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poète lui-même et composait volontiers des vers assonants

et rimés, qu'il déclamait sur des airs de sa façon avec

beaucoup de grâce et de charme.

A force de fumer son narguilhé et de rêver à la fraîcheur

[5]du soir sur les dalles de marbre de sa terrasse, la tête de

Mahmoud-Ben-Ahmed s'était un peu exaltée: il avait

formé le projet d'être l'amant d'une péri ou tout au moins

d'une princesse du sang royal. Voilà le motif secret qui

lui faisait recevoir avec tant d'indifférence les propositions

[10]de mariage et refuser les offres des marchands

d'esclaves. La seule compagnie qu'il pût supporter était

celle de son cousin Abdul-Malek, jeune homme doux et

timide qui semblait partager la modestie de ses goûts.

Un jour, Mahmoud- Ben-Ahmed se rendait au bazar pour

[15]acheter quelques flacons d'atar-gull et autres drogueries

de Constantinople, dont il avait besoin. Il rencontra,

dans une rue fort étroite, une litière fermée par des rideaux

de velours incarnadin, portée par deux mules blanches et

précédée de zebeks et de chiaoux richement costumés. Il

[20]se rangea contre le mur pour laisser passer le cortège;

mais il ne put le faire si précipitamment qu'il n'eût le

temps de voir, par l'interstice des courtines, qu'une folle

bouffée d'air souleva, une fort belle dame assise sur des

coussins de brocart d'or. La dame, se fiant sur l'épaisseur

[25]des rideaux et se croyant à l'abri de tout regard téméraire,

avait relevé son voile à cause de la chaleur. Ce ne fut

qu'un éclair; cependant cela suffit pour faire tourner la

tête du pauvre Mahmoud-Ben-Ahmed: la dame avait le

teint d'une blancheur éblouissante, des sourcils que l'on

[30]eût pu croire tracés au pinceau, une bouche de grenade

qui en s'entr'ouvrant laissait voir une double file de perles

d'Orient plus fines et plus limpides que celles qui forment

Contes Français · 第 249 / 396 题