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aux plus belles filles de Chio ou de Chypre, et rivaliser

avec la beauté de marbre des idoles adorées par les vieux

païens grecs. Son cou était charmant et d'une blancheur

parfaite; seulement, sur sa nuque, on voyait une légère

[5]raie de pourpre mince comme un cheveu ou comme le

plus délié fil de soie, quelques petites gouttelettes de sang

sortaient de cette ligne rouge. Ses vêtements étaient

simples et se composaient d'une veste passementée de

soie, de pantalons de mousseline et d'une ceinture bariolée;

[10]sa poitrine se levait et s'abaissait sous sa tunique de gaze

rayée, car elle était encore hors d'haleine et à peine remise

de son effroi.

Lorsqu'elle fut un peu reposée et rassurée, elle s'agenouilla

devant Mahmoud-Ben-Ahmed et lui raconta son

[15]histoire en fort bons termes: «J'étais esclave dans le

sérail du riche Abu-Becker, et j'ai commis la faute de

remettre à la sultane favorite un sélam ou lettre de fleurs

envoyée par un jeune émir de la plus belle mine avec qui

elle entretenait un commerce amoureux. Abu-Becker,

[20]ayant surpris le sélam, est entré dans une fureur horrible,

a fait enfermer sa sultane favorite dans un sac de cuir avec

deux chats, l'a fait jeter à l'eau et m'a condamnée à avoir

la tête tranchée. Le Kislar-agassi fut chargé de cette

exécution; mais, profitant de l'effroi et du désordre qu'avait

[25]causé dans le sérail le châtiment terrible infligé à la pauvre

Nourmahal, et trouvant ouverte la trappe de la terrasse,

je me sauvai. Ma fuite fut aperçue, et bientôt les eunuques

noirs, les zebecs et les Albanais au service de mon

maître se mirent à ma poursuite. L'un d'eux, Mesrour,

[30]dont j'ai toujours repoussé les prétentions, m'a talonné de

si près avec son damas brandi, qu'il a bien manqué de

m'atteindre; une fois même j'ai senti le fil de son sabre

Contes Français · 第 258 / 396 题