arrivé des malheurs au frère de Cambremer, qui avait
besoin de secours. Pierre lui disait pour le consoler que
Jacques et Pérotte (la fille au cadet Cambremer) se marieraient.
Puis, pour lui faire gagner son pain, il l'employait
[5]à la pêche; car Joseph Cambremer en était réduit à vivre
de son travail. Sa femme avait péri de la fièvre, il fallait
payer les mois de nourrice de Pérotte. La femme de
Pierre Cambremer devait une somme de cent francs à
diverses personnes pour cette petite, du linge, des hardes,
[10]et deux ou trois mois à la grande Frelu qu'avait un enfant
de Simon Gaudry et qui nourrissait Pérotte. La Cambremer
avait cousu une pièce d'Espagne dans la laine de
son matelas, en mettant dessus: A Pérotte. Elle avait
reçu beaucoup d'éducation, elle écrivait comme un greffier,
[15]et avait appris à lire à son fils, c'est ce qui l'a perdu.
Personne n'a su comment ça s'est fait, mais ce gredin de
Jacques avait flairé l'or, l'avait pris et était allé riboter
au Croisic. Le bonhomme Cambremer, par un fait exprès,
revenait avec sa barque chez lui. En abordant il voit
[20]flotter un bout de papier, le prend, l'apporte à sa femme
qui tombe à la renverse en reconnaissant ses propres
paroles écrites. Cambremer ne dit rien, va au Croisic,
apprend là que son fils est au billard; pour lors, il fait
demander la bonne femme qui tient le café, et lui dit:
[25]--J'avais dit à Jacques de ne pas se servir d'une pièce
d'or avec quoi il vous payera; rendez-la-moi, j'attendrai
sur la porte, et vous donnerai de l'argent blanc pour. La
bonne femme lui apporta la pièce. Cambremer la prend
en disant: --Bon! et revint chez lui. Toute la ville a su
[30]cela. Mais voilà ce que je sais et ce dont les autres ne
font que de se douter en gros. Il dit à sa femme d'approprier
leur chambre qu'est en bas; il fait du feu dans la