commençait, son programme était très chargé. De huit
heures et demie à dix heures, il avait rendez-vous, dans
son cabinet, avec un certain nombre de messieurs très
agités, tous habillés et rasés comme lui dès l'aurore et
[5]comme lui sans fraîcheur d'âme, qui devaient venir lui
parler de toutes sortes d'affaires, ayant tous le même but:
gagner de l'argent. Après déjeuner,--et il ne fallait pas
s'attarder aux petits verres,--M. Godefroy était obligé
de sauter dans son coupé et de courir à la Bourse, pour y
[10]échanger quelques paroles avec d'autres messieurs qui
s'étaient aussi levés de bonne heure et qui n'avaient pas
non plus de petite fleur bleue dans l'imagination; et cela
toujours pour le même motif: gagner de l'argent. De là,
sans perdre un instant, M. Godefroy, allait présider,
[15]devant une table verte encombrée d'encriers siphoïdes,
un nouveau groupe de compagnons dépourvus de tendresse
et s'entretenir avec eux de divers moyens de gagner de
l'argent. Après quoi, il devait paraître, comme député,
dans trois ou quatre commissions et sous-commissions,
[20]toujours avec tables vertes et encriers siphoïdes, où il
rejoindrait d'autres personnages peu sentimentaux, tous
incapables aussi, je vous prie de le croire, de négliger la
moindre occasion de gagner de l'argent, mais qui avaient
pourtant la bonté de sacrifier quelques précieuses heures
[25]de l'après-midi pour assurer, par-dessus le marché, la
gloire et le bonheur de la France.
Après s'être vivement rasé, en épargnant toutefois le
collier de barbe poivre et sel qui lui donnait un air de
famille avec les Auvergnats et les singes de la grande
[30]espèce, M. Godefroy revêtit un «complet» du matin, dont
la coupe élégante et un peu jeunette prouvait que ce veuf
cinglant vers la cinquantaine, n'avait pas absolument