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étaient partis, laissant les portes ouvertes, comme pour

témoigner aux passants que leur besogne était accomplie.

--Voilà donc, s'écria Croisilles, voilà donc ce qui reste

de trente ans de travail et de la plus honnête existence,

[5]faute d'avoir eu à temps, au jour fixe, de quoi faire

honneur à une signature imprudemment engagée!

Pendant que le jeune homme se promenait de long en

large, livré aux plus tristes pensées, Jean paraissait fort

embarrassé. Il supposait que son maitre était sans argent,

[10]et qu'il pouvait même n'avoir pas dîné. Il cherchait

donc quelque moyen pour le questionner là-dessus,

et pour lui offrir, en cas de besoin, une part de ses économies.

Après s'être mis l'esprit à la torture pendant un

quart d'heure pour imaginer un biais convenable, il ne

[15]trouva rien de mieux que de s'approcher de Croisilles, et

de lui demander d'une voix attendrie:

--Monsieur aime-t-il toujours les perdrix aux choux?

Le pauvre homme avait prononcé ces mots avec un accent

à la fois si burlesque et si touchant, que Croisilles,

[20]malgré sa tristesse, ne put s'empêcher d'en rire.

--Et à propos de quoi cette question? dit-il.

--Monsieur, répondit Jean, c'est que ma femme m'en

fait cuire une pour mon dîner, et si par hasard vous les

aimiez toujours...

[25]Croisilles avait entièrement oublié jusqu'à ce moment la

somme qu'il rapportait à son père; la proposition de Jean

le fit se ressouvenir que ses poches étaient pleines d'or.

--Je te remercie de tout mon coeur, dit-il au vieillard,

et j'accepte avec plaisir ton diner; mais, si tu es inquiet

[30]de ma fortune, rassure-toi, j'ai plus d'argent qu'il ne m'en

faut pour avoir ce soir un bon souper que tu partageras

à ton tour avec moi.

Contes Français · 第 320 / 396 题