«Parce que je suis un homme marié, Sammy, parce que je suis un homme
marié. Quand tu seras marié, Sammy, tu comprendras bien des choses que
tu ne comprends pas maintenant. Mais ça vaut-il la peine de passer tant
de vilains quarts d'heure pour apprendre si peu de chose, comme disait
cet écolier quand il a-t-été arrivé à savoir son alphabet, voilà la
question? C'est une affaire de goût. Mais, pour ma part, je suis
très-disposé à répondre: Non!
--Dans tous les cas, dit Sam, adieu.
--Bonjour, Sammy, bonjour.
--Je n'ai plus qu'un mot à vous dire, reprit Sam en s'arrêtant court: Si
j'étais le propriétaire du _Marquis de Granby_, et si cet animal de
Stiggins venait faire des roties dans mon comptoir, je le....
--Que ferais-tu? interrompit M. Weller avec grande anxiété, que
ferais-tu?
--J'empoisonnerais son grog.
--Bah! s'écria Weller en donnant à son fils une poignée de main
reconnaissante, tu ferais cela réellement, Sammy? tu ferais cela?
--Parole! Je ne voudrais pas me montrer trop cruel envers lui tout
d'abord. Je commencerais par le plonger dans la fontaine, et je
remettrais le couvercle pour l'empêcher de s'enrhumer; mais si je voyais
qu'il n'y avait pas moyen d'en venir à bout par la douceur,
j'emploierais une autre méthode de persuasion.»
M. Weller aîné lança à son fils un regard d'admiration inexprimable, et,
lui ayant de nouveau serré la main, s'éloigna lentement en roulant dans
son esprit les réflexions nombreuses auxquelles cet avis avait donné
lieu.
Sam le suivit des yeux jusqu'au détour de la route et s'achemina ensuite
vers Londres. Il médita d'abord sur les conséquences probables de son
conseil, et sur la vraisemblance ou l'invraisemblance qu'il y avait de
voir adopter cet avis par son père; mais bientôt il écarta toute
inquiétude de son esprit par cette réflexion consolante, qu'il en
saurait le résultat avec le temps. C'est un avantage que le lecteur
aura, aussi bien que lui.