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car on ne pouvait en tirer parti qu'en la vendant, chose

longue et difficile. Tout cela cependant ne laissait pas

que d'apporter un changement considérable à la situation

dans laquelle se trouvait le jeune homme; il se sentit

[5]tout à coup attendri, ébranlé dans sa funeste résolution, et,

pour ainsi dire, à la fois plus triste et moins désolé. Après

avoir fermé les volets de la boutique, il sortit de la maison

avec Jean, et, en traversant de nouveau la ville, il ne put

s'empêcher de songer combien c'est peu de chose que nos

[10]afflictions, puisqu'elles servent quelquefois à nous faire

trouver une joie imprévue dans la plus faible lueur d'espérance.

Ce fut avec cette pensée qu'il se mit à table à

côté de son vieux serviteur, qui ne manqua point, durant

le repas, de faire tous ses efforts pour l'égayer.

[15]Les étourdis ont un heureux défaut: ils se désolent

Aisément, mais ils n'ont même pas le temps de se consoler,

tant il leur est facile de se distraire. On se tromperait de

les croire insensibles ou égoïstes; ils sentent peut-être plus

vivement que d'autres, et ils sont très capables de se

[20]brûler la cervelle dans un moment de désespoir; mais, ce

moment passé, s'ils sont encore en vie, il faut qu'ils aillent

diner, qu'ils boivent et mangent comme à l'ordinaire,

pour fondre ensuite en larmes en se couchant. La joie et

la douleur ne glissent pas sur eux; elles les traversent

[25]comme des flèches: bonne et violente nature qui sait

souffrir, mais qui ne peut pas mentir, dans laquelle

on lit tout à nu, non pas fragile et vide comme le

verre, mais pleine et transparente comme le cristal de

roche.

[30]Après avoir trinqué avec Jean, Croisilles, au lieu de se

noyer, s'en alla à la comédie. Debout dans le fond du

parterre, il tira de son sein le bouquet de mademoiselle

Contes Français · 第 322 / 396 题