OBSERVATIONS

L'importance des offenses est assez difficile à établir.

L'offense est telle qu'on la sent, et on la sent de mille manières

différentes; cela dépend de l'éducation, du milieu social dans lequel

on vit encore.

Ainsi, chez un tel, une grossièreté passera complètement inaperçue;

chez tel autre, une parole vive, une contradiction paraîtront une

offense. Celui-ci regardera comme une insulte ce qui n'est tout au

plus qu'une impolitesse. Celui-là au contraire, ayant frappé son

interlocuteur au visage, prétend qu'il n'a donné que la représaille

d'une grave insulte, et revendiquera le droit de _l'offensé_!

Dans une discussion irritante ayant amené une succession d'injures

réciproques, tel homme à esprit très conciliant, prétendra que le

solde débiteur et le solde créditeur, se balançant chez les deux

adversaires, ils ne se doivent rien l'un à l'autre, et qu'ils n'ont en

conséquence qu'à se serrer la main sans plus!

Dans tout autre milieu le même incident provoque une solution bien

différente.

Il y est _soutenu_ et _admis_, qu'une semblable discussion faisant

litière des convenances usitées dans la bonne compagnie, devient

nuisible à la considération des deux adversaires et qu'en conséquence,

pour donner satisfaction à leur honneur réciproque, une rencontre

sérieuse est de toute nécessité.

Nous avons donc cru devoir distinguer plusieurs degrés dans

l'_offense_, pour servir de jalons principaux aux appréciations des

témoins, car il fallait nécessairement distinguer au moins les

offenses simples, l'injure grave qui attaque la délicatesse et

l'honneur, et enfin, l'insulte la plus grave de toutes, la voie de

fait, principalement un coup frappé au visage.

La représentation nationale est inviolable; sans nul doute la tribune

comporte toute liberté pour traiter des grands intérêts de l'Etat.

Mais ce droit absolu et incontestable de discussion ne saurait

autoriser des représentants à compromettre la dignité de la tribune et

leur dignité personnelle en injuriant des collègues qui soutiennent

des opinions différentes des leurs, ou bien en critiquant d'une

manière insultante des fonctionnaires ou d'autres citoyens. Les

offenses ou attaques contre l'honorabilité lancées du haut de la

tribune nationale, ont par cela même un grand retentissement, et ne

peuvent manquer d'être ressenties plus vivement par ceux qui en sont

l'objet.

Dans une séance récente du Sénat, M. Jules Simon prononçait ces

paroles:

«Messieurs, il serait bon d'habituer le pays à comprendre qu'on peut

ne pas siéger sur les mêmes bancs et avoir les uns pour les autres,

estime et considération.» (_Applaudissements unanimes._)

Dans un Etat régi par les institutions libérales, la presse est libre.

Cette liberté a pour but d'éclairer et d'instruire les populations par

une discussion approfondie des intérêts religieux, moraux et matériels

de la société. Comprise ainsi, la presse est un véritable sacerdoce.

Livrée à la licence des passions, la presse devient un poignard

effilé, l'arme la plus dangereuse donnée à la méchanceté pour insulter

les personnes et les familles. Les blessures de la presse sont

d'autant plus dangereuses, qu'elles s'étendent par le fait d'une

publicité que l'on ne peut ni arrêter, ni circonscrire, ce qui rend la

réparation de ces offenses très difficile et même presque impossible à

obtenir.

Il arrive quelquefois, assez rarement cependant, que des personnes,

dans le but d'éviter toute collision scandaleuse de nature à provoquer

des conséquences sociales et judiciaires, répondent à une insulte par

ces seuls mots:

«Monsieur! tenez-vous pour souffleté!» Ce soufflet _verbal_ n'équivaut

pas absolument au soufflet réel et consommé, mais il lui est uni par

une parenté tellement étroite, qu'il occupe la droite des injures

graves classées dans la deuxième catégorie.

Cette sorte d'insulte demande une provocation immédiate, et, ensuite,

l'envoi des témoins dans les délais prescrits.

L'affaire peut encore s'arranger, mais avec des conditions plus

sérieuses dans la réparation. La difficulté d'obtenir cette réparation

rend le plus souvent la rencontre inévitable.

Nous n'ignorons pas la vieille plaisanterie faite à ce sujet:

Deux Gascons s'étant pris de querelle, l'un d'eux dit à son

antagoniste: «Monsieur! tenez-vous pour souffleté!»

L'autre réplique: «Monsieur! Je vous donne un coup d'épée, tenez-vous

pour mort!»

Cette gasconnade peut être goûtée, peut même avoir du sel auprès de

certaines personnes pour lesquelles nous n'écrivons pas...

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 47 / 208 题