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Raoul au sang affiné par l'atavisme maternel, Raoul de

qui l'intelligence serait cultivée comme une fleur rare, qui

apprenait déjà les langues étrangères dès le berceau, qui,

l'an prochain, aurait le derrière sur une selle de poney,

[5]Raoul, qui serait un jour autorisé à joindre à son nom

celui de sa mère, et s'appellerait ainsi Godefroy de

Neufontaine, Godefroy devenant le prénom, et quel prénom!

royal, moyenâgeux, sentant à plein nez la croisade?...

Avec des millions, quel avenir! quelle carrière!... Et le

[10]démocrate--il y en a plus d'un comme celui-ci, n'en

doutez pas!--imaginait naïvement la monarchie restaurée,--en

France, tout arrive,--voyait son Raoul,

non! son Godefroy de Neufontaine marié au Faubourg,

bien vu au château, puis, qui sait? tout près du trône,

[15]avec une clef de chambellan dans le dos et un blason tout

battant neuf sur son argenterie et sur les panneaux de son

carrosse!... O sottise, sottise! Ainsi rêvait le parvenu

gorgé d'or, dans sa voiture qu'encombraient tous ces joujoux

achetés pour la Noël,--sans se rappeler, hélas! que

[20]c'était, ce soir-là, la fête d'un très pauvre petit enfant, fils

d'un couple vagabond, né dans une étable, où l'on avait

logé ses parents par charité.

Mais le cocher a crié: «Port' siou p'ait!» On rentre à

l'hôtel; et, franchissant les degrés du perron, M. Godefroy

[25]se dit qu'il n'a que le temps de faire sa toilette du soir,

lorsque, dans le vestibule, il voit tous ses domestiques, en

cercle devant lui, l'air consterné, et, dans un coin, affalée

sur une banquette, l'Allemande, qui pousse un cri en l'apercevant,

et cache aussitôt dans ses deux mains son

[30]visage bouffi de larmes. M. Godefroy a le pressentiment

d'un malheur.

«Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'y a-t-il?»

Contes Français · 第 232 / 396 题