_1379, 13 juillet._ TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE ROI
D’ANGLETERRE ET LE DUC DE BRETAGNE.--_3 août._ LE DUC
DÉBARQUE EN BRETAGNE.--_6 décembre._ NAUFRAGE ET MORT DE
JEAN D’ARONDEL.--_Commencement de 1380._ PRISE DE DINAN PAR
OLIVIER DE CLISSON (§§ 123 à 126).
Tandis que le duc de Bretagne est en Angleterre auprès du roi Richard,
le roi de France envoie en Bretagne son connétable, qui occupe
Pontorson et ravage le pays[322]. Les bonnes villes, désirant le retour
du duc, lui députent en ambassadeurs Geoffroi de Karimel et Eustache de
la Houssaye, qui s’embarquent à Conq[323] et arrivent à Southampton,
puis à Londres, et reçoivent la promesse du duc de revenir bientôt dans
son duché. P. 205, 206, 334, 335.
[322] Depuis la campagne de Normandie, B. du Guesclin avait
séjourné presque entièrement en Bretagne avec son armée, à
laquelle s’était joint dans la première quinzaine d’août le
jeune Charles de Navarre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº
2613), qui reçut 800 livres parisis pour son voyage en Bretagne
(_Arch. Nat._, KK 326, fol. 3 vº), où il devait rester jusqu’à
la fin d’octobre. Du Guesclin occupait Pontorson et allait
souvent à Saint-Malo pour ravitailler la flotte française,
qui surveillait la côte; il négociait aussi pour réoccuper la
Roche-sur-Yon, ce qu’il réussit à faire à des conditions assez
dures (Kervyn, t. IX, p. 537). Il correspondait régulièrement
avec le duc d’Anjou, ainsi que Clisson, qui de Redon, le 2
septembre 1379, demandait des renforts (Hay du Chastelet,
_Hist. de du Guesclin_, p. 476).
[323] Écart de la commune de Beuzec-Conq, Finistère, arr. de
Quimper, canton de Concarneau, dont il faut le distinguer (cf.
t. VII, p. LXVI, note 207 dans notre édition PG 73967 et t.
VIII, p. LXXI, note 224 dans notre édition PG 74208).
En effet le duc fait ses adieux à la duchesse, s’assure par traité
de l’appui du roi d’Angleterre, et s’embarque à Southampton[324]
avec Robert Knolles, les deux chevaliers-messagers[325], cent hommes
d’armes et deux cents archers. Le vent les amène à Guérande, où ils
débarquent[326], et se dirigent sur Vannes[327], où le duc est bien
reçu. Au bout de cinq jours, il se rend à Nantes, où les barons
viennent l’assurer de leur obéissance et se plaindre des Français.
Le duc les rassure en leur disant d’attendre pour agir l’arrivée des
renforts anglais[328].
[324] Rappelé par ses sujets (voy. plus haut., p. LXVI, note
210), le duc de Bretagne conclut à Londres, le 13 juillet
1379, un traité d’alliance avec Richard II par l’entremise de
Thomas de Percy, dont les pouvoirs sont du 9 juillet (Rymer, t.
VII, p. 223-224). Par ce traité, le roi d’Angleterre s’engage
à payer les gages de 2000 hommes d’armes et de 2000 archers
retenus par le duc en vue de l’expédition de Bretagne pour
4 mois et demi (_Rec. Off., Treas. of the Rec., Misc. 41/5_
et _Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 16). Le duc s’embarque à
Southampton le 22 juillet (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p.
365) sur des bateaux retenus en juin (_Ibid._, _Queen’s Rem.,
Misc., Navy 610/11_), accompagné d’une partie de ses troupes et
de Gauthier Skirlawe et Richard de Aberbury en prévision d’un
traité à venir (_Ibid._, _Nuncii 632/18_).
[325] De ces deux chevaliers, l’un tout au moins, Geoffroi de
Kerimel, était rentré en France précédemment, puisque nous
voyons le duc lui annoncer son retour en passant en mer à la
hauteur de Caen (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365).
[326] Le duc de Bretagne débarque, non pas à Guérande, mais
en face de Saint-Malo, dans l’estuaire de la Rance, le 3 août
1379 (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365). Ses bateaux
de transport, laissés en arrière sous le commandement de
Hugues de Calverley, entrent aussi dans la Rance après un
combat, victorieux d’après Walsingham (_Hist. angl._, t. I,
p. 405-407), très disputé d’après le marquis Terrier de Loray
(_Jean de Vienne_, p. 135). La flotte anglaise, après avoir
débarqué Jean de Montfort, était encore à Quidallet (auj.
Saint-Servan) le 10 août, comme l’écrit B. du Guesclin au duc
d’Anjou (Dom Morice, _Preuves_, t. I, col. 225). D’après une
autre lettre du connétable, la flotte ennemie partit le 19,
faisant route vers les îles normandes (Kervyn, t. IX, p. 536);
elle dut revenir d’Harfleur vers le 8 septembre (Nativité de
Notre-Dame): Les Anglois, nous dit la _Chronique_ de P. Cochon
(p. 157), furent bien quinze jours «devant Saint-Maalou... et
ne firent rien et s’en ralèrent en leur païs».
[327] A peine débarqué, le duc se rend à Dinan, où le 9 août
il tient un conseil des barons de Bretagne «en disant qu’il se
veut gouverner à l’ordonnance desdis barons et autres, et faire
au roy ce que faire li devra» (Dom Morice, _Preuves_, t. II,
col. 226), puis il fait le 20 août avec 140 Anglais son entrée
à Rennes, d’où il doit se rendre à Guingamp (Hay du Chastelet,
_Hist. de du Guesclin_, p. 473).
[328] Avant de demander des renforts au roi d’Angleterre,
le duc de Bretagne avait essayé de traiter. Dès le 19 août,
Hugues de Calverley faisait des propositions à B. du Guesclin,
qui les communiquait au duc d’Anjou en le pressant d’arriver
(Kervyn, t. IX, p. 536-537). Ce dernier n’arrive guère que
vers la fin de septembre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº
2613). Les conférences du traité, le 26 à Dinan et le 27 à
Dol, l’empêchent même de se rendre à l’appel du roi de France
(_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126). Une trêve intervient,
et le duc de Bretagne demande l’arbitrage du comte de Flandre
(Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 395), qui est
accepté par le duc d’Anjou à Angers le 26 octobre (Dom Morice,
_Preuves_, t. II, col. 233-235). D’autre part, «plusieurs
parlemens» ont lieu à Saint-Omer (_Chr. des Quatre Valois_,
p. 284) et à Arras (H. Moranvillé, _Et. sur la vie de J. le
Mercier_, p. 76); les envoyés anglais, comme Gauthier Skirlawe,
circulent de Calais en Picardie (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Nuncii 632/18_ et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
12 vº); mais le roi se montre trop exigeant, en demandant
la confiscation du duché de Bretagne, qui serait attribué à
Henri de Blois (_Chr. des Quatre Valois_, p. 284); et Jean de
Montfort se tourne définitivement du côté de l’Angleterre.
Vers la Saint-André de cette année (30 novembre), meurt à Prague
Charles de Bohême, roi d’Allemagne et empereur de Rome, qui, avant de
mourir, avait assuré sa succession à son fils Charles, dont l’élection
se fait à Aix-la-Chapelle[329]. P. 206 à 209, 335.
[329] C’est le 29 novembre 1378 que mourut Charles IV,
«filium suum primogenitum regem Romanorum, in regno Boemie
sibi successorem, relinquens» (_Chronographia_, t. II, p.
372).
A peu près à la même époque ont lieu les pourparlers du mariage du
jeune roi Richard d’Angleterre. On aurait désiré une union avec la
maison de Hainaut, en souvenir de la bonne reine Philippe, mais le
duc Aubert n’avait pas de fille en âge d’être mariée; d’autre part
on ne pouvait songer à Blanche de Lancastre, la cousine du roi, qui
n’apportait pas de nouvelle alliance. On se décide donc pour la sœur
du jeune roi de Bohême, et Simon Burley est envoyé en ambassade pour
négocier ce mariage[330]. Il arrive à Calais, puis à Bruxelles, en
passant par Gravelines, Bruges et Gand; il y trouve la cour de Hainaut
au milieu de fêtes auxquelles assistaient le duc Aubert, le comte de
Blois, le comte de Saint-Pol, Robert et Guillaume de Namur et une foule
de chevaliers. Le duc et la duchesse lui donnent des lettres pour
l’Allemagne, approuvant ce projet de mariage; il se dirige sur Cologne,
en passant par Louvain. P. 208, 209, 335.
[330] L’évêque de Hereford fut aussi mêlé aux négociations
de ce mariage, qui ne devait avoir lieu que plus tard; nous
trouvons en effet mention d’un voyage qu’il fit à cette
occasion, du 31 décembre 1380 au 28 mars 1381 _(Rec. Off.,
Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/24_).
Le roi d’Angleterre envoie en même temps en Bretagne deux cents hommes
d’armes et quatre cents archers[331], commandés par Jean d’Arondel,
ayant sous ses ordres Hugues de Calverley, Thomas Banastre, Thomas
Trivet, Gautier Paveley, Jean Bourchier, Robert Ferrers et Raoul
Basset. Le départ a lieu à Southampton, mais le vent contraire oblige
la flotte à suivre les côtes de Cornouaille, puis la pousse dans la
mer d’Irlande, où viennent se briser sur les rochers trois bateaux,
montés par Jean d’Arondel, Thomas Banastre, Hugues de Calverley,
Gautier Paveley et près de cent hommes d’armes. Quatre-vingts d’entre
eux périssent, et dans le nombre Jean d’Arondel[332], Thomas Banastre
et Gautier Paveley. Hugues de Calverley n’échappe qu’à grand-peine
à la mort, car lui et sept marins survivent seuls à tous ceux qui
sont à bord de la nef. Thomas Trivet et les autres retournent alors à
Southampton et racontent leurs aventures. C’est ainsi que le duc de
Bretagne ne put être secouru cette année par les Anglais, à son grand
dommage, car il eut beaucoup à souffrir des Français et des Bretons,
qui menés par Clisson prirent et pillèrent la ville de Dinan[333]. P.
209 à 211, 335, 336.
[331] Les montres des compagnies de Jean d’Arondel et autres
sont passées le 4 octobre 1379 (_Rec. Off., French Rolls, 3
Rich. II_, m. 21); le 26 un dernier paiement de vivres est
mandaté, tout proche du départ (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich.
II_, part I, m. 19 vº).
[332] Le naufrage où périt Jean d’Arondel eut lieu vers le 6
décembre 1379 (propè festum S. Nicolai; le compte des dépenses
de l’expédition est arrêté au 3 décembre (_Rec. Off., Treas.
of the Rec., Misc. 41/15_). Th. Walsingham donne de nombreux
détails sur cet événement et sur les mœurs impies et débauchées
de Jean d’Arondel, qui avait embarqué de force des nonnes sur
ses navires (_Hist. angl._, t. I, p. 418-425).
[333] Après le licenciement presque total de l’armée royale,
qui avait suivi la trêve, le 18 novembre 1379, Clisson avait
été laissé en Bretagne pour continuer le siège de Brest, dont
les amiraux Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec.
Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr. 482/27_) avaient la
garde, y ayant même fait dernièrement un séjour d’un mois, du
18 juillet au 14 août 1379 (_Rec. Off., Treas. of the Rec.,
Misc. 41/10_) et où Thomas de Percy devait retourner après le
naufrage de Jean d’Arondel (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I,
p. 370). C’est au commencement de 1380 que Clisson, après avoir
renoncé à assiéger Guérande, après avoir vu ses terres ravagées
et avoir assisté à l’échec de la flotte espagnole devant
Saint-Nazaire, prit et pilla la ville de Dinan (Dom Morice,
_Histoire de Br._, t. I, p. 368-370).