respectueux d'un sacristain disposant les objets du culte
sur l'autel, avant la messe de M. le curé...
«Quel temps ce matin? demanda d'une voix brève M.
Godefroy en boutonnant son veston de molleton gris sur
[5]un abdomen un peu trop majestueux déjà.
--Très froid, monsieur, répondit Charles. A six heures,
le thermomètre marquait sept degrés au-dessous de zéro.
Mais monsieur voit que le ciel s'est éclairci, et je crois que
nous aurons une belle matinée.»
[10]Tout en repassant son rasoir, M. Godefroy s'approcha
de la fenêtre, écarta l'un des petits rideaux, vit le
boulevard baigné de lumière et fit une légère grimace qui
ressemblait à un sourire. Mon Dieu, oui! On a beau
être plein de morgue et de tenue, et savoir parfaitement
[15]qu'il est du plus mauvais genre de manifester quoi que ce
soit devant les domestiques, l'apparition de ce gueusard
de soleil, en plein mois de décembre, donne une sensation
si agréable qu'il n'y a guère moyen de la dissimuler. M.
Godefroy daigna donc sourire. Si quelqu'un lui avait dit
[20]alors que cette satisfaction instinctive lui était commune
avec l'apprenti typographe en bonnet de papier qui faisait
une glissade sur le ruisseau gelé d'en face, M. Godefroy
eût été profondément choqué. C'était ainsi pourtant; et,
pendant une minute, cet homme écrasé d'affaires, ce gros
[25]bonnet du monde politique et financier, fit cet enfantillage
de regarder les passants et les voitures qui filaient joyeusement
dans la brume dorée.
Mais, rassurez-vous, cela ne dura qu'une minute.
Sourire à un rayon de soleil, c'est bon pour des gens
[30]inoccupés, pas sérieux; c'est bon pour les femmes, les
enfants, les poètes, la canaille. M. Godefroy avait d'autres
chats à fouetter, et, précisément pour cette journée qui