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quelque chose qui vous blesse, et si vous voulez m'en

punir, vous n'avez que faire de vous mettre en colère: en

sortant d'ici, je vais me noyer.

Bien que M. Godeau se fût promis de renvoyer Croisilles

[5]le plus doucement possible, afin d'éviter tout scandale,

sa prudence ne pouvait résister à l'impatience de

l'orgueil offensé; l'entretien auquel il essayait de se

résigner lui paraissait monstrueux en lui-même; je laisse à

penser ce qu'il éprouvait en s'entendant parler de la

[10]sorte.

--Écoute, dit-il presque hors de lui et résolu à en finir

à tout prix, tu n'es pas tellement fou que tu ne puisses

comprendre un mot de sens commun. Es-tu riche?...

Non. Es-tu noble? Encore moins. Qu'est-ce que

[15]c'est que la frénésie qui t'amène? Tu viens me tracasser,

tu crois faire un coup de tête; tu sais parfaitement bien

que c'est inutile; tu veux me rendre responsable de ta

mort. As-tu à te plaindre de moi? dois-je un sou à ton

père? est-ce ma faute si tu en es là? Eh, mordieu! on se

[20]noie et on se tait.

--C'est ce que je vais faire de ce pas; je suis votre très

humble serviteur.

--Un moment! il ne sera pas dit que tu auras eu en

vain recours à moi. Tiens, mon garçon, voilà quatre louis

[25]d'or; va-t'en dîner à la cuisine, et que je n'entende plus

parler de toi.

--Bien obligé, je n'ai pas faim, et je n'ai que faire de

votre argent!

Croisilles sortit de la chambre, et le financier, ayant

[30]mis sa conscience en repos par l'offre qu'il venait de faire

se renfonça de plus belle dans sa chaise et reprit ses

Méditations.

Contes Français · 第 316 / 396 题