mon cher ami, tout cela ne suffit pas; il faut réfléchir aux
choses de ce monde. Si tu venais me demander... je
ne sais quoi, un bon conseil, eh bien! passe; mais qu'est-ce
que tu veux? tu es amoureux de ma fille?
[5]--Oui, monsieur, et je vous répète que je suis bien
éloigné de supposer que vous puissiez me la donner pour
femme; mais comme il n'y a que cela au monde qui pourrait
m'empêcher de mourir, si vous croyez en Dieu, comme
je n'en doute pas, vous comprendrez la raison qui
[10]m'amène.
--Que je croie en Dieu ou non, cela ne te regarde pas,
je n'entends pas qu'on m'interroge; réponds d'abord: Où
as-tu vu ma fille?
--Dans la boutique de mon père et dans cette maison,
[15]lorsque j'y ai apporté des bijoux pour mademoiselle
Julie.
--Qui est-ce qui t'a dit qu'elle s'appelle Julie? On ne
s'y reconnaît plus, Dieu me pardonne! Mais, qu'elle s'appelle
Julie ou Javotte, sais-tu ce qu'il faut, avant tout,
[20]pour oser prétendre à la main de la fille d'un fermier
général?
--Non, je l'ignore absolument, à moins que ce ne soit.
d'être aussi riche qu'elle.
--Il faut autre chose, mon cher, il faut un nom.
[25]--Eh bien! je m'appelle Croisilles.
--Tu t'appelles Croisilles, malheureux! Est-ce un nom
que Croisilles?
--Ma foi, monsieur, en mon âme et conscience, c'est
un aussi beau nom que Godeau.
[30]--Tu es un impertinent, et tu me le payeras.
--Eh, mon Dieu! monsieur, ne vous fâchez pas; je n'ai
pas la moindre envie de vous offenser. Si vous voyez là