, et audessoubs de la jointure du cerisier.

_Item_, sur un tronc ou souche de chesne, povez enter dix ou douze

arbres, c’est assavoir que ou mois de Mars, environ la Nostre-Dame,

vous soiez garnis de tant de greffes et de divers fruis que vous

vouldrez avoir pour enter, et ferez scier au travers le chesne ou

arbre sur lequel vous vouldrez enter; et aiez aguisés vos greffes

d’un costé tant seulement à manière d’un coin borgne si comme il est

cy: [Illustration: un picot] et tellement que l’escorce d’icelluy

greffe soit toute entière de l’un des costés et sans estre escorchée

ou entamée, puis fichiez vos greffes entre l’escorce du chesne et la

char, ou[549] le vif du greffe devers le bois ou le vif du chesne.

Puis estoupez et couvrez de terre glase, de mousse et de drappeaulx

tellement[550] que pluie, neige ou gelée ne y puisse férir.

Se vous voulez garder roses en yver[551], prenez sur le rosier petis

boutons qui ne soient point espanis et les laissiez les queues longues,

et entassez en un petit tonnelet de bois comme un tonnellet à composte

et sans eaue. Faictes bien enfoncer le tonnellet et qu’il soit

serréement relié qu’il n’y puisse riens entrer ne yssir, et aux deux

bouts d’icelluy tonnellet liez deux grosses pierres pesans et mettez

icelluy tonnellet en une rivière courant.

Romarin. Les jardiniers dient que la semence de romarin ne vient

point en la terre de France, mais qui d’un romarin arracheroit et

desmembreroit, en dévalant, aucunes petites branchettes et les tendroit

par le bout et les plantast, ils revendroient; et qui les vouldroit

envoïer loing, il convendroit icelles branches envelopper en toile

cirée et coudre, et puis oindre par dehors de miel, et puis poudrez de

fleur de fourment et l’envoïez où vous vouldrez.

J’ay oy dire à Monseigneur de Berry que en Auvergne a trop plus grosses

cerises que en France pour ce qu’ils provignent leurs cerisiers.

DE LA SECONDE DISTINCTION

LE TROISIÈME ARTICLE

QUI DOIT PARLER DE CHOISIR VARLETS, AIDES ET CHAMBERIÈRES, ETC.

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 23 / 54 段