Page 243

Peux-tu le jurer sur ta vie éternelle? Il allait le jurer; sa

mère leva les yeux sur lui et lui dit:--Jacques, mon

enfant, prends garde, ne jure pas si ce n'est vrai; tu peux

t'amender, te repentir; il est temps encore. Et elle pleura.

[5]--Vous êtes une ci et une ça, lui dit-il, qu'avez toujours

voulu ma perte. Cambremer pâlit et dit:--Ce que tu

viens de dire à ta mère grossira ton compte. Allons au

fait! Jures-tu?--Oui.--Tiens, dit-il, y avait-il sur ta pièce

cette croix que le marchand de sardines qui me l'a donnée

[10]avait faite sur la nôtre? Jacques se dégrisa et pleura.

Assez causé, dit Pierre. Je ne te parle pas de ce que tu as

fait avant cela, je ne veux pas qu'un Cambremer soit fait

mourir sur la place du Croisic. Fais tes prières, et dépêchons-nous!

Il va venir un prêtre pour te confesser. La

[15]mère était sortie, pour ne pas entendre condamner son

fils. Quand elle fut dehors, Cambremer l'oncle vint avec

le recteur de Piriac, auquel Jacques ne voulut rien dire.

Il était malin, il connaissait assez son père pour savoir

qu'il ne le tuerait pas sans confession.--Merci, excusez-nous,

[20]monsieur, dit Cambremer au prêtre, quand il vit

l'obstination de Jacques. Je voulais donner une leçon à

mon fils et vous prier de n'en rien dire.--Toi, dit-il à

Jacques, si tu ne t'amendes pas, la première fois ce sera

pour de bon, et j'en finirai sans confession. Il l'envoya se

[25]coucher. L'enfant crut cela et s'imagina qu'il pourrait se

remettre avec son père. Il dormit. Le père veilla. Quand

il vit son fils au fin fond de son sommeil, il lui couvrit la

bouche avec du chanvre, la lui banda avec un chiffon de

voile bien serré; puis il lui lia les mains et les pieds. Il

[30]rageait, il pleurait du sang, disait Cambremer au justicier.

Que voulez-vous! la mère se jeta aux pieds du père.--Il

est jugé, dit-il, tu vas m'aider à le mettre dans la barque.

Contes Français · 第 298 / 396 题