M. de B... aida à transporter M. de D... dans sa voiture.

Nous partageons entièrement l'avis de M. Colombey et de son

correspondant: ce duel autorisé légalement, nous offre une

réminiscence du moyen âge, sauf la fin de ce drame émouvant, qui

reflète les mœurs douces et courtoises, chevaleresques de la société

de nos jours.

Si les parties entendent procéder au duel sans s'adresser à la cour

d'honneur, ou bien, si, la cause étant pendante vis-à-vis cette cour,

les parties se mettent en devoir de passer outre, sans attendre la

décision, le conseil d'honneur a le droit de se rendre sur les lieux,

de chercher à les accommoder et, faute de pouvoir y réussir, de

réglementer les conditions du duel, d'y assister, non sans avoir

averti les champions des peines portées contre le duel.

Le conseil de guerre informé, instruit l'affaire et applique des

peines suivant les circonstances. Dans aucun cas les conseils ne

prononcent la peine capitale, même en cas de déloyauté ou de violation

des conditions du duel ayant entraîné la mort de l'un des combattants.

Dans certains cas de peu de gravité, et quand tout s'est passé

honorablement, les délinquants sont renvoyés à la punition

disciplinaire des chefs de corps.

Dans une circonstance, le tribunal d'honneur ayant condamné

l'offensant à faire des excuses, et ce dernier ayant obéi, l'offensé

ne se tint pas pour satisfait, exigea le duel et tua son adversaire.

Le conseil d'honneur avait assisté au duel comme plus haut, et

pourtant le survivant fut puni pour meurtre.

Nous respectons la loi générale de l'Etat qui défend le duel. Nous

n'accordons à ce dernier qu'une tolérance de fait, circonscrite dans

les limites tracées par l'opinion, nous ne saurions donc admettre, en

regard de la loi, une institution gouvernementale ayant le pouvoir

d'autoriser le duel, d'en régler la condition, d'y assister

publiquement avec la protection de la force armée, ou même simplement

d'ordonner des excuses ou réparations lésant la liberté d'autrui.

L'utile institution des tribunaux d'honneur doit avoir pour but, en

matière de querelles ou duels, 1º de définir _en principe_ les

questions du point d'honneur et de réglementation des rencontres; 2º

de donner leur avis sur les affaires qui leur sont soumises

_librement_ par les parties ou par leurs témoins, ces derniers

trouvant dans ces avis une base sûre et efficace pour les diriger dans

l'accomplissement de leur importants devoirs.

Leur ingérence ne doit par aller plus loin.

L'intervention du commandement et du tribunal d'honneur nous paraît

dangereuse lorsqu'elle s'impose dès le principe d'une affaire. Après

les faits accomplis, rien de plus juste que le tribunal d'honneur, le

cas échéant, examine l'affaire pour s'assurer que tout a été réglé

suivant les lois de l'honneur et les convenances particulières à

l'ordre des officiers.

Peut-être avons-nous donné une trop grande extension à notre exposé

analytique sur la législation prussienne; nos motifs sont faciles à

comprendre.

En France, et nous ne demandons pas de brevet d'invention pour le

répéter, nous nous laissons facilement entraîner par deux courants

opposés.

Le plus fort, le chauvinisme ou l'admiration pour nous-mêmes, nous

persuade et nous induit trop souvent à proclamer (cela coûte cher!)

que nous n'avons rien à apprendre de l'étranger. L'autre courant qui

devient plus ou moins envahissant, suivant les passions du moment,

nous persuade au contraire que nous pouvons prendre sans examen les

institutions étrangères. Tour à tour, nous sacrifions à l'anglomanie

aux institutions américaines, aujourd'hui à la prussomanie, quitte à

passer plus tard à un autre engouement.

Nous ne nous laissons entraîner par aucun de ces deux systèmes. Nous

aimons les études comparatives sur les institutions étrangères, car

l'expérience nous en démontre journellement, et quelquefois à nos

dépens, l'utilité comme la nécessité. Mais un examen sérieux et

approfondi tenant compte de nos institutions, de nos mœurs, de notre

caractère national, de nos traditions, sous le double point de vue de

l'économie politique et militaire, nous paraît devoir s'imposer

péremptoirement, avant d'en demander l'introduction totale ou

partielle dans notre pays.

Cette pensée nous a guidé en soulignant quelques passages dignes de

remarques.

§ 7.--RUSSIE

La législation russe concernant le duel se résume ainsi:

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 35 / 208 题