courroux, et, fixant sur Mahmoud-Ben-Ahmed des yeux
chargés de langueur, elle lui dit:
«Trouvez-vous demain à l'heure de la prière dans la
mosquée du sultan Hassan, sous la troisième lampe; vous
[5]y rencontrerez un esclave noir vêtu de damas jaune. Il
marchera devant vous, et vous le suivrez.»
Cela dit, elle ramena son voile sur sa figure et sortit.
Notre amoureux n'eut garde de manquer au rendez-vous:
il se planta sous la troisième lampe, n'osant s'en
[10]écarter de peur de ne pas être trouvé par l'esclave noir,
qui n'était pas encore à son poste. Il est vrai que
Mahmoud-Ben-Ahmed avait devancé de deux heures le moment
indiqué. Enfin, il vit paraître le nègre vêtu de damas jaune;
il vint droit au pilier contre lequel Mahmoud-Ben-Ahmed
[15]se tenait debout. L'esclave l'ayant regardé attentivement,
lui fit un signe imperceptible pour l'engager à le suivre.
Ils sortirent tous deux de la mosquée. Le noir marchait
d'un pas rapide, fit faire à Mahmoud-Ben-Ahmed une
infinité de détours à travers l'écheveau embrouillé et
[20]compliqué des rues du Caire. Notre jeune homme une
fois voulut adresser la parole à son guide; mais celui-ci,
ouvrant sa large bouche meublée de dents aiguës et
blanches, lui fit voir que sa langue avait été coupée
jusqu'aux racines. Ainsi il lui eût été difficile de
[25]commettre des indiscrétions.
Enfin ils arrivèrent dans un endroit de la ville tout à
fait désert et que Mahmoud-Ben-Ahmed ne connaissait
pas, quoiqu'il fût natif du Caire et qu'il crût en connaître
tous les quartiers: le muet s'arrêta devant un mur blanchi
[30]à la chaux, où il n'y avait pas apparence de porte. Il
compta six pas à partir de l'angle du mur, et chercha avec
beaucoup d'attention un ressort sans doute caché dans