CHAPITRE VI.

_1378, 21 septembre._ ÉLECTION DU PAPE CLÉMENT A FONDI.--_16

novembre._ RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE CLÉMENT PAR CHARLES

V, A L’ASSEMBLÉE DE VINCENNES.--_1379, 14 avril._ CLÉMENT

SE RETIRE A SPERLONGA.--_10 mai._ SON ENTREVUE A NAPLES

AVEC LA REINE JEANNE.--_22 mai._ CLÉMENT S’EMBARQUE POUR

MARSEILLE.--_1380, 29 juin._ ADOPTION DU DUC D’ANJOU PAR LA

REINE JEANNE (§§ 96 à 100).

On sait que, pour contenter le peuple romain, les cardinaux avaient

nommé pape l’archevêque de Bari, Barthélemy Prignano, sous le nom

d’Urbain VI. Dans la pensée de certains d’entre eux, cette élection

n’était que provisoire, car ce pape était d’un caractère trop

autoritaire et trop orgueilleux. Aussitôt qu’il fut reconnu par

quelques princes de la chrétienté, il se montra si outrecuidant et

si mal disposé pour les cardinaux, qu’un grand nombre d’entre eux

n’hésitèrent plus, poussés par le cardinal d’Amiens[233], qui espérait

être élu à sa place.

[233] Jean de la Grange, ancien évêque d’Amiens,

cardinal-prêtre le 20 décembre 1375, était rentré à Rome

le lendemain du couronnement d’Urbain VI, le 19 avril 1378

(_Chronographia regum francorum_, p. p. H. Moranvillé, t.

II, p. 366, note 1), de retour d’une négociation avec les

Florentins.

Pendant que le pape est à Tivoli[234], les cardinaux se rassemblent

après d’assez longs conciliabules hors de Rome, et nomment comme

nouveau pape[235] le fils du comte de Genève, Robert de Genève, désigné

sous le nom de cardinal de Genève, antérieurement évêque de Thérouanne

et de Cambrai, qui prend le nom de Clément.

[234] Le pape Urbain avait quitté Rome la veille de la

Saint-Jean (23 juin), et n’y rentra que passé le 8 septembre

(_Chronographia_, t. II, p. 365).

[235] C’est en mai et en juin 1378, un ou deux mois à peine

après la reconnaissance du pape Urbain VI, que les cardinaux

français mécontents de son caractère fantasque et autoritaire

se retirèrent à Anagni (Valois, _L’élection d’Urbain VI_, p.

70-71). Ils déclarèrent nulle l’élection d’Urbain, et bientôt,

réunis aux cardinaux d’Avignon, le 21 septembre 1378, ils

élurent à Fondi comme nouveau pape le cardinal Robert de

Genève, qui fut sacré sous le nom de Clément VII, le jour de la

Toussaint (_Le petit Thalamus_, p. 397).

Le pays romain était alors occupé par un chevalier breton, Sevestre

Bude, qui avait combattu et vaincu les Florentins pour le pape

Grégoire. Appelé par le pape Clément et les cardinaux de son parti,

il se rapproche de Rome, empêchant ainsi le pape Urbain de quitter

Tivoli[236]. Les Romains de leur côté prennent à leurs gages des

mercenaires allemands et lombards, qui chaque jour escarmouchent

contre les Bretons. Pendant ce temps, Clément notifie son élection aux

princes de la chrétienté. Le roi de France[237] consulte l’Université

de Paris et, après quelques hésitations, de l’avis de ses frères[238]

et des prélats, reconnaît le nouveau pape. Le roi d’Espagne en fait

autant, ainsi que le comte de Savoie, le seigneur de Milan et la reine

de Naples. Quant au roi de Bohême et empereur[239], il ne manifeste

point d’opinion, bien que tout l’empire, à l’exception de l’archevêché

de Trèves, soit du parti d’Urbain. L’Écosse tient pour Clément;

l’Angleterre et le comte de Flandre pour Urbain; le Hainaut avec le duc

Aubert reste neutre, ce qui fait perdre à l’évêque de Cambrai[240] ses

revenus temporels.

[236] Les bandes de Gascons, entre autres celle de Bernardon

de la Sale, appelée par le cardinal camérier Pierre de Cros,

avaient écrasé les Romains au passage du Teverone (juillet

1378) et étaient accourues se mettre à la disposition du pape

Clément (Valois, _loc. cit._, p. 71). Sur Bernardon de la Sale

et son rôle en Italie, voy. Durrieu, _Les Gascons en Italie_,

p. 105-171.

[237] Le roi de France considéra d’abord jusqu’en juillet

1378 l’élection d’Urbain comme très valable, d’accord avec

l’Université de Paris qui lui resta longtemps fidèle. Après

cette date il reçoit de Clément une ambassade qui le fait

hésiter: il convoque alors à Paris, le 11 septembre et jours

suivants, un concile national, qui conclut à la neutralité en

attendant plus ample informé. Le roi n’en poursuit pas moins

sa correspondance avec Clément, et M. Valois a prouvé d’après

des documents nouveaux, que Charles V était déjà résolu à

reconnaître Clément depuis longtemps, quand il convoqua à

Vincennes l’assemblée du 16 novembre qui fit officiellement

acte de reconnaissance du pape Clément. Le roi avait obtenu du

pape en échange de son adhésion le droit de lever pendant trois

ans une subvention sur le clergé de son royaume; la fixation de

la quotité de cet impôt fut laissée à trois prélats français

(N. Valois, _Le rôle de Charles V au début du grand schisme_,

tir. à part de l’_Annuaire-Bulletin de la Soc. de l’Hist. de

Fr._, année 1887, p. 3-5).

[238] Le duc d’Anjou avait dès le premier jour été bien

disposé pour Clément. Quand, en septembre 1378, Jean de Bar,

ambassadeur, lui apporte la nouvelle que le pape Urbain a

été déclaré intrus en date du 9 août, il n’hésite plus, et

embrasse le parti de Clément (29 septembre), auquel il envoie

de l’argent à plusieurs reprises et pour lequel il cherche à

provoquer des adhésions.

[239] Charles IV, empereur et roi de Bohême, mourut le 29

novembre 1378; son fils Wenceslas, que le duc d’Anjou essaya de

gagner à la cause de Clément (N. Valois, _Louis Ier duc d’Anjou

et le grand schisme d’Occident_, p. 13-14), fut confirmé par le

pape Urbain le 27 juillet (l’abbé L. Gayet, _Le grand schisme

d’Occident, les origines_, t. II, p. 234).

[240] L’évêque de Cambrai était alors Jean de Serclaes depuis

le 26 novembre 1378. L’abbé de Fontenay avait été nommé nonce

apostolique en Hainaut par le pape Clément, le 2 novembre

1378 (_Chr. Belges, Cartul. des comtes de Hainaut_, t. II, p.

282-284).

L’envoyé du pape Clément, Gui de Maillesec, cardinal de Poitiers,

est bien accueilli en France[241], en Hainaut et en Brabant, mais il

renonce à aller à Liège et dans les Flandres, dont le comte soutient le

pape Urbain; il se fixe à Cambrai[242], où il attend les événements. P.

143 à 148, 320.

[241] L’envoyé du pape Clément en France et en Écosse était le

cardinal Jean du Cros, évêque de Limoges, qui resta à Paris.

Le cardinal de Luna et l’évêque d’Amiens étaient envoyés en

Aragon, Navarre, Castille et Portugal. Le cardinal Gui de

Maillesec avait dans son département le Hainaut, le Brabant,

la Flandre, l’Angleterre, l’Irlande, la Norvège, la Frise,

etc. Après un séjour prolongé à Paris, il arriva le 4 juin

1379 à Cambrai, où il resta les trois ans de son ambassade,

se contentant d’envoyer sans succès en Flandre l’évêque de

Cambrai, Jean Serclaes. Le cardinal Guillaume d’Aigrefeuille,

envoyé en Allemagne, en Prusse, en Bohême, en Pologne et en

Hongrie, fut un peu plus heureux et apporta au pape Clément

l’adhésion des trois évêchés de Lorraine, Metz, Toul et Verdun

(_Chronographia_, t. II, p. 376-377; cf. _Grandes Chroniques_,

t. VI, p. 457-458).

[242] D’après les _Grandes Chroniques_, c’est à Tournai que le

cardinal de Poitiers s’établit.

L’Église est ainsi divisée: Urbain est reconnu par le plus grand nombre

de royaumes; mais Clément a les revenus les plus importants. Pendant

qu’on lui prépare le palais d’Avignon[243], il se retire à Fondi, où il

est bientôt rejoint par les mercenaires bretons chassés par les Romains

du château Saint-Ange et du bourg Saint-Pierre. A cette nouvelle,

Sevestre Bude marche sur Rome, y entre par la porte de Naples, se

dirige sur le Capitole où sont rassemblés en conseil les notables de

la ville et en massacre plus de deux cents. Cela fait, les Bretons se

retirent, sans être inquiétés par les Romains, qui se vengent en tuant

et blessant plus de trois cents clercs, bien innocents de toutes ces

choses. P. 148 à 150, 320, 321.

[243] Bien qu’occupant le château Saint-Ange à Rome et ayant à

sa solde Louis de Montjoie et ses deux lieutenants, Sevestre

Bude et Bernardon de la Sale, Clément se rend au château de

Sperlonga, près de Gaëte, le 14 avril 1379. Peu de temps après,

le château Saint-Ange, assiégé par les Romains, est forcé de

capituler (27 avril) et est démoli. Louis de Montjoie, attaqué

par Alberigo de Barbiano, est battu avec ses deux lieutenants

Sevestre Bude et Bernardon de la Sale; leurs bandes sont

dispersées. Le pape Clément s’embarque alors à Gaëte le 9 mai

1379 et se rend à Naples, où il est bien reçu par la reine

Jeanne, mais assez froidement par la population (Valois, _Louis

Ier_, p. 20-23, 27-33).

Durant son séjour à Fondi, le pape Clément reçoit la visite de la reine

Jeanne de Naples[244], cherchant un défenseur contre Charles de la

Paix et désirant résigner entre les mains du pape les royaumes qu’elle

tenait de l’héritage de son père Louis[245], roi de Sicile[246] et de

Naples, duc de Pouille et de Calabre, comte de Provence, puisqu’elle

n’avait pas d’héritier mâle pour lui succéder. Une première fois,

dit-elle au pape, elle avait été mariée avec André de Hongrie[247],

frère du roi Louis de Hongrie, qui ne lui donna pas d’enfant[248]

et mourut jeune à Aix en Provence. Elle se remaria ensuite avec

Charles[249], prince de Tarente, et en eut une fille. Ce prince,

attaqué par le roi de Hongrie, fut vaincu, perdit la Pouille et la

Calabre, et mourut prisonnier en Hongrie[250]. Elle conclut alors un

troisième mariage avec Jaime, roi de Majorque[251], et eut la pensée de

marier sa fille avec Louis de Navarre, qui mourut en venant trouver sa

fiancée[252]. Le roi Jaime, s’étant assuré de l’alliance du prince de

Galles et non de celle du roi de France, comme le lui conseillait la

reine Jeanne, va se faire tuer, en cherchant à reconquérir son royaume

sur le roi d’Aragon[253]. Pendant ce temps la reine Jeanne marie sa

fille avec Robert d’Artois[254], cousin du roi de France. Elle épouse

enfin Othon de Brunswick[255], qui est pris avec elle, par Charles de

la Paix, dans le château de l’Œuf: sa fille et son gendre, prisonniers

eux aussi, meurent en captivité. Depuis, un traité est intervenu entre

elle et Charles de la Paix, qui laisse à ce dernier la Pouille et la

Calabre; mais ce prince cherche déjà à s’emparer des autres royaumes:

aussi Jeanne remet-elle au pape toutes ses possessions, pour qu’il

puisse les attribuer à l’héritier qui lui plaira, capable de les

défendre contre Charles de la Paix. Le pape accepte, et les actes

authentiques sont dressés de cette donation[256]. P. 150 à 154, 321.

[244] Comme on vient de le voir par la note précédente, c’est

le 10 mai 1379, à Naples et non à Fondi, qu’eut lieu l’entrevue

entre la reine Jeanne et le pape Clément.

[245] Le père de Jeanne était Charles de Sicile, duc de

Calabre, mort en 1328, alors que sa fille avait deux ans.

[246] Jeanne n’était reine de Sicile que de nom. En 1377, la

reine de fait était Marie, qui devait épouser en 1391 Martin le

Jeune, prince d’Aragon.

[247] Le premier mari de Jeanne, son cousin André de Hongrie,

qu’elle avait épousé étant en bas âge (26 septembre 1333),

vécut en mauvaise intelligence avec elle et mourut assassiné

au château d’Aversa (non pas à Aix), le 18 septembre 1345,

peut-être à l’instigation de la reine. Le pape, suzerain des

souverains de Naples, fit faire un procès qui ne frappa que des

comparses.

[248] André de Hongrie laissait un enfant posthume, Charles

Martel, né le 25 décembre 1345, et mort à l’âge de deux ans (P.

Anselme, t. I, p. 411).

[249] Le second mariage avec Louis (et non pas Charles) de

Tarente eut lieu le 20 août 1346; deux filles naquirent de ce

mariage, mais moururent en bas âge.

[250] A l’approche des troupes hongroises, la reine se réfugie

en Provence, et le roi de Hongrie occupe le royaume de Naples,

qu’il doit abandonner en partie à cause de la peste. La reine

s’assure, en lui cédant la ville d’Avignon, la protection du

pape, qui la remet en possession de son royaume en 1352. Louis

de Tarente meurt en 1362.

[251] Au mois de décembre 1362, la reine Jeanne épouse Jayme,

dont le père, Jayme II, roi de Majorque, avait été vaincu et

tué en 1349 par Pierre IV, roi d’Aragon, qui s’était emparé de

sa couronne.

[252] C’est sa nièce (et non sa fille) Jeanne de Sicile, fille

de Charles de Duras et de Marie de Sicile, que la reine Jeanne

maria en premières noces en 1366 avec le frère de Charles le

Mauvais, Louis de Navarre, qui mourut en 1372.

[253] Jayme mourut en Aragon peu après le 16 février 1375,

usé par les fatigues et la maladie (Lecoy de la Marche, _Les

relations politiques de la France avec le royaume de Majorque_,

t. II, p. 201).

[254] Robert d’Artois, fils de Jean sans Terre, était comte

d’Eu; il mourut le 20 juillet 1387.

[255] En 1376 Jeanne épousa Othon de Brunswick. Cette alliance

mécontenta Charles de la Paix, qui, par son mariage en 1369

avec Marguerite de Durazzo, autre nièce de la reine Jeanne,

pouvait aspirer à sa succession.

[256] Les événements auxquels Froissart fait ici allusion

postérieurement au mariage de la reine de Naples et d’Othon

de Brunswick, se placent bien après le départ du pape Clément

pour Avignon (22 mai 1379). C’est à l’instigation du pape

Urbain que Charles de la Paix avait envahi les États de la

reine Jeanne, déclarée déchue par le pape. C’est alors qu’elle

adopta le duc d’Anjou, dont elle espérait le secours (_Chr. des

Quatre Valois_, p. 297); mais, assiégée à son retour dans le

château de l’Œuf le 17 juillet 1381, elle fut faite prisonnière

et étranglée le 22 mai 1382; son mari, prisonnier lui aussi,

avait été remis en liberté; plus tard, il devait servir le duc

d’Anjou en Italie.

Cela fait, la reine Jeanne et Othon, son mari, retournent à Naples.

Quant au pape Clément[257], s’apercevant que le pape Urbain et les

Romains cherchent à gagner à leur cause Charles de la Paix et les

Napolitains, et craignant, s’il attend plus longtemps, de ne plus

pouvoir s’embarquer pour Avignon, comme il le désire, il hâte son

départ, accompagné du comte de Roquebertin, qui est venu le chercher

avec des bateaux marseillais et aragonais. Clément arrive bientôt à

Marseille, de là à Avignon.

[257] Trois jours après son entrevue avec la reine de Naples,

Clément retournait à Sperlonga (13 mai 1379); et le 22, il

s’embarquait pour Marseille.

Prévenu de son arrivée, le duc d’Anjou accourt[258]; et le pape lui

donne l’investiture des royaumes que la reine Jeanne lui a remis. Le

duc d’Anjou accepte et s’engage à aller combattre bientôt les ennemis

de la reine. Il passe environ quinze jours à Avignon, puis retourne

à Toulouse auprès de la duchesse. Le pape reste à Avignon, laissant

en Italie Sevestre Bude, Bernardon de la Salle et Florimont guerroyer

contre les Romains. P. 154, 155, 321, 322.

[258] Le duc d’Anjou avait toujours cherché à couvrir ses

projets ambitieux de la sanction du pape Clément. En payement

d’une dette contractée autrefois par le Saint-Siège, Clément

lui avait accordé par une bulle du 20 avril 1379 la levée

pour trois ans des décimes ecclésiastiques en Languedoc et en

Guyenne; par une autre bulle du 17 avril, le pape lui avait

déjà concédé le royaume d’Adria, formé du démembrement d’une

partie des États de l’Église; il était aussi intervenu à propos

de l’émeute de Montpellier, dont Froissart ne parle pas. Une

fois que le pape fut à Avignon, le duc chercha à exploiter la

difficulté que la reine Jeanne avait à se maintenir à Naples en

présence de l’hostilité de Charles de la Paix, pour se faire

adopter par elle. Un premier conciliabule eut lieu à Avignon

(1er janvier 1380); puis deux bulles du pape (1er février)

autorisèrent cette adoption. Après de nouvelles négociations

à Naples (avril 1380), l’adoption eut lieu le 29 juin (_Arch.

Nat._, J 1043A, nºs 3-4) et fut ratifiée par les bulles des 22

et 23 juillet 1380, le duc d’Anjou s’engageant à secourir la

reine Jeanne contre les ennemis (Valois, _Louis Ier_, p. 24,

40-46).

La marche de Toscane était occupée en ce temps-là par un chevalier

anglais, Jean Hawkwood, qui avait quitté la France au moment du traité

de Brétigni. C’était alors un pauvre bachelier, qui se mit à la tête

d’une compagnie de _Tard-Venus_. Réuni en Bourgogne à d’autres routiers

de diverses nations, Jean Hawkwood assista avec Robert Briquet et

Jean Creswey à la bataille de Brignais et contribua avec Bernard de

Sorges[259] à la prise du Pont-Saint-Esprit. Il partit ensuite pour

le compte du marquis de Montferrat combattre les Milanais et eut pour

sa part dans cette expédition 10 000 francs sur 60 000. Cette guerre

achevée, une partie de ces bandes rentrèrent en France et furent

emmenées en Espagne contre don Pèdre par Bertrand du Guesclin et le

maréchal d’Audrehem[260]. Jean Hawkwood resta en Italie[261], au

service des papes Urbain V et Grégoire XI[262] contre les Milanais,

et secourut le seigneur de Couci contre les Lombards et le comte de

Vertus[263].

[259] Nous retrouverons plus tard, en 1416, dans l’hôtel et la

compagnie de Bernard, comte d’Armagnac (_Bibl. Nat., Clair._

vol. 5, nº 54), ce chef de routiers, que je n’identifie pas,

comme M. Durrieu, avec Bernardon de la Salle (_Les Gascons en

Italie_, p. 113, note 3). Froissart, en racontant une première

fois ces événements (t. VI, p. 69 et suiv.), a mentionné les

noms de Briquet et de Creswey, mais a oublié celui de Hawkwood:

il peut à plus forte raison avoir passé sous silence celui de

Bernardon de la Salle.

[260] Voy. É. Molinier, _Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem_

(dans _Mémoires présentés par divers savants..._ IIe série, t.

VI, 1re partie), p. 170 et suiv.

[261] Jean Hawkwood était en Lombardie en février 1370 (L.

Osio, _Documenti diplomatici tratti dagli Archivi Milanesi_,

t. I, p. 139), et à Parme le 8 août 1370 (_Ibid._, p. 143).

Il lutte d’abord contre Louis de Gonzague et Barnabo Visconti

(_Ibid._, p. 159) en 1372, puis il devient l’allié de Barnabo

Visconti, qui intercède auprès de lui pour l’empêcher de

ravager le pays de Mantoue en 1375 (p. 175) et lui donne sa

fille naturelle en mariage en 1377 (p. 191).

[262] C’est au service du pape Grégoire XI que, sur l’ordre

de Robert de Genève, depuis Clément VII, Hawkwood, déjà connu

par ses excès à Faenza, avait massacré en février 1377 les

habitants de Césène.

[263] Voy. Froissart, t. VIII, p. 215.

C’est ce capitaine que le pape Urbain appelle auprès de lui après le

départ de Clément et prend à sa solde. Hawkwood, aidé des Romains,

s’attaque alors à Sevestre Bude et à ses Bretons, qui sont complètement

défaits[264]: Sevestre Bude est fait prisonnier et mené à Rome, puis

relâché avec un écuyer breton, nommé Guillaume Boileau. Tous deux

arrivent à Avignon[265], mais, accusés de vouloir trahir le pape

Clément, ils sont arrêtés sur l’ordre du cardinal d’Amiens, qui ne

pardonnait pas à Sevestre Bude d’avoir autrefois en Romagne laissé

piller ses bagages pour le payement de ses hommes, et ont la tête

tranchée à Mâcon; grand sujet de colère pour Bertrand du Guesclin, qui,

s’il eût vécu, aurait fait payer cher au pape la mort de son cousin.

Parlons maintenant des tristes événements de Flandre. P. 155 à 158, 322.

[264] On a vu plus haut, p. LXXIII, note 1, la défaite de

Sevestre Bude.

[265] Sevestre Bude réclamait au pape Clément une somme de

30 000 francs pour l’avoir aidé à venir d’Italie à Avignon;

accusé par le cardinal d’Amiens qui «disoit qu’il l’avoit voulu

prendre et detenir et qu’il avoit pillié en royaume de France

et bouté feu et fait bouter», et mandé à Mâcon par le bailli

Oudard d’Atainville, il y fut décapité. Les routiers indignés

ravagèrent la campagne de Mâcon (_Chr. des Quatre Valois_, p.

282).

Chroniques de J. Froissart, tome 09/13 · 第 28 / 137 题