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que c'était une péri ayant aux trousses un essaim de

goules mâchant de la chair de mort dans leurs incisives

démesurées, ou de djinns aux ailes flasques, membraneuses,

armées d'ongles comme celles des chauves-souris, et,

[5]tirant de sa poche son comboloio de graines d'aloès jaspées,

il se mit à réciter, comme préservatif, les quatre-vingt-dix-neuf noms

d'Allah. Il n'était pas au vingtième, qu'il

s'arrêta. Ce n'était pas une péri, un être surnaturel qui

fuyait ainsi en sautant d'une terrasse à l'autre et en

[10]franchissant les rues de quatre ou cinq pieds de large qui

coupent le bloc compacte des villes orientales, mais bien

une femme; les djinns n'étaient que des zebecks, des chiaoux

et des eunuques acharnés à sa poursuite.

Deux ou trois terrasses et une rue séparaient encore la

[15]fugitive de la plate-forme où se tenait Mahmoud-Ben-Ahmed,

mais ses forces semblaient la trahir; elle retourna

convulsivement la tête sur l'épaule, et, comme un cheval

épuisé dont l'éperon ouvre le flanc, voyant si près d'elle

le groupe hideux qui la poursuivait, elle mit la rue entre

[20]elle et ses ennemis d'un bond désespéré.

Elle frôla dans son élan Mahmoud-Ben-Ahmed qu'elle

n'aperçut pas, car la lune s'était voilée, et courut à l'extrémité

de la terrasse qui donnait de ce côté-là sur une

seconde rue plus large que la première. Désespérant de

[25]la pouvoir sauter, elle eut l'air de chercher des yeux

quelque coin où se blottir, et, avisant un grand vase de marbre,

elle se cacha dedans comme le génie qui rentre dans la

coupe d'un lis.

La troupe furibonde envahit la terrasse avec l'impétuosité

[30]d'un vol de démons. Leurs faces cuivrées ou noires à

longues moustaches, ou hideusement imberbes, leurs yeux

étincelants, leurs mains crispées agitant des damas et des

Contes Français · 第 256 / 396 题