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En parlant ainsi, il posa sur la cheminée quatre bourses

bien garnies, qu'il vida, et qui contenaient chacune

cinquante louis.

--Quoique cette somme ne m'appartienne pas, ajouta-t-il,

[5]je puis en user pour un jour ou deux. A qui faut-ils

que je m'adresse pour la faire tenir à mon père?

--Monsieur, répondit Jean avec empressement, votre

père m'a bien recommandé de vous dire que cet argent

vous appartenait; et si je ne vous en parlais point, c'est

[10]que je ne savais pas de quelle manière vos affaires de

Paris s'étaient terminées. Votre père ne manquera de

rien là-bas; il logera chez un de vos correspondants, qui

le recevra de son mieux; il a d'ailleurs emporté ce qu'il

lui faut, car il était bien sûr d'en laisser encore de trop, et

[15]ce qu'il a, laissé, monsieur, tout ce qu'il a laissé, est à vous,

il vous le marque lui-même dans sa lettre, et je suis expressément

chargé de vous le répéter. Cet or est donc aussi

légitimement votre bien que cette maison où nous sommes.

Je puis vous rapporter les paroles mêmes que votre

[20]père m'a dites en partant: «Que mon fils me pardonne de

le quitter; qu'il se souvienne seulement pour m'aimer que

je suis encore en ce monde, et qu'il use de ce qui restera

après mes dettes payées, comme si c'était mon héritage.»

Voilà, monsieur, ses propres expressions; ainsi remettez

[25]ceci dans votre poche, et puisque vous voulez bien mon

diner, allons, je vous prie, à la maison.

La joie et la sincérité qui brillaient dans les yeux de

Jean ne laissaient aucun doute à Croisilles. Les paroles

de son père l'avaient ému à tel point qu'il ne put retenir

[30]ses larmes; d'autre part, dans un pareil moment, quatre

mille francs n'étaient pas une bagatelle. Pour ce qui

regardait la maison, ce n'était point une ressource certaine,

Contes Français · 第 321 / 396 题