III

A peine avait-il fait quelques pas dans la rue, qu'il vit

accourir son fidèle Jean, dont le visage exprimait la joie.

--Qu'est-il arrivé? lui demanda-t-il; as-tu quelque

nouvelle à m'apprendre?

[5]--Monsieur, répondit Jean, j'ai à vous apprendre que

les scellés sont levés, et que vous pouvez rentrer chez

vous. Toutes les dettes de votre père payées, vous restez

propriétaire de la maison. Il est bien vrai qu'on a

emporté tout ce qu'il y avait d'argent et de bijoux, et

[10]qu'on a même enlevé les meubles; mais enfin la maison

vous appartient, et vous n'avez pas tout perdu. Je cours

partout depuis une heure, ne sachant ce que vous étiez

devenu, et j'espère, mon cher maitre, que vous serez assez

sage pour prendre un parti raisonnable.

[15]--Quel parti veux-tu que je prenne?

--Vendre cette maison, monsieur, c'est toute votre

fortune; elle vaut une trentaine de mille francs. Avec

cela, du moins, on ne meurt pas de faim; et qui vous

empêcherait d'acheter un petit fonds de commerce qui ne

[20]manquerait pas de prospérer?

--Nous verrons cela, répondit Croisilles, tout en se

hâtant de prendre le chemin de sa rue. Il lui tardait de

revoir le toit paternel; mais, lorsqu'il y fut arrivé, un si

triste spectacle s'offrit à lui, qu'il eut à peine le courage

[25]d'entrer. La boutique en désordre, les chambres désertes,

l'alcôve de son père vide, tout présentait à ses regards la

nudité de la misère. Il ne restait pas une chaise; tous les

tiroirs avaient été fouillés, le comptoir brisé, la caisse

emportée; rien n'avait échappé aux recherches avides des

[30]créanciers et de la justice, qui, après avoir pillé la maison,

Contes Français · 第 319 / 396 题