la sepmaine que vous et moy feusmes espousés, me priastes que je
espargnasse à vostre jeunesse et à vostre petit et ygnorant service
jusques à ce que vous eussiez plus veu et apris; à laquelle appresure
vous me promectiez de entendre songneusement et mectre toute vostre
cure et diligence pour ma paix et amour garder, si comme vous disiez
bien saigement par plus sage conseil, ce croy-je bien, que le vostre,
en moy priant humblement en nostre lit, comme en suis recors, que pour
l’amour de Dieu je ne vous voulsisse mie laidement corrigier devant
la gent estrange ne devant nostre gent aussy, mais vous corrigasse
chascune nuit ou de jour en jour en nostre chambre et vous ramentéusse
les descontenances ou simplesses de la journée ou journées passées et
vous chastiasse se il me plaisoit, et lors vous ne fauldriez point à
vous amender selon ma doctrine et correction et feriez tout vostre
povoir selon ma voulenté, si comme vous disiez. Si ay tenu à grant
bien et vous loe et sçay bon gré de ce que vous m’en avez dit et m’en
est depuis souventes fois souvenu. Et sachez sur ce, chère seur,
que tout quanques je sçay que vous aiez fait puis que nous fusmes
mariés jusques cy et tout quanques vous ferez en bonne intention m’a
esté et est bon et me plaist et m’a bien pleu et plaira. Car vostre
jeunesse vous excuse d’estre bien saige et vous excusera encores en
toutes choses que vous ferez en intention de faire bien et sans mon
desplaisir. Et sachiez que je ne pren pas desplaisir, mais plaisir,
en ce que vous aurez à labourer rosiers, à garder violettes, faire
chappeaulx, et aussi en vostre dancer et en vostre chanter et vueil
bien que le continuez entre nos amis et nos pareilz et n’est que bien
et onnesteté de ainsi passer l’aage de vostre adolescence féminine,
toutesvoies sans désirer ne vous offrir à repairier en festes ne dances
de trop grans seigneurs, car ce ne vous est mie convenable, ne afférant
à vostre estat, ne au mien. Et quant au service que vous dictes que
vous me feriez voulentiers plus grant que vous ne faictes se vous le
sceussiez faire et que je le vous apreigne, sachez, chère seur, qu’il
me souffist bien que vous me faciez au tel service comme vos bonnes
voisines font à leurs mariz qui sont pareilz à nous et de nostre estat
et comme vos parentes font à leurs mariz de pareil estat que nous
sommes. Si vous en conseillez privéement à elles et après leur conseil
si en faictes ou plus ou moins selon vostre vouloir. Car je ne suis
point si oultrecuidé à ce que je sens de vous et de vostre bien que
ce que vous en ferez ne me souffise assez et de tous autres services
aussi, mais que il n’y ait barat, mesprisement ou desdaing, mais de ce
vous gaittiez. Car jasoit-ce, belle seur, que je congnoisse bien que
vous soiez de greigneur lignaige que je ne suis, toutesvoies ce ne vous
garantiroit mie, car, par Dieu, les femmes de vostre lignaige sont si
bonnes que sans moy et par elles mesmes seriez-vous asprement corrigée
se elles le savoient par moi ou autrement; mais en vous ne fais-je
point de doubte; je suis tout asseuré de vostre bien. Et toutesvoies,
jasoit-ce, comme j’ay dit, que à moy ne appartiengne fors un petit de
service, si vouldroie-je bien que vous sceussiez du bien et de l’onneur
et de service à grant planté et foison et plus que à moy n’appartient,
ou pour servir autre mary se vous l’avez après moy, ou pour donner
plus grant doctrine à vos filles, amies ou autres, se il vous plaist
et en ont besoing. Et tant plus saurez, tant plus d’onneur y aurez et
plus loés en seront vos parens et moy aussi et autres entour qui vous
aurez esté nourrie. Et pour vostre onneur et amour, et non mie pour
moy servir, (car à moy ne convient mie service fors le commun, encores
sur le moins) ayant piteuse et charitable compassion de vous qui
n’avez, de long temps a, père ne mère, ne icy aucunes de vos parentes
près de vous, ne à qui de vos privées nécessités vous puissiez avoir
conseil ne recours fors à moy seul pour qui vous avez esté traicte de
vostre parenté et du païs de vostre nativité, ay pensé plusieurs fois
et intervalles se je peusse ou sceusse trouver de moy mesmes aucune
généralle introduction légière pour vous aprendre et par laquelle,
sans moy donner telle charge comme dessus est dit, par vous mesmes
vous peussiez introduire parmy vostre paine et labour. Et à la fin me
semble que se vostre affection y est telle comme vous m’avez monstré le
semblant par vos bonnes paroles, il se peut acomplir en ceste manière,
c’est assavoir que une leçon générale vous sera par moy escripte, et à
vous baillée sur trois distinctions contenans dix-neuf[105] articles
principalment.
LA PREMIÈRE DISTINCTION.
La première distinction d’icelles trois est nécessaire pour acquérir
l’amour de Dieu et la salvacion de vostre âme et aussi nécessaire pour
acquérir l’amour de vostre mary et donner à vous en ce monde la paix
que l’en doit avoir en mariaige. Et pour ce que ces deux choses, c’est
assavoir la salvacion de l’âme et la paix du mary, sont les deux choses
plus principalment nécessaires qui soient, pour ce sont-elles mises cy
premièrement. Et contient icelle première distinction neuf articles.
Le premier article parle de saluer et regracier Nostre Seigneur et sa
benoite mère à vostre esveillier et à vostre lever et de vous atourner
convenablement.
Le second article est de vous accompaigner convenablement, aler à
l’église, eslire place, vous saigement contenir, oïr messe et vous
confesser.
Le tiers article est que vous amez Dieu et sa benoite mère et
continuellement les servez et vous mectez et tenez en leur grâce.
Le quart article est que vous gardez continence et vivez chastement à
l’exemple Susanne, Lucresse et autres.
Le quint article que vous soiez amoureuse de vostre mary (soit moy ou
autre) à l’exemple de Sarre, Rébecque, Rachel.
Le sixiesme article que vous soiez à lui humble et obéissant à
l’exemple de Grisilidis, de celle qui ne voult rescourre son mary de
noyer, et la mère Dieu qui respondit _fiat_, etc., de Lucifer, du
puys, du bailly de Tournay, des religieux et des mariés, de madame
d’Andresel, de Chaumont, de la Romaine.
Le septiesme que vous soiez curieuse et songneuse de sa personne.
Le huitiesme que vous soiez taisant pour celer ses secrets à l’exemple
de Papire, de celle qui pont huit eufz, de celle de Venise, de celle
qui revint de Saint Jaques et de l’advocat.
Le neuviesme et derrenier article est que se vostre mary s’essoie
de foloyer ou foloye, que sans rigueur mais doulcement, saigement
et humblement vous l’en retrayez comme Mellibée et dame Jehanne la
Quintine.
LA SECONDE DISTINCTION.
La seconde distinction est nécessaire pour le prouffit du mesnage
acroistre, acquérir amis et sauver le sien; pour secourir soy et aider
contre les males fortunes de la vieillesse à venir, et contient six
articles.
Le premier article est que vous aiez soing de vostre mesnaige,
diligence et persévérance et regard au labour: mectez peine à y prendre
plaisir et je feray ainsi d’autre part afin d’advenir au chastel dont
il est parlé.
Le second article est que au moins vous prenez vostre esbatement et
vous sachiez aucun peu congnoistre en curtilliage et jardinaige, enter
en la saison et garder roses l’iver.
Le tiers article est que vous sachiez choisir varlets, portefais,
aides ou autres fortes gens pour faire les dures besongnes qui d’eure
en autre se pevent achever et aussi laboureurs, etc. Et en oultre
cousturiers, cordouaniers, boulengiers, pasticiers, etc. Et par
espécial varlets et chambrières d’ostel embesongner à grains tribler
et remuer, robes nectier, éventer et essorer, commander à vos gens de
penser des brebis, des chevaulx: garder et garir vins.
Le quart article est que vous, comme souverain maistre de vostre
hostel, sachiez ordonner disners, soupers, mès et assietes, congnoistre
le fait du bouchier, du poullaillier et savoir congnoistre les espices.
Le quint article que vous sachiez commander, ordonner, deviser et faire
faire toutes manières de potaiges, civés, saulses et toutes autres
viandes; idem pour malades.
LA TROISIÈME DISTINCTION.
La troisiesme distinction est de jeux et esbatemens aucunement plaisans
pour avoir contenance et manière de parler et tenir compaignie à gens
et contient trois articles.
Le premier article est tout de demandes d’esbatemens qui par le sort
des dez, par rocs et par roys sont avérées et respondues par estrange
manière.
Le deuxiesme article est de savoir nourrir et faire voler l’esprivier.
Le tiers article est d’aucunes autres demandes qui regardent compte et
nombre et sont subtilz à trouver ou à deviner[106].
[Illustration]
LE MÉNAGIER DE PARIS.
PREMIÈRE DISTINCTION.
ARTICLE PREMIER.
Le commencement et premier article de la première distinction parle de
adourer et du lever; lequel vostre lever doit estre entendu matin. Et
matin, en l’entendement que l’en peut prendre selon la matière dont
nous avons à traictier, est dit de matines. Car ainsi comme entre nous
gens ruraulx disons le jour depuis l’aube du jour jusques à la nuit, ou
du soleil levant jusques à soleil couchant, les clercs qui prennent
plus subtillement dient que c’est le jour artificiel; mais le jour
naturel qui tousjours a vint quatre heures se commence à mienuit et
fine à la mienuit ensuivant. Et pour ce que j’ay dit que matin est dit
de matines, je l’entens avoir dit pour ce que adonc sonnent les matines
pour faire relever les religieux pour dire matines et loenges à Dieu,
et non mie pour ce que je vueille dire que vous, belle seur, ne les
femmes qui sont mariées, vous doiez lever à celle heure. Mais je le
vueille bien avoir dit pour ce que se à ycelle heure vous oez sonner
matines vous louez adont et saluez Nostre Seigneur d’aucun salut,
prière ou oroison avant ce que vous vous rendormez; car à ce propos
sont cy après propres oroisons ou prières. Car, soit à celle heure de
matin ou au matin du jour, j’ay cy escript deux oroisons pour vous
à dire à Nostre Seigneur, et deux autres à Nostre Dame propres pour
esveiller ou lever. Et premier s’ensuit celle de mienuit par laquelle,
en ycelle disant, vous regraciez Nostre Seigneur de ce que de sa grâce
il vous a donné venir jusques à celle heure. Et direz ainsi:
Gracias ago tibi, Domine, etc.
C’est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant qui es un seul
en Trinité, qui estois, es et seras en toutes choses Dieu benoist par
les siècles, je te rens grâce de ce que tu m’as daigné trespasser
dès le commencement de ceste nuit jusques aux heures matinaulx, et
maintenant je te requiers que tu me daignes, par ta sainte miséricorde,
ce jour trespasser sans peschié, tellement que au vespre je te puisse
comme à mon Dieu et à mon Seigneur regracier, adourer et donner salut.
Item s’ensuit l’autre oroison à Nostre Seigneur en disant:
Domine, sancte pater, etc.
C’est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant et père
pardurable qui m’as donné parvenir au commencement de ceste journée par
ta saincte vertu, garde moy d’encourir en aucun péril, si que je ne
puisse décliner à aucun mortel péchié, et que par ton doulx atrempement
ma pensée soit adrécée à ta saincte justice et voulenté faire.
Item s’ensuit les deux oroisons à Nostre Dame, et premièrement:
Sancta Maria, mater Domini, etc.
C’est à dire en françois: Marie, sainte mère de Nostre Seigneur
Jhesu-Crist, ès mains de ton benoit filz et de toy commandé-je huy et
tout temps mon âme, mon corps et mon sens. Sire, garde moy de tous
vices, de tous péchiés et de toute temptacion d’ennemy et me délivre
de tous périlz. Sire doulx Jhesu-Crist, aide moy et me donne santé
d’âme et de corps, donne moy voulenté de bien faire, en ce siècle
vivre justement et bien persévérer. Octroie moy rémission de tous mes
péchiés. Sire, sauve moy en veillant, garde moy en dormant afin que je
dorme en paix et veille en toy en la gloire de paradis.
Item s’ensuit l’autre oroison à Nostre Dame qui est toute en françois:
O très certaine espérance, dame deffenderesse de tous ceulx qui s’y
attendent! Glorieuse vierge Marie, je te prie maintenant, que en icelle
heure que mes yeulx seront si aggravés de l’obscureté de la mort que
je ne pourray veoir la clarté de ce siècle, ne me pourray mouvoir la
langue pour toy prier ne pour toy appeller et que mon chiétif cuer qui
est si foible tremblera pour la paour des ennemis d’enfer et sera si
angoisseusement esbahis que tous les membres de mon corps defondront en
sueur pour la peine de l’angoisse de la mort, lors, dame très doulce et
très piteuse, me daignes regarder en pitié et moy aidier à voir avec
toy la compaignie des anges et aussi la chevalerie de paradis, et que
les ennemis troublés et espoventés de ton secours ne puissent avoir
aucun regart, présumpcion ou souspeçon de mal à l’encontre de moy,
ne aucune espérance ou puissance de moy traire ou mettre hors de ta
compaignie. Mais, très débonnaire dame, te plaise lors à souvenir de
la prière que je te fais orendroit, et reçoy m’âme en ta benoite foy,
en ta garde et en ta deffense, et la présente à ton glorieux filz pour
estre vestue de la robe de gloire et accompaignée à la joieuse feste
des anges et de tous les sains. O dame des anges! O porte de paradis!
O dame des patriarches, des prophètes, des apostres, des martirs, des
confesseurs, des vierges et de tous les sains et sainctes! O estoille
de matin plus resplendissant que le soleil et plus blanche que la noif!
Je joing mes mains et eslieve mes yeulx et fléchis mes genoulz devant
toy! Dame très débonnaire, pour icelle joie que tu eus quant ta sainte
âme se parti de ton corps sans doubte et sans paour et fut portée
présens les anges et archanges et en chantant présentée à ton glorieux
filz et receue et hébergée en la joie pardurable, je te prie que tu
me secoures et me viengnes au devant en icelle heure qui tant fait à
doubter. Quant la mort me sera si près, dame, soies à m’âme confort
et refuge et entens curieusement à la garder, si que les ennemis très
crueux d’enfer qui tant sont horribles à veoir ne me puissent mettre
au devant les péchiés que j’ay fais, mais iceulx soient premièrement à
ta prière à moy pardonnés et effaciés par ton benoit enfant, et soit
mon âme par toy, très doulce dame, présentée à ton benoit fils et à
ta prière mise à la possession du repos pardurable et de la joie qui
jamais ne fauldra! Amen.
Ces oroisons povez-vous dire à matines, ou à vostre esveillier du
matin, ou à l’un et à l’autre, en vous levant et vestant, et après
vostre vestir, tout est bien, et que ce soit à jeun et avant toute
autre besongne. Mais pour ce que j’ay dit en vous vestant, je vueil
en cest endroit un petit parler de vestemens. Sur quoy, chère
seur, sachiez que se vous voulez ouvrer de mon conseil, vous aurez
grant regard et grant advis aux facultés et puissances de vous et
de moy selon l’estat de vos parens et des miens entour qui vous
aurez à fréquenter et repairier chascun jour. Gardez que vous soiez
honnestement vestue, sans induire nouvelles devises et sans trop ou pou
de bouban. Et avant que vous partiez de vostre chambre ou ostel aiez
paravant avisé que le colet de vostre chemise, de vostre blanchet ou
de vostre coste ou surcot[107] ne saillent l’un sur l’autre, comme il
est d’aucunes yvrongnes, foles ou non sachans qui ne tiennent compte de
leur honneur ne de l’onnesteté de leur estat ne de leurs maris, et vont
les yeulx ouvers, la teste espoventablement levée comme un lyon, leurs
cheveulx saillans hors de leurs coiffes, et les colez de leurs chemises
et cottes l’un sur l’autre et marchent hommassement et se maintiennent
laidement devant la gent sans en avoir honte. Et quant l’en leur en
parle, elles s’excusent sur diligence et humilité et dient qu’ils
sont si diligens, labourieuses et si humaines qu’elles ne tiennent
compte d’elles, mais elles mentent: elles tiennent bien si grant
compte d’elles que s’elles estoient en une compaignie d’onneur, elles
ne vouldroient mie estre moins servies que les sages leurs pareilles
en lignaige, ne avoir moins des salutacions, des inclinacions, des
réverences et du hault parler que les autres, mais plus, et si n’en
sont pas dignes quant elles ne scevent garder l’onnesteté de l’estat,
non mie seulement d’elles, mais au moins de leurs maris et de leur
lignaige à qui elles font vergongne. Gardez donc, belle seur, que vos
cheveulx, vostre coiffe, vostre cueuvrechief et vostre chapperon[108]
et le surplus de vos atours soient bien arengéement et simplement
ordenés et telement que aucuns de ceulx qui vous verront ne s’en
puissent rire ne moquer, mais doit-l’en faire de vous exemple de bon
arroy, de simplesse et de honnesteté à toutes les autres; et ce vous
doit souffire quant à ce premier article.
LE SECOND ARTICLE.
Le second article dit que à l’aler en ville ou au moustier vous
accompaigniez convenablement selon vostre estat et par espécial avec
preudes femmes et fuiez compaignie souspeçonneuse et jamais femme
souspeçonneuse ne approchiez, ne ne souffrez en vostre compaignie; et
en alant ayant la teste droite, les paupières basses et arrestées et
la veue droit devant vous quatre toises et bas à terre, sans regarder
ou espandre vostre regard à homme ne à femme qui soit à destre ou à
senestre, ne regarder hault, ne vostre regard changer en divers lieux
muablement, ne rire, ne arrester à parler à aucun sur les rues. Et
se vous estes venue à l’église, eslisez un lieu secret et solitaire
devant un bel autel ou bel ymaige, et illec prenez place et vous y
arrestez sans changer divers lieux, ne aler çà ne là[109], et aiez la
teste droite et les bolièvres tousjours mouvans en disant oroisons ou
prières. Aiez aussi continuellement vostre regart sur vostre livre ou
au visaige de l’imaige sans regarder homme ne femme, peinture ne autre
chose, et sans papelardie ou fiction, ayez le cuer au ciel et aourez
de tout vostre cuer; et en faisant ainsi oyez messe chascun jour et
vous confessez souvent; et s’ainsi le faites et persévérez, honneur
vous sourdra et tout bien vous vendra. Et ce que dit est dessus doit
souffire quant à ce commencement, car les bonnes preudes femmes entour
qui vous repairerez, les bons exemples que vous prendrez à elles tant
par leurs fais comme par leur doctrine, les bons vieulz prestres saiges
et preudomes à qui vous vous confesserez et le bon sens naturel que
Dieu vous a donné vous attraira et donra le remenant quant à ce second
article.
LE TIERS ARTICLE.
Le tiers article dit que vous devez amer Dieu et vous tenir en sa
grâce. Sur quoy je vous conseille que incontinent et toutes oeuvres
laissées, vous vous désistez de boire ou mangier à nuit ou vespre, se
très petit non, et vous ostez de toutes pensées terriennes et mondaines
et vous mettez et tenez alant et venant en un lieu secret, solitaire
et loing de gens et ne pensez à riens fors à demain bien matin oïr
vostre messe, et après ce rendre compte à vostre confesseur de tous vos
péchiés par bonne, meure et attrempée confession. Et pour ce que ces
deux choses d’oïr messe et de confession sont aucunement différans,
nous parlerons premièrement de la messe et secondement de la confession.
Et quant est de la messe, chère seur, sachiez que la messe a plusieurs
dignités en drois estas ou degrés dont il nous convient parler et vous
esclarcir. Et premièrement, après ce que le prestre est revestu et
dit son _Confiteor_ et mis en bon estat, il commence sa messe: et ce
appelle-l’en _l’Introite_ de la messe; c’est le commencement ou entrée
de la messe, ouquel endroit doit lors chascun homs et chascune femme
refraindre ses pensées endroit lui et qu’il ne pense à chose mondaine
qu’il ait oncques mais veue ne oye, car quant li homs ou la femme est
au moustier pour oïr le service divin, son cuer ne doit mie estre en
sa maison ne ès champs, ne ès autres choses mondaines et si ne doit
mie penser ès choses temporelles, mais à Dieu proprement, seulement
et nuement, et à lui prier dévotement. Après _l’Introïte_ chantée ou
dicte, l’en dit par neuf fois: _Kirie eleison, Christe eleison_, en
signifiance qu’il y a en paradis neuf paires d’anges que l’en dit
_gérarchies_, et de chascune paire ou gérarchie viennent à celle messe
une quantité et non mie toute l’ordre, mais de chascune une partie. Si
doit chascun prier à ces sains anges qu’ils prient pour lui à Nostre
Seigneur, en disant: O vous, sains anges, qui descendez de la gloire
au Sauveur, pour lui ministrer et servir en terre, priez lui qu’il nous
pardonne nos péchiés et nous envoie sa grâce.
Après, dit-on _Gloria in excelsis Deo_; lors doit-on louer doulcement
Nostre Seigneur en disant: Très doulx Dieu, glorieux et honnourés
soiez-vous, loés soiez-vous, benoit soiez-vous, adourés soiez-vous,
etc. Après dit-on les oroisons des Sains et de Nostre Dame. Si doit-on
prier à la très doulce mère Dieu et aux Sains qu’ils prient pour
nous, en disant: Très glorieuse mère Dieu qui estes moienne entre
vostre doulz fils et les pécheurs repentans, priez pour moy à vostre
enfant, et vous, benois Sains de qui on fait mémoire, aidiez moy et
priez avec la dame des anges que Dieu par sa grâce me pardoint mes
forfais et enlumine mon cuer de sa grâce. Après ce, dit-on l’_Épitre_
qui est ainsi comme donner remembrance que un messaige vient qui
apporte lettres faisans mencion que le sire de tout le monde viendra
prouchainement. Après ce chante-l’en le _grée_[110] ou l’_alléluye_
ou le _traict_ en karesme et dit-on la _séquence_: c’est démonstrance
que ce sont les ménestriers qui viennent devant et monstrent que le
Seigneur est jà sur le chemin, et qui cornent pour resjoïr les cuers de
ceulx qui attendent et ont espérance en la venue du souverain Seigneur.
Après lit-on l’_Euvangille_; c’est adonc la plus vraie et prouchaine
messaigerie: car ce sont les bannières, les pannons et l’estendart qui
monstrent certainement que adoncques le Seigneur est près, et lors
se doit chascun taire et soy tenir droit, mettre s’entente à oïr et
retenir ce que l’Euvangille dit, car ce sont les propres paroles que
Nostre Seigneur dist de sa bouche et lesquelles paroles nous enseignent
à vivre, se nous voulons estre de la mesnie à icellui souverain
Seigneur. Et pour ce doit estre chascun curieux et ententif à oïr
icelles paroles de l’Euvangille et à icelles retenir. Après fait-on
l’offrande en laquelle on doit offrir en la main du prestre aucune
chose en signifiance que l’en offre son cuer à Dieu, en disant: Sainte
Trinité, recevez mon cuer que je vous offre: si le faites riche de
vostre grâce. Et en ce disant doit-l’en bailler son offrande. Après ce,
quant le prestre se retourne de l’autel il dit que l’en prie pour lui:
si en doit-l’en diligemment prier, car il entre en nos besongnes et
fait oroisons pour nous.
Après ce, dit le prestre: _Per omnia secula seculorum_: Et puis:
_Sursum corda_. C’est à dire: levez vos cuers à Dieu. Et le clerc et
les autres respondent: _Habemus ad Dominum_: nous les avons à Nostre
Seigneur. Dont doit-l’en appareillier et avoir son oeil au prestre.
Après ce, chante-l’en la louenge des anges, c’est assavoir: _Sanctus,
sanctus, sanctus_. Dont descendent les anges pour appareillier,
avironner et garder la table sur laquelle Dieu descendra et par
son seul regard repaistra ses amis et adonc entend-l’en à veoir
sa venue et se doit-l’en appareillier ainsi comme bons amoureux
subgiez s’appareillent quant le Roy entre en sa cité, et le doit-l’en
amoureusement et en grant joie de cuer regarder et recevoir, et en le
regardant regracier sa venue et luy donner louenges et salus, et en
pensée et à basse voix lui faire ses requestes pour obtenir rémissions
et pardons des meffais passés; car il vient çà bas pour trois choses:
l’une, pour tout pardonner, se nous en sommes dignes; la deuxiesme pour
nous donner sa grâce, se nous le savons requérir; la tierce pour nous
retraire du chemin d’enfer.
Après est la _Paternostre_ qui nous enseigne que nous le devons
appeller père et lui prier qu’il nous pardonne nos meffais ainsi comme
nous pardonnons à nos malfaiteurs les leurs, et aussi lui prions qu’il
ne nous laisse point péchier ne estre temptés, mais nous délivre de
mal; _amen_. Après on dit _Agnus Dei_ par trois fois et prie-l’en à
Dieu qu’il ait mercy de nous et qu’il nous donne paix; qui peut estre
entendu paix entre le corps et l’âme, que le corps soit obéissant à
l’âme: ou paix entre nous et nos adversaires; et pour ce prent-l’en
la paix. Après chante-l’en le _post-communion_ et alors on doit dire
et déprier Nostre Seigneur qu’il ne se vueille mie retraire de nous,
ne nous laissier comme orphelins et sans père. Après dit-l’en les
derrenières oroisons et adonc se doit-on retraire et recommander à
la benoite vierge Marie et à elle requerre qu’elle vueille déprier
son benoit chier enfant qu’il vueille demourer avec nous. Et quant
tout est dit et achevé et le prestre dévestu, adonc doit-l’en icellui
Seigneur remercier de ce qu’il nous a donné sens et entendement d’avoir
oy sa benoite messe et veu son benoit sacrement qui donne remembrance
de sa benoite nativité et de sa benoite passion et de sa benoite
résurrection, et luy requérir qu’en persévérant au surplus, il nous
doint vraye et parfaicte rémission. Et adoncques, chère seur, vous
mettez toute seule, les yeux enclins à la terre, le cuer au ciel,
pensez de tout vostre cuer très ententivement et cordialment à tous
vos péchiés pour vous en deschargier et délivrer à celle heure. Mais
pour vous adviser dès maintenant comment ce sera fait adonc, je vous en
traicteray un petit selon se que j’en sçay et croy.