Charles, le valet de chambre,--un drôle de la pire espèce,
pourtant,--regarde son maître avec des yeux pleins
de pitié, et bégayant et troublé: «Monsieur Raoul!...
--Mon fils?...
[5]--Perdu, monsieur!... Cette stupide Allemande!...
Perdu depuis quatre heures de l'après-midi!...»
Le père recule de deux pas en chancelant, comme un
soldat frappé d'une balle; et l'Allemand se jette à ses
pieds, hurlant d'une voix de folle: «Pardon!... Pardon!»
[10]et les laquais parlent tous à la fois.
«Bertha n'était pas allée au parc Monceau... C'est
là-bas, sur les fortifications, qu'elle a laissé se perdre le
petit... On a cherché partout M. le directeur; on est allé
au Comptoir, à la Chambre; il venait de partir...
[15]Figurez-vous que l'Allemande rejoignait tous les jours son
amoureux, au delà du rempart, près de la porte d'Asnières
...Quelle horreur!... Un quartier plein de bohémiens,
de saltimbanques! Qui sait si l'on n'a pas volé
l'enfant?... Ah! le commissaire était déjà prévenu... Mais
[20]conçoit-on cela? Cette sainte-nitouche!... Des rendez-vous
avec un amant, un homme de son pays!... Un espion
prussien, pour sûr!...»
Son fils! Perdu! M. Godefroy entend l'orage de l'apoplexie
gronder dans ses oreilles. Il bondit sur l'Allemande,
[25]l'empoigne par le bras, la secoue avec fureur.
«Où l'avez-vous perdu de vue, misérable?... Dites la
vérité, ou je vous écrase!... Où çà? Où çà?...»
Mais la malheureuse fille ne sait que pleurer et crier
grâce. Voyons, du calme!... Son fils! son fils à lui, perdu,
[30]volé? Ce n'est pas possible! On va le lui retrouver, le
lui rendre tout de suite. Il peut jeter l'or à poignées,
mettre toute la police en l'air. Ah! pas un instant à perdre,