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du ton le plus passionné; c'était vraiment un remarquable

morceau de poésie. Pendant qu'il lisait, les joues de la

princesse s'éclairaient et se coloraient comme une lampe

d'albâtre que l'on vient d'allumer. Ses yeux étoilaient et

[5]lançaient des rayons d'une clarté extraordinaire, son corps

devenait comme transparent, sur ses épaules frémissantes

s'ébauchaient vaguement des ailes de papillon.

Malheureusement Mahmoud-Ben-Ahmed, trop occupé de la

lecture de sa pièce de vers, ne leva pas les yeux et ne

[10]s'aperçut pas de la métamorphose qui s'était opérée.

Quand il eut achevé, il n'avait plus devant lui que la

princesse Ayesha qui le regardait en souriant d'un air

ironique.

Comme tous les poètes, trop occupés de leurs propres

[15]créations, Mahmoud-Ben-Ahmed avait oublié que les

plus beaux vers ne valent pas une parole sincère, un regard

illuminé par la clarté de l'amour.--Les péris sont comme

les femmes, il faut les deviner et les prendre juste au

moment où elles vont remonter aux cieux pour n'en plus

[20]descendre.--L'occasion doit être saisie par la boucle

de cheveux qui lui pend sur le front, et les esprits de

l'air par leurs ailes. C'est ainsi qu'on peut s'en rendre

maître.

«Vraiment, Mahmoud-Ben-Ahmed, vous avez un talent

[25]de poète des plus rares, et vos vers méritent d'être affichés

à la porte des mosquées, écrits en lettres d'or, à côté des

plus célèbres productions de Ferdoussi, de Saadi et d'Ibnn-Ben-Omaz.

C'est dommage qu'absorbé par la perfection

de vos rimes allitérées, vous ne m'avez pas regardée tout

[30]à l'heure, vous auriez vu... ce que vous ne reverrez

peut-être jamais plus. Votre voeu le plus cher s'est accompli

devant vous sans que vous vous en soyez aperçu.

Contes Français · 第 267 / 396 题