l'interstice des pierres. L'ayant trouvé, il pressa la détente,
une colonne tourna sur elle-même, et laissa voir un passage
sombre, étroit, où le muet s'engagea, suivi de
Mahmoud-Ben-Ahmed. Ils descendirent d'abord plus de cent
[5]marches, et suivirent ensuite un corridor obscur d'une
longueur interminable. Mahmoud-Ben-Ahmed, en tâtant
les murs, reconnut qu'ils étaient de roche vive, sculptés
d'hiéroglyphes en creux et comprit qu'il était dans les
couloirs souterrains d'une ancienne nécropole égyptienne
[10]dont on avait profité pour établir cette issue secrète. Au
bout du corridor, dans un grand éloignement, scintillaient
quelques lueurs de jour bleuâtre. Ce jour passait à travers
des dentelles d'une sculpture évidée faisant partie de la
salle où le corridor aboutissait. Le muet poussa un autre
[15]ressort, et Mahmoud-Ben-Ahmed se trouva dans une
salle dallée de marbre blanc, avec un bassin et un jet
d'eau au milieu, des colonnes d'albâtre, des murs revêtus
de mosaïques de verre, de sentences du Coran entremêlées
de fleurs et d'ornements, et couverte par une voûte
[20]sculptée, fouillée, travaillée comme l'intérieur d'une ruche
ou d'une grotte à stalactites, d'énormes pivoines écarlates
posées dans d'énormes vases mauresques de porcelaine
blanche et bleue complétaient la décoration. Sur une
estrade garnie de coussins, espèce d'alcôve pratiquée dans
[25]l'épaisseur du mur, était assise la princesse Ayesha, sans
voile, radieuse, et surpassant en beauté les houris du
quatrième ciel.
«Eh bien! Mahmoud-Ben-Ahmed, avez-vous fait d'autres
vers en mon honneur?» lui dit-elle du ton le plus
[30]gracieux en lui faisant signe de s'asseoir.
Mahmoud-Ben-Ahmed se jeta aux genoux d'Ayesha et
tira son papyrus de sa manche, et lui récita son ghazel