CHAPITRE V.

1379. PRISE PAR LES FRANÇAIS DU CHATEAU DE

BOUTEVILLE.--THOMAS TRIVET REVIENT EN ANGLETERRE.--AMBASSADE

DE PIERRE DE BOURNESEL; IL EST ARRÊTÉ AU PORT DE L’ÉCLUSE

SUR L’ORDRE DU COMTE DE FLANDRE.--RETOUR DU DUC DE BRETAGNE

EN ANGLETERRE.--_Juillet._ PAYEMENT DE LA RANÇON DU COMTE DE

SAINT-POL.--1379. AFFAIRES DE BRETAGNE.--_4 juillet._ PRISE

PAR LES ANGLAIS DE GUILLAUME DES BORDES.--1378-1379. RAVAGES

DES GRANDES COMPAGNIES EN AUVERGNE ET EN LIMOUSIN (§§ 83 à

95).

On sait que le seigneur de Mussidan, fait prisonnier à Eymet, avait

embrassé le parti français et avait séjourné plus d’un an à Paris. Mais

ne trouvant pas auprès du roi l’accueil qu’il attendait, il s’enfuit et

retourna à Bordeaux auprès du sénéchal Jean de Neuville[190]. P. 119,

120, 313, 314.

[190] Dès le 9 février 1377, les biens du seigneur de Mussidan avaient

été confisqués et donnés en partie à Alain de Beaumont (_Arch. Nat._,

JJ 112, fol. 78). Quand après la bataille d’Eymet (1er septembre), il

se fut rallié au parti français, il fut bien accueilli à Paris par

le roi Charles V (voy. plus haut p. XXXIV, note 90), tandis que les

Anglais (4 juin 1378) donnaient à John de Shatton un droit que le

seigneur de Mussidan levait autrefois sur les vins à Bordeaux (_Rec.

Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), droit qui lui fut rendu le 4

septembre 1378, après son retour au parti anglais (_Rec. Off., Queen’s

Rem., Misc., Realm of Fr. 470/4_).

Des quatre seigneurs dont il a été parlé, les seigneurs de Langoiran,

de Mussidan, de Rauzan et de Duras, le premier seul restait donc

Français, et fortement menacé par les autres qui étaient ses voisins.

Dans une expédition qu’il tente avec 40 lances contre la ville de

Cadillac[191], il est blessé à mort par le capitaine de la place,

Bertrand Courant, qu’il avait provoqué personnellement. P. 120 à 122,

314.

[191] Gironde, arr. de Bordeaux.

En Saintonge, la garnison anglaise et gasconne, qui occupe le château

de Bouteville[192], placé sous les ordres d’Éliot de Plassac, ne

cesse de venir piller la campagne sous les murs de la Rochelle et de

Saint-Jean-d’Angély. Les seigneurs de Thors, de Pouzauges et autres

seigneurs de Poitou et de Saintonge, résolus d’en finir, attirent les

Anglais devant la Rochelle. Éliot de Plassac est fait prisonnier, et le

château de Bouteville devient français[193]. P. 122 à 124, 315.

[192] Charente, arr. de Cognac.

[193] Le château de Bouteville repris aux Anglais en 1379

ne resta pas longtemps entre les mains des Français: nous

voyons en effet en octobre 1385 une tentative malheureuse pour

reprendre la place aux Anglais (P. Guérin, _Arch. hist. du

Poitou_, t. XXI, p. 254, note 2).

A cette époque Thomas Trivet, Guillaume Elmham et les autres chevaliers

qui étaient allés en Espagne servir le roi de Navarre, retournent en

Angleterre[194]. Reçus à Chertsey[195] par le roi et ses deux oncles,

les ducs de Lancastre et de Cambridge, ils leur donnent des détails sur

les affaires d’Espagne et sur la mort du roi Henri, survenue le jour de

la Pentecôte (29 mai 1379) ainsi que sur le couronnement de son fils

Jean qui a eu lieu à Burgos le 25 juillet; ils parlent aussi des joutes

qui furent données à Las Huelgas[196] et dont le vainqueur fut le comte

de Roquebertin. Les ducs de Lancastre et de Cambridge approuvent le

roi de Portugal d’avoir refusé d’assister à ces fêtes. P. 124 à 127,

315, 316.

[194] Le départ de Thomas Trivet ne dut avoir lieu qu’après le

27 juillet 1379, car un document relatif «al confessor de moss.

Thomas Trevet, cavaillero ingles, capitan de Tudela», porte

cette date (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, Reg. 161).

[195] Chertsey, sur la Tamise, comté de Surrey, à 18 kil. de

Londres.

[196] Monastère près de Burgos.

Charles V, désirant resserrer son alliance avec le roi d’Écosse et

voulant attaquer les Anglais dans leur pays même, fait partir comme

ambassadeur le seigneur Pierre de Bournesel[197], qui arrive bientôt

en Flandre, à l’Écluse[198], et étonne tout le monde par son faste et

ses dépenses, tandis qu’il attend un vent favorable à sa traversée. Sa

présence est signalée au comte de Flandre par le bailli de l’Écluse,

qui l’arrête et le conduit à Bruges devant le comte. Celui-ci

l’accueille assez mal devant le duc de Bretagne et lui reproche de

n’être pas venu le saluer, étant à l’Écluse si près de Bruges. Malmené

d’autre part par les paroles du duc de Bretagne, le seigneur de

Bournesel retourne à l’Écluse au plus vite et, craignant d’être pris

sur mer par la flotte anglaise, revient à Paris auprès du roi[199]. P.

127 à 130, 316, 317.

[197] Pierre Conrart, seigneur de Bournesel, chevalier et

conseiller du roi, que Charles V avait envoyé en ambassade

en 1377 auprès du roi de Castille (_Mandements de Ch. V_, nº

1469) reçoit en don le 12 février 1379 les biens de Gui de

Veyrac, sans doute à son retour de Flandre. Il part ensuite,

avec Enguerrand de Hesdin et le seigneur de Chevreuse, porteur

d’un message adressé au duc d’Anjou, que le roi mande auprès de

lui pour se défendre des griefs formulés par les habitants du

Languedoc (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126).

[198] L’Écluse, en holl. Sluis, petit port hollandais, relié à

Bruges par un canal.

[199] Le mauvais traitement que le bailli de l’Écluse infligea

à Pierre de Bournesel donna lieu à une plainte adressée au

Conseil du roi, conservée aux _Archives de Lille_ et publiée

par M. Kervyn de Lettenhove (t. IX, p. 511-516). Cette plainte

communiquée au comte de Flandre ne semble pas avoir été

accueillie favorablement, à en juger par les réponses qui

accompagnent chaque paragraphe.

Il lui raconte son aventure et lui fait part de l’hostilité du comte

de Flandre que cherche à atténuer Jean de Ghistelles, cousin du comte,

chambellan du roi. Provoqué en duel par Pierre de Bournesel et bientôt

mal vu à la cour, Jean de Ghistelles se retire en Brabant auprès du duc

Wenceslas. P. 130 à 132, 317.

Outré contre le comte de Flandre, qui vient d’empêcher le voyage

de Pierre de Bournesel en Écosse et garde auprès de lui le duc de

Bretagne, le roi de France écrit au comte plusieurs lettres de

reproches, le considérant comme un ennemi, puisqu’il retient auprès

de lui le duc de Bretagne. Le comte, avant d’aller plus loin, veut

s’assurer du concours des Flandres: il part donc pour Gand avec le

duc de Bretagne, et là, en présence des délégués des bonnes villes,

fait lire par Jean de la Faucille[200] les lettres de menaces que lui

a adressées le roi de France, et obtient d’eux la promesse de l’aider

avec une armée de deux cent mille hommes. Le comte les remercie, et

retourne à Bruges. P. 132 à 134, 317.

[200] Jean de la Faucille, que l’on voit plus loin jouer dans

les troubles de Flandre un rôle si prudent, et même présider

au paiement des gages des hommes d’armes du comte de Flandre,

ayant servi à Audenarde en 1379 (_Chronique rimée_, p. p. Le

Glay, 1842, p. 47, en note), ne fut pas moins compromis et

emprisonné par le duc Aubert à la réquisition du comte: il

fut libéré le 4 janvier 1382 (Orig. des _Arch. de Lille_,

mentionné dans la _Chr. rimée_, p. 103). D’autres documents

relatifs au même personnage sont encore cités par Le Glay: une

lettre du duc de Bourgogne, du 3 mai 1383, remerciant Jean de

la Faucille de ses bons services (p. 144); une lettre du roi

Charles VI, du 18 mai, prenant Jean de la Faucille sous sa

protection (p. 145); une lettre du duc Aubert, du 9 septembre,

mandant à Jean de la Faucille qu’il ne pourra se rendre à la

journée de bataille par lui assignée (p. 146); une lettre de

Charles VI, du 7 février 1384, renvoyant Jean de la Faucille

de l’accusation d’avoir participé aux troubles de Flandres (p.

148). Le combat singulier, retardé comme on l’a vu plus haut,

eut lieu à Lille le 29 septembre 1384, et Jean de la Faucille

succomba (Kervyn, t. XXI, p. 182).

Le roi de France, informé de ces nouvelles, en conçoit encore une plus

grande haine contre le comte de Flandre, qui malgré tout soutient le

duc de Bretagne. A la fin ce dernier se décide à rentrer en Angleterre,

et arrive à Gravelines, où vient le chercher le comte de Salisbury avec

500 lances et 1000 archers; de là il le conduit à Calais, dont Hugues

de Calverley était capitaine. Le duc séjourne à Calais cinq jours, puis

s’embarque et arrive à Douvres, où il est reçu avec joie par le roi,

les ducs de Lancastre et de Cambridge, et le comte de Buckingham[201].

P. 134, 135, 317, 318.

[201] C’est au plus tard au mois d’avril 1379 que le duc de

Bretagne retourna en Angleterre, puisque le 4 mai suivant, ses

sujets (Dom Morice, _Histoire de Bretagne_, t. I, p. 364) lui

écrivaient en Angleterre de revenir.

On sait que le jeune comte de Saint-Pol, Waleran de Luxembourg, avait

été fait autrefois prisonnier par un écuyer de Jean de Gommegnies, puis

mené en Angleterre, et cédé au roi Édouard. Plus d’une fois le roi

d’Angleterre avait proposé d’échanger ce prisonnier contre le captal de

Buch, mais le roi de France avait toujours refusé. Le jeune comte de

Saint-Pol, prisonnier sur parole au château de Windsor, devient tout

à coup amoureux de madame Mathilde[202], sœur du roi. Le mariage est

bientôt décidé, et la rançon du comte de 120 000 francs est abaissée

par le roi à 60 000[203], qui doivent être payés avant le mariage. Le

comte de Saint-Pol s’engage à revenir en Angleterre au bout d’un an,

et s’embarque pour recueillir cette somme. Le comte de Flandre, le duc

de Brabant et le duc Aubert l’accueillent bien, mais le roi de France,

prévenu contre lui[204], et craignant qu’il ne livre aux Anglais son

château de Bohain[205], occupe et garde cette place, puis fait enfermer

à Mons le chanoine de Robersart, Eustache, seigneur de Vertaing,

Jacques du Sart et Gérard d’Obies[206], qu’il accuse d’être les

complices du comte de Saint-Pol dans ses mauvais procédés à son égard.

On ne peut rien prouver contre eux; ils sont rendus à la liberté, et

le comte de Saint-Pol retourne en Angleterre, où il paye les 60 000

francs de sa rançon. Il repasse de nouveau la mer, et, par crainte du

roi de France, s’établit à Ham-sur-Heure[207], chez son beau-frère, le

seigneur de Morialmé[208], où il reste jusqu’à la mort du roi Charles

V[209]. P. 135 à 137, 318.

[202] Mahaut, fille de Thomas de Holand et de Jeanne de Kent,

plus tard femme du prince de Galles et mère de Richard II,

avait épousé en premières noces Pierre de Courtenai.

[203] Le comte de Saint-Pol, qui était confié à la garde de

Simon de Burley (_Rec. Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 1),

ne devait payer que 100 000 francs de rançon d’après Rymer

(t. VII, p. 224): 50 000, avant son départ de Calais (juillet

1379), et 50 000 qu’il s’engageait à verser en deux termes, de

juillet 1379 à juin (Saint-Jean-Baptiste) 1380. Il laissait

comme otage son frère Pierre de Luxembourg. Il partit le 22

juillet pour Calais accompagné de John de Codeford et de Robert

Rous (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 11 rº et

13 vº).

[204] Le comte de Saint-Pol avait promis hommage de ses terres

françaises au roi d’Angleterre, et s’était engagé à lui livrer,

50 jours après son départ de Calais, la ville de Guise, et à

défaut son château de Bohain (Rymer, t. VII, p. 225). Charles

V chargea Bureau de la Rivière et le seigneur de Couci de

confisquer ses biens, «et fut tout mis en la main du roy de

France» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 281). Une partie des

biens du comte de Saint-Pol avait été dès le mois de décembre

1378 inventoriée et confiée à la garde de Martin de Corbie

(_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 179).

[205] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

[206] Une lettre de rémission est accordée par le roi Charles

VI le 18 septembre 1381 à Guérart d’Obies et à Thierry de

Sommans, partisans du roi d’Angleterre, à la requête du duc de

Bourgogne et du comte de Saint-Pol (_Arch. Nat._, JJ 119, fol.

197).

[207] Belgique, prov. de Hainaut, près de Charleroi.

[208] Jean de Condé, seigneur de Morialmé, avait épousé Marie

de Saint-Pol, sœur de Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol.

[209] «En cel an (1380), le duc de Braban, oncle de l’empereur

et du roy de France, et le duc Aubert vindrent à Paris pour

faire la paix au conte de Saint Pol, lequel estoit departi de

avec les Anglois et estoit en l’empire es parties de Henault.

Eulx disoient que ce que le dit conte de Saint Pol avoit fait

n’estoit fors pour soy delivrer de prison» (_Chr. des Quatre

Valois_, p. 286). Ces négociations ne réussirent pas.

A cette date la Bretagne est divisée au plus haut point[210]: d’un côté

les bonnes villes, qui pour la plupart sont du parti du duc et ont

aussi avec elles quelques grands noms comme la duchesse de Penthièvre,

mère de Jean et de Gui de Bretagne; de l’autre, le connétable Bertrand

du Guesclin, les seigneurs de Clisson, de Laval, de Rochefort, le

vicomte de Rohan, qui tiennent le pays en guerre avec des compagnies

formées de gens de toutes nations et occupent Pontorson et Saint-Malo.

Le duc sait tout cela; il connaît aussi les bonnes dispositions de ses

bonnes villes et les funestes entreprises du duc d’Anjou contre ses

gens: il ne peut cependant se résoudre à quitter l’Angleterre et à

retourner en Bretagne, craignant quelque trahison: le roi d’Angleterre

ne l’y engage pas du reste. P. 137, 138, 318.

[210] Après avoir préalablement consulté le Parlement, Charles

V, reprochant au duc de Bretagne d’avoir fait partie de

l’expédition anglaise de 1377-1378 (voy. plus haut p. XLIII,

note 121), ajourne Jean de Montfort à comparoir devant le roi

et ses pairs le samedi 4 décembre 1378 (_Arch. Nat._, X1a

1471, fol. 133 vº); le 9 décembre, le roi vient lui-même au

Parlement: après les plaidoiries des 10, 11 et 13 décembre,

le duc est déclaré, le 18 décembre, coupable de félonie; la

confiscation du duché de Bretagne et sa réunion au domaine de

la couronne est déclarée. Le roi, malgré la protestation de la

duchesse de Penthièvre, charge le duc de Bourbon, le maréchal

de Sancerre, l’amiral Jean de Vienne, Bureau de la Rivière

et d’autres de prendre en son nom possession des places de

Bretagne que s’engagent à leur livrer le connétable, Olivier

de Clisson et les seigneurs de Laval et de Rohan (_Grandes

chroniques_, t. VI, p. 455-456). Dès le mois de février

1379, Charles V enrôle à son service de nombreux Bretons et

renouvelle l’engagement de Clisson (_Mandements de Ch. V_, nº

1830); le 10 avril, il mande à Paris le connétable, le seigneur

de Laval, Olivier de Clisson et Jean, vicomte de Rohan, et

leur énumère ses griefs contre le duc de Bretagne et leur

demande leur concours, que promettent les barons. Du Guesclin

reste à Paris, tandis qu’Olivier de Clisson ne peut réussir

à mettre Nantes entre les mains du duc de Bourbon. De retour

en Bretagne Jean de Rohan, malgré les bons procédés du roi à

son égard (_Mandements de Ch. V_, nº 1837), et avec l’aide

de Jeanne de Penthièvre, organise la résistance à Charles V.

Des conciliabules se tiennent, des chefs sont nommés, des

ambassades sont envoyées au duc pour l’engager à revenir en

Bretagne. La dernière, celle de Jean de Quelen, est du 4 mai

1379 (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 218). Après avoir

échoué dans ses tentatives de conciliation auprès de Jeanne

de Penthièvre (_Arch. Nat._, KK 242, fol. 107) et de son fils

Henri, en mai 1379, le duc d’Anjou est nommé le 1er juillet

lieutenant général et spécial en Bretagne avec 1100 hommes

d’armes. Il commence la campagne de Bretagne.

En Normandie, monseigneur Guillaume des Bordes[211], établi à

Valognes dont il est capitaine, cherche de toute façon à harceler la

garnison de Cherbourg commandée par Jean de Harleston[212]; avec lui

sont le petit sénéchal d’Eu[213], Guillaume Martel[214], Braquet de

Braquemont[215], le seigneur de Torci[216], Perceval d’Esneval[217],

le Bègue d’Ivry, Lancelot de Lorris[218] et autres chevaliers. Dans une

escarmouche, Lancelot de Lorris provoque en bataille personnelle un

chevalier anglais nommé Jean de Copelant, qui le tue; les deux routes

en viennent alors aux mains, et tous les seigneurs français sont faits

prisonniers, et parmi eux Guillaume des Bordes, que prend un écuyer de

Hainaut, Guillaume de Beaulieu[219]. Les prisonniers sont conduits à

Cherbourg[220], où ils retrouvent Olivier du Guesclin[221]. P. 138 à

140, 318, 319.

[211] Guillaume des Bordes, capitaine général du Cotentin,

passe le printemps de 1379 à solder les travaux de

fortification de Montebourg (_Mus. Brit., Addit. Charters_ 10

701-10 712; Cheltenham 8670).

[212] Jean de Harleston, après le ravitaillement de Cherbourg

du 3 au 29 avril 1379, avait retenu 160 hommes d’armes, 106

archers et 20 arbalétriers; le 29 il arriva à Cherbourg avec

185 hommes d’armes, 105 archers et 30 arbalétriers. Du 29 avril

au 30 décembre 1379, il entretient 300 hommes d’armes, 200

archers et 60 arbalétriers (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For.

Acc. 4_, m. 16 vº). Il est remplacé le 23 octobre 1379 comme

capitaine de Cherbourg par William de Wyndesore (_Rec. Off.,

French Rolls, 3 Rich. II_, m. 19).

[213] Jean le Sénéchal, sénéchal d’Eu, était en juillet 1375

capitaine du château des Moulineaux (_Mandements de Ch. V_, nº

1147) et en août de la même année capitaine de Saint-Sauveur

(_Ibid._, nº 1155). Il sert en 1385 et 1386 en Normandie sous

le gouvernement du seigneur de la Ferté (_Bibl. Nat., Clair._

vol. 45, nos 170-172).

[214] Guillaume Martel, châtelain de Gaillard en 1369

(_Mandements de Ch. V_, nº 620), châtelain de Falaise en 1375

(_Ibid._, nº 1136), chambellan du roi en août 1377 (_Bibl.

Nat., Pièces orig._ vol. 1868), était en 1414 seigneur de

Bacqueville et premier chambellan du roi (_Coll. de Bastard_,

p. 153). Voy. sur ce personnage la notice de M. H. Moranvillé

(_Mém. de la Soc. de l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 400-403).

[215] Guillaume, sire de Braquemont, dit Braquet, seigneur de

Tartigny par sa femme en juin 1380 (_Arch. Nat._, JJ 117, fol.

84), chambellan du duc d’Orléans, au 10 janvier 1389 (_Coll. de

Bastard_, p. 16), chambellan du roi au 4 juillet 1391 (_Bibl.

Nat., Pièces orig._ vol. 494), seigneur du Pont Tranquart,

capitaine de Chauni-sur-Oise, au 7 avril 1402 (_Coll. de

Bastard_, p. 185), maréchal d’Orléans, lieutenant général au

duché de Luxembourg, gardien de Mouron, aux 11-13 avril 1402

(_Ibid._, p. 190).

[216] Colart d’Estouteville, seigneur de Torci, est cité comme

gardien et gouverneur du château d’Arques, le 20 mai 1379

(_Mandements de Ch. V_, nº 1840); il est nommé capitaine de

Cherbourg après la reddition de la ville en 1404 (_Chr. de P.

Cochon_, p. 325-326).

[217] Sur ce personnage déjà rencontré (cf. p. XLIV, note 3),

voy. la notice de M. H. Moranvillé (_Mém. de la Soc. de l’Hist.

de Paris_, t. XVII, p. 341-343).

[218] Ce _Lancelot_, qu’il faut peut-être identifier avec un

_Guérin_ de Lorris (cf. H. Moranvillé, _Mém. de la Soc. de

l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 395-396), se montre au service

du duc d’Anjou en mars 1371 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.

1755).

[219] Un Guillaume de Beaulieu, cité comme écuyer en 1429 dans

Rymer (t. X, p. 435), ne semble pas devoir s’identifier avec

celui-ci.

[220] L’escarmouche où fut pris Guillaume des Bordes eut lieu

le 4 juillet 1379 entre Montebourg et Cherbourg; elle est

racontée avec détails dans la première rédaction adoptée par

Buchon à la fin du premier livre (t. I, p. 720-721; cf. Kervyn,

t. IX, p. 137-139). Guillaume des Bordes fut interné à la tour

de Londres, par un mandement adressé au connétable Alain de

Buxhull, en date du 12 mai 1380 _(Rec. Off., Close Rolls, 3

Rich. II_, m. 4). Le 30 août 1380, sa rançon est attribuée à

Thomas de Felton (_Rec. Off., Patent Rolls, 4 Rich. II_, part

1, m. 22).

[221] A la date du 25 mai et du 20 juin 1379, une somme de 100

sols est accordée à Jean Clewell pour conduire de Weymouth à

Londres Olivier du Guesclin, deux écuyers et un valet (_Rec.

Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 8).

En Auvergne et en Limousin le pays souffre des incursions anglaises:

le château de Ventadour[222] est vendu six mille francs à un chef

breton, Geoffroi Tête-Noire[223], par Ponce du Bois, écuyer du

comte de Ventadour, à la condition que le comte pourra se retirer,

avec sa famille et ses armes et bagages, à Montpensier[224], près

d’Aigueperse[225], en Auvergne. Geoffroi prend possession du château,

et s’empare par la suite de nombreuses places en Auvergne, en Rouergue,

en Limousin, en Querci, en Gévaudan, en Bigorre et en Agenois. D’autres

capitaines anglais[226] accompagnent Geoffroi Tête-Noire: Mérigot

Marchès, qui prend le château de Chalusset[227], le bâtard de Carlat,

le bâtard Anglais, le bâtard de Caupenne, Raymond de Sort[228], Gascon,

et Pierre le Béarnais. P. 140, 141, 319.

[222] Corrèze, commune de Moustier-Ventadour. Le château fut

remis à Geoffroi Tête-Noire dans les derniers mois de 1378

(_Dictionnaire statistique... du Cantal_, t. IV, p. 286).

[223] En 1379, l’année suivante, Tête-Noire prenait Chalus

(_Dict. statistique... du Cantal_, t. IV, p. 286); nous le

retrouvons en Nivernais; et Philippe de Jaucourt organise la

résistance contre lui (J. Finot, _Recherches sur les incursions

des Anglais_, p. 116).

[224] Puy-de-Dôme, arr. de Riom.

[225] Puy-de-Dôme, arr. de Riom.

[226] Voy. dans Durrieu (_Les Gascons en Italie_, p. 17, note

1) une liste de villes occupées par les Anglais dans le centre

de la France.

[227] Chalusset (Haute-Vienne) est pris par Mérigot Marchès

dans les derniers mois de 1378 (_Dict. statistique... du

Cantal_, t. IV, p. 286). Mérigot Marchès, qui doit finir

tragiquement plus tard, neveu de Pierre le Béarnais, capitaine

de Chalusset, avait soutenu en 1353-1354 la cause du roi Jean

(Duplès-Agier, _Rég. crim. du Parlement_, t. II, p. 184, note

1); en 1378 il est en Angleterre, qu’il ne quitte qu’après le

16 octobre 1378, date à laquelle ses biens sont confisqués en

France (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 158 vº). L’année suivante

Marchès est capitaine au lieu dit Roc de Borde en Limousin; il

s’empare de l’abbaye de Lartige près de Noailhac (Corrèze);

mais au bout de huit jours, le sénéchal de Limousin reprend

l’abbaye et fait prisonnier Mérigot Marchès, qui est enfermé à

Limoges. Au 2 août 1381, sa captivité dure depuis plus d’un an

et demi (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 164).

[228] Ramonet de Sort devient plus tard allié du comte

d’Armagnac, avec Raymond de Caupène (Dom Vaissete, t. IX, p.

932, note), accorde une trêve d’un an le 3 avril 1388 (_Ibid._,

p. 931, note) et traite les 8 et 15 janvier 1389 (Durrieu, _Les

Gascons en Italie_, p. 21, note 1).

Dans une de ses chevauchées, Mérigot Marchès, avec onze de ses

compagnons, se dirige vers Alleuze, près de Saint-Flour, château qui

appartient à l’évêque de Clermont; il le prend par surprise, puis se

rend à Saint-Flour. Peu de temps après il s’empare par échellement

du château et de la terre de Vallon[229]. De la sorte les garnisons

de Chalusset, de Carlat[230], d’Alleuze[231] et de Ventadour sont

anglaises, et quand elles se réunissent au nombre de cinq à six cents

lances, elles ravagent le pays. Pour les combattre, elles trouvent

devant elles les seigneurs d’Apchier et de Solleriel, le bâtard de

Solleriel et un écuyer de Bourbonnais, Gourdinet[232], qui un beau jour

fait prisonnier Mérigot Marchès et le rançonne à 5000 francs. P. 141 à

143, 319.

[229] Allier, arr. de Montluçon.

[230] Cantal, arr. d’Aurillac. En octobre 1379, les

négociations (voy. plus haut, p. XXVI, note 62) pour le rachat

de Carlat occupé par Perducat d’Albret (Dom Vaissete, t. IX,

p. 871) réussirent (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 139 vº): les

Anglais avaient évacué la ville à la Noël (_Ibid._, JJ 118,

fol. 228); ils la reprirent depuis et l’occupèrent encore

longtemps (Kervyn, t. XII, p. 352).

[231] Cantal, arr. de Saint-Flour. En 1387 Marchès occupait

encore ce château, qu’il remet au comte d’Armagnac (H.

Moranvillé, _Bibl. de l’Éc. des Ch._, t. LIII, p. 79). Les

autres châteaux sont aussi occupés par les chefs de compagnies

(cf. Kervyn, t. XIII, p. 352).

[232] Sans doute le même que Gourdinot, capitaine de Tracros en

1375 pour le roi d’Angleterre, que cite la _Chronique du bon

duc Loys de Bourbon_ (p. 94-95).

Chroniques de J. Froissart, tome 09/13 · 第 27 / 137 题