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coûtera sans doute, il faudra quitter votre fauteuil et

prendre un peu de peine; mais vous ferez deux heureux,

madame, et, si vous avez jamais connu l'amour; j'espère

que vous ne me refuserez pas.

[5]La bonne dame, pendant ce discours, avait été tour à

tour surprise, inquiète, attendrie et charmée. Le dernier

mot la persuada.

--Oui, mon enfant, répéta-t-elle plusieurs fois, je sais

ce que c'est, je sais ce que c'est!

[10]En parlant ainsi, elle fit un effort pour se lever; ses

jambes affaiblies la soutenaient à peine; Julie s'avança

rapidement, et lui tendit la main pour l'aider; par un

mouvement presque involontaire, elles se trouvèrent en

un instant dans les bras l'une de l'autre. Le traité fut

[15]aussitôt conclu; un cordial baiser le scella d'avance, et

toutes les confidences nécessaires s'ensuivirent sans peine.

Toutes les explications étant faites, la bonne dame tira

de son armoire une vénérable robe de taffetas qui avait

été sa robe de noce. Ce meuble antique n'avait pas moins

[20]de cinquante ans, mais pas une tache, pas un grain de

poussière ne l'avait défloré; Julie en fut dans l'admiration.

On envoya chercher un carrosse de louage, le plus beau qui

fût dans toute la ville. La bonne dame prépara le discours

qu'elle devait tenir à M. Godeau; Julie lui apprit de quelle

[25]façon il fallait toucher le coeur de son père, et n'hésita pas

à avouer que la vanité était son côté vulnérable.

--Si vous pouviez imaginer, dit-elle, un moyen de

flatter ce penchant, nous aurions partie gagnée.

La bonne dame réfléchit profondément, acheva sa

[30]toilette sans mot dire, serra la main de sa future nièce,

et monta en voiture. Elle arriva bientôt à l'hôtel Godeau;

là, elle se redressa si bien en entrant, qu'elle semblait

Contes Français · 第 342 / 396 题