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circonstance fut le caprice qui l'entraînait. Elle monta

l'escalier raide et obscur qui menait chez la bonne dame,..

et, après le salut le plus gracieux, elle parla à peu près

ainsi:

[5]--Vous avez, madame, un neveu nommé Croisilles, qui

m'aime et qui a demandé ma main; je l'aime aussi et

voudrais l'épouser; mais mon père, M. Godeau, fermier

général de cette ville, refuse de nous marier, parce que

votre neveu n'est pas riche. Je ne voudrais pour rien au

[10]monde être l'occasion d'un scandale, ni causer de la peine

à personne; je ne saurais donc avoir la pensée de disposer

de moi sans le consentement de ma famille. Je viens vous

demander une grâce que je vous supplie de m'accorder; il

faudrait que vous vinssiez vous-même proposer ce mariage

[15]à mon père. J'ai, grâce à Dieu, une petite fortune qui est

toute à votre service; vous prendrez, quand il vous plaira,

cinq cent mille francs chez mon notaire, vous direz que

cette somme appartient à votre neveu, et elle lui appartient

en effet; ce n'est point un présent que je veux lui faire,

[20]c'est une dette que je lui paye, car je suis cause de la ruine

de Croisilles, et il est juste que je la répare. Mon père ne

cédera pas aisément; il faudra que vous insistiez et que

vous ayez un peu de courage; je n'en manquerai pas de

mon côté. Comme personne au monde, excepté moi, n'a

[25]de droit sur la somme dont je vous parle, personne ne

saura jamais de quelle manière elle aura passé entre vos

mains. Vous n'êtes pas très riche non plus, je le sais, et

vous pouvez craindre qu'on ne s'étonne de vous voir doter

ainsi votre neveu; mais songez que mon père ne vous

[30]connaît pas, que vous vous montrez fort peu par la ville,

et que par conséquent il vous sera facile de feindre que

vous arrivez de quelque voyage. Cette démarche vous

Contes Français · 第 341 / 396 题