de lisière ou de la brosserie à bon marché. Puis M. le
directeur consigna sa porte impitoyablement--il fallait
être à la Bourse à onze heures--et passa dans la salle à
manger.
[5]Elle était somptueuse. On aurait pu constituer le trésor
d'une cathédrale avec les massives argenteries qui
encombraient bahuts et dressoirs. Néanmoins, malgré
l'absorption d'une dose copieuse de bicarbonate de soude,
le pyrosis de M. Godefroy était à peine calmé, et le financier
[10]ne s'était commandé qu'un déjeuner de dyspeptique.
Au milieu de ce luxe de table, devant ce décor qui célébrait
la bombance, et sous l'oeil impassible d'un maître
d'hôtel à deux cents louis de gage, qui s'en faisait deux
fois autant par la vertu de l'anse du panier, M. Godefroy
[15]ne mangea donc, d'un air assez piteux, que deux oeufs à
la coque et la noix d'une côtelette; et encore, l'un des oeufs
sentait la paille. L'homme plein d'or chipotait son
dessert,--oh! presque rien, un peu de roquefort, à peine pour
deux ou trois sous, je vous assure,--lorsqu'une porte
[20]s'ouvrit, et soudain, gracieux et mignon, bien qu'un peu
chétif dans son costume de velours bleu et trop pâlot sous
son énorme feutre à plume blanche, le fils de M. le directeur,
le jeune Raoul, âgé de quatre ans, entra dans la
salle à manger, conduit par son Allemande.
[25]Cette apparition se produisait chaque jour, à onze
heures moins le quart exactement, lorsque le coupé, attelé
pour la Bourse, attendait devant le perron, et que
l'alezan brûlé, vendu à M. Godefroy, par les soins de son
cocher, mille francs de plus qu'il ne valait, grattait, d'un
[30]sabot impatient, le dallage de la cour. L'illustre brasseur
d'argent s'occupait de son fils de dix heures quarante-cinq
à onze heures. Pas plus, pas moins, il n'avait qu'un