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kandjars, la fureur empreinte sur leurs physionomies basses

et féroces, causèrent un mouvement d'effroi à Mahmoud-Ben-Ahmed,

quoiqu'il fût brave de sa personne et habile

au maniement des armes. Ils parcoururent de l'oeil la

[5]terrasse vide, et n'y voyant pas la fugitive, ils pensèrent

sans doute qu'elle avait franchi la seconde rue, et ils

continuèrent leur poursuite sans faire autrement attention à

Mahmoud-Ben-Ahmed.

Quand le cliquetis de leurs armes et le bruit de leurs

[10]babouches sur les dalles des terrasses se fut éteint dans

l'éloignement, la fugitive commença à lever par-dessus les

bords du vase sa jolie tête pâle, et promena autour d'elle

des regards d'antilope effrayée, puis elle sortit ses épaules

et se mit debout, charmant pistil de cette grande fleur de

[15]marbre; n'apercevant plus que Mahmoud-Ben-Ahmed qui

lui souriait et lui faisait signe qu'elle n'avait rien à craindre,

elle s'élança hors du vase et vint vers le jeune homme

avec une attitude humble et des bras suppliants.

«Par grâce, par pitié, seigneur, sauvez-moi, cachez-moi

[20]dans le coin le plus obscur de votre maison, dérobez-moi

à ces démons qui me poursuivent.»

Mahmoud-Ben-Ahmed la prit par la main, la conduisit

à l'escalier de la terrasse dont il ferma la trappe avec soin,

et la mena dans sa chambre. Quand il eut allumé la

[25]lampe, il vit que la fugitive était jeune, il l'avait déjà

deviné au timbre argentin de sa voix, et fort jolie, ce qui

ne l'étonna pas; car à la lueur des étoiles, il avait distingué

sa taille élégante. Elle paraissait avoir quinze ans tout

au plus. Son extrême pâleur faisait ressortir ses grands

[30]yeux noirs en amande, dont les coins se prolongeaient

jusqu'aux tempes; son nez mince et délicat donnait beaucoup

de noblesse à son profil, qui aurait pu faire envie

Contes Français · 第 257 / 396 题