A peine avait-il fait quelques pas dans la rue, qu'il vit
accourir son fidèle Jean, dont le visage exprimait la joie.
--Qu'est-il arrivé? lui demanda-t-il; as-tu quelque
nouvelle à m'apprendre?
[5]--Monsieur, répondit Jean, j'ai à vous apprendre que
les scellés sont levés, et que vous pouvez rentrer chez
vous. Toutes les dettes de votre père payées, vous restez
propriétaire de la maison. Il est bien vrai qu'on a
emporté tout ce qu'il y avait d'argent et de bijoux, et
[10]qu'on a même enlevé les meubles; mais enfin la maison
vous appartient, et vous n'avez pas tout perdu. Je cours
partout depuis une heure, ne sachant ce que vous étiez
devenu, et j'espère, mon cher maitre, que vous serez assez
sage pour prendre un parti raisonnable.
[15]--Quel parti veux-tu que je prenne?
--Vendre cette maison, monsieur, c'est toute votre
fortune; elle vaut une trentaine de mille francs. Avec
cela, du moins, on ne meurt pas de faim; et qui vous
empêcherait d'acheter un petit fonds de commerce qui ne
[20]manquerait pas de prospérer?
--Nous verrons cela, répondit Croisilles, tout en se
hâtant de prendre le chemin de sa rue. Il lui tardait de
revoir le toit paternel; mais, lorsqu'il y fut arrivé, un si
triste spectacle s'offrit à lui, qu'il eut à peine le courage
[25]d'entrer. La boutique en désordre, les chambres désertes,
l'alcôve de son père vide, tout présentait à ses regards la
nudité de la misère. Il ne restait pas une chaise; tous les
tiroirs avaient été fouillés, le comptoir brisé, la caisse
emportée; rien n'avait échappé aux recherches avides des
[30]créanciers et de la justice, qui, après avoir pillé la maison,