LA MILLE ET DEUXIÈME NUIT

IL y avait une fois dans la ville du Caire un jeune homme

nommé Mahmoud-Ben-Ahmed, qui demeurait sur la place

de l'Esbekick.

Son père et sa mère étaient morts depuis quelques années

[5]en lui laissant une fortune médiocre, mais suffisante pour

qu'il pût vivre sans avoir recours au travail de ses mains:

d'autres auraient essayé de charger un vaisseau de

marchandises ou de joindre quelques chameaux chargés

d'étoffes précieuses à la caravane qui va de Bagdad à

[10]la Mecque; mais Mahmoud-Ben-Ahmed préférait vivre.

tranquille, et ses plaisirs consistaient à fumer du tombeki

dans son narguilhé, en prenant des sorbets et en mangeant

des confitures sèches de Damas.

Quoiqu'il fût bien fait de sa personne, de visage régulier

[15]et de mine agréable, il ne cherchait pas les aventures, et

avait répondu plusieurs fois aux personnes qui le pressaient

de se marier et lui proposaient des partis riches et convenables,

qu'il n'était pas encore temps et qu'il ne se

sentait nullement d'humeur à prendre femme.

[20]Mahmoud-Ben-Ahmed avait reçu une bonne éducation:

il lisait couramment dans les livres les plus anciens,

possédait une belle écriture, savait par coeur les versets du

Coran, les remarques des commentateurs, et eût récité

sans se tromper d'un vers les Moallakats des fameux

[25]poètes affichés aux portes des mosquées; il était un peu

Contes Français · 第 248 / 396 题