RIVALITÉ A GAND DES FAMILLES DE JEAN YOENS ET DE GILBERT
MAHIEU.--_1379, fin de mai._ LE COMTE DE FLANDRE AUTORISE
LES BRUGEOIS A FAIRE DÉRIVER DE LA LYS UN CANAL D’EAU
DOUCE.--_Août._ LES GANTOIS FORCENT LES BRUGEOIS A
INTERROMPRE LEURS TRAVAUX DE CANALISATION.--_6 septembre._
MEURTRE A GAND DU BAILLI ROGER D’AUTERIVE.--_8 septembre._
INCENDIE DU CHATEAU DE WONDELGHEM.--MORT DE JEAN YOENS.--_17
septembre._ PRISE D’YPRES PAR LES GANTOIS.--_Mi-octobre._
SIÈGE D’AUDENARDE.--_Novembre._ SIÈGE DE TERMONDE.--_1er
décembre._ PAIX DE ROSNE.--_3 décembre._ LEVÉE DU SIÈGE
D’AUDENARDE (§§ 101 à 122).
C’est l’envie qui poussa les villes de Flandre les unes contre les
autres, et, malgré les efforts du comte, la division se mit entre
elles. P. 158, 159, 322, 323.
Il y avait alors à Gand un homme instruit, hardi et entreprenant, Jean
Yoens[266], que le comte chargea de le débarrasser d’un bourgeois qui
le gênait. Une querelle s’éleva donc entre Jean Yoens et ce bourgeois,
nommé Jean Doncker[267]; le bourgeois fut tué, et Jean Yoens dut se
réfugier à Douai, bien payé par le comte. Le comte fit plus: il obtint
le consentement de la ville de Gand au retour de Jean Yoens, qu’il
nomma doyen des bateliers.
[266] Sur la famille de Jean Yoens, voy. l’édition de Kervyn,
t. IX, p. 530 et t. XXIII, p. 299-301.
[267] Ce bourgeois, dont le nom défiguré n’est donné que par
les manuscrits de la _Chronique de Flandre_, avait été échevin
de Gand en 1338 et 1342 (Kervyn, t. XXI, p. 103): il avait été
tué antérieurement à 1352, car à cette date intervient entre
Jean Yoens et la famille Doncker un contrat de paix à partie
(_Ibid._, XXIII, p. 301).
Une autre famille existait à Gand, les Mahieu[268], composée de sept
frères, dont l’un, Gilbert, jalousait Jean Yoens et ne cherchait qu’à
le supplanter dans les bonnes grâces du comte.
[268] Sur la famille Mahieu, voy. Kervyn, t. IX, p. 529-530 et
t. XXII, p. 132.
D’autre part, une même haine existait à Damme[269] entre les familles
de deux riches bateliers, les Jean Pied et les Jean Bard, dont les
uns étaient du parti de Gilbert Mahieu et les autres de celui de Jean
Yoens. Pour perdre Jean Yoens, Gilbert fit savoir au comte, qui aimait
l’argent, qu’il ne tenait qu’à Jean Yoens qu’on pût établir un droit
sur les bateliers, ce qui serait grand profit pour lui. Jean Yoens
appelé ne trouva pas la chose faisable, et tous les bateliers réunis,
parmi eux les Mahieu, furent de son avis. P. 159 à 163, 323, 324.
[269] Belgique, prov. de Flandre occidentale, au nord de Bruges.
Le comte, furieux de voir lui échapper un profit de six ou sept mille
florins, nomma Gilbert Mahieu doyen des bateliers à la place de Jean
Yoens; et les bateliers n’osèrent pas refuser de payer la redevance au
comte. Gilbert accablait de présents l’entourage du comte et ne donnait
pas à Jean Yoens tout ce qui lui revenait de son gain de batellerie.
Jean Yoens se taisait et attendait. Et Étienne, l’un des frères Mahieu,
n’augurant rien de bon de cette attitude, se demandait s’il ne vaudrait
pas mieux dès lors se débarrasser de leur ennemi.
Les choses en sont là, quand les Brugeois, du consentement du comte,
réveillent une vieille querelle en se mettant à creuser un canal entre
la Lys et la Reye, pour détourner à leur profit les bateaux venant de
l’Artois[270]. C’était la ruine pour Gand. «Ah! disent les Gantois,
cela ne se passerait pas ainsi, si Jean Yoens était encore doyen
des bateliers!» Poussés par le récit d’une femme qui en revenant du
pèlerinage de Boulogne-sur-Mer avait vu les travaux des Brugeois, les
Gantois s’adressent à Jean Yoens pour lui demander conseil. Celui-ci
les invite alors à rétablir la vieille association des _chaperons
blancs_. La chose se fait, Jean Yoens est élu chef[271] des _chaperons
blancs_; et sa bande, forte de plus de 500 hommes, s’apprête à courir
sus aux Brugeois. P. 163 à 167, 324.
[270] C’est le comte lui-même qui provoqua le dissentiment
entre Gand et Bruges; il était venu à Gand après la Pentecôte
(29 mai) de 1379 pour assister à un tournoi. Ayant besoin
d’argent, il demanda à établir une taxe qui, par l’intervention
d’un nommé Gossuin Mulaert, ne lui fut pas accordée. Les
habitants de Bruges au contraire se hâtèrent de fournir de
l’argent au comte, qui leur permit de creuser un canal entre
leur ville et Deynse, pour leur apporter l’eau douce dont ils
manquaient (J. Meyer, _Annales rerum Flandricarum_, Anvers,
1561, fol. 170 vº). La révolte contre le comte eut lieu, nous
dit la _Chronographia_ (t. II, p. 373), «quia impositiones
et subsidia colligere et malas consuetudines in Flandria
volebat inducere».
[271] Jean Yoens prit comme lieutenants Gossuin Mulaert, Arnoul
Declercq et Simon Colpaert (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 170 vº).
Les Mahieu regrettent alors de n’avoir pas écouté l’avis d’Étienne.
Quant à Jean Yoens, il part avec ses _chaperons blancs_ pour Deynse,
mais revient bientôt sans avoir trouvé les Brugeois, qui s’étaient
enfuis[272]. Ils restent à Gand et se tiennent prêts aux événements. P.
167, 168, 324, 325.
[272] J. Meyer dit au contraire que quelques Brugeois furent
tués.
Les Gantois avaient un nouveau sujet de plainte contre le comte,
qu’ils accusaient de porter atteinte à leurs franchises, en tenant en
prison à Eecloo[273] un meunier, bourgeois de Gand, que le bailli,
Roger d’Auterive, refusait de rendre sans le consentement du comte.
Les _chaperons blancs_ profitaient des circonstances pour se montrer
partout et se rendre indispensables. P. 168 à 170, 325.
[273] Belgique, prov. de Flandre orientale.
Les Gantois commencent à murmurer, et Jean Yoens augmente leur
mécontentement en leur faisant remarquer que non seulement les
franchises de Gand sont atteintes, mais aussi son commerce, car les
gens de Douai et de Lille ne veulent plus y venir depuis qu’a été
établie la nouvelle redevance des bateliers. Jean Yoens se défend de
vouloir diminuer en rien le patrimoine du comte, mais il lui semble
qu’il serait bon d’envoyer une ambassade relative à l’emprisonnement du
meunier[274] et aussi aux travaux de canalisation des Brugeois, qui,
dit-on, auraient promis au comte dix à douze mille florins par an pour
avoir son acquiescement. P. 170 à 173, 325, 326.
[274] Les Gantois réclamaient aussi un autre prisonnier, un
_chaperon blanc_, que son attitude provocante avait fait
arrêter (J. Meyer, _ibid._).
Les messagers partent pour Male[275], et parmi eux Gilbert Mahieu; ils
reviennent bientôt, ayant gain de cause: le bourgeois d’Eecloo leur
sera rendu, les Brugeois ne creuseront plus leur canal et combleront
même ce qui a déjà été creusé, le tout à condition que les _chaperons
blancs_ seront dissous[276]. Jean Yoens démontre alors au peuple que
c’en est fait des franchises de Gand, si l’on accepte les conditions du
comte; et, craignant lui-même quelque surprise de la part des Mahieu,
il donne l’ordre à ses gens de veiller et de se tenir sur leur garde.
P. 173 à 175, 326.
[275] Château près de Bruges.
[276] Le comte promettait la libération des deux prisonniers et
s’engageait de plus à abolir l’impôt des bateliers (J. Meyer,
_loc. cit._, fol. 171 rº).
Peu de temps après, le bailli de Gand, Roger d’Auterive, arrive à
Gand avec 200 chevaux pour exécuter les ordres du comte. Il s’avance
jusqu’au marché du vendredi, la bannière du comte à la main, escorté de
Gilbert Mahieu et de tous les siens. On devait saisir Jean Yoens et six
ou sept de ses gens et leur couper la tête. Jean Yoens, qui se doutait
de la chose, avait rassemblé chez lui 400 _chaperons blancs_. Il marche
alors au milieu d’une troupe qui grossit jusqu’au marché. A sa vue les
Mahieu s’enfuient, et en peu de temps le bailli est saisi et tué[277];
la bannière du comte est mise en pièces et foulée aux pieds. Les gens
du comte à leur tour prennent la fuite. P. 175 à 177, 326, 327.
[277] Roger d’Auterive fut tué sur le Cauter, le 6 ou le 8
septembre 1379, d’après la _Chronique rimée_, p. p. Le Glay (p.
27 et 29, note 1), le lundi 5, d’après J. Meyer.
Les Mahieu cependant quittent la ville, y laissant leurs femmes et
leurs biens, et se réfugient auprès du comte de Flandre, et lui
apportent ces nouvelles qui l’irritent.
Les _chaperons blancs_, maîtres de Gand, donnent la chasse aux
partisans des Mahieu, et font la loi à tous, secrètement soutenus,
disait-on, par les échevins et de puissants personnages de la ville,
car autrement l’audace d’une telle canaille eût été inexplicable. Roger
d’Auterive fut enseveli dans l’église des Frères Mineurs de Gand. P.
177 à 179, 327.
Les gens sages de Gand regrettaient cependant ce qui s’était passé,
mais nul n’osait se mettre en avant pour proposer une réparation au
comte. Jean de la Faucille lui-même, renommé pour sa sagesse, avait
quitté la ville pour ne pas se compromettre, et attendait les nouvelles
à sa maison de campagne. P. 179, 180, 328.
Enfin les notables de la ville se joignent à Jean Yoens et à ses
principaux chefs, et décident d’envoyer au comte dix d’entre eux pour
lui demander pardon du meurtre de son bailli. Jean Yoens, ne pouvant
faire autrement, approuve le projet; et les douze bourgeois arrivent à
Male, où ils trouvent le comte fort irrité et ont bien de la peine à
obtenir la grâce de la ville, moyennant une amende. P. 180 à 182, 328.
Jean Yoens, resté à Gand, comprenait bien que si le comte pardonnait,
c’en était fait de lui; aussi résout-il de l’irriter au point de
refuser tout arrangement. Sous prétexte de passer une revue des
_chaperons blancs_, il emmène toute son armée, plus de six mille
hommes, dans la campagne, près du château de Wondelghem[278],
appartenant au comte. On entre dans le château pour le visiter; bientôt
on le pille, finalement le feu prend... par aventure. «Rien à faire,
dit Jean Yoens; du reste, c’était pour nous dangereux voisinage[279]!»
On rentre à Gand, où les habitants voient encore une fois disparaître
l’espérance qu’ils avaient de faire la paix avec le comte. P. 182 à
185, 328, 329.
[278] Château près de Gand, aujourd’hui localité assez
importante.
[279] Le château fut brûlé le 8 septembre 1379, le jour de la
Nativité de Notre-Dame (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 rº).
Le comte, fort irrité de ce nouvel attentat de Jean Yoens, fait venir
les douze bourgeois de Gand et leur jure qu’il n’y aura pas de paix
entre lui et leur ville, tant que les coupables n’auront pas été
châtiés, et cela en dépit de toutes leurs excuses. Les bourgeois
rentrent à Gand, porteurs de ces mauvaises nouvelles, tandis que le
comte se rend à Lille et, rassemblant sa noblesse de Flandre, lui
demande aide et secours pour se venger. P. 185, 186, 329.
Heureux d’avoir provoqué la guerre, Jean Yoens s’occupe des alliances
des Gantois, «L’amitié de Grammont[280] et de Courtrai[281] est sûre;
mais ne serait-il pas bon de s’assurer du concours de Bruges?» Neuf ou
dix mille hommes, choisis par paroisses, partent donc pour Bruges, sous
la conduite de Jean Yoens. On veut parlementer et gagner du temps. Les
Gantois forcent les portes, et Jean Yoens fait son entrée dans la ville
aux côtés du bourgmestre, un bâton blanc à la main. P. 186 à 189, 329,
330.
[280] Belgique, prov. de Flandre orientale.
[281] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
Un traité d’alliance et de bonne amitié est alors signé entre les
villes de Gand et de Bruges; et le calme le plus grand et l’union la
plus complète règnent entre les deux partis.
Au bout de trois jours, les Gantois se rendent à Damme, où ils sont
bien accueillis. Tout à coup Jean Yoens tombe malade à la suite d’un
souper: on parle d’empoisonnement, mais on ne sait rien de positif
à cet égard. Transporté de nuit à Ardembourg[282], Jean Yoens y
meurt[283], au grand désespoir des Gantois. P. 189, 190, 330.
[282] Aardenburg, Pays-Bas, prov. de Zélande.
[283] «Lectica portatus Rodenburgum _seu, quando variant,
Ecloniam_, ibi moritur» (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171
vº).
Le corps, transporté à Gand, est enseveli dans l’église Saint-Nicolas.
Cette mort ne brise pas l’alliance de Bruges et de Gand (car les
Gantois ont de bons otages leur répondant de la fidélité de leurs
alliés), mais elle réjouit fort le parti Mahieu et aussi le comte de
Flandre, qui envoie à Ypres de nombreux chevaliers de Lille et de
Douai, pour venir à bout promptement des Gantois. Ceux-ci nomment de
leur côté quatre capitaines: Jean Pruneel, Guillaume Boele, Rasse
d’Herzeele et Pierre du Bois[284], qui, à la tête de douze cents
hommes marchent sur Courtrai[285]. La ville leur fait bon accueil. Au
bout de trois jours, marche sur Thourout[286]; mais en chemin, une
avant-garde de trois à quatre mille hommes s’avance jusqu’à Ypres[287].
En vain les chevaliers et, au premier rang, Henri d’Antoing,
veulent défendre la ville; en vain messires de Roubaix et Houart
de la Houarderie[288] se font tuer: le peuple ouvre les portes aux
Gantois[289], qui, comme ils l’ont déjà fait pour les autres villes,
signent un traité, demandent des otages, puis retournent à Gand en
passant par Courtrai. P. 191 à 194, 330, 331.
[284] Sur les familles de ces quatre personnages, qui figurent
dans des Comptes municipaux, voy. les renseignements qu’a
rassemblés M. Kervyn, t. XX, p. 340-341, 362-365; t. XXI, p.
549-550, et t. XXII, p. 390-391. Les familles Boele et Herzeele
figurent à l’armorial des nobles _Poorters_ de Gand de 1524 (J.
Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, entre
les p. 184 et 185).
[285] D’après la _Chronique rimée_ (p. 30), c’est le 11
septembre 1379 qu’eut lieu la marche sur Courtrai.
[286] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[287] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[288] Sur ce nom, voy. Kervyn, t. XXI, p. 568-570. Un Thomas et
un Robert de la Houarderie figurent dans J. Meyer.
[289] La prise d’Ypres eut lieu le samedi (17 septembre 1379),
d’après la _Chronique rimée_ (p. 31).
Mécontent d’apprendre la reddition d’Ypres et craignant quelque
surprise des Gantois sur Audenarde, qui leur livrerait le cours de
l’Escaut, le comte, qui se tient à Lille, se hâte de garnir cette ville
et d’y envoyer de nombreux chevaliers et écuyers de Flandre, de Hainaut
et d’Artois. Les capitaines de Gand à cette nouvelle partent pour faire
le siège d’Audenarde[290]; ils sont bientôt rejoints[291] par leurs
alliés de Bruges, d’Ypres, de Poperinghe[292], de Messines[293], du
Franc de Bruges[294], de Grammont: en tout plus de cent mille hommes.
Le comte se jette dans Termonde[295], où il retrouve de nombreux
chevaliers d’Allemagne, de Gueldre et de Brabant, et parmi eux son
cousin, Thierri, comte de Berg[296]. P. 194, 195, 331.
[290] Belgique, prov. de Flandre orientale.--Le duc n’avait
plus en son obéissance dans toute la Flandre de langue flamande
que Audenarde, Alost et Termonde (J. Meyer, _loc. cit._, fol.
171 vº).
[291] Vers le milieu d’octobre (J. Meyer, _loc. cit._). Ce
siège fut le signal d’une levée générale de 100 000 hommes des
milices flamandes (Kervyn de Lettenhove, _Histoire de Flandre_,
t. III, p. 438).
[292] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[293] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[294] Châtellenie s’étendant sur le territoire des environs de
Bruges, et dont l’administration, bien que distincte de celle
de Bruges, était fixée dans la ville même.
[295] Belgique, prov. de Flandre orientale.
[296] Froissart le nomme duc des Monts.
Le siège d’Audenarde dura longtemps avec ses assauts et ses
escarmouches[297]. La ville comptait bien huit cents lances, chevaliers
et écuyers[298]. C’étaient, venant de Flandre, Jean de Ghistelles[299],
les seigneurs de Villers et d’Escornay[300]; venant de Hainaut, Gautier
d’Enghien[301], Hugues d’Antoing[302], le seigneur de Briffeuil, le
seigneur de Lens, Jean de Gommegnies, les trois frères Jean, Daniel
et Josse d’Halewin[303], le seigneur d’Estaimbourg[304], Gérard de
Marquillies, Eustache et Rasse de Montigny, d’autres encore: en tout
cent cinq, qui faisaient bonne garde. Après avoir mis à l’abri dans les
églises les femmes et les enfants, ils avaient recouvert les toits de
terre pour résister au feu lancé par les Flamands. P. 195, 196, 331,
332.
[297] D’après la _Chronique rimée_ (p. 47) le siège d’Audenarde
dura sept semaines.
[298] Les noms cités par J. Meyer sont beaucoup plus nombreux
que ceux donnés par Froissart.
[299] Dans Meyer (_loc. cit._, fol. 172 vº) un Gui de
Ghistelles est fait chevalier pendant le siège d’Audenarde.
[300] Les seigneurs de Villers et d’Escornay sont mentionnés
dans la _Chronique rimée_ (p. 46) comme ayant reçu pour la
délivrance des villes assiégées, le premier 518 l., 4 s., et le
second 919 l., 18 s.
[301] Gauthier d’Enghien était arrivé à sa majorité au
commencement de l’année 1377, et par un acte du 3 février
avait ratifié le traité de paix conclu entre ses oncles et le
duc Albert de Bavière (_Chr. belges, Cartul. des comtes de
Hainaut_, t. II, p. 254-255).
[302] Hugues d’Antoing reçoit, d’après la _Chronique rimée_ (p.
46), 2810 l., 8 d.
[303] Outre ces trois Halewin, J. Meyer (_loc. cit._, fol.
172 vº) nomme encore un Olivier, un Gautier, un Tristan et un
Girard Halewin.
[304] Le seigneur d’Estaimbourg est appelé dans Meyer
_Frossardus_ Staimborgius.
Étant devant Audenarde, les Flamands apprennent que le comte est à
Termonde avec le comte de Berg et de nombreux chevaliers; ils se
dirigent de ce côté au nombre de 6000, sous la conduite de Rasse
d’Herzeele, et arrivent à un village situé sur la Dendre[305], à une
petite lieue de Termonde. Passé minuit, ils se remettent en marche,
espérant surprendre la ville; mais ils sont dénoncés par les gens du
pays et reçus par toute la garnison en armes. C’est d’une part le comte
de Flandre, avec Gossuin de Wilde[306], grand bailli de Flandre, Jean
de Gruthuse, Gérard de Rasseghem[307], Philippe De Jonghe, Philippe de
Masmines[308] et autres, tels que Hugues de Rigni[309]; d’autre part
le comte de Berg, avec Thierri de Brederode[310] et autres; ailleurs
encore Robert d’Assche[311], Jean Vilain et Robert le Maréchal[312].
L’assaut dure longtemps; les blessés sont nombreux; le chevalier
bourguignon Hugues de Rigni est tué. P. 196 à 199, 332.
[305] Rivière qui se jette dans l’Escaut à Termonde.
[306] Gossuin De Wilde était en 1369 receveur de Flandre, avant
d’être grand bailli (Van Duyse et de Busscher, _Invent. anal.
des chartes... de Gand_, nos 431 et autres).
[307] Messire Gérard de Rasseghem appartenait à la maison
du comte de Flandre: au mois de juillet 1379, c’est devant
lui et les maîtres d’hôtel du comte que sont payés les gages
des hommes d’armes envoyés pour la défense des villes (_Chr.
rimée_, p. 46).
[308] Le nom de Philippe de Masmines est cité en 1376 comme
celui d’une des plus anciennes familles commerçantes de Gand
(J. Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, p.
185).
[309] Hugues de Rigni, chevalier bachelier en 1365, avait
accompagné à Romans le duc de Bourgogne, envoyé par le roi
auprès de l’empereur (É. Petit, _Itinéraires_, p. 463); il est
appelé par le duc à Chalon-sur-Saône, où il séjourne avec 7
chevaux du 12 au 17 août 1368 (_Ibid._, p. 478).
[310] Thierri de Brederode est qualifié dans J. Meyer
(_loc. cit._, fol. 172 rº) de «Hollandus præfectus
vigiliarum».
[311] Messire d’Assche reçoit en 1379, d’après la _Chronique
rimée_ (p. 46), 352 l., 12 s.
[312] Sur Jean Vilain et Robert le Maréchal, voy. Kervyn, t.
XXIII, p. 254-255, et t. XXII, p. 86.
A midi passé, Rasse d’Herzeele fait cesser l’assaut et sonner la
retraite. Les Gantois se retirent, et le lendemain retournent au siège
d’Audenarde. Maîtres de la campagne, les Flamands rendent difficile
le ravitaillement de la ville, et le siège se poursuit, coupé par des
assauts et des escarmouches[313], où viennent faire leurs premières
armes les nouveaux chevaliers d’Artois, de Flandre et de Hainaut. P.
199, 200, 332, 333.
[313] Un assaut des plus sérieux fut donné le vendredi 4
novembre (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 172 rº).
La prise de la ville n’était qu’une affaire de temps, pouvant
facilement être affamée; d’autre part le comte de Flandre, ainsi que
sa mère la comtesse Marguerite d’Artois, désirant traiter, la comtesse
Marguerite écrit à Philippe, duc de Bourgogne (qui après la mort du
comte Louis pouvait par sa femme Marguerite réclamer l’héritage de
Flandre), de venir la trouver à Arras, où elle était alors. Il s’y
rend, et avec lui Gui de la Trémoïlle[314], Jean de Vienne, amiral de
France, Gui de Pontallier[315] et d’autres. Le duc, après avoir vu la
comtesse, arrive à Tournai et envoie en parlementaire auprès de l’armée
assiégeante d’Audenarde l’abbé de Saint-Martin[316]. Rendez-vous est
donné au duc entre Tournai et Audenarde, à Rosne[317], où pendant
quinze jours ont lieu les conférences. Les prétentions des Gantois sont
grandes[318]; mais, en présence de l’attitude énergique de la garnison
d’Audenarde et des plaintes de ceux de Bruges, du Franc et d’Ypres
qui redoutent l’approche de l’hiver, ils cèdent. Le duc de Bourgogne
donne à Rosne un banquet où la paix est décidée. Le comte pardonne
sans réserve aucune et doit venir habiter Gand, dont les habitants
s’engagent à lui rebâtir son château de Wondelghem[319]. La paix est
publiée partout, le siège est levé, et le comte licencie ses troupes
pour venir à Lille confirmer ce qui a été fait. P. 200 à 204, 333, 334.
[314] Les archives de la famille de La Trémoïlle ne contiennent
que trois pièces de 1374, 1386 et 1393, relatives à ce
personnage (_Chartrier de Thouars. Documents historiques et
généalogiques_, p. 7-12). Premier chambellan de Philippe le
Hardi, conseiller et chambellan de Charles VI, il épousa Marie
de Sully, fut fait prisonnier à Nicopolis et mourut à Rhodes en
1397.
[315] Nommé maréchal de Bourgogne aux gages de 300 livres, le
30 décembre 1364 (_Arch. de la Côte-d’Or_ citées par É. Petit,
_Itinéraires_, p. 459), Gui de Pontallier, seigneur de Talmay,
était en 1381 gouverneur de Bourgogne (_Ibid._, p. 150); il
mourut à Nicopolis.
[316] Jean Galet, abbé de Saint-Martin de Tournai, de 1367
à 1387. La _Chronique rimée_ met à la place l’abbé de
Saint-Pierre et de Saint-Bavon (1340-1394).
[317] Belgique, prov. de Flandre orientale, sur la rivière qui
porte le même nom.
[318] Les Gantois demandaient cinq choses; le respect de leurs
franchises, la remise en état de tout ce qui avait pu être
fait contrairement à ces franchises, le pardon des dommages
faits aux seigneurs, la mise hors la loi de ceux qui avaient
combattu avec les seigneurs, la démolition du côté de Gand
des fortifications d’Audenarde et de Termonde (_Chr. rimée_,
p. 50-51). Le comte acceptait les trois premières conditions,
et s’engageait à transporter sa cour à Gand. Les conférences
commencèrent le 18 novembre: le 11, les gens d’Ypres étaient
allés brûler Cassel. Le 1er décembre, Louis de Male ratifiait à
Malines le traité de paix conclu avec les Flamands par le duc
de Bourgogne (Gachard, _Notice hist. et descript. des archives
de la ville de Gand_, p. 37 et 54, dans les _Mémoires de
l’Académie royale_ de Belgique, t. XXVII, 1853).
[319] Les _Antiquités de Flandre_ de Wielant, donnent les
principales clauses du traité, «en ceste manière qui s’ensuyt:
Est assçavoir que le conte pardonne tous meffaictz et conferme
leurs privilèges pour en joyr ainsi qu’ilz jouissoient à sa
joyeuse entrée et ainsi que on en usoit du temps du conte
Robert, et osta tous empeschemens faictz au contraire; _item_
que tous fugitifz pouroient retourner chascun en sa chascune
si avant qu’ilz veullent prendre sur les informations que
l’on fera à leur charge; _item_ que tous bailliz, sergeans et
aultres officiers qui par ceste paix seroient despoinctez de
leurs offices, seront tenuz de respondre de leurs abuz; et
s’ilz sont trouvez coulpables, ne pouront jamais avoir office;
_item_ que les informations seront faictes par gens de bien que
les trois villes choisiront, et que desormais seront faictes
samblables informations sur les infractions des privilèges
desdictz trois villes, par XXV personnes, qui se choisiront,
est assçavoir: par Gand nœuf, par Bruges VIII et par Ypre VIII,
et que les loiz seroient renouvellez selon les privilèges et
coustumes du pays; _item_ que le prevost de Sainct Donas ne
viendra plus au conseil du conte et sera depoincté de son
office de chanceillier; avecq pluisieurs aultres articles»
(_Recueil des Chroniques de Flandre_, p. p. De Smet, t. IV, p.
305-306). Le comte s’engageait de plus à licencier ses troupes
allemandes et à venir tenir sa cour à Gand, en attendant que
son château de Wondelghem ait été rebâti. La paix signée, le
siège d’Audenarde fut levé le samedi 3 décembre 1379 (J. Meyer,
_loc. cit._, fol. 173 rº).
Après la levée du siège d’Audenarde, Jean Pruneel va à Tournai échanger
les signatures du traité avec le comte de Flandre et le duc de
Bourgogne, et retourne ensuite à Gand[320]. Le duc de Bourgogne avait
tant fait par ses belles paroles que les Gantois laissaient intacte
la ville d’Audenarde, alors que dans les préliminaires du traité, au
moment de lever le siège, il avait été convenu qu’ils auraient le droit
d’abattre les murs, les tours et deux portes du côté d’Audenarde. Le
duc de Bourgogne part alors pour la France[321], et le comte, après
être resté quelques temps à Lille, vient à Bruges, dont les habitants
cherchent à calmer les mauvaises dispositions du comte et à se faire
pardonner leur hostilité passée, en rejetant la faute sur les _menus
mestiers_ de la ville qu’avait entraînés Jean Yoens. P. 204, 205, 334.
[320] La nomination des enquêteurs auxquels fait allusion le
traité cité dans la note précédente eut lieu vers la Noël 1379
(_Chr. rimée_, p. 58).
[321] Le 15 décembre, le duc de Bourgogne était à Malines (É.
Petit, _Itinéraires_, p. 146).