CHAPITRE IV.

_Commencement de 1378._ ALLIANCE DES ROIS D’ANGLETERRE ET

DE NAVARRE.--_21 juin._ EXÉCUTION A PARIS DE JACQUES DE RUE

ET DE PIERRE DU TERTRE.--_20 avril._ PRISE DE POSSESSION

DE MONTPELLIER PAR CHARLES V.--_1379, 4 février._ TRAITÉ

ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET DE CASTILLE.--_1378, 27

juillet._ REMISE DE CHERBOURG AUX ANGLAIS PAR CHARLES LE

MAUVAIS.--_Avril-juin._ SOUMISSION AU ROI DE FRANCE DES

VILLES ET CHATEAUX NAVARRAIS EN NORMANDIE.--_Août._ LE DUC

D’ANJOU MENACE BORDEAUX.--_Fin de 1378._ SIÈGES DE BAYONNE

ET DE PAMPELUNE PAR LE ROI DE CASTILLE.--_1378, août._ LE

DUC DE LANCASTRE VIENT ASSIÉGER SAINT-MALO.--_Septembre._

RAVITAILLEMENT DE CHERBOURG.--_Août._ MEURTRE D’OWEN DE

GALLES.--_Août et septembre._ RASSEMBLEMENT D’UNE NOMBREUSE

ARMÉE A SAINT-MALO.--_Septembre._ LEVÉE DU SIÈGE DE MORTAGNE.

PRISE DES FORTS SAINT-LÉGER ET SAINT-LAMBERT.--_Fin

décembre._ LEVÉE DU SIÈGE DE SAINT-MALO.--_1379, janvier._

CAPTURE D’OLIVIER DU GUESCLIN.--_1378, fin d’octobre._ PRISE

DE BARSAC PAR LES ANGLAIS.--_1378, octobre à janvier 1379._

CHEVAUCHÉES DE THOMAS TRIVET EN GASCOGNE, EN NAVARRE ET EN

CASTILLE.--_Commencement de 1379._ TRAITÉ ENTRE LES ROIS DE

NAVARRE ET DE CASTILLE.--_1379, 30 mai._ MORT DU ROI HENRI DE

CASTILLE (§§ 40 à 82).

Le roi de Navarre devenu veuf, les hommes de loi du royaume de France

pensaient que ses enfants auraient dû être mis en possession de

l’héritage de leur mère, y compris la Normandie[102], sous la tutelle

de leur oncle, le roi de France, jusqu’à leur majorité. Craignant une

telle chose, le roi de Navarre envoie au roi de France l’évêque de

Pampelune[103] et Martin de la Carre, pour lui demander de lui rendre

ses deux enfants, ou tout au moins Charles, dont le mariage avec la

fille du roi de Castille se préparait[104]. En même temps il fait

partir en Normandie secrètement deux autres ambassadeurs, Pierre le

Basque et Ferrando[105], pour veiller aux moyens de défense de ses

châteaux.

[102] Comme nous l’avons dit plus haut (p. XXXIV, note 2), le

comté d’Évreux n’était pas de l’héritage de la reine de Navarre.

[103] L’évêque de Pampelune était à cette époque Martin de

Zalva, qui fut nommé cardinal en 1380 par Clément VII et mourut

en 1403.

[104] Il y a ici confusion dans la chronologie de Froissart:

Charles de Navarre, en effet, qui avait épousé Éléonore de

Castille, fille du roi Henri, le 27 mai 1375, n’arriva en

Normandie que pendant le carême de 1378 (_Grandes Chroniques_,

t. VI, p. 432) avec Jacques de Rue, auquel nous voyons

attribuer à la date du 3 janvier 1378 une somme de 60 florins

pour un mulet destiné au voyage de France (_Arch. de la Ch. des

Comptes de Navarre_, caj. 33, nº 2{3} et nº 104). Charles de

Navarre était à Montpellier le 18 février, et n’en repartait

que le 1er mars (_Le petit Thalamus_, p. 395-396) pour la

Normandie. De là il se rendit avec un sauf-conduit, vers la fin

de mars (E. Petit, _Séjours de Charles V_, p. 64), à Senlis,

auprès du roi, pour lui demander la délivrance de son familier,

Jacques de Rue, qui venait d’être arrêté à Corbeil le 25 mars

(_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 432). Après avoir prêté

serment de remettre en la garde du roi les places de Normandie,

il accompagne l’armée royale. Pierre de Navarre, son frère,

tombe entre les mains de Charles V, ainsi que Bonne, sa sœur,

après la reddition du château de Breteuil, vers la fin d’avril

1378.

[105] Ferrando d’Ayens, maître d’hôtel de Charles le Mauvais,

était déjà en 1372, avant la mort de la reine de Navarre,

«gouverneur et lieutenant» des terres que le roi de Navarre

possédait en Normandie (_Mandements de Ch. V_, nº 1841). Il

était en Normandie, préparant tout pour la défense des châteaux

navarrais, quand Charles de Navarre y arriva en mars 1378. Il

accompagna le jeune prince à Senlis auprès du roi de France,

qui le fit arrêter (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 433 et

_Chronique du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 9) et bailler «en

garde à aucuns des officiers du roy, pour mener avecques le

duc de Bourgoigne en Normendie, afin qu’il luy fist rendre les

dites forteresses». Ses biens confisqués, Ferrando (_Arch.

Nat._, JJ 118, fol. 113 vº) fut d’abord enfermé à Caen; après

la levée du siège de Cherbourg, on le transféra à Rouen (_Chr.

des Quatre Valois_, p. 278). En 1387, Ferrando était encore

prisonnier du roi de France (Kervyn, t. XX, p. 228). C’est par

erreur que Jean Cabaret d’Orville (_Chronique du bon duc Loys

de Bourbon_, éd. Chazaud, p. 67) le fait mourir à Gavray par

suite de l’explosion d’un baril de poudre.

La première ambassade ne réussit guère: le roi de France répond qu’il

garde ses neveux auprès de lui.

Pierre le Basque et Ferrando arrivent à Cherbourg avec une grande

quantité de vivres et de munitions qu’ils répartissent entre plusieurs

villes et châteaux de la Normandie et visitent tout le comté d’Évreux,

où ils placent des hommes à eux. Pendant ce temps l’évêque de Pampelune

et Martin de La Carre reviennent trouver le roi de Navarre à Tudela,

pour lui faire part du mauvais résultat de leur mission. Le roi,

n’osant pas se risquer à faire la guerre sans alliances, remet à plus

tard ses projets de vengeance contre le roi de France. P. 54 à 56, 303.

Le roi de France n’était pas sans avoir connaissance des préparatifs

du roi de Navarre en Normandie. De plus les Anglais réunissaient

secrètement une flotte, avec 2000 hommes d’armes et 8000 archers, dont

les chefs étaient le duc de Lancastre et le comte de Cambridge, se

préparant, au dire de bien des gens, à occuper en Normandie les villes

et châteaux du roi de Navarre[106].

[106] Aux termes d’un traité conclu entre le roi de Navarre

et le roi d’Angleterre, ce dernier s’engageait à aider

Charles le Mauvais à s’emparer du Limousin, lui promettait

le gouvernement de la Guyenne et lui fournissait des troupes

contre le roi de Castille; par contre le roi de Navarre cédait

aux Anglais ses châteaux de Normandie (_Grandes Chroniques_,

t. VI, p. 420-421). C’est pour aller prendre possession de ces

forteresses que le duc de Lancastre rassemblait dès le mois

de janvier 1378 une nombreuse flotte et que le roi donnait

pouvoir à John Merewell, en date du 28 janvier, «d’arrester

toutes nefs et barges de 20 tonneaux et au dessus... devers le

south et le west... pour aller en nostre service à noz gages

en un viage affaire sur la meer en le mois de marcz proschein

venant.» (_Rec. Off._, _French Rolls, 1 Rich. II_, part 1, m.

4). Ce «grant viage» devait compter trois mille hommes d’armes

et trois mille archers (_Ibid._, _Queen’s Rem._, _Misc., Navy

609/10_), sous le commandement du duc de Lancastre (prenant

le titre de roi de Castille et de Léon), qui s’engageait

personnellement à fournir 500 hommes d’armes et 500 archers

(_Ibid._, _Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 43).

Vers le même temps on prend en France et on amène à Paris deux

secrétaires du roi de Navarre, l’un clerc et l’autre écuyer,

Pierre du Tertre et Jacques de Rue. Convaincus d’avoir voulu

empoisonner le roi de France pour servir les intérêts du roi de

Navarre, ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés à Paris[107].

[107] Pierre du Tertre fut pris à Bernay (voy. p. XLVI,

note 132); Jacques de Rue fut arrêté à Corbeil le 25 mars 1378.

Tous deux étaient accusés, entre autres crimes, d’avoir

voulu empoisonner le jeune prince Charles de Navarre et le

roi de France. Leur confession est relatée dans les _Grandes

Chroniques_ (t. VI, p. 419-432 et 435-439) et la clef de la

correspondance secrète existant entre Charles le Mauvais et

Pierre du Tertre a été publiée par Secousse (_Mémoires_,

t. II, p. 414-417), et par M. de Beaurepaire (_Chronique de

Pierre Cochon_, p. 153-157). La véritable cause de leur procès

était d’avoir contribué à l’alliance anglo-navarraise et

voulu «livrer des chasteaulx que le roy de Navarre tenoit en

Normandie aux Angloiz» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 273).

Jugés et condamnés par le Parlement (_Arch. Nat._, X1a 1471,

fol. 54 vº), ils furent décapités à Paris le 21 juin 1378,

«lundi après le Sacrement» (_Chr. de P. Cochon_, p. 149), la

«foire du Lendit seant» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 273).

Les biens de Pierre du Tertre avaient été confisqués dès le 17

avril et donnés à Jean de Vaudetar et à Gilet Malet. (Secousse,

_Mémoires_, t. II, p. 369; _Arch. Nat._, JJ 112, fol. 114 vº.)

Le roi de France n’hésite plus, et résout de prendre possession en

Normandie, pour lui et ses neveux, des villes et châteaux du roi de

Navarre, d’autant qu’on répétait partout que le roi de Navarre allait

épouser Catherine, la fille du duc de Lancastre[108], et par contre

abandonner au duc tout le comté d’Évreux. Le roi de France vient donc à

Rouen[109], et rassemble une armée qui, sous les ordres des seigneurs

de Couci et de la Rivière[110], se rend sous les murs d’Évreux avec les

deux fils du roi de Navarre, pour bien montrer que la guerre est faite

dans l’intérêt de ces enfants. Mais la garnison, composée de Navarrais

fidèles à leur roi, ne se laisse guère entamer. P. 56 à 58, 303, 304.

[108] Catherine, fille du duc de Lancastre et de Constance de

Castille, épousa en 1393 Henri III, roi de Castille, et mourut

en 1418.

[109] Durant tout l’été de 1378, la présence du roi à Rouen

n’est pas signalée (E. Petit, _Séjours de Ch. V_), mais bien

celle de Jean le Mercier qui prépare tout pour la guerre

prochaine (Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p.

61) et celle de B. du Guesclin, à qui le 8 mars on offre le vin

(_Arch. de la Seine-Inférieure_, 1, 3, 1re col.).

[110] L’armée était commandée par le duc de Bourgogne, le duc

de Bourbon et Bertrand du Guesclin (_Chr. des Quatre Valois_,

p. 266).

Le roi de France envoie comme commissaires à Montpellier, pour prendre

possession de la terre et de la seigneurie, Guillaume de Dormans

et Jean le Mercier[111]. Les notables de la ville se soumettent,

craignant les gens d’armes du duc d’Anjou et du connétable qui

étaient proches. On garde comme prisonniers deux chevaliers, Gui de

Gauville[112] et Léger d’Orgessin[113], qui représentent le roi de

Navarre à Montpellier; et la ville devient française. P. 58, 59, 304.

[111] Ce fut Jean de Bueil, sénéchal de Toulouse, qui fut

chargé par le duc d’Anjou de prendre possession de Montpellier,

le 20 avril 1378 (_Le petit Thalamus_, p. 396) et non pas Jean

le Mercier, qui de mars en mai resta en Normandie (voy. H.

Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p. 62, note 4).

[112] Gui de Gauville, qui dès 1370 était capitaine du château

de Chambrais pour le roi de Navarre (L. Delisle, _Collections

de Bastard_ p. 156), embrassa bien vite en 1378 la cause du

roi de France et ne resta pas son prisonnier. Il obtient le

12 juillet, la restitution des biens confisqués à son père,

Guillaume de Gauville (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 9 vº), le 29

le paiement par le roi d’une indemnité due à Jean de Meudon

(_Mandements de Ch. V_, nº 1772) et le 30, des lettres de

rémission (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 20-21).

[113] Léger d’Orgessin ne fut pas gardé longtemps prisonnier:

nous le retrouvons un peu plus tard au siège de Pacy et le

29 juillet 1378, il obtient des lettres de rémission (_Arch.

Nat._, JJ 114, fol. 142).

En Normandie les garnisons navarraises sont bien décidées à la

résistance, celle d’Évreux entre autres, qu’assiègent les seigneurs de

Couci et de la Rivière.

Le roi de Navarre, d’un autre côté, apprenant la prise de Montpellier,

se décide à demander secours aux Anglais. Il envoie comme messager un

clerc en qui il avait grande confiance, maître Pascal[114], qui aborde

en Cornouaille et se rend à Sheen[115], puis à Londres, où il est

bien reçu par le roi Richard, en présence du comte de Salisbury et de

Simon Burley. Mais Richard préférait s’entendre directement avec le

roi de Navarre. Pascal retourne donc en Navarre, et Charles le Mauvais

s’embarque pour l’Angleterre, emmenant avec lui Martin de la Carre et

Pascal[116]. P. 59 à 61, 354.

[114] A Pascal de Ilardia, secrétaire de Richard II, devait

être adjoint Garcies Arnaud, sire de Garro, car le 8 avril 1378

nous trouvons la mention d’un paiement fait au patron d’une

barque bayonnaise par le roi d’Angleterre pour le retour de cet

ambassadeur (_Rec. Off., Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº

64).

[115] Sheen, localité absorbée par Richmond, aux environs de

Londres.

[116] A Pascal de Ilardia étaient adjoints Charlot, le neveu du

roi de Navarre, et Garcies Arnaud (_Rec. Off., Treas. of the

Rec., Misc. 43/8_, nº 87).

Peu avant le départ de Charles le Mauvais, le roi de France s’était

assuré l’alliance du roi de Castille[117], qui avait déclaré la guerre

à la Navarre. Laissant derrière lui, pour garder ses frontières contre

les Espagnols, le vicomte de Castelbon[118], le seigneur de Lescun,

Pierre de Bearn[119] et Pierre le Borgne, avec de nombreux gens

d’armes, le roi de Navarre aborde en Cornouaille et se rend à Windsor

où bientôt est conclu le traité suivant: le roi de Navarre s’engage

à ne faire aucun accord avec le roi de France ou le roi de Castille,

sans le consentement du roi d’Angleterre; il remet Cherbourg[120] entre

les mains du roi d’Angleterre, qui en aura la garde trois ans durant,

à ses frais; la souveraineté et la seigneurie en demeureront au roi

de Navarre. Quant aux villes de Normandie que les Anglais pourront

prendre, elles deviendront anglaises, la souveraineté en restant

toujours au roi de Navarre. Le roi d’Angleterre doit immédiatement

envoyer mille lances et deux mille archers à Bordeaux ou à Bayonne,

pour guerroyer en Navarre contre le roi de Castille, aux frais du

roi de Navarre. Le duc de Bretagne[121] était présent à la signature

du traité; le duc de Lancastre et le duc de Cambridge reçoivent avis

d’entrer en Normandie. P. 61 à 63, 304.

[117] La mention d’un messager et d’un chevalier du roi de

Castille à la cour de France en avril et mai 1378 (_Mandements

de Ch. V_, nos 1688 et 1728) se rapportent sans doute à la

conclusion du traité entre les rois de France et de Castille.

Henri hésita quelque temps à se déclarer pour le roi de France,

et essaya même de régler un différend antérieur avec le roi de

Navarre en lui cédant Lagroño moyennant 20 000 _doblas_; mais

les succès du roi de France en Normandie forcèrent la main

au roi de Castille, qui finit par entrer en campagne (Lopez

de Ayala, _Cronicas_, éd. 1780, t. II, p. 90-91). Le traité

est conclu le 4 février 1379: le roi de Castille s’engage à

armer pour la saison d’été 20 galées qui doivent se réunir

à la Rochelle pour de là ravager les îles anglaises; chaque

galée avec son équipage coûtera 1200 francs par mois au roi de

France; les profits sont partagés par moitié (Hay du Chastelet,

_Hist. de du Guesclin_, p. 403-405).

[118] Mathieu de Foix, vicomte de Castelbon, obtient en 1391 le

comté de Foix du roi de France, qui en 1390 l’avait acheté cent

mille francs à Gaston Phébus.

[119] Pierre de Béarn, frère bâtard de Gaston Phébus.

[120] Le sauf-conduit donné par Richard II au roi de Navarre

pour venir en Angleterre avec 500 personnes est valable pour

un an à la date du 31 mai 1378 (Rymer, t. VII, p. 196).

Garcies Arnaud, un des ambassadeurs du roi de Navarre, part

d’Angleterre dès le mois de juin, avec Guillaume de Farington,

100 hommes d’armes et 50 arbalétriers, pour occuper Cherbourg

et Mortain au nom du roi d’Angleterre. La remise au roi Richard

de ces villes, dont la deuxième n’était pas encore au pouvoir

de Charles V à cette époque, avait été faite par Charles de

Navarre, dit Charlot, neveu de Charles le Mauvais, le 27

juillet 1378. Dès le 20 du même mois, le roi d’Angleterre avait

ordonnancé le premier paiement d’un acompte de 10 000 francs

sur les 25 000 qu’il prêtait au roi de Navarre; la dernière

quittance de cette somme est du mois de septembre (_Rec. Off.,

Treas. of the Rec., Misc. 42/32_, nºs 13, 15, 22; _Ibid._,

43/8, nºs 87, 88, 99, 103, 123). Cherbourg était cédé pour

3 ans au roi d’Angleterre, qui promettait de fournir au roi

de Navarre pendant 4 mois chaque année 500 hommes d’armes

et 500 archers (Rymer, t. VII, p. 201). Dès le 15 juin, de

Pont-Audemer, le connétable du Guesclin avait mandé aux vicomte

et capitaine de Pont de l’Arche de construire un grand _engin_

qui devait être prêt à la fin du mois pour mener à Cherbourg;

même ordre avait été donné à Vernon et à Louviers (_Arch.

Nat._, K 51, nº 32). L’investissement de Cherbourg commence dès

le mois de juillet (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 39).

[121] Jean de Montfort, duc de Bretagne, dont l’alliance avec

la couronne d’Angleterre avait été confirmée dès 1377 par des

lettres de Richard II (_Bibl. Nat., coll. Moreau 702, Bréq.

78_, fol. 53-60), avait fait partie d’octobre 1377 à janvier

1378 d’une expédition de Buckingham sur Brest, dont ne parle

pas Froissart. Cette expédition, venant après celle de Gui de

Brian, qu’avait fait échouer la mort d’Edouard III (_Rec. Off.,

Queen’s Rem., Misc., Army 49/81_), fut décidée le 10 septembre

1377 (_Ibid._, _Navy 608/2_). Le roi demande des subsides au

clergé le 29 septembre (_Rec. Off., Close Rolls, 1 Rich. II_,

m. 3 vº), emprunte sur ses joyaux 5000 livres (_Ibid._, _Patent

Rolls, 1 Rich. II_, part. 5, m. 22) et ordonne à Buckingham

d’être prêt à partir le 10 octobre (_Ibid._, _Queen’s Rem.,

Misc., Navy 608/2_). Le 20 octobre, la flotte part de Londres,

forte de près de 2000 hommes d’armes et 2000 archers, et

protégée par des nefs bayonnaises (_Rec. Off., Issue Rolls,

3 Rich. II_, m. 3), sous le commandement de Buckingham,

lieutenant du roi, et de Michel de la Pole, amiral du nord. Le

duc de Bretagne emmenait 200 hommes d’armes et 200 archers;

Thomas de Percy, 60 hommes d’armes et 60 archers; Robert

Knolles, 140 hommes d’armes et 140 archers; Jean d’Arundell,

200 hommes d’armes et 200 archers (_Rec. Off., Issue Rolls,

1 Rich. II_, m. 2), etc. La flotte entre le 9 janvier 1378

dans la rade de Brest, et Robert Knolles est nommé gardien du

château (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 4 vº)

en place de l’écuyer Jean Clerc, qui avait été fait prisonnier

par les Français sous les murs de la ville (_Rec. Off., Issue

Rolls, 1 Rich. II_, m. 10). L’expédition rentre à Southampton

le 25 janvier 1378 (_Ibid._, m. 38 rº), et, à son retour,

Buckingham est aussitôt retenu au service de Richard II avec 50

hommes d’armes et 50 archers. Le 1er mai Richard II lui mande

d’être à Southampton le 15 juin (_Ibid._, _Queen’s Rem., Misc.,

Navy 608/2_).

Le roi de France attendant les événements avec prudence, se tenait en

Bretagne avec les seigneurs de Clisson, de Laval, de Beaumanoir et de

Rochefort et le vicomte de Rohan[122], qui avaient mis le siège sous

les murs de Brest, défendu par un écuyer anglais, nommé Jacques Clerc.

Pour éviter que les Anglais ne puissent s’établir dans les villes de

Normandie, le roi ordonne aux seigneurs de Couci et de la Rivière de se

hâter de prendre par force ou en traitant, les villes les plus proches

de la mer; et sachant que Cherbourg n’était pas de prise facile, et

voulant en empêcher le ravitaillement, il envoie à Valognes[123]

des gens d’armes de Bretagne et de Normandie, les Bretons sous les

ordres d’Olivier du Guesclin, les Normands sous les ordres du seigneur

d’Ivry[124] et de Perceval d’Esneval[125]. P. 63, 64, 304.

[122] Alain de Rohan reçoit à Paris, le 17 décembre 1377,

mandat de se trouver en Bretagne à la frontière de Brest (Dom

Morice, _Preuves de l’Histoire de Bretagne_, t. II, p. 184).

C’est donc après cette date qu’il faut mettre le siège de

Brest, pendant lequel Jacques Clerc est fait prisonnier (voy.

la note précédente): on a vu que l’arrivée des renforts anglais

était de janvier 1378.

[123] Valognes, commandé par Guillaume de la Haye (_Mandements

de Ch. V_, nº 1825), se rend le 26 avril 1378 à du Guesclin,

à Charles de Navarre et au duc de Bourgogne, qui y est encore

le 28 (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 181). Le château ne fut

pas démoli (_Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 11), et la

garde, ainsi que celle de la ville, en fut confiée à Jean de

Siffrevast, écuyer du roi, aux gages de 500 livres par an

(_Mandements de Ch. V_, nos 1760 et 1920).

[124] Charles d’Ivry, enfant servant d’écuelle devant le

dauphin en avril 1378 (_Mandements de Ch. V_, nº 1691), est

fait capitaine d’Ivry le 1er juillet 1378 (_Bibl. Nat., Pièces

orig._ vol. 1561): on le trouve chambellan du roi en avril 1390

(_Ibid._).

[125] Perceval d’Esneval, chevalier, est au service du

connétable le 27 mai 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.

1064), assiste au siège de Gavray le 31 mai 1378 (_Mandements

de Ch. V_, nº 1731), sert en Picardie en juillet et août 1380

(_Bibl. Nat., Clair._ vol. 43, nº 3229 et vol. 40, nº 2995).

En octobre 1397, on le trouve chambellan du duc d’Orléans et

sénéchal de Ponthieu (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1064).

Les seigneurs de Couci et de la Rivière avaient mis le siège sous les

murs d’Évreux[126], une grande ville de Cotentin, tout près de la

mer, qui appartenait au comté d’Évreux. Les habitants, après avoir

demandé une trêve de trois jours, entrent en pourparlers, et bientôt

les seigneurs de Couci et de la Rivière prennent possession de la ville

au nom du roi de France, agissant comme procureur du jeune Charles

de Navarre, présent lui-même. Une garnison installée, les Français

viennent assiéger Carentan, belle ville et fort château situés au bord

de la mer. P. 64, 65, 304.

[126] Le texte de Froissart est ici en contradiction avec

lui-même, puisque après avoir raconté la prise d’Évreux, il

en reparle plus loin, p. 67, 79 à 81. Le fait qu’il parle

d’une grande ville de Cotentin, située près de la mer, montre

qu’il s’agit d’Avranches. Certains mss., comme _B 1_, ont

corrigé ici après coup _Évreux_ en _Evrenses_ (_Avranches_);

d’autres, comme _B 7_, ont supprimé la phrase caractéristique

d’Avranches, relative au voisinage de la mer, ou comme _B

12_, ont remplacé plus loin (p. 67, 79 à 81) _Évreux_ par

_Avranches_. En adoptant la leçon _Avranches_, pour le

paragraphe 46, Froissart n’en reste pas moins fautif d’avoir

fait commencer la campagne de Normandie par le siège de cette

ville, qui fut prise par Bertrand du Guesclin le 29 avril

1378 (S. Luce, _Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 10, note

3), alors qu’Évreux s’était rendu le samedi 17 avril (_Arch.

Nat._, JJ 113, fol. 8 vº à 9 rº). La démolition du château est

ordonnée par le roi en date du 14 juillet 1378 (_Mandements de

Ch. V_, nº 1767) et est à peine achevée en 1380 (_Arch. Nat._,

JJ 116, fol. 87). Le 29 juillet 1378, des lettres de rémission

sont accordées à des habitants d’Avranches, anciens partisans

de Charles le Mauvais (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 23). Au siège

d’Avranches assistaient non seulement le seigneur de Couci et

Bureau de la Rivière, mais Bertrand du Guesclin et le duc de

Bourgogne, qui dut partir de là pour faire un pèlerinage au

Mont-Saint-Michel (É. Petit, _Itinéraires_, p. 138).

Depuis la mort d’Eustache d’Aubrecicourt, les habitants de Carentan

n’avaient plus de capitaine; aussi ne se sentant pas soutenus, et

effrayés par le voisinage des flottes française et espagnole, qui,

sous les ordres de Jean de Vienne et de l’amiral espagnol, menaçaient

Cherbourg, ils traitent bientôt et se mettent en l’obéissance du roi

de France, sous la réserve des droits du jeune héritier, Charles de

Navarre[127].

[127] Carentan se rendit le 25 avril 1378 à l’amiral Jean

de Vienne (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. 119); le

château ne fut pas abattu (_Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I,

p. 10-11), mais placé, ainsi que la ville, sous la garde de

Guillaume de Villers, chevalier, aux gages de 800 francs par an

(_Mandements de Ch. V_, nº 1758). Jean de Vienne ne devait pas

être accompagné de la flotte espagnole qui n’arrivait pas en

France avant le mois de juin (Terrier de Loray, _loc. cit._, p.

125, note 1).

Le château des Moulineaux se rend de même au bout de trois jours[128];

et tandis que l’armée se repose sur les bords de l’Orne, Couches

ouvre ses portes aussi[129]. Les garnisons ennemies, rendues ainsi

libres, se retirent à Évreux[130], dont Ferrando, un Navarrais, était

capitaine. P. 65, 66, 305.

[128] Le château des Moulineaux, près de Rouen, était

certainement rendu avant le 30 juin 1378, époque à laquelle

des lettres de rémission sont accordées à un Raoulin le Coq,

«clerc» du capitaine du château (_Arch. Nat._, JJ 114, fol.

159). Le capitaine, nommé par Charles V, fut Guillaume aux

Espaulles, chevalier, aux gages de 800, puis de 300 francs par

an (_Mandements de Ch. V_, nº 1791).

[129] Conches (Eure, arr. d’Évreux) avait dû se rendre en

même temps qu’Évreux. Le château ne fut pas démoli (_Chr. du

Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 11), mais confié sans doute à la

garde d’Olivier Ferron, écuyer du roi (_Mandements de Ch. V_,

nº 1950).

[130] Sur le siège d’Évreux, voy. plus loin, p. LII.

Le château de Pacy se rend après deux jours de siège[131]. Les gens du

roi de France conquièrent ainsi tous les châteaux et petits forts qui

appartiennent au roi de Navarre[132], et le pays demeure tout entier

en leur obéissance, excepté Évreux et Cherbourg. Ils mettent alors

le siège devant Évreux, ville toujours fidèle au roi de Navarre et

commandée par Ferrando.

[131] La reddition du château de Pacy (Eure, arr. d’Évreux),

commandé par Léger d’Orgessin, est contemporaine de celle

d’Évreux, étant dû comme elle à l’entremise de Barradaco de

Barrante (_Arch. Nat._, JJ 120, fol. 78 vº), en tout cas

antérieure au 30 juin 1378, époque à laquelle des lettres de

rémission sont accordées à des partisans du roi de Navarre

(_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 11 et 15; Secousse, _Mémoires_,

t. II, p. 438-439). La démolition du château fut ordonnée par

Charles V le 2 septembre 1378, en même temps que celle des

châteaux d’Anet et de Nonancourt (_Arch. Nat._, K 51, nº 36;

_Mandements de Ch. V_, nº 1782). Le capitaine nommé par le roi

fut Jean de Saquenville, sire de Blarru (_Ibid._, nº 1752).

[132] Froissart est très incomplet dans l’énumération des

villes et châteaux de Normandie reçus en l’obéissance du roi

de France: il oublie tout d’abord de mentionner ici les sièges

de Pont-Audemer et de Mortain, dont il parle dans la première

rédaction proprement dite de son premier livre (cf. Buchon,

t. I, p. 717-718 et Kervyn, t. IX, p. 78-79). Pont-Audemer,

assiégé dès le mois d’avril par l’amiral Jean de Vienne et

défendu par Martin Sans Durete, se rendit à B. du Guesclin le

13 juin 1378 (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 72 vº et 125 vº; K 51,

nº 31); le château fut démoli (_Mandements de Ch. V_, nº 1767).

Le siège de Mortain, commencé par Colart d’Estouteville, sire

de Torcy, sur l’ordre du roi, le 30 avril 1378 (_Mandements

de Ch. V_, nº 1705), dura jusqu’à la fin de juillet: B. du

Guesclin y paraît le 20 mai (_Chr. du Mont-Saint-Michel_,

t. I, p. 10, note 6); le 20 juillet, l’ordonnancement d’une

somme payée aux ambassadeurs de Ch. de Navarre par le roi

d’Angleterre au sujet de Mortain et de Cherbourg, prouve que

ces deux villes étaient toujours navarraises (_Rec. Off.,

Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 87). Une lettre de

rémission du 30 juillet montre que Mortain était rendu à

cette date (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 59). Le château dut

être démoli (_Mandements de Ch. V_, nº 1767). D’autres villes

et châteaux assez nombreux sont aussi passés sous silence:

_Bernay_, rendu le 19 avril 1378 par Pierre du Tertre à du

Guesclin et au duc de Bourgogne; _Pont d’Ouve_; _Breteuil_,

assiégé dès le 12 avril par le connétable, le duc de Bourgogne

et Charles de Navarre, rendu avant le 4 mai, Pierre de

Navarre étant dans cette ville; _Beaumont-le-Roger_ rendu le

6 mai au connétable et au duc de Bourgogne; _Gavray_ rendu

avant le 31 mai; _Régnéville_ rendu avant le 8 juin; _Anet_,

_Chambrais_, _Breval_, _Ivry_, _Orbec_, _Nogent-le-Roy_,

_Rugles_, _Nonancourt_, _Saint-Sever_, _Tinchebray_ (voy.

_Arch. Nat._, JJ 112 et 113; L. Delisle, _Mandements de Charles

V_; Le Prévost, _Mém. et notes pour servir à l’hist. du dép.

de l’Eure_, t. I, p. 422-423, 215-216; S. Luce, _Chr. du

Mont-Saint-Michel_, t. I).

Dès le mois d’avril le roi de France confisque les biens des partisans

du roi de Navarre qu’il distribue aux siens, cherche l’apaisement en

accordant un grand nombre de lettres de rémission, nomme de nouveaux

capitaines et gardes des villes et châteaux, et ordonne la démolition

de la plupart des forteresses (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 113;

Secousse, _Mémoires_, t. II, p. 369-373).

Le roi de Navarre était retourné chez lui, comptant sur l’aide des

Anglais, qui se faisait attendre. Le duc de Lancastre et le comte

de Cambridge, avant même que le traité eût été signé avec Charles

le Mauvais, avaient été retardés par les vents contraires et par la

difficulté de rassembler à Southampton 4000 hommes d’armes et 8000

archers. Ce ne fut donc que peu avant la Saint-Jean (24 juin) qu’ils

purent partir. En passant à Plymouth, leur flotte se grossit de celle

du comte de Salisbury et de Jean d’Arondel[133], qui allaient en

Bretagne ravitailler Brest[134] et Hennebont, mais elle doit s’arrêter

à l’île de Wight, pour attendre les nouvelles. On apprend alors que

la flotte française tient la mer. On renvoie donc à Southampton Jean

d’Arondel avec 200 hommes d’armes et 400 archers pour parer à toute

surprise. P. 66 à 68, 305.

[133] La flotte de Jean d’Arondel, garde de Southampton, forte

de 200 hommes d’armes et 200 archers était prête à Southampton

dès le 17 mars. Les armements continuent (_Rec. Off., Treas.

of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 62), et le 13 juin, le duc de

Lancastre décide que la moitié de cette flotte ira ravitailler

Cherbourg (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 1 vº).

[134] Le duc de Bretagne avait cédé Brest aux Anglais pour la

durée de la guerre moyennant la somme de 1000 livres sterling

le 5 avril 1378 (Rymer, t. VII, p. 190-192), et Robert Knolles

remit la garde du château aux chevaliers Richard Abberbury et

Jean Golofre, le 10 juin 1378, qui le 20 mai 1379 le remirent à

Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec. Off., Lord Treas.

Rem., For. Acc. 4_ m. 11 rº). Dès le commencement de 1378 le

ravitaillement de Brest fut une des constantes préoccupations

des Anglais (_Ibid._, _French Rolls, 1 Rich. II_, part. 2, m.

17; _Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Realm of France 482/26_,

etc.). Thomas Norwich était gardien des vivres et des munitions

de Brest jusqu’en 1381 (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc.

4_, m. 62 rº).

Le roi de France, craignant un débarquement des Anglais, avait fait

par tout le royaume un mandement général des chevaliers et écuyers.

D’autre part le duc d’Anjou[135] avait retenu un grand nombre de gens

d’armes, voulant assiéger Bordeaux[136] et Blaye[137]; avec lui se

trouvaient le duc de Berry, son frère, le connétable et la fine fleur

de la noblesse de Gascongne, d’Auvergne, de Poitou et de Limousin. Le

duc d’Anjou avait de plus, avec le consentement du roi, levé une aide

qui pouvait bien monter à 1 200 000 francs; mais il ne put agir comme

il voulait[138], car le roi rappela le duc de Berry et le connétable,

ainsi que les barons qui pouvaient l’aider contre les Anglais. La

taille levée par le duc d’Anjou n’en fut pas moins payée. P. 68, 69,

305.

[135] A la suite de la prise de possession de Montpellier

par Jean de Bueil, le duc d’Anjou avait fait en mai 1378 un

voyage dans cette ville, où il avait convoqué les communes des

sénéchaussées de Carcassonne et de Beaucaire pour leur demander

de nouveaux subsides; puis il s’était rendu à Nîmes, qui se

montrait mal disposée à voter la taille demandée. Il était de

retour à Montpellier le 17 juin et à Toulouse au commencement

de juillet; il passait à Moissac le 26 juillet et s’arrêtait à

La Réole le 3 août. C’est là qu’il apprit que le roi de France

rappelait auprès de lui le connétable et le duc de Berri (Dom

Vaissete, t. IX, p. 866-868).

[136] Les préparatifs du duc d’Anjou dataient du mois de mai

et, le 1er juin, le conseil de Bordeaux prenait des mesures

pour résister à l’armée du duc, qui avait passé la Gironde et

s’acheminait vers la ville (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc.,

Realm of the Fr. 470/5_).

[137] Gironde, ch.-l. d’arr.

[138] En s’en retournant, le duc d’Anjou mit le siège devant

Bazas (19 août 1378), qui avait été ravitaillé dès le 23

juillet par la ville de Bordeaux (_Rec. Off., Queen’s Rem.,

Misc., Realm of Fr. 470/1_); il était de retour à Toulouse le 6

octobre (Dom Vaissete, t. IX, p. 868).

Pendant ce temps, le roi Henri de Castille avec 20 000 hommes

assiégeait Bayonne par terre, tandis que sur mer[139] deux cents

vaisseaux commandés par Ruy Dias de Rojas, Fernand de Séville, Ambroise

Boccanegra, Pedro de Velasco et Ambroise de Calatrava, bloquaient

le port. Malgré l’habileté de son capitaine anglais, Mathieu de

Gournai[140], la ville aurait succombé à l’attaque des Espagnols,

si une épidémie n’eût éclaté parmi l’armée assiégeante, enlevant

les trois cinquièmes de ses hommes. Le roi Henri, sur le conseil

d’un nécromancien de Tolède, lève le siège et vient se reposer à la

Corogne[141], tandis que les Espagnols et les Bretons se retirent dans

les petits forts qu’ils avaient pris, et que le connétable de Castille

avec 10 000 Espagnols met le siège devant Pampelune, défendu par le

vicomte de Castelbon, le seigneur de Lescun et le Basque, à la tête de

deux cents lances. Le roi de Navarre attendait toujours à Tudela[142]

l’armée anglaise, forte de 1000 hommes d’armes et de 2000 archers qui,

sous les ordres du seigneur de Neuville et de Thomas Trivet, faisait à

Plymouth ses préparatifs pour aller à Bordeaux, sans pouvoir opérer sa

traversée pendant plus de quatre mois, tous les grands bateaux anglais

étant employés par le duc de Lancastre.

[139] Au 12 mars 1378, la flotte fournie par Bayonne au roi

d’Angleterre ne comptait guère que 11 nefs et barges sous le

commandement de l’amiral de Bayonne (_Rec. Off., Treas. of the

Rec., Misc. 43/8_, nº 36).

[140] Mathieu de Gournai, sénéchal d’Aquitaine, est nommé

sénéchal des Landes le 2 août 1378 (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 2

Rich. II_, m. 6).

[141] En Galice.

[142] En Navarre.

Le duc de Bretagne vient trouver à cette époque[143] le comte de

Flandre, son cousin, qui, à la grande indignation du roi de France, le

garde auprès de lui plus d’un an et demi. P. 69, 70, 305.

[143] C’est dans le courant de 1378, sans doute en mai (Kervyn,

t. XXIII, p. 445), que le duc de Bretagne dut passer en

Flandre, après l’expédition dont il est parlé plus haut, p.

XLIII, note 121.

Le duc de Lancastre attendait toujours à l’île de Wight le vent

favorable pour partir. Avec lui étaient le comte de Salesbury, amiral

de la mer, le comte d’Oxford, connétable de l’armée, le comte Richard

d’Arondel, et autres vaillants écuyers et chevaliers[144]. Quand

le vent est enfin favorable, la flotte anglaise se dirige vers la

France[145]; et ayant appris que l’armée française est devant Évreux

et la flotte française dans les eaux de Cherbourg, le duc de Lancastre

côtoie la Normandie et passe devant Cherbourg. Il ne rencontre

point les vaisseaux français, car l’amiral Jean de Vienne était à

Harfleur[146]. Les Anglais continuent à naviguer vers la Bretagne

jusqu’à Saint-Malo, où ils prennent terre[147]. Le capitaine de la

ville, un Breton du nom de Morfouace[148], s’apprête à soutenir le

siège, avec l’aide de deux cents hommes d’armes que lui amenèrent le

vicomte de la Bellière, Henri de Malestroit et le seigneur de Combourg.

P. 70 à 72, 306.

[144] Parmi les chevaliers que Froissart ne nomme pas, il faut

citer Philippe et Pierre de Courtenai, Thomas de Percy, ce

dernier retenu depuis le 30 janvier 1378 (_Rec. Off., Issue

Rolls, 1 Rich. II_, m. 20; _Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Navy

609/10_) et Buckingham, qui emmenait 500 hommes d’armes et 50

archers (_Ibid._, _Treas. of the Rec., Misc. 43/8_, nº 126). La

flotte quitte l’île de Wight, le 17 juin (_Ibid._, _Lord Treas.

Rem., For. Acc. 4_, m. 38 rº).

[145] C’est sans doute pendant cette expédition, au

commencement de juillet, que le comte Richard d’Arondel et

Pierre de Courtenai subirent en mer la défaite sanglante à

laquelle fait allusion le marquis Terrier de Loray (_Jean de

Vienne_, p. 125-127).

[146] En septembre 1378, le capitaine de Harfleur était le

sire de Torcy, qui avait fait fermer le havre par des chaînes

(_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 112 vº).

[147] Le duc de Lancastre était devant Saint-Malo en août 1378

(_Chr. des Quatre Valois_, p. 274-275).

[148] Guillaume Morfouace, écuyer, que nous retrouverons plus

tard, lieutenant du capitaine de Saint-Malo en janvier 1374

(_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 2050) est en Bretagne sous

les ordres de Bertrand du Guesclin en juillet, septembre et

décembre 1379, ayant 10 écuyers avec lui (_Bibl. Nat., Clair._,

vol. 78, nos 6139-6141).

Jean d’Arondel, apprenant que la mer est libre, part de Southampton

avec ses 200 hommes d’armes et ses 400 archers, arrive à Cherbourg,

où il est bien accueilli, et remplace la garnison navarraise par une

garnison anglaise[149]. Pierre le Basque, l’ancien capitaine, reste

seul avec les Anglais. Au bout de quinze jours Jean d’Arondel retourne

à Southampton, dont il était capitaine; et la garnison de Cherbourg,

bien établie dans la place, n’a plus qu’à guerroyer contre les gens

d’armes français de Valognes. P. 72, 73, 306.

[149] Le voyage de Jean d’Arondel eut lieu du 1er au 16

septembre 1378; il transportait avec lui, non seulement des

hommes d’armes, mais encore des chevaux et des vivres (_Rec.

Off., Treas. of the Rec., Misc. 42/22_).

Les Anglais avaient mis le siège devant Saint-Malo, et ravageaient le

pays tout à l’entour. Les vivres ne leur manquaient pas; ils avaient

près de 400 canons à leur disposition. Les assauts étaient fréquents et

dans l’un d’eux succomba un chevalier anglais, nommé Pierre l’Estrange,

ce qui mécontenta fort le duc de Lancastre. P. 73, 74, 306.

Revenons à Owen de Galles: depuis un an et demi, il assiégeait la

ville de Mortagne[150], commandée par le syndic de Latrau, quand il

reçut la visite d’un gentilhomme gallois nommé Jacques Lamb, venu

secrètement d’Angleterre pour venger sur lui la mort du captal de Buch,

mort tristement dans la prison du Temple à Paris. Ce gentilhomme se

fit si bien voir d’Owen, en lui parlant la langue de son pays et en

l’assurant que les Gallois désiraient toujours le voir revenir comme

leur seigneur, qu’il le nomma son chambellan et lui accorda toute sa

confiance. On sait que Owen était le fils d’un prince de Galles que le

roi d’Angleterre avait fait mettre à mort. L’enfant dépouillé de ses

terres et chassé de son pays, s’était réfugié à la cour du roi Philippe

de France qui l’éleva avec ses neveux d’Alençon et autres. Owen assista

à la bataille de Poitiers, puis alla guerroyer en Lombardie, et en

France de nouveau, où le roi et tous les barons l’estimaient fort. Nous

allons dire comment il mourut. P. 74 à 77, 306, 307.

[150] Owen de Galles n’était guère arrivé sous les murs de

Mortagne qu’à la fin de l’année 1377; et c’est à la fin de

juillet 1378 que Robert Pfister, écuyer, vint au siège de

Mortagne s’entendre avec Jean (et non pas Jacques) Lamb au

sujet du meurtre d’Owen de Galles (_Rec. Off., Queen’s Rem.,

Misc., Realm. of Fr. 470/1_). Jean Lamb était arrivé avec deux

valets et avait reçu 522 livres pour son harnais de guerre

(_Ibid._).

Owen avait l’habitude pendant le siège de Mortagne de venir le matin,

quand le temps était beau, s’asseoir dehors en face du château et de

se faire peigner. Jacques Lamb l’accompagnait souvent et l’aidait à

s’habiller. Un matin qu’Owen avait envoyé Jacques Lamb lui chercher

son peigne, celui-ci revint avec une petite dague et le poignarda.

Cela fait, il courut à la porte du château, se fit reconnaître et

fut conduit devant le syndic de Latrau, qui accueillit fort mal le

traître[151]. P. 77, 78, 307.

[151] D’après un compte cité par M. Kervyn (t. XXII, p. 25-26)

le meurtre d’Owen de Galles fut payé 20 livres, à la date du 4

décembre 1378. Le même compte nous apprend que Jean Lamb était

écossais, et non gallois. Quelques mois plus tard, en octobre

1379, Jean Lamb part de Plymouth pour la Guyenne avec 10 hommes

d’armes (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Army 50/9_). Il vit

encore en 1381, et reçoit à cette époque pour ses gages et ceux

de sept hommes d’armes dans les guerres d’Aquitaine 105 fr.

(Rymer, t. VII, p. 325).

Owen fut enseveli dans l’église Saint-Léger. Cette mort, que déplora le

roi de France, ne mit pas fin au siège de Mortagne; car, désireux de

venger leur capitaine, les chevaliers bretons, poitevins et français,

comptaient sur le manque de vivres pour faire un jour ou l’autre

capituler la place[152]. Parlons maintenant du siège d’Évreux, poussé

vivement par les seigneurs de Couci et de la Rivière. P. 78, 79, 307.

[152] La ville de Mortagne avait été ravitaillée à plusieurs

reprises par les soins du conseil royal de Guyenne à Bordeaux,

le 31 mars 1378 (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr.

470/5_) et le 23 juillet (_Ibid._, 470/1).

Le roi de France, qui était alors à Rouen[153], désirait que la ville

fût prise le plus tôt possible, car il avait besoin de tous ses gens

d’armes pour combattre les Anglais en Bretagne. Aussi les assauts

étaient-ils fréquents, et les assiégeants ne manquaient pas non plus de

faire savoir aux habitants qu’ils avaient tort d’écouter les conseils

du Navarrais Ferrando et qu’ils feraient beaucoup mieux de se rendre à

leur seigneur naturel Charles de Navarre, héritier légal de sa mère.

Menaces et raisonnements agirent si bien que les bourgeois traitèrent

avec le seigneur de Couci[154]. Ferrando, retiré dans le château,

essaie de résister; mais bientôt il se rend, et obtient de se retirer

à Cherbourg avec tous ses gens et ses bagages. L’armée française reste

en Normandie, et le seigneur de Couci et autres chefs vont à Rouen

conférer avec le roi au sujet du siège de Saint-Malo. P. 79 à 81, 307,

308.

[153] Charles V, qui était resté à Senlis jusqu’au 8 avril

1378, n’était pas à Rouen, mais à Paris du 10 au 28 (É. Petit,

_Séjours de Charles V_, p. 65).

[154] La ville d’Évreux se rend le 17 avril 1378 (_Arch. Nat._,

JJ 113, fol. 8 vº à 9 rº), grâce à la complicité de Barradaco

de Barrante, navarrais (_Ibid._, fol. 11 vº et JJ 120, fol.

78 vº). Un nouveau capitaine, Jean de Meudon, est nommé, que

nous voyons apparaître dès le 24 avril (_Arch. Nat._, JJ 112,

fol. 111 vº). Quant à Ferrando, qui était alors prisonnier du

roi de France, sa présence à Évreux et à Gavray, dont il était

capitaine, doit être reportée au moment où, avant l’arrivée de

Charles de Navarre en Normandie, il cherchait à préparer contre

Charles V la défense des places du roi de Navarre. C’est à la

même époque que nous retrouvons aussi sa trace à Gavray (_Arch.

Nat._, JJ 118, fol. 52 vº).

La perte de Saint-Malo, c’était l’affaiblissement de la Bretagne.

Aussi le roi de France rassemble-t-il sous les murs de la ville une

nombreuse armée: il mande auprès de lui les ducs de Berri, de Bourgogne

et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin d’Auvergne, le comte

de Genève, Jean de Boulogne, le connétable Bertrand du Guesclin[155]

et ses routiers angevins, poitevins et tourangeaux, les maréchaux

de Blainville et de Sancerre, Olivier de Clisson, le vicomte de

Rohan[156], les seigneurs de Laval, de Retz, de Rochefort, de Dinan,

de Léon et autres barons bretons. Jamais si grande assemblée n’eut lieu

en Bretagne: dix mille hommes d’armes et cent mille chevaux. Anglais et

Français sont séparés par la rivière, et demandent la bataille; mais le

roi de France, craignant un échec, retarde toujours. P. 81 à 83, 308.

[155] Le connétable était présent au siège de Saint-Malo en

août et septembre 1378, au moins du 26 août au 16 septembre, et

correspondait à cette époque avec le duc de Berry, en ce moment

à Bourges (_Arch. Nat._, KK 252, fol. 181 vº).

[156] Le 15 octobre 1378 le seigneur de Rohan figure dans une

montre, sous le gouvernement d’Olivier de Clisson, passée à la

bastille de Gouesnou près de Brest (Dom Lobineau, _Histoire de

Bretagne_, t. II, p. 578).

Une fois le connétable essaie d’attirer le duc de Cambridge de l’autre

côté de la rivière qu’on pouvait traverser à marée basse, mais la mer

montante empêche le combat. P. 83, 84, 308.

Voyant qu’ils ne peuvent surprendre les Français et que la campagne

s’éternise en escarmouches de fourrageurs, les Anglais se décident à

creuser une mine pour entrer dans Saint-Malo. P. 84, 85, 308.

Tandis que Jacques de Montmaur, Perceval d’Esneval, Guillaume de

Moncontour et Jacques de Surgières, à la tête de leurs Bretons et

Poitevins, assiègent Mortagne, voulant venger la mort d’Owen de Galles,

une grande flotte anglaise se rassemble à Plymouth, composée de 120

vaisseaux et de 40 barques, portant mille hommes d’armes et deux mille

archers. Ce sont d’une part les quatre capitaines Thomas Trivet[157],

Guillaume le Scrop, Thomas Abingdon et Guillaume Cendrin, qui doivent

porter secours à la garnison de Mortagne, et à Mathieu de Gournai,

défendant Bayonne; de l’autre, le seigneur de Neuville[158], qui,

nommé sénéchal de Bordeaux, va soutenir le roi de Navarre contre les

Espagnols. La flotte, profitant du vent, part et entre à Bordeaux, la

nuit de la nativité de Notre-Dame, le 8 septembre 1378. P. 85, 86, 308,

309.

[157] L’engagement de Thomas Trivet de servir en Guyenne sous

Mathieu de Gournai, sénéchal de Guyenne, avec 80 hommes d’armes

et 80 archers, est du 10 mars 1378 (_Rec. Off., Treas. of

the Rec., Misc. 43/8_, nº 30); il emmenait avec lui Geoffroi

d’Argentan (_Ibid._, _Issue Rolls, 1 Rich. II_, m. 21). Ils

partirent de Plymouth au commencement de juillet, sur 10 nefs

de Zélande retenues à cet effet (_Ibid._, _Treas. of the Rec.,

Misc. 43/8_, nos 51 et 127).

[158] Jean de Neuville, qui portait depuis peu le titre de

lieutenant du roi en Guyenne, était accompagné du captal de

Buch (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), et apportait

à Bordeaux des fonds et des munitions (_Ibid._, _Treas. of the

Rec., Misc. 43/8_, nº 115; _Ibid._, _Lord Treas. Rem., For.

Acc. 4_, m. 31 vº).

Quand les Bretons et Poitevins qui assiègent Mortagne, voient passer

cette flotte, ils se décident à accepter les conditions du traité que

précédemment leur avait faites le syndic de Latrau; mais celui-ci,

comptant être secouru, refuse à son tour.

Aussitôt installé à Bordeaux, le seigneur de Neuville fait un mandement

de chevaliers et écuyers gascons et en rassemble quatre mille, avec

lesquels il part pour faire le siège de Mortagne. Les Bretons et

Poitevins ne les attendent pas, et se retirent en Poitou, laissant

seulement dans le fort Saint-Léger[159] une route de Bretons et de

Gallois, du parti d’Owen de Galles. P. 87, 88, 309.

[159] Charente-Inférieure, canton de Pons.

Les barons d’Angleterre et les Gascons descendent la Garonne, et

viennent assaillir le fort de Saint-Léger; mais ce premier assaut ne

réussit pas. P. 88, 89, 309.

Le lendemain, le seigneur de Neuville fait remplir de terre les fossés

qui entourent le fort. Les Bretons se voient perdus et entrent en

pourparlers: ils rendent le fort et peuvent se retirer où ils veulent.

Le syndic de Latrau est alors ravitaillé dans Mortagne, la garnison est

augmentée, et l’armée du seigneur de Neuville retourne à Bordeaux par

la Garonne. P. 89, 90, 309.

Après leur retour, ils apprennent qu’à six lieues de là, en Médoc, les

Bretons occupent le fort de Saint-Lambert[160] et ravagent le pays. Le

seigneur de Neuville, accompagné d’Archambaud de Grailly, de Pierre

de Rauzan, du seigneur de Duras et de Thomas de Curton, part aussitôt

avec trois cents lances gasconnes, pour assiéger le château défendu

par un écuyer breton, nommé Virelion. Après trois jours de siège, les

Bretons traitent et se retirent en Poitou. Le seigneur de Neuville

remet le château en état et y laisse pour le garder un écuyer gascon

nommé Pierre de Pressac[161], puis retourne à Bordeaux, pour attendre

des nouvelles du roi de Navarre, dont la capitale, Pampelune, était

assiégée par l’infant de Castille. P. 90 à 92, 309, 310.

[160] Gironde, canton de Pauillac.

[161] De la famille de Preissac, qui comptait parmi ses membres

Bermond Arnaud, syndic de Latrau en 1364 (_Bibl. Nat., Pièces

orig._, vol. 2375).

Le siège de Saint-Malo durait toujours, et le capitaine Morfouace

résistait vaillamment aux 400 canons anglais qui tiraient nuit et

jour sur la forteresse. D’autre part les deux armées, séparées par un

bras de mer, ne pouvaient en venir aux mains. Aussi les rencontres se

bornaient-elles à quelques escarmouches entre fourrageurs. Les Anglais

continuaient à creuser leur mine, qu’en une nuit Morfouace et les siens

purent détruire, grâce à la négligence du comte Richard d’Arondel. P.

92 à 94, 310.

Cette résistance fait réfléchir les Anglais qui, ayant perdu leur

saison, songent à rentrer en Angleterre, ne pouvant creuser une

nouvelle mine à l’approche de l’hiver. Le duc de Lancastre et le comte

de Cambridge donnent donc le signal du départ, et l’armée anglaise

arrive bientôt à Southampton, où elle est licenciée. Durant ce temps,

Jean d’Arondel[162], capitaine de Southampton, était parti pour

secourir à Cherbourg Jean de Harleston et sa garnison. P 94, 95, 310.

[162] Jean d’Arondel, nommé capitaine de Cherbourg dès le 10

septembre 1378 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.

8 vº), s’engage le 12 octobre 1378 à garder la ville avec 300

hommes d’armes, 200 archers et 60 «balistiers», y compris les

compagnies du roi de Navarre qui y sont déjà (_Ibid._, _Treas.

of the Rec., Misc. 43/8_, nº 134). Il dut arriver à Cherbourg

à la fin de novembre ou au commencement de décembre 1378; en

tout cas il y est présent le 11 (_Ibid._, _Misc. 42/32_, nº 8),

et un mandement du roi d’Angleterre en date du 12 décembre

(_Ibid._, nº 4) ordonne le payement d’une somme de 1000 marcs

pour le ravitaillement de la place.

Après la levée du siège de Saint-Malo[163], l’armée française se

divise: la plus grande partie, les grands barons, les ducs de Berry,

de Bourgogne et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin

d’Auvergne, renvoient leurs gens dans leurs foyers; plusieurs d’entre

eux viennent vers le roi à Rouen. Quelques Bretons et quelques Normands

s’établissent à Valognes, à sept lieues de Cherbourg, espérant

rencontrer Jean d’Arondel qui venait de ravitailler cette ville et qui

ravageait le pays. Mais dans une reconnaissance que fait Olivier du

Guesclin, frère du connétable, avec quarante lances, il est surpris

dans les bois par Jean d’Arondel et Jean Coq[164], un écuyer navarrais,

et fait prisonnier avec dix ou douze autres[165]. Le reste de ses

hommes peut retourner à Valognes et raconte l’événement à Guillaume des

Bordes et à ses compagnons. P. 95 à 98, 310.

[163] Le siège de Saint-Malo fut levé à la fin de décembre

1378: nous trouvons mention, à la date du 27, de personnages

_revenant_ du siège de Saint-Malo (_Arch. Nat._, JJ 114, fol.

18). A cette date Charles V n’était pas à Rouen.

[164] Ce Jean Coq avait été envoyé en juin 1378 à Southampton

au duc de Lancastre (_Rec. Off., Issue Rolls, 1 Rich. II_, part

2, m. 8).

[165] La prise d’Olivier du Guesclin et de ses compagnons

ne fut qu’un épisode du siège de Cherbourg, qui commencé en

juillet 1378 (cf. plus haut, p. XLII, note 120) exigea de longs

préparatifs (_Mandements de Ch. V_, nº 1786) et fut poussé avec

activité d’octobre à décembre 1378 par Jean le Mercier (H.

Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p. 65-66) et

par Bertrand du Guesclin, logé à l’abbaye hors Cherbourg. Le

froid obligea l’armée royale à lever le siège, et Guillaume des

Bordes resta seul avec quelques troupes pour observer l’ennemi

(_Chr. des Quatre Valois_, p. 276-277). Quant à Olivier du

Guesclin, transporté à Cherbourg, puis en Angleterre, il fut

attribué comme prisonnier à Gui de Brian, à Mathieu de Gournai

et à Richard de Abberbury, le 20 octobre 1379 (Rymer, t. VII,

p. 230). Le 10 septembre 1380, un sauf-conduit est accordé aux

porteurs de la rançon (_Ibid._, p. 271) et le 13 juillet 1381

un autre sauf-conduit est donné à diverses personnes, entre

autres à Bertrand du Guesclin, fils d’Olivier, qui viennent

chercher le prisonnier à Calais (_Ibid._, p. 320). Un mandement

de Charles VI, daté du 16 décembre 1381, est relatif à la

rançon d’Olivier du Guesclin (_Arch. Nat._, KK 327, fol. 5 vº

et _Mus. Brit., Add. Charters_ 17 927).

La rançon d’Olivier du Guesclin fixée à 40 000 francs, se partagea

entre Jean Coq et Jean d’Arondel, qui retourna bientôt à Southampton,

laissant à Cherbourg avec le capitaine Jean de Harleston, plusieurs

chevaliers anglais tels que Jean de Copelant, Jean Burley et Thomas

Pickworth.

Parlons maintenant de Jean de Neuville, sénéchal de Bordeaux, de Thomas

Trivet et des autres. P. 98, 99, 310.

Jean de Neuville attendait toujours à Bordeaux des nouvelles de la

guerre de Navarre. Apprenant que quelques gens d’armes bretons et

gascons occupent Barsac[166] et ravagent le pays, il envoie contre eux

le sénéchal des Landes, Guillaume Elmham, et Guillaume le Scrop, avec

deux cents lances et deux cents archers. Cette troupe rencontre à une

lieue de Barsac 120 lances ennemies, commandées par Bertrand Raymond,

qui est vaincu et fait prisonnier: ses hommes sont tous tués ou pris;

et la garnison se rend moyennant la vie sauve. P. 99 à 101, 310, 311.

[166] Gironde, arr. de Bordeaux.

Le soir de la Toussaint 1378, les Anglais rentrent à Bordeaux, où

est arrivé le même jour, sans prévenir, le roi de Navarre, qui vient

demander à l’armée anglaise de l’aider, suivant le traité passé avec

le roi d’Angleterre, à faire lever le siège de Pampelune assiégé

par Jean de Castille. Les Anglais lui promettent de se joindre à son

armée, quand il l’aura rassemblée. Trois jours après, le roi de Navarre

s’embarque pour retourner à Saint-Jean-Pied-de-Port. P. 101, 102, 311.

Tandis que le roi de Navarre va et séjourne à Bordeaux, Jean de

Castille, fils du roi Henri, et le connétable du royaume, Pierre

Manrique, assiègent Pampelune, avec d’autres barons et chevaliers de

Castille, qui précédemment avaient déjà pris et brûlé les villes de

Lerin et de Viana près de Logroño[167].

[167] Ces trois villes sont en Navarre.

Le seigneur de Neuville, connaissant le traité qui unit le roi

d’Angleterre et le roi de Navarre, résout d’envoyer au secours de

ce dernier six cents lances et mille archers, commandés par Thomas

Trivet[168]. P. 102, 103, 311.

[168] Un mandement de Richard II, daté de Westminster 1er août

1378 et adressé à Jean de Neuville, fait mention de 500 hommes

d’armes et de 500 archers accordés au roi de Navarre pour 4

mois à dater de l’arrivée des troupes à Saint-Jean-Pied-de-Port

_(Rec. Off., French Rolls, 2 Rich. II_, m. 15).

Thomas Trivet fait aussitôt des préparatifs, et, avec ses gens d’armes,

tous Gascons, quitte Bordeaux[169] et prend le chemin de Dax. Arrivés

à Dax, ils apprennent que le roi de Navarre rassemble son armée à

Saint-Jean-Pied-de-Port, et s’en réjouissent. L’idée première de Thomas

Trivet était de marcher droit devant lui et de se joindre au roi de

Navarre. Il en est déconseillé par son oncle, Mathieu de Gournai,

capitaine de Dax, qui l’engage à s’attaquer d’abord aux forts occupés

par les Bretons et les Français entre Dax et Bayonne. C’est ce que fait

Thomas Trivet, qui prend successivement le fort de Montpin[170], occupé

par les Bretons et commandé par Taillardon, un écuyer du comté de Foix,

le fort de Claracq[171], occupé par les Gascons et commandé par un

Breton bretonnant, Yvonnet Apprissidi, et le fort de Bésingrand[172],

commandé par un écuyer gascon, Roger de Morlac[173]. P. 103 à 105, 311.

[169] Thomas Trivet et ses compagnons ne quittèrent Bordeaux

qu’après le 12 octobre 1378: à cette date Thomas Trivet, André

Andax et Monnot de Plaissan s’engagent pour quatre mois au

service du roi de Navarre, qui doit leur bailler la garde de la

ville de Tudela (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Army 50/1)_.

Thomas Trivet avait 300 lances avec lui (Lopez de Ayala, t.

II, p. 92). Dès le 18 mai 1378, le roi de Navarre achetait

à Bayonne des arcs et des flèches destinés aux mercenaires

anglais (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, caj. 36, nº

6).

[170] J’ignore quelle est cette localité: peut-être Montfort

(Landes).

[171] Basses-Pyrénées, canton de Thèze.

[172] Basses-Pyrénées, canton de Lagor.

[173] A cette date, nous ne trouvons qu’un _Gui_ de Morlac, au

service du connétable en 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol.

2055).

De là ils arrivent à Tasseghen[174], château situé à trois lieues

de Bayonne. Les Bayonnais, qui avaient eu beaucoup à souffrir de ce

château, accourent au nombre de 500, pour aider au siège et amènent

avec eux la plus grosse machine de siège qui soit dans Bayonne.

Après quinze jours, le château se rend et la garnison est conduite

à Bergerac. Les Bayonnais paient aux Anglais 3000 francs pour être

maîtres du château et le démolir pierre par pierre. P. 105, 106, 311.

[174] Peut-être Hastingues (Landes, canton de Peyrehorade), qui

n’est pas loin de Bayonne.

Cependant l’hiver approche, et le roi de Navarre ne voit pas arriver

les Anglais à Saint-Jean-Pied-de-Port. D’une part il peut compter sur

la fidélité de Perducat d’Albret[175] à Tudela, du comte de Pailhas

et de Roger, son frère, à Miranda[176], de Raymond de Bagha à Los

Arcos[177]; mais d’un autre côté, les vivres commencent à manquer

dans Pampelune, malgré l’activité du vicomte de Castelbon et de ses

compagnons; de plus toute la campagne est occupée par les Espagnols.

Le roi envoie donc Pierre le Basque en message vers Thomas Trivet,

qu’il rencontre sous les murs du château de Pouillon[178] en Bayonnais.

Thomas Trivet promet de marcher sur Pampelune, aussitôt après la prise

du château de Pouillon; ce qui a lieu au bout de deux jours. P. 106 à

108, 311, 312.

[175] Nous retrouvons plus tard (29 décembre 1378) aux Arcos

«Bertrucat de Labrit», qui reçoit 700 flor. de l’alcade et des

jurés (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, caj. 36, nº

54).

[176] En Navarre, sur l’Èbre.

[177] En Navarre.

[178] Landes, arr. de Dax.

Thomas Trivet, Mathieu de Gournai et leurs gens d’armes retournent donc

à Dax et s’y reposent quatre jours. Le cinquième ils partent, Mathieu

pour Bayonne, et Thomas Trivet pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où il

trouve le roi de Navarre, qui avait convoqué son armée à Miranda, pour

combattre les Espagnols assiégeant Pampelune.

Ceux-ci, apprenant qu’ils vont avoir devant eux une armée de vingt

mille hommes d’armes, y compris les archers, abandonnés par l’infant de

Castille, que son père rappelle, et redoutant les rigueurs de l’hiver,

renoncent au siège et se retirent à Logroño et à San Domingo[179]. P.

108, 109, 312.

[179] San Domingo de la Calzada, près de Logroño.

Le roi de Navarre et les Anglais arrivent alors à Pampelune, où ils se

reposent deux ou trois jours; puis chacun prend ses quartiers d’hiver.

Les Anglais vont à Tudela; le comte de Pailhas et son frère, à Corella;

le seigneur de Lescun, à Puente-la-Reyna; le vicomte de Castelbon, à

Miranda et Monnet de Plassac, à Cascante[180]; le roi de Navarre reste

à Pampelune. Les Espagnols étant partis, le roi de Castille se retire à

Séville.

[180] Toutes ces villes sont en Navarre.

Cependant Thomas Trivet, se reprochant d’être jusque-là resté inactif

en Navarre et voulant profiter de cet hiver exceptionnellement doux,

résout de tenter une chevauchée en Espagne, conjointement avec le

comte de Pailhas et Roger, son frère. Ils se rassemblent donc à

Tudela, et partent la veille de Noël, au nombre de huit cents lances,

douze cents archers et autant d’hommes de pied. Ils arrivent au pied

du Moncayo[181] qui sert de limite à l’Aragon, à la Castille et à la

Navarre. P. 109 à 111, 312.

[181] Le Moncayo forme la limite des provinces de Soria, de

Calatayud et de Saragosse.

Ils décident de marcher de nuit et d’aller prendre d’assaut la ville

de Soria[182], avec trois cents lances divisées en trois routes, ayant

à leur tête le comte de Pailhas, le vicomte de Castelbon et Thomas

Trivet. Malheureusement la neige vient à tomber en telle abondance

qu’ils doivent s’arrêter, et perdent leur chemin. P. 111, 112, 312.

[182] Sur le Douro.

La surprise était manquée. Le jour suivant, après une escarmouche sous

les murs de Soria, où se distingue Raymond de Bagha, les Anglais et les

Navarrais repassent le Moncayo et retrouvent le reste de leurs gens. Le

lendemain, jour de la Saint-Étienne (26 décembre), ils brûlent quelques

villages, entre autres Agreda[183], et entrent à Cascante. P. 112, 113,

312, 313.

[183] Prov. de Soria, sur le Moncayo.

Résolu de se venger, le roi Henri de Castille écrit à son fils de

convoquer immédiatement ses vassaux, qu’il rejoindra bientôt.

Durant ce temps Thomas Trivet fait une nouvelle pointe sur Alfaro[184],

qu’il ne peut prendre grâce à l’attitude énergique des femmes de la

ville. P. 113 à 115, 313.

[184] Sur l’Èbre.

Quinze jours après, l’infant de Castille arrive à Alfaro avec 20 000

hommes de pied et de cheval. Le roi de Navarre convoque alors tous ses

gens à Tudela, en attendant la bataille, tandis que Jean de Castille,

quittant Alfaro, va rejoindre à San Domingo l’armée amenée par le roi

Henri, qui se dispose à assiéger Tudela. Le roi de Navarre sent qu’il

va perdre la partie: aussi, malgré l’opposition des troupes anglaises

qui veulent combattre, il consent à traiter. Une trêve de six semaines

est d’abord conclue, pendant laquelle les négociations se font[185].

On pense tout d’abord à marier l’infant de Castille à la fille du roi

de Navarre, mais la chose étant impossible, car l’infant était déjà

fiancé, on songe à donner à Charles de Navarre la fille du roi Henri de

Castille. Pour cela le roi Henri s’engage à demander au roi de France

de laisser Charles revenir en Navarre: ce qu’il fait et obtient. Le

roi de Navarre livre en gages pour dix ans au roi Henri ses villes et

châteaux d’Estella, de Tudela et de la Guardia[186]; le roi Henri rend

aux Anglais Pierre de Courtenai et le seigneur de Lesparre. P. 116 à

118, 313.

[185] Les préliminaires de la paix eurent lieu à Burgos; elle

fut signée en 1379 à San Domingo de la Calzada par les deux

rois là réunis. Lopez de Ayala (t. II, p. 102) cite un plus

grand nombre de places qui furent livrées comme gages par le

roi de Navarre: Los Arcos, St-Vincent, Lerin, etc. Le roi de

Castille se réservait par le traité de rester l’ami du roi de

France.

[186] Laguardia, dans les Provinces Basques.

Pour payer les gages des Anglais, le roi de Navarre doit envoyer

le vicomte de Castelbon[187] emprunter 20 000 francs au roi

d’Aragon, qui accorde volontiers le prêt en gardant comme gages

les villes de Pampelune, Miranda, Puente-la-Reyna, Corella et

Saint-Jean-Pied-de-Port. Les Anglais retournent alors à Bordeaux et de

là en Angleterre, et le mariage se fait de Charles de Navarre et de

Jeanne, fille du roi de Castille[188].

[187] Avant de servir d’intermédiaire entre le roi d’Aragon et

le roi de Navarre, le vicomte de Castelbon avait déjà en 1378

prêté de l’argent à ce dernier, comme le montre un compte des

_Archives de la Chambre des Comptes de Navarre_ (Reg. 161):

«Otro empriestamo del vizconte de Castelbon para pagar los

gages de Mossen Thomas Trevet et para Mossen Ramon de Bagas,

2100 flor.» D’après Lopez de Ayala (t. II, p. 102), c’est le

roi de Castille, et non le roi d’Aragon qui, prenant comme

gage le château de la Guardia, prêta au roi de Navarre 20 000

_doblas_ pour payer ses mercenaires.

[188] Le mariage entre Charles, fils de Charles le Mauvais, et

Éléonore (non pas Jeanne) de Castille, avait eu lieu le 27 mai

1375; voy. plus haut p. XXXVIII, note 104.

La même année meurt[189] le roi Henri de Castille, auquel succède son

fils aîné Jean, qui de l’accord des prélats et des barons est proclamé

roi d’Espagne, de Castille, de Galice, de Séville et de Cordoue. C’est

alors qu’éclate la guerre entre le Portugal et la Castille: nous en

reparlerons plus loin; revenons pour l’instant aux affaires de France.

P. 118, 119, 313.

[189] Henri de Castille mourut le 30 mai 1379 à San Domingo

de la Calzada, à l’âge de 46 ans passés: il fut enterré à

Burgos; Froissart donne plus loin (p. LXII) des détails sur les

événements qui ont accompagné la mort du roi Henri.

Chroniques de J. Froissart, tome 09/13 · 第 26 / 137 题