cheminée, allume deux chandelles, place deux chaises
d'un côté de l'âtre, et met de l'autre côté un escabeau.
Puis dit à sa femme de lui apprêter ses habits de noces, en
lui commandant de pouiller les siens. Il s'habille. Quand
[5]il est vêtu, il va chercher son frère, et lui dit de faire le
guet devant la maison pour l'avertir s'il entendait du
bruit sur les deux grèves, celle-ci et celle des marais de
Guérande. Il rentre quand il juge que sa femme est
habillée, il charge un fusil et le cache dans le coin de la
[10]cheminée. Voilà Jacques qui revient; il revient tard; il
avait bu et joué jusqu'à dix heures; il s'était fait passer à
la pointe de Camouf. Son oncle l'entend héler, va le
chercher sur la grève des marais, et le passe sans rien dire.
Quand il entre, son père lui dit:--Assieds-toi là, en lui
[15]montrant l'escabeau. Tu es, dit-il, devant ton père et
ta mère que tu as offensés, et qui ont à te juger. Jacques
se mit à beugler, parce que la figure de Cambremer était
tortillée d'une singulière manière. La mère était raide
comme une rame.--Si tu cries, si tu bouges, si tu ne te
[20]tiens pas comme un mât sur ton escabeau, dit Pierre en
l'ajustant avec son fusil, je te tue comme un chien. Le
fils devint muet comme un poisson; la mère n'a rien dit.
--Voilà, dit Pierre à son fils, un papier qui enveloppait
une pièce d'or espagnole; la pièce d'or était dans le lit de
[25]ta mère; ta mère seule savait l'endroit où elle l'avait mise;
j'ai trouvé le papier sur l'eau en abordant ici; tu viens de
donner ce soir cette pièce d'or espagnole à la mère Fleurant,
et ta mère n'a plus vu sa pièce dans son lit. Explique-toi.
Jacques dit qu'il n'avait pas pris la pièce de sa mère,
[30]et que cette pièce lui était restée de Nantes.--Tant mieux,
dit Pierre. Comment peux-tu nous prouver cela?--Je
l'avais.--Tu n'as pas pris celle de ta mère--Non.--