les bracelets et le collier de la sultane favorite, un air
agréable et fier, et dans toute sa personne je ne sais quoi
de noble et de royal.
Mahmoud-Ben-Ahmed, comme ébloui de tant de
[5]perfections, resta longtemps immobile à la même place, et,
oubliant qu'il était sorti pour faire des emplettes, il retourna
chez lui les mains vides, emportant dans son coeur
la radieuse vision.
Toute la nuit il ne songea qu'à la belle inconnue, et dès
[10]qu'il fut levé il se mit à composer en son honneur une
longue pièce de poésie, où les comparaisons les plus fleuries
et les plus galantes étaient prodiguées.
Ne sachant que faire, sa pièce achevée et transcrite sur
une belle feuille de papyrus avec de belles majuscules en
[15]encre rouge et des fleurons dorés, il la mit dans sa manche
et sortit pour montrer ce morceau à son ami Abdul, pour
lequel il n'avait aucune pensée secrète.
En se rendant à la maison d'Abdul, il passa devant le
bazar et entra dans la boutique du marchand de parfums
[20]pour prendre les flacons d'atar-gull. Il y trouva une belle
dame enveloppée d'un long voile blanc qui ne laissait
découvert que l'oeil gauche. Mahmoud-Ben-Ahmed, sur
ce seul oeil gauche, reconnut incontinent la belle dame du
palanquin. Son émotion fut si forte, qu'il fut obligé de
[25]s'adosser à la muraille.
La dame au voile blanc s'aperçut du trouble de
Mahmoud-Ben-Ahmed, et lui demanda obligeamment ce qu'il
avait et si, par hasard, il se trouvait incommodé.
Le marchand, la dame et Mahmoud-Ben-Ahmed passèrent
[30]dans l'arrière-boutique. Un petit nègre apporta
sur un plateau un verre d'eau de neige, dont
Mahmoud-Ben-Ahmed but quelques gorgées.