Peux-tu le jurer sur ta vie éternelle? Il allait le jurer; sa
mère leva les yeux sur lui et lui dit:--Jacques, mon
enfant, prends garde, ne jure pas si ce n'est vrai; tu peux
t'amender, te repentir; il est temps encore. Et elle pleura.
[5]--Vous êtes une ci et une ça, lui dit-il, qu'avez toujours
voulu ma perte. Cambremer pâlit et dit:--Ce que tu
viens de dire à ta mère grossira ton compte. Allons au
fait! Jures-tu?--Oui.--Tiens, dit-il, y avait-il sur ta pièce
cette croix que le marchand de sardines qui me l'a donnée
[10]avait faite sur la nôtre? Jacques se dégrisa et pleura.
Assez causé, dit Pierre. Je ne te parle pas de ce que tu as
fait avant cela, je ne veux pas qu'un Cambremer soit fait
mourir sur la place du Croisic. Fais tes prières, et dépêchons-nous!
Il va venir un prêtre pour te confesser. La
[15]mère était sortie, pour ne pas entendre condamner son
fils. Quand elle fut dehors, Cambremer l'oncle vint avec
le recteur de Piriac, auquel Jacques ne voulut rien dire.
Il était malin, il connaissait assez son père pour savoir
qu'il ne le tuerait pas sans confession.--Merci, excusez-nous,
[20]monsieur, dit Cambremer au prêtre, quand il vit
l'obstination de Jacques. Je voulais donner une leçon à
mon fils et vous prier de n'en rien dire.--Toi, dit-il à
Jacques, si tu ne t'amendes pas, la première fois ce sera
pour de bon, et j'en finirai sans confession. Il l'envoya se
[25]coucher. L'enfant crut cela et s'imagina qu'il pourrait se
remettre avec son père. Il dormit. Le père veilla. Quand
il vit son fils au fin fond de son sommeil, il lui couvrit la
bouche avec du chanvre, la lui banda avec un chiffon de
voile bien serré; puis il lui lia les mains et les pieds. Il
[30]rageait, il pleurait du sang, disait Cambremer au justicier.
Que voulez-vous! la mère se jeta aux pieds du père.--Il
est jugé, dit-il, tu vas m'aider à le mettre dans la barque.